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Sans titre

2) L’amour du capitaine pour sa femme (p. 81-83, éd. Poche 2022)

De « Mal connu, méconnu » à « le détourne de lui l’attention ? ».

Sources : « Remède à la mélancolie », texte 14 dans les Itinéraires littéraires Hatier en ligne (p. 27- 28) : https://www.itineraireslitteraires.fr/recherche/demo/1?fbclid=IwAR23MV6vGGlph8K842- MhdqhEqz17H048LNcUJnz4Fnfuh6eJ97u0S0MRRw + Cahier Hatier p. 12 pour le chap. « Le Capitaine ».

Plan que je propose :

1) Le Capitaine perçu et célébré dans sa relation avec sa fille : partage d’une même attitude face à la mélancolie

2) Le Capitaine perçu et célébré dans sa relation avec sa femme : l’importance du chant.


1) L. 1-17 : Le Capitaine et sa fille

Regret d’avoir mal connu son père -> par ce récit, cherche à réparer une négligence + lui rendre hommage. -> cf. p. 84, fin du chapitre : « trop tard, trop tard… c’est le mot des négligents, des enfants et des ingrats ». Colette comme son père masquent leur tristesse derrière une apparente gaieté qui prend la forme de chansonnettes ou de récits rythmés. Ainsi Colette décrit la gaieté apparente et le don de conteur de son père : « [Sido] le croyait gai parce qu’il chantait » (l. 4) « il nous fit souvent rire, sauf qu’il contait bien, qu’emporté par son rythme il "brodait" avec hardiesse, sauf cette mélodie qui s’élevait de lui, l’ai-je vu gai ? » (l. 16). Colette remet en cause cette gaieté à l’aide des modalisateurs (« croyait » l. 3) et de la question « l’ai-je vu gai ? », avant d’affirmer la nature véritable et profondément triste du Capitaine : « je sais qu’il eut, mieux que toutes les séductions, la vertu d’être triste à bon escient, et de ne jamais se trahir. » (l. 12-13). Colette s’inscrit dans cet héritage paternel : « Mais, moi qui siffle dès que je suis triste, moi qui scande les pulsations de la fièvre ou les syllabes d’un nom dévastateur sur les variations sans fin d’un thème… » (l. 6-7). Cette filiation est amplifiée par l’emploi du pronom pers « nous » et du déterminant poss « notre » qui soulignent leur communauté de destin : « Mon père et moi, nous n’acceptons pas la pitié. Notre carrure la refuse. » Rapport du monde du père de Colette est musical : passe sa vie à chanter. C’est lui qui invente le surnom « Sido » = Si-Do : 2 notes musicales. Le chant est au cœur de l’existence de Colette : il est sa réponse à la tristesse et à la souffrance, sa façon de les détourner et de les sublimer. Elle explique qu’elle « siffle dès qu’elle est triste » et qu’elle « scande les pulsations de la fièvre » (l. 5). Colette et son père assignent la même fonction au chant : se protéger du monde et se rassurer. Ainsi, le Capitaine « allait précédé, protégé par son chant » (l. 16-17), « ce baryton […] pousse devant lui sa romance comme une blanche haleine d’hiver » (l. 27-28). [Colette, quant à elle, « parle haut pour se rassurer et s’étourdir » (fin des « Vrilles de la vigne »). Tout comme le rossignol qui survit aux vrilles en chantant toute la nuit, Colette a survécu à son chagrin de femme trompée en écrivant et en chantant sa vie, le plus souvent de manière lyrique, alliant fantaisie et mélancolie.] Le Capitaine se contentait de chanter les airs d’opéra connus de l‘époque, Colette, elle, trouve ses propres mots pour se protéger de son chagrin, ce qui lui permet chemin faisant de conquérir son indépendance financière et d’accomplir la vocation ratée de son père : devenir écrivain.  traits de caractère que Colette et son père partagent : musique / fierté / solidité face aux épreuves. Différence : elle a réussi là où il a échoué : trouver ses propres mots.

