SÉQUENCE 2 - PARTIE 1 : FAUT-IL DOMINER LA NATURE ?
Étape 1 : S’étonner (entrée dans le cours/introduction)
Dans le dialogue intitulé le Protagoras, Platon, le philosophe grec ancien, propose sa version du mythe de Prométhée. Lorsque les deux titans Épiméthée et Prométhée sont chargés de distribuer les qualités aux êtres vivants, le premier répartit ces qualités de telles sorte que leur distribution parmi les animaux soit équilibrée. Mais Prométhée constate que l’humanité a été oubliée : les êtres humains sont nus, et cette espèce dépourvue de tout va disparaitre. Pour que cela n’arrive pas il leur transmet le feu qu’il va voler aux dieux, il y ajoute la connaissance des arts.
Le mythe de Prométhée nous rappelle ainsi que l’homme est un être naturellement faible, fragile, qu’il ne peut survivre sans s’arracher à la nature et maîtriser son environnement, le mettre à son service.
Est-ce à dire qu’il faille dominer la nature ?
Se demander s’il faut dominer la nature, c’est d’abord s’interroger sur une nécessité : s’il le faut c’est que cela est nécessaire, que cela ne peut pas ne pas être, ou que cela ne peut pas être autrement. La domination de la nature est-elle nécessaire ou contingente ? Peut-il en être autrement ?
nécessaire
Le mot « nécessaire » désigne ce qui est indispensable, requis pour accomplir une tâche ou atteindre un objectif. Est nécessaire, ce qui ne peut pas ne pas être ou qui ne peut pas être autrement qu’il n’est.
contingent
Un contingent est une partie d'un ensemble, d'une quantité qui n'est pas déterminée à l'avance. Est contingent ce qui est ainsi, mais qui pourrait être autrement.
dominer
Dominer signifie exercer une autorité, une influence sur quelqu’un ou quelque chose.
nature/Culture
On parle de la nature, comme de l’environnement, tout ce qui n’est ni
fabriqué, ni transformé, ni créé par l’homme. Le mot grec pour parler de la nature est la phusis : qui désigne
ce qui croît de soi-même (verbe croître), ce qui naît et se développe de soi-même. On distingue la nature de la
culture : la culture est tout ce que l’homme produit, fabrique, transforme, invente, crée.
Étape 2 : S’interroger et débattre (la leçon)
1 - Il est nécessaire que l’être humain domine la nature car c’est la condition de sa survie
a. Dominer la nature par la culture.
La nature apparaît comme une puissance menaçante et dangereuse à laquelle nous serions soumis. Il est nécessaire que l’homme crée, transforme, invente pour survivre. Mais la force de l’être humain n’est pas seulement tirée de ce qu’il produit, elle vient aussi du fait que les êtres humains vivent ensemble, en société. Or cette vie commune n’est pas évidente. Ils doivent donc inventer des moyens de se contrôler, de dominer leur instinct, leur agressivité. Ainsi c’est par la culture, l’éducation, l’instauration de règles qu’ils s’organisent pour vivre ensemble et pour maintenir la vie commune dans le temps.
Une première hypothèse doit ici être développée : la domination de la nature est nécessaire, elle prend le nom de culture, et il s’agit de domestiquer la nature.
Mais quels sont ces moyens par lesquels l’être humain domestique la nature ?
pulsion
Une pulsion est un mouvement involontaire et répétitif du corps, souvent provoqué par une sensation désagréable.
instinct
L'instinct est un comportement inné et non appris.
domestication
Domestication est l'action de rendre un animal ou une plante docile et familier.
b. Le moyen par excellence de cette domestication est la connaissance de la nature afin de l’utiliser à notre avantage
Descartes s’oppose à la tradition de l’enseignement des sciences. Ici, il insiste sur
l’importance de ne pas séparer la théorie (le savoir enseigné dans les écoles, les principes) et la pratique. Des connaissances pourraient être tenues cachées car elles entrent en contradiction avec celles qui sont enseignées dans les écoles et révèlent une certaine conception du monde, de la nature.
La loi à laquelle fait allusion Descartes, n’est pas une loi positive, elle n’est écrite nulle part. Il suit en réalité un principe moral selon lequel nous devrions agir toujours en vue du bien-être de l’humanité. par la connaissance de la nature (la physique étant la science de la nature), les êtres humains pourraient donner des buts utiles, mettre à leur service les forces de la nature.
c. La culture : la connaissance, l’éducation, la technique, sont la marque de la maîtrise de l’homme sur la nature, dignes d’admiration et conditions de son développement en tant qu’espèce.
Ainsi la culture permet-elle de dominer, de domestiquer la nature aussi bien en nous et hors nous. Il s'agit d'abord de s'associer pour survivre ensemble, de s'organiser, d'instaurer des règles. Il s'agit ensuite de connaître la nature en dehors de nous, le milieu dans lequel nous vivons afin de s'en servir. Enfin, il faut assigner une fin à des forces qui sont présentes mais que nous pouvons posséder et maîtriser.
2 - Vouloir dominer la nature nous conduit à la détruire alors que nous devrions au contraire, la respecter, la prendre comme modèle, et vivre en harmonie avec elle
a. C’est en réalité l’entrée dans la culture qui a fait le malheur de l’humanité
En cherchant à dominer la nature, à faciliter leur existence, à rendre leur vie plus confortable, les êtres humains sont dénaturés. Cette dénaturation progressive, les a affaiblis, ils y ont perdu leur liberté et leur bonheur naturels.
