Economie du travail.
Introduction.
A. L’objet de l’économie du travail et de l’emploi.
L’économie du travail s’intéresse à tous ce qui est liées à l’emploi (comment on trouve un emploi), aux salaires (comment les salaires sont fixés), à la gestion de l’emploi (comment les entreprises gèrent leurs salariés), aux relations professionnelles (les relations entre employeurs et employés) et ce que fait l’Etat pour aider à l’emploi (Pôle emploi, formations, aides).
ð Donc, tout ce qui concerne le travail et l’emploi dans la société.
L’emploi ici est vu comme un échange, tu donnes ton travail (ton temps, tes compétences, ton énergie) et en échange, tu reçois un salaire.
Ce salaire est très important puisqu’il détermine ce que tu peux consommer, donc ton niveau de vie (logement, nourriture, loisir).
Cette branche de l’économie ne prend pas assez en compte le travail domestique (le travail non rémunérer comme faire le ménage, cuisiner, s’occuper des enfants, aider des proches).
Pourtant, en 2010, le travail domestique était près de 42 milliards d’heures de travail contre 38 milliards pour le travail rémunérée (l’emploi).
Donc, on travaille énormément sans être payé, mais ce travail est peu étudié par les économistes.
Ainsi, le focus sera placé sur l’objet restreint de l’économie du travail : l’étude du travail rémunéré et non celui du travail domestique et principalement le travail salarié (CDI, CDD, intérim), mais on peut également inclure les indépendants (auto-entrepreneurs), le travail à la mission et toute activité faite contre paiement.
Ø Une discipline aux enjeux forts et clivants.
C’est une discipline :
- Aux enjeux forts : Ça touche la vie des gens comme avoir un travail, un revenu.
- Aux enjeux clivants : Il y a des désaccords entre économistes.
Les débats portent surtout sur pourquoi il y a de l’emploi ou du chômage et comment les salaires sont fixés.
ð Même les chercheurs et professeurs ne sont pas d’accord entre eux sur ces questions.
L’économie du travail étudie aussi les acteurs individuels (les travailleurs, les employeurs), les acteurs collectifs (syndicats, entreprises, Etat) et aux pratiques de recrutement (comment on recrute), aux promotions (comment on fait évoluer les carrières) et comment apparaissent les discriminations (sexe, origine, âge).
ð On regarde qui décide, comment et avec quelles conséquences.
Evidemment, cette discipline s’intéresse aussi aux inégalités d’accès à l’emploi (certaines personnes trouvent plus facilement un travail que d’autres), et aux inégalités de rémunération (certaines personnes sont mieux payées que d’autres pour leur travail).
ð On ne regarde pas seulement combien d’emplois existent, mais aussi qui travaille et combien chacun gagne, et si c’est juste ou pas.
Cette discipline va chercher à comprendre comment le travail est organisé dans les entreprises (conditions de travail, contrats, horaires, hiérarchie) et comment fonctionne le marché du travail (comment on trouve un emploi, comment les entreprises recrutent, pourquoi il y a du chômage et pourquoi certains métiers sont mieux payés que d’autres) tout en analysant tout ça en tenant compte de ce que fait l’Etat (lois sur le travail, SMIC, aides à l’emploi, assurance chômage, formation professionnelle) mais aussi en prenant en compte les différents débats et controverses qui entoure ces différents thèmes.
Exemple : Faut-il augmenter le SMIC ? Faut-il faciliter les licenciements ? Faut-il réduire le temps de travail ?
B. Les traditions d’analyses économiques.
Cette discipline est une discipline appliquée qui utilise les outils et les concepts de l’économie pour analyser des problèmes concrets, établir un diagnostic et proposer des solutions de politiques publiques.
C’est également une discipline dérivée qui se rattaque à différents cadres théoriques de l’économie général (néoclassique, keynésienne, marxiste, institutionnaliste), mais c’est aussi une discipline qui s’autonomise depuis les années 50-60 de cette dîtes économie générale.
Ainsi, 2 visions émergent :
- La 1ère vision qui est la vision individuelle qui est basée sur la rationalité et la maximisation sous contraintes comme le budget, le temps, les règles et les qualifications (les individus sont vus comme rationnel, cherchent à maximiser leurs intérêts mais avec des contraintes).
ð C’est la vision néoclassique.
- La 2nde vision qui est la vision collective qui met en avant l’importance des institutions (les individus ne sont pas seuls et leur comportement dépend des lois, des syndicats, de l’école, de la culture et des règles du travail.
ð Ici, ce sont les institutions qui structurent l’économie.