2) L. 18-30 : le Capitaine et sa femme Amoureux :

cf. dédicace à sa femme de ses livres « À ma chère âme, son mari fidèle » p. 103. Obstacles de la vie évoqués dans ce texte : blessure du père (d’où refus de la pitité) + sont évoqués les soucis financiers : le fermier Laroche qui ne paye pas son fermage met en difficulté la famille de Colette. Le champ lexical de l’argent met en évidence cette réalité matérielle : « payer son fermage » (l. 22), « sept pour cent d’intérêts pour six mois » (l. 23-24), « une somme indispensable » (l. 24). Dans ce texte (comme dans « Les Vrilles de la vigne » à travers le rossignol), Colette nous livre un autoportrait et un art poétique, mais elle le fait de manière détournée d’abord en faisant le portrait de son père. Ces détours révèlent une forme de pudeur et de refus de se laisser submerger par la mélancolie et la tristesse. Elle les met donc à distance grâce à ces procédés littéraires et poétiques. Dans une très belle image, Colette évoque son père qui pousse devant lui sa romance comme une blanche haleine d’hiver, afin qu’elle détourne de lui l’attention (texte 14, l. 21-22). Sido et Les Vrilles de la vigne ne forment-ils pas également une belle haleine blanche dissimulant la tristesse intime de Colette qui préfère exhiber la beauté du monde pour mieux vivre ?

 

A retenir :

Problématiques élaborées avec les élèves après l’étude linéaire :

- Cmt par le portrait de son père, Colette révèle-t-elle des vérités sur son père mais aussi sur elle-même ?

- Cmt à travers la célébration de son père, Colette révèle-t-elle d’autres vérités ?

- De quelle manière les révélations sur son père offrent-elles une célébration du monde l’enfance ?

Ouvertures :  qq éléments de // avec « La dame qui chante »1 : Seule nouvelle fictive des Vrilles de la vigne ? (avec « Toby-Chien parle »…) Cette nouvelle met aussi des mots sur la puissance et la magie de l’art musical, capable de transformer et de transcender celui qui le produit tout autant que celui qui sait écouter. Comment, dans cette nouvelle, Colette propose-t-elle une véritable la célébration de l’art musical, qui saisit, envoûte et transcende ? Il y a ici un double portrait : celui de la dame et, en creux, celui du narrateur : méprisant, outrancier et par-là, parfaitement ridicule => ds « Le Capitaine » : triple portrait : de son père, sa mère, elle-mê. Le miracle du chant du père sur la mère : l’art est puissant, il transcende. Le chant fait éclore un monde enchanté et riche de sensations 1 Merci à un généreux contributeur du groupe, dont je ne retrouve plus le nom… գդե Au chant du Capitaine répond le lyrisme de Colette, qui éclate lui aussi – car le chant, en effet, renvoie aussi à l’expression littéraire : paronomases2 ? allitérations, assonances, échos… = Grâce au miracle de l’art, tous deux (trois ?) sont métamorphosés.

Conclusion / ouverture sur la nouvelle « La dame qui chante » : Colette livre ici une véritable célébration de l’art : par sa puissance d’ébranlement, il transforme les regards et donne accès à la beauté. Art musical et lyrisme, notes et mots, musique et littérature : tous deux ont des effets bienfaiteurs. - Si Sido enseignait « Regarde ! », Colette semble ici s’exclamer « Écoute ! ». Se délester du moindre jugement pour privilégier une approche sensible du monde, c’est la leçon que semble donner « La dame qui chante », sorte d’albatros de la scène, au narrateur de cette nouvelle.

- Le chant et la musique sont omniprésents dans les deux recueils au programme : les chants populaires du père qui rythment son portrait, le frère cadet musicien hors pair, le bonheur regretté mais jamais oublié de Toby-chien, artiste de music-hall (« Toby-Chien et la musique »).

 autre ouverture : « Les Vrilles de la vigne » dans Les Vrilles de la vigne -> conte allégorique ; pvr salvateur de la musique (Cf. « Itinéraires littéraires », Hatier, Paris 2022, p. 27) les obstacles de la vie sont abordés plus métaphoriquement avec l’image des vrilles de la vigne qui emprisonnent le rossignol, un oiseau au chant magnifique et qui traditionnellement est associé à l’amour. Colette décrit de manière très péjorative ces vignes comme une prison dont elle a réussi à s’échapper : « le premier chant naïf et effrayé du rossignol pris aux vrilles de la vigne » (l. 7-8), « Cassantes, tenaces, les vrilles d’une vigne amère m’avaient liée » (l. 10), « Mais j’ai rompu d’un sursaut effrayé, tous ces fils tors » (l. 11-12), « le printemps menteur où fleurit la vigne crochue » (l. 17). Il s’agit d’une allégorie qui représente ses déboires sentimentaux, sa souffrance de jeune fille naïve, enfermée dans un mariage décevant, trompée par un mari volage.

2 paronomase : figure de style qui consiste à rassembler des mots dont les sonorités sont très proches.


