- lors de la séparation artisanat et beaux arts (au 17èm s) à l’intellectualisation de l’art les artistes défendaient que c’était la beauté qui guidait leur geste =
- à cette époque c’est la beauté qui fait l’oeuvre = on met en place des règles qui définissent la beauté d’une oeuvre = imposés par les académies des beaux-arts (harmonie des couleurs, proportions, symétrie, perspective…)
- = question du “bon goût” arrive = question de former le spectateur à l’appréciation de la beauté selon des codes précis
- = est relié à la question de l’éducation, donc relié aux élites
La beauté
I. Une belle œuvre d’art ça veut dire quoi?
A/ art et beau , cela ne va pas de soi
A retenir :
- le fait d’associer une oeuvre d’art à la beauté apparait seulement au 17 ème siècle !
- association entre art et beauté disparait assez vite au 20 siècle
Platon dans le banquet :
- Diotime (= personnage fictif de l'œuvre) associe l’amour à la beauté = ne parle pas de l’art = dit que la beauté permettrait d’accéder au monde des idées , comme un “escalier” et donc d’accéder à l’idée de l’amour =
- parle aussi du fait qu’on aime ce qui est beau
- manière de rejoindre une forme de stabilité à la notion de beauté, en lui définissant des règles
B/ comment définir le beau ?
Il y a plusieurs définitions possibles du beau classique en Europe :
1.définition du beau par l’harmonie : symétrie, proportion, couleurs (ensembles de règles) :
- Harmonie
- définition qui a des limites = peut paraitre vidé d’émotions
- avantage = facile à apprendre
exemple d'œuvre : le Corbusier s’est servi de la suite de Fibonasci pour le Modulor : le format type des créations de l’artiste, avec les proportions de la silhouette = conception du beau objective parce que liée à un idéal scientifique
Le Corbusier, « Modulor main levée », vers 1954 Découpe de bois peint, 246 × 136 × 35,9 cm. Paris, Centre Pompidou
Définition
2.définition du beau par le bien : la bonté
- Idée qui vient à l'origine de Plotin : héritier tardif de Platon = mais vision très positive de l’art
- idée de forme idéale qui permet de faire remonter jusqu’à beauté idéale, que la bonté amène à la beauté de l’âme = renvois à la praxis = quête spirituelle intérieure
- manière de penser qui se retrouve dans le dandysme
Définition
3.définition du beau par le plaisir pris coté spectateur :
- émergence notion de “goût” du 17è siècle
- Abbé du Bos s’intéresse au gout mais du coté du spectateur :
- pour lui le goût résulte de l’appréciation subjective de règles objectives =
- règles telles qu’elles sont perçues par le sentiment du public
- = propose de parler “d’éxperience esthétique” = qui regroupe deux choses = 1. l’attention esthétique + 2. l’émotion , le plaisir esthétique
- " on apprécie d’abord une œuvre par le sentiment, puis la raison arrive ensuite” “ le gout est une faculté naturelle qui doit être travaillée par l’éducation” = citation de l'Abbé du Boss
II. le jugement esthétique peut-il être rationnel ?
A/ Les règles du Beau
Avant de s’intéresser au jugement esthétique (jugement de ce qui est beau ou non) à partir de la fin du 18e siècle, la philosophie de l’art s’intéressait à définir ce qui était beau ou non. C’est ce que nous avons vu précédemment : la production artistique était alors réglée par des normes = Un des premiers exemples de cela est le Canon.
Définition
A retenir :
- au départ, à l’Antiquité = la question du beau était du coté de la production
- harmonie = équilibre de la composition etc… = Alberti propose dans De Pictura au 15è siècle= prélever des fragments de beau pour les recomposer = rôle de l’artiste
- à partir du 17 è siècle = question du beau se déplace sur la réception, le jugement esthétique, le gout (avant il n’y avait pas de public)
- Au 18è siècle, on se rend compte que suivre ses règles ne suffit pas pour produire du beau = . La question du goût apparaît.
B/ la question subjective du gout
Peut-on déterminer rationnellement – en faisant appelle à la raison – l’idée de Beau Ou bien le Beau est-il l’expression d’un jugement subjectif ?
Au 18ème siècle naissent deux philosophies de l'esthétique qui s’opposent entre elles :
PHILOSOPHIE EMPIRISTE ou SUBJECTIVISTE DU XVIIIe siècle - surtout développée en Angleterre :
- se développe en parallèle des rationalistes, et tente de pallier à ses limites
- “en matière de gouts il n’y a pas de normes”
- idée que il y a un sens interne esthétique en chacun de nous
- l’homme de goût = capacité à juger du beau = gout esthétique = homme d’une certaine éducation = homme blanc privilégié = différence avec le rationalisme = dit que tout le monde a une capacité à sentir, mais même si ce gout s’appuie sur des règles, par à la base de l’émotion
- commence à poser la question de pourquoi des œuvres qui ne correspondent pas à règles occidentales peuvent être appréciées
A retenir :
Philosophes et artistes se revendiquant de la philosophie subjectiviste (ou empiriste) :
- SHAFTESBURY (1671-1712) a dit : « ce qui est beau est harmonieux et proportionné : ce qui est harmonieux et proportionné est vrai ; et ce qui est du même coup et beau et vrai est, par conséquent, agréable et bon » > le beau est harmonieux et donc bon.