Les économistes ne sont pas d’accord entre eux, chaque courant critique les autres et depuis les années 1960, la vision néoclassique est majoritaire (importance du marché, rationalité individuelle, concurrence, efficacité du marché).
Depuis les années 2000, il y a moins de nouvelles grandes théories, on améliore surtout les modèles existants et il y a moins de révolutions dans la pensée économique.
C. Clé de lecture de la multiplicité des approches (Gazier et Petit, 2019).
Ø Holisme vs individualisme méthodologique.
· Pour les tenant de l’individualisme méthodologiques.
Cette approche dit que pour comprendre un phénomène globale (chômage, croissance, marché), il faut regarder les choix des individus, le résultat collectif est simplement l’addition de tous ces choix.
Exemple : Le chômage vient des décisions individuelles de chercher ou non un emploi.
Même si ce n’est pas que néoclassique, cette vision est très utilisée dans cette école.
· Pour les tenant d’une approche holiste.
Cette approche nous dit l’inverse, la société, les institutions et les règles ont une logique propre qui influence fortement les individus.
Exemple : Le droit du travail influence le comportement des entreprises et des salariés.
Ø Raisonnement inductif vs raisonnement hypothético déductif.
· Le raisonnement inductif.
Le raisonnement inductif fonctionne tout en observant les faits réels (données, enquêtes, terrain) et à partir de ces faits, on construit des idées générales et des théories.
La conséquence est que dans le cadre des raisonnements inductifs, il y a une faible cohérence d’ensemble et une faible capacité de généralisation.
En revanche, il y a une forme de réalisme (on est proche de la réalité, les analyses ressemblent davantage à ce qui se passe vraiment et il y a moins de simplifications abstraites).
· Le raisonnement hypothético déductif.
Le raisonnement hypothético déductif fonctionne à l’inverse, on part d’une théorie ou d’un modèle, on fait des hypothèses, on déduit ce qui devrait se passer et on compare avec les faits.
Avantages : Les modèles sont logiques tout en bien structuré et les théories sont élégantes.
Inconvénients : Les modèles sont souvent très simplifiés, ils ne prennent pas toujours en compte la complexité du réel et peuvent être loin de la réalité.
L’abduction est une forme de raisonnement intermédiaire où on a un aller-retour constant entre la théorie et les faits pour valider ou invalider certaines hypothèses.
ð L’abduction mélange les 2 méthodes, on part de la théorie, on regarde les faits, on modifie la théorie et on retourne aux faits.
ð C’est un aller-retour contant entre idées théoriques et observations réelles.
Ø Rationalité substantielle (ou substantive) vs rationalité procédurale/limitée (Simon, 1976).
Herbert Simon est un chercheur important, qui a eu à la fois une reconnaissance pour ces travaux économiques mais aussi pour ces travaux robotiques.
Il distingue 2 formes de rationalité :
- La rationalité substantielle.
- La rationalité procédurale.
· La rationalité substantielle.
La rationalité substantielle suppose que les individus ont une information parfaite, qu’ils peuvent tout comprendre et tout calculer et qu’ils savent exactement ce qu’ils veulent et comparer toutes les options.
ð Ils choisissent toujours la meilleure solution possible.
On suppose des individus presque omniscients, capables d’ordonner leurs préférences qui choisissent les moyens les plus efficaces pour atteindre leurs objectifs.
C’est la vision classique de l’économie néoclassique.
· La rationalité procédurale.
La rationalité procédurale (ou limitée) dit au contraire que l’information est incomplète puisque le cerveau humain a des limites, on ne peut pas tout analyser en même temps et on ne connaît pas toutes les options.
ð Les individus ne cherchent pas la meilleure solution possible, ils cherchent une solution suffisamment bonne.
L’acteur va choisir l’option qui lui permet le plus satisfaisante à chaque étape de décision (les décisions se prennent progressivement, par essais avec des ajustements).
ð On décide au fur et à mesure, pas avec un calcul parfait dès le départ.
Avec cette approche, on ne regarde plus seulement le résultat final, on étudie comment les gens prennent leurs décisions (habitudes, routines, règles simples et essais-erreurs).
Le processus devient aussi important que le résultat.
D. Approches micro fondées du marché du travail.
On retrouve 3 auteurs :
- Jevons.
- Mengers.
- Walras.
Ce sont 3 économistes du XIXème siècle très importants et sont tous fondateurs du courant marginaliste.
Le marginalisme consiste à raisonner à la marge et sur les dernières unités (dernière heure de travail, dernier euro).
ð On explique les décisions par les coûts marginaux et les gains marginaux.