Dans cet extrait Rousseau présente les hommes justes sortis de l’état de nature, état dans lequel ils vivaient isolés et paisiblement. Autrement dit, ce qui nous semblerait à première vue produire de la facilité, et donc nous libérer des contraintes des activités les plus pénibles, de notre dépendance à l’égard de la nature, Rousseau le présente paradoxalement comme contraignant. Pourquoi est-ce contraignant ? La réponse est dans la suite du texte : c’est parce que l’humanité prend l’habitude du confort et de la facilité qu’elle est contrainte, non seulement le confort nous amollit, il nous affaiblit, mais en outre nous n’en jouissons pas.
b. La nature fait bien les choses et elle ne fait rien en vain : il faut admirer ses œuvres et chercher à l’imiter
On voit ici comment ce qui est naturel n’est pas seulement ce qui est là, déjà donné, mais aussi ce à quoi nous attribuons de la valeur quand nous disons que « la nature fait bien les choses », ou que nous parlons de « pureté naturelle », nous condamnons implicitement l’action des êtres humains dans sa dimension excessive et destructrice.
c. Nous faisons partie de la nature, il ne faut pas la concevoir comme extérieure à nous, mais au contraire nous concevoir comme une partie d’un tout avec lequel nous devons communier, vivre en harmonie
Très en avance sur son époque plutôt marquée par la confiance dans le progrès scientifique, technique et industriel, Thoreau revendique une relation harmonieuse avec la nature dans une éthique de vie délibérément choisie, il est aujourd’hui considéré comme l’inspirateur des réflexions écologistes, et des militants qui revendiquent la décroissance. Nous sommes pris dans une impasse : s’il faut dominer la nature pour survivre, mais que cette domination nous fait courir le risque de la détruire et nous avec, que faire ? Comment maîtriser la nature
sans la détruire ? Si dominer la nature est une condition de notre survie, quelles limites concevoir à cette domination ?
Authenticité
L'authenticité est l'état d'être vrai, de ne pas être falsifié ou contrefait.
Décroissance
La décroissance désigne un mouvement social et économique visant à réduire la consommation des ressources naturelles et la production des déchets, afin de préserver l'environnement.
3 - Pour repenser notre rapport à la nature, il faut modifier notre conception même de ce qu’est la nature
a. Des limites morales d’un nouveau genre : ce n’est pas par la puissance de la nature que l’humanité est dépassée mais paradoxalement par sa propre puissance
Il ne faut pas penser l’homme en rupture avec la nature, il faut repenser sa situation en termes de continuité. L'humanité peut modifier son rapport à la nature et changer le cours des choses. Si Thoreau menait individuellement sa révolte, Hans Jonas propose quant à lui de renouveler la nature.
Jonas fait référence au mythe de Prométhée, il insiste sur le fait que la technique, la science et l'économie, ont entraîné l'humanité dans une situation dont elle ne mesure pas les conséquences à long terme. Il faut donc repenser la morale car le défi que doivent relever les êtres humains est nouveau : jusqu’à aujourd’hui la morale définissait des règles du devoir envers soi-même et envers autrui, mais jamais envers les générations futures. Il propose donc de considérer que les générations futures ont le droit d’exister comme un axiome.
axiome
Un axiome est une proposition qui est considérée comme évidente, indépendamment de toute démonstration.
impératif
L'impératif est un mode de conjugaison du verbe qui s'utilise pour donner un ordre, une instruction ou une recommandation.
éthique
La définition française du mot "éthique" est "la science du bien et du mal".
b) La nature n’est pas un objet : il faut en faire un sujet de droit
Déjà Thoreau notait que la distinction entre l’humain et le non humain est fondée sur un préjugé qu’il faudrait réviser. De la même manière que les êtres humains ont longtemps considéré les femmes ou les noirs comme des choses dépourvues de droit et qu’ils sont désormais des sujets de droits, peut être devrions nous attribuer aux choses naturelles un statut juridique : en faire de véritables sujets de droit.
Quelques éléments d’explication en droit
Le droit distingue les choses et les personnes. Seules les personnes sont sujet de droit. Cela signifie qu’une personne a des droits qui sont définis dans la loi, et qu’elle peut faire appel à la justice si elle subit un dommage ou que ses droits ne sont pas respectés. Les choses sont objets de droit, cela signifie qu’il y a des règles dans la loi qui définissent la manière dont les personnes ont le droit de s’en servir, mais on
ne peut pas dire qu’une chose a un droit.
c. Il faut dépasser l’opposition entre nature et culture
Que retenir ici ?
Philippe Descola insiste sur le fait que notre manière de concevoir la nature comme extérieure à nous, les êtres humains, comme une entité dont nous pourrions nous distinguer, et les êtres naturels comme des objets, que nous pouvons connaitre, maîtriser, voire mettre au service de notre confort et de notre bonheur, est une manière de les concevoir parmi d’autres. Ainsi, si nous voulons changer notre rapport au monde et préserver les générations futures, en œuvrant encore à la poursuite du bonheur de l’humanité, peut-être aurions-nous quelques leçons à tirer de la manière dont d’autres peuples, d’autres cultures conçoivent la nature.