Présentation de l'auteur :
Né en 1799 à Tours, France
Études de droit → abandon pour se consacrer à l'écriture et à la vie littéraire à Paris
Thèmes : la société française, l'ambition, la passion, l'argent et la condition humaine
Premier roman publié : Les Chouans en 1829
Œuvres majeures : Le Père Goriot, Eugénie Grandet, La Comédie humaine (cycle romanesque)
Considéré comme l'un des fondateurs du réalisme en littérature, influence majeure sur le roman moderne
Présentation de l'oeuvre :
Roman publié en 1831. Avec cette œuvre, Balzac explore sa philosophie du désir à travers les propos de l’antiquaire. Il s’agit d’un récit fantastique qui suit l'évolution de Raphaël de Valentin. Ruiné et s’apprêtant à se suicider, il entre dans un magasin d’antiquités où il découvre une peau de chagrin dotée d'une puissance surnaturelle. Ce talisman exauce tous ses vœux mais réduit sa vie à chaque désir satisfait. Raphaël accepte ce pacte, devenant le représentant d'une jeunesse désenchantée qui cherche sa place sous la Monarchie de Juillet.
Présentation du texte :
Raphaël de Valentin, ruiné et s'apprêtant à se suicider, entre dans un magasin d'antiquités tenu par un vieillard centenaire, qui lui montre une peau de chagrin dotée d'une puissance fantastique. Ce dernier met en garde le jeune homme contre les pouvoirs destructeurs de cette peau mais Raphaël accepte le pacte avec le talisman
3 mouvements :
- Leçon de philosophie de l'antiquaire qui préfère la sagesse aux désirs excessifs (lignes 1 à 7)
- Le choix de Raphaël : celui de l'excès (lignes 9 à 13)
- Le 1er voeu de Raphaël : celui de participer à une orgie (lignes 13 à 23)
Problématique :
En quoi ce passage oppose-t-il deux conceptions opposés de la vie ?
La présentation de la peau :
- "ceci" / "là" + "en montrant" : Déictiques + Gérondif → La scène est dramatisée, la présentation est presque théâtrale
- "le pouvoir et le vouloir" : italique + infinitifs → la peau est un objet fantastique : elle peut satisfaire tous les désirs
La critique de la société décadente tournée vers les plaisirs :
- "vos" : déterminant possessif → l'antiquaire se désolidarise de ses contemporains
- "désirs excessifs", "intempérances", "joies qui tuent", "trop vivre" : champ lexical de l'excès → l'antiquaire critique les excès de la société
- "Joies" - "douleurs" / "tuent" - "vivre" : antithèses → la peau permet de vivre intensément mais fini par apporter la mort
- "car le mal n'est peut-être qu'un violent plaisir" : CC de cause + négation restrictive + présent de vérité générale → le vieillard parle en philosophe et réfléchit sur le monde + la leçon se rapporte à toute l'humanité
- "qui pourrait déterminer le point où la volupté devient le mal et celui où le mal est encore la volupté ?" : Question rhétorique + antithèse + chiasme → il met en valeur le lien entre les plaisir et le mal
- "Les plus vives lumières du monde idéal" vs "les plus douces ténèbres du monde physique" + "caressent" - "blessent" : parallélisme de construction + antithèse → opposition du monde idéal et du monter physique
- "le mot Sagesse ne vient(il pas de savoir ?", "Qu'est ce que la folie, sinon l'excès d'un vouloir ou d'un pouvoir ?" : questions rhétorique → opposition de la folie et aux excès des hommes au savoir et à la contemplation
La réponse de Raphaël :
- "Eh bien, oui, je veux vivre avec excès" : interjection ° adverbe d'affirmation → Raphaël exprime son désir de manière catégorique et sèche
- "en saisissant la Peau de chagrin" : gérondif → il joint le geste à la parole, scellant le pacte avec la peau
- "dit l'inconnu" : proposition incise → Raphaël n'est pas nommé ; il devient l'allégorie d