Le travail est vu comme un facteur de production comme le capital ou la terre et quelque chose qu’on peut analyser comme un marché.
On raisonne de façon statique, on regarde un état d’équilibre, pas les évolutions dans le temps.
Il va être opérer par un économiste avec sa théorie des salaries en 1932 qui devient centrale dans l’économie dominante (mainstream).
La théorie des salaires n’est qu’un cas particulier de la théorie de la valeur, ce qui signifie que le salaire est traité comme un prix déterminé par l’offre et la demande comme n’importe quel autre bien.
On a donc affaire à une démarche hypothético déductible qui repose sur une hypothèse irréaliste.
Ces hypothèses sont peu sur le contexte d’action des individus et sur leur rationalité (ne prennent pas beaucoup en compte les institutions, les contraintes sociales et les limites cognitives).
Dans un cadre où on postule la concurrence parfaite, donc, on suppose beaucoup d’employeurs, beaucoup de travailleurs et aucun pouvoir de marché.
ð Le marché du travail est censé conduire à un optimum (situation idéale).
Ce n’est pas le réalisme qui compte mais la capacité à reproduire et à prévoir les comportements qui importent.
Le cœur de cette approche étudie l’offre de travail (travailleurs), étudie la demande de travail (entreprises) et à partir des décisions individuelles.
On explicite les hypothèses et qui sont, dans ce modèle, nécessaire au bon fonctionnement du processus entre l’offre et la demande de travail.
Les apports de l’économie du travail sont de confronter le modèle qui va donner lieu à des raffinements au complexifié du monde réelle qui amène progressivement à relever les hypothèses et à remettre en cause progressivement l’abstraction des hypothèses de base.
On a des travaux où sont détaillés les conséquences de différentes hypothèses, en particulier les hypothèses concernant le contexte concurrentiel.
On va également fans la poursuite de cette approche théorique levé l’hypothèse, on remet donc en question l’idée de rationalité substantielle.
Progressivement, il faut changer ma manière de penser les choses, on passe d’une démarche strictement hypothético déductif à une démarche de déductiviste pragmatique.
Pour autant, il y a des traits distinctif qui perdurent, on utilise toujours la logique marginaliste pour représenter les comportements individuels et on reste dans le cadre hypothétique dans la concurrence.
Ce modèle de base va connaître de multiple extension qui doit être composé comme un perfectionnement du modèle néoclassique initial.
Ø Théorie des organisations.
Même si on part encore des bases de l’économie néoclassique, on considère que l’hypothèse de rationalité parfaite n’est pas adaptée pour analyser les organisations et le travail.
La théorie des organisations s’éloigne de l’idée que les acteurs sont parfaitement rationnels.
On va trouver les travaux de Simon en 1951, théorie du contrat de travail, une approche qui postule que l’employeur et salarié se mettent d’accord sur un contrat et que le salarié se met aux ordres de l’employeur.
C’est une relation de subordination qui découle du caractère incomplet du contrat de travail, ce qui signifie qu’on ne peut pas tout écrire dans un contrat de travail puisqu’on ne peut pas prévoir toutes les tâches futures, toutes les situations et tous les changements.
A cause de ça, l’employeur a le droit de donner des ordres et le salarié doit les exécuter (dans le cadre légal).
Les idées de Simon ont donc créé une nouvelle branche, l’économie des organisations et Oliver Williamson développe ces idées.
Il s’intéresse à comment on organise les relations de travail, pourquoi on passe par des entreprises et plutôt que toujours par le marché.
ð Williamson structure et formalise la théorie des organisations.
Quand les relations de travail sont simples, peu risquées avec peu d’incertitude, les acteurs peuvent passer par le marché pour organiser le travail (sous-traitance, contrats ponctuels, freelances).
Même s’il existe un risque d’opportunisme (tricher, cacher des informations, profiter de l’autre), le marché reste efficace tant que les échanges sont peu complexes et relativement prévisibles.
En revanche, lorsque les échanges deviennent fréquents, les tâches sont complexes, l’environnement est incertain, le risque d’opportunisme est élevé, il devient plus efficace d’organiser le travail à l’intérieur d’une entreprise, grâce à la hiérarchie (chefs, règles, autorités).
La hiérarchie permet de mieux contrôler, coordonner et sécuriser les relations de travail.
ð C’est donc pour cette raison que les entreprises existent, elles remplacent le marché quand celui-ci devient trop coûteux ou trop risqué.
Ø Economie comportementale.
L’économie comportementale est une branche de l’économie qui étudie comment les individus prennent réellement leurs décisions, dans la vraie vie.
Contrairement à l’économie classique, elle ne suppose pas que les individus sont parfaitement rationnels.
Cette économie remet en cause la rationalité parfaite.
Les individus ne cherchent pas toujours à maximiser leurs intérêts, leurs décisions peuvent être imparfaites et ces comportements existent aussi dans les décisions collectives (entreprises, groupes, organisations).
Donc, même les organisations peuvent prendre des décisions non optimales.
Les erreurs de décision existent au niveau individuel et collectif.
L’économie comportementale utilise des expériences réelles, pas seulement des méthodes théoriques.
Il y a 2 types d’expériences :
- Expériences de terrain.
- Expériences de laboratoire.
· Expériences de terrain.
Elles sont menées dans des situations réelles, par exemple dans des entreprises, des écoles, des pays en développement.
Bertrand et Duflo (prix Nobel) utilisent ce type de méthode.
· Expériences de laboratoire.
Elles sont faites dans des conditions contrôlées, souvent avec des étudiants.
On simule des situations économiques (acheter, vendre, coopérer).
On observe les comportements réels grâce à des expériences.
On regarde concrètement comment se déroule les processus de décisions.
Ø L’économie des conventions.
L’économie des conventions cherche à expliquer les comportements des individus d’une autre manière que l’économie classique.
Elle ne regarde pas seulement les prix, les intérêts et le calcul économique mais aussi les règles implicites, les habitudes et ce qui est considéré comme « normal ».
C’est une approche où l’on s’éloigne du modèle néoclassique, on ne suppose plus que tout est expliqué uniquement par les prix, les préférences sont fixes et données, mais on garde l’individualisme méthodologique, ce qui signifie que ce sont toujours les individus qui agissent et ce ne sont pas les structures toutes seules.
Il est donc impossible dans le cadre d’un contrat de tout prévoir (incertitude), ce qui signifie que tout comme dans la théorie des organisations, un contrat est toujours incomplet et incapable de prévoir tous les cas possibles.
Il y a 2 niveaux de conventions :
- Niveau 1 : Le sens commun.
C’est ce qu’il est normal de faire, ce qui « va de soi » et les habitudes partagées.
Exemple : Dire bonjour, respecter les horaires, s’habiller correctement au travail.
- Niveau 2 : La coordination collective.
Ici, la convention sert à permettre aux individus de se coordonner.
Chacun accepte une même manière de voir les choses.
Donc, une représentation individuelle devient une règle collective et cela permet donc de travailler ensemble sans tout négocier.
Exemple : Ce qu’est un « bon travail », ce qu’est un « bon salarié » et comment on évalue la qualité.
E. Approche macroéconomique du travail : Keynes et la théorie de la régulation.
Keynes remet en cause la vision néoclassique selon laquelle le marché du travail fonctionne comme un marché classique (offre = demande grâce au salaire).
Pour Keynes, le travail implique des êtres humains, il y a des règles sociales, juridiques et politiques et les salaires ne s’ajustent pas librement.
Donc, le marché du travail est particulier et le travail n’est pas un simple bien marchand.
Pour les néoclassiques, le chômage est souvent involontaire, les individus refusent de travailler au salaire proposé.
Le chômage est dû au manque de demande, pas au refus de travailler.
Les idées de Keynes ont été reprises, modifiées et prolongées par d’autres courants économiques.
Ces courants cherchent à intégrer Keynes dans des modèles plus récents et expliquer les rigidités du marché du travail.
Prolongements :
- Néokeynésiens.
Il explique les rigidités de salaires, les rigidités de prix et pourquoi les marchés ne s’ajustent pas rapidement.
Ils restent proches des modèles standards.
- Postkeynésiens.
Ils sont plus critiques, il mélange Keynes et Marx, ils insistent sur l’instabilité du capitalisme et ils défendent parfois des politiques comme la garantie d’emploi (l’Etat garantit un emploi à tous).
· La théorie de la régulation : Robert BOYER et Michel AGLIETTA.
C’est une école française d’économie apparue dans les années 1970.
Elle cherche à expliquer les grandes phases du capitalisme, les périodes de croissance et les périodes de crise.
- Filiation marxiste : Modes de production capitalisme => Modes de régulation.
Ils s’inspirent de Marx, le capitalisme est un système historique et il fonctionne selon des règles spécifiques.
Les « modes de régulation » sont l’ensemble des règles qui permettent au capitalisme de fonctionner temporairement de manière stable.
- Filiation keynésienne : Représentation macroéconomique modélisée.
Ils reprennent également Keynes sur l’importance de la demande, du rôle de l’Etat et de la vision macroéconomique (l’économie dans son ensemble).
- Le concept central : « Mode de régulation », ensemble formes institutionnelles => Régime d’accumulation.
Le mode de régulation est un ensemble des institutions qui encadrent l’économie (relation de travail, Etat, système financier, règles salariales, protection sociale).
Ces institutions permettent un régime d’accumulation, une manière stable de produire, investir et croître.
- Situation de crise : Rupture du mode de régulation, remplacé par un ordre mode d’organisation.
Une crise arrive quand les anciennes règles ne fonctionnent plus et si le système devient instable.
Alors, le mode de régulation se casse et un nouveau mode apparaît.
Exemple : Crise des années 1970, passage du fordisme au capitalisme plus flexible.
- Le travail : Rôle central = Rapport salarial.
Dans la théorie de la régulation, le cœur du système c’est le rapport salarial.
Cela inclut le niveau des salaires, le type de contrat, de la protection sociale, des règles du licenciement et du temps de travail.
Le rapport salarial structure la consommation, la production et la croissance.
F. Approches institutionnelles.
Les approches institutionnelles font partie des 1er courants économiques à s’intéresser sérieusement au travail.
Contrairement au néoclassique, elles ne voient pas le travail comme un simple facteur de production, mais comme une relation sociale, encadrée par des règles, des institutions et des rapports de pouvoir.
Origines (époux Webber, 1897) :
- Le pouvoir de négociation de l’employeur reste supérieur à celui du travailleur (l’employeur a plus de pouvoir que le salarié) : Il décide d’embaucher ou non et fixe beaucoup de règles.
- Les imperfections du marché : La salaire ne reflète pas toujours la productivité et il n’y a pas d’égalité entre offre et demande.
- Système inégalitaire : Travailleur en position de faiblesse (dépendance au salaire pour vivre et difficulté à refuser un emploi.
Il y a 2 objectifs :
- Rompre politiquement avec le dogme dû à laisser-faire : L’Etat ne doit pas rester passif et il doit intervenir pour protéger les travailleurs.
- Rompre théoriquement avec la croyance dans la capacité régulatrice du marché : Dunlop (1956) explique que le marché est toujours encadré par des lois, des syndicats, des conventions ou des normes sociales.
Points communs / démarches institutionnalistes :
- Inductivisme : On part des faits réels (observation du terrain, étude de cas et pratiques concrètes).
- Démarche pluridisciplinaire : On mélange l’économie, le droit, la sociologie et la science politique.
- Individualisme « collectif » : Les individus comptent mais leurs comportements sont fortement influencés par les groupes, les syndicats et les règles collectives.
- Rationalité procédurale : Les individus ne cherchent pas toujours le résultat optimal, ils suivent des procédures, des règles et des habitudes.
· Les relations professionnelles /industrial relations (Commons).
Commons est un auteur central.
Il explique que le monde du travail est structuré par des règles, des accords, des conventions collectives et des lois.
Ces règles organisent les relations individuelles (contrat) et les relations collectives (syndicat, négociation).
Les règles ne tombent pas du ciel, elles apparaissent à partir des conflits, des négociations et des compromis entre acteurs.
- Critères de justice : Les institutionnalistes insistent sur la justice.
Les règles doivent être perçues comme équitables, légitimes et justes.
- Salariés comme citoyens ayant des droits.
Le salarié n’est pas seulement un facteur de production, il est aussi un citoyen avec des droits (droits syndicaux, droits sociaux et droits à la protection).
ð Conception réaliste de la rationalité : Les institutionnalistes ont une vision réaliste.
Les individus n’ont pas toute l’information, suivent des règles et agissent sous contrainte.
Ø Thèses de la segmentation et marché interne : Doeringer et Piore (1971).
Contrairement à la théorie néoclassique, l’offre et la demande de travail ne s’ajustent pas simplement par le salaire.
Le marché du travail est divisé en plusieurs segments :
- Marché primaire : Emplois (Stables, bien payés, avec carrière, bonnes conditions de travail).
- Marché secondaire : Emplois (Précaires, mal payés, peu de perspectives, mauvaises conditions, fort turn-over).
Entre l’individu (le salarié) et les grandes institutions (Etat, marché), il existe des niveaux intermédiaires (entreprises, branches, syndicats, conventions collectives).
Ces espaces structurent l’accès à l’emploi, les carrières et les règles du jeu.
Le marché interne du travail est central.
Il fonctionne selon des règles internes, des promotions internes, des grilles salariales, de l’ancienneté.
Il n’obéit pas directement au marché externe, protège les insiders (salariés déjà en place) et crée une asymétrie.