Sans titre

2) L’amour du capitaine pour sa femme (p. 81-83, éd. Poche 2022)

De « Mal connu, méconnu » à « le détourne de lui l’attention ? ».

Sources : « Remède à la mélancolie », texte 14 dans les Itinéraires littéraires Hatier en ligne (p. 27- 28) : https://www.itineraireslitteraires.fr/recherche/demo/1?fbclid=IwAR23MV6vGGlph8K842- MhdqhEqz17H048LNcUJnz4Fnfuh6eJ97u0S0MRRw + Cahier Hatier p. 12 pour le chap. « Le Capitaine ».

Plan que je propose :

1) Le Capitaine perçu et célébré dans sa relation avec sa fille : partage d’une même attitude face à la mélancolie

2) Le Capitaine perçu et célébré dans sa relation avec sa femme : l’importance du chant.


1) L. 1-17 : Le Capitaine et sa fille

Regret d’avoir mal connu son père -> par ce récit, cherche à réparer une négligence + lui rendre hommage. -> cf. p. 84, fin du chapitre : « trop tard, trop tard… c’est le mot des négligents, des enfants et des ingrats ». Colette comme son père masquent leur tristesse derrière une apparente gaieté qui prend la forme de chansonnettes ou de récits rythmés. Ainsi Colette décrit la gaieté apparente et le don de conteur de son père : « [Sido] le croyait gai parce qu’il chantait » (l. 4) « il nous fit souvent rire, sauf qu’il contait bien, qu’emporté par son rythme il "brodait" avec hardiesse, sauf cette mélodie qui s’élevait de lui, l’ai-je vu gai ? » (l. 16). Colette remet en cause cette gaieté à l’aide des modalisateurs (« croyait » l. 3) et de la question « l’ai-je vu gai ? », avant d’affirmer la nature véritable et profondément triste du Capitaine : « je sais qu’il eut, mieux que toutes les séductions, la vertu d’être triste à bon escient, et de ne jamais se trahir. » (l. 12-13). Colette s’inscrit dans cet héritage paternel : « Mais, moi qui siffle dès que je suis triste, moi qui scande les pulsations de la fièvre ou les syllabes d’un nom dévastateur sur les variations sans fin d’un thème… » (l. 6-7). Cette filiation est amplifiée par l’emploi du pronom pers « nous » et du déterminant poss « notre » qui soulignent leur communauté de destin : « Mon père et moi, nous n’acceptons pas la pitié. Notre carrure la refuse. » Rapport du monde du père de Colette est musical : passe sa vie à chanter. C’est lui qui invente le surnom « Sido » = Si-Do : 2 notes musicales. Le chant est au cœur de l’existence de Colette : il est sa réponse à la tristesse et à la souffrance, sa façon de les détourner et de les sublimer. Elle explique qu’elle « siffle dès qu’elle est triste » et qu’elle « scande les pulsations de la fièvre » (l. 5). Colette et son père assignent la même fonction au chant : se protéger du monde et se rassurer. Ainsi, le Capitaine « allait précédé, protégé par son chant » (l. 16-17), « ce baryton […] pousse devant lui sa romance comme une blanche haleine d’hiver » (l. 27-28). [Colette, quant à elle, « parle haut pour se rassurer et s’étourdir » (fin des « Vrilles de la vigne »). Tout comme le rossignol qui survit aux vrilles en chantant toute la nuit, Colette a survécu à son chagrin de femme trompée en écrivant et en chantant sa vie, le plus souvent de manière lyrique, alliant fantaisie et mélancolie.] Le Capitaine se contentait de chanter les airs d’opéra connus de l‘époque, Colette, elle, trouve ses propres mots pour se protéger de son chagrin, ce qui lui permet chemin faisant de conquérir son indépendance financière et d’accomplir la vocation ratée de son père : devenir écrivain.  traits de caractère que Colette et son père partagent : musique / fierté / solidité face aux épreuves. Différence : elle a réussi là où il a échoué : trouver ses propres mots.