- Francis HUTCHESON (1694-1746) : le beau se distingue du bien. Le beau résulte d’une perception humaine (subjectivité), mais qui reconnaît comme beau les formes harmonieuses (mathématiques > rationalité).
- Davis HUME (1711-1776) : est beau ce qui plaît à l’homme de goût (éduqué), qui fixe la norme du goût (du beau).
- Edmund BURKE (1729-1797) distingue le beau (plaisir positif) et le sublime (plaisir relatif)
PHILOSOPHIE RATIONALISTE ou OBJECTIVISTE DU XVIIIe siècle -surtout développée sur le continent :
- s’appuie sur des règles : objet fabriqué en suivant des règles précises
- définit un bon et un mauvais goût = normes des goûts
- définit le beau comme quelque chose d’harmonieux = s’appuie sur les traités artistiques = pas que harmonie de l’objet, aussi harmonie du monde = défend le fait que le monde est harmonieux =
- associe le beau à quelque chose de bien
- philosophie qui est appliquée dans les écoles des beaux-arts
- Diderot : dit que beau s’appuie sur règles communes de la représentations = grilles normes qui s’appliquent encore inconsciemment aujourd’hui
- limites : philo qui n’explique pas le fait que même si règles respectées, on peut ne pas trouver beau quelque chose, ou en être touché
A retenir :
Philosophes qui se revendiquent de la philosophie rationaliste (ou objectiviste) :
- René DESCARTES (1596-1650)
- Denis DIDEROT (1713-1784) : « J’appelle beau hors de moi, tout ce qui contient en soi de quoi réveiller dans mon entendement l’idée de rapports ; et beau par rapport à moi, tout ce qui réveille cette idée »
- Johann Joachim Winckelmann (1717-1768)
III. L’APPROCHE CRITIQUE DE KANT
A retenir :
Ni subjectiviste, ni rationaliste, Kant développe une approche critique
Emmanuel KANT (1724-1804) : "le beau est subjectif, universel et sans concept (on ne peut l’expliquer rationnellement)"
La thèse de l’antinomie du goût de Kant
Selon Kant, « est esthétique le jugement dont le principe de détermination réside dans une sensation qui est unie de façon immédiate au sentiment de plaisir et de déplaisir ». = un jugement est esthétique quand il est lié à une sensation immédiatement liée au sentiment de plaisir et de déplaisir
- gout définit comme la faculté de juger du beau = beau évalué du coté de la réception
- renonce à définir ce que peut être le beau = s’intéresse plutôt à comprendre le jugement par lequel on identifie la beauté
- par du principe que le jugement est libre pour évaluer le beau, sans règles préétablies
- pour Kant, le beau est extrêmement rare = c’est une entente mutuelle et universelle sur ce qui est beau = concerne l’art mais aussi la nature = il fait une différence entre les deux quand même : dit la beauté naturelle est un peu supérieure car elle est plus pure car elle n’a pas de finalité
- dit que la beauté c’est quelque chose que l’on ne doit pas posséder = ce qui est hors de notre portée
A retenir :
thèse de l'antinomie du goût de Kant :
le jugement du goût ne se fonde pas sur des concepts car autrement on pourrait débattre à ce sujet = si le jugement était fondé sur des concepts on pourrait décider par des preuves inaltérables
A retenir :
antithèse de l'antinomie du goût de Kant :
le jugement de gout se fonde sur des concepts , car autrement on ne pourrait même pas, en dépit des différences qu’il présente, discuter à ce sujet (prétendre à l’assentiment nécessaire d’autrui à ce jugement)
Définition
Kant : "Le beau appartient au registre subjectif du sentiment de plaisir ou de déplaisir, MAIS « il faut néanmoins que ce sentiment ne diffère pas en chacun et assure au beau une validité universelle, comme s’il était objectif »"
Citations de philosophes sur la beauté
Anne Larue : "Le beau est donc vrai, sans concept, certes, puisque là se glisse la subjectivité du goût, mais néanmoins vrai universellement. On peut en conclure toutefois que le goût joue un rôle essentiel dans l’appréhension de l’œuvre d’art. Le spectateur est partie prenante dans le processus qui marque l’avènement de l’art."
Plotin : “Tout le monde affirme que la beauté sensible est une symétrie des parties les unes par rapport aux autres […] l’être beau ne sera pas un être simple […] mais nécessairement un être composé […] et ses parties ne seront pas belles chacune par elles-mêmes, mais en se combinant pour que leur ensemble soit beau. Pourtant, si l’ensemble est beau, il faut bien que ses parties soient belles, elles aussi ; certainement une belle chose n’est pas faite de parties laides, et tout ce qu’elle contient est beau” = Plotin critique la conception hellénistique du beau, qui consistait à dépendre entièrement de la mesure et de la proportion, suivant le canon et la symétrie entre les parties. Plotin affirme que la beauté n’est pas une question de proportion mais de qualité.