2) L. 18-30 : le Capitaine et sa femme Amoureux :

cf. dédicace à sa femme de ses livres « À ma chère âme, son mari fidèle » p. 103. Obstacles de la vie évoqués dans ce texte : blessure du père (d’où refus de la pitité) + sont évoqués les soucis financiers : le fermier Laroche qui ne paye pas son fermage met en difficulté la famille de Colette. Le champ lexical de l’argent met en évidence cette réalité matérielle : « payer son fermage » (l. 22), « sept pour cent d’intérêts pour six mois » (l. 23-24), « une somme indispensable » (l. 24). Dans ce texte (comme dans « Les Vrilles de la vigne » à travers le rossignol), Colette nous livre un autoportrait et un art poétique, mais elle le fait de manière détournée d’abord en faisant le portrait de son père. Ces détours révèlent une forme de pudeur et de refus de se laisser submerger par la mélancolie et la tristesse. Elle les met donc à distance grâce à ces procédés littéraires et poétiques. Dans une très belle image, Colette évoque son père qui pousse devant lui sa romance comme une blanche haleine d’hiver, afin qu’elle détourne de lui l’attention (texte 14, l. 21-22). Sido et Les Vrilles de la vigne ne forment-ils pas également une belle haleine blanche dissimulant la tristesse intime de Colette qui préfère exhiber la beauté du monde pour mieux vivre ?

 

A retenir :

Problématiques élaborées avec les élèves après l’étude linéaire :

- Cmt par le portrait de son père, Colette révèle-t-elle des vérités sur son père mais aussi sur elle-même ?

- Cmt à travers la célébration de son père, Colette révèle-t-elle d’autres vérités ?

- De quelle manière les révélations sur son père offrent-elles une célébration du monde l’enfance ?

Ouvertures :  qq éléments de // avec « La dame qui chante »1 : Seule nouvelle fictive des Vrilles de la vigne ? (avec « Toby-Chien parle »…) Cette nouvelle met aussi des mots sur la puissance et la magie de l’art musical, capable de transformer et de transcender celui qui le produit tout autant que celui qui sait écouter. Comment, dans cette nouvelle, Colette propose-t-elle une véritable la célébration de l’art musical, qui saisit, envoûte et transcende ? Il y a ici un double portrait : celui de la dame et, en creux, celui du narrateur : méprisant, outrancier et par-là, parfaitement ridicule => ds « Le Capitaine » : triple portrait : de son père, sa mère, elle-mê. Le miracle du chant du père sur la mère : l’art est puissant, il transcende. Le chant fait éclore un monde enchanté et riche de sensations 1 Merci à un généreux contributeur du groupe, dont je ne retrouve plus le nom… գդե Au chant du Capitaine répond le lyrisme de Colette, qui éclate lui aussi – car le chant, en effet, renvoie aussi à l’expression littéraire : paronomases2 ? allitérations, assonances, échos… = Grâce au miracle de l’art, tous deux (trois ?) sont métamorphosés.

Conclusion / ouverture sur la nouvelle « La dame qui chante » : Colette livre ici une véritable célébration de l’art : par sa puissance d’ébranlement, il transforme les regards et donne accès à la beauté. Art musical et lyrisme, notes et mots, musique et littérature : tous deux ont des effets bienfaiteurs. - Si Sido enseignait « Regarde ! », Colette semble ici s’exclamer « Écoute ! ». Se délester du moindre jugement pour privilégier une approche sensible du monde, c’est la leçon que semble donner « La dame qui chante », sorte d’albatros de la scène, au narrateur de cette nouvelle.

- Le chant et la musique sont omniprésents dans les deux recueils au programme : les chants populaires du père qui rythment son portrait, le frère cadet musicien hors pair, le bonheur regretté mais jamais oublié de Toby-chien, artiste de music-hall (« Toby-Chien et la musique »).

 autre ouverture : « Les Vrilles de la vigne » dans Les Vrilles de la vigne -> conte allégorique ; pvr salvateur de la musique (Cf. « Itinéraires littéraires », Hatier, Paris 2022, p. 27) les obstacles de la vie sont abordés plus métaphoriquement avec l’image des vrilles de la vigne qui emprisonnent le rossignol, un oiseau au chant magnifique et qui traditionnellement est associé à l’amour. Colette décrit de manière très péjorative ces vignes comme une prison dont elle a réussi à s’échapper : « le premier chant naïf et effrayé du rossignol pris aux vrilles de la vigne » (l. 7-8), « Cassantes, tenaces, les vrilles d’une vigne amère m’avaient liée » (l. 10), « Mais j’ai rompu d’un sursaut effrayé, tous ces fils tors » (l. 11-12), « le printemps menteur où fleurit la vigne crochue » (l. 17). Il s’agit d’une allégorie qui représente ses déboires sentimentaux, sa souffrance de jeune fille naïve, enfermée dans un mariage décevant, trompée par un mari volage.

2 paronomase : figure de style qui consiste à rassembler des mots dont les sonorités sont très proches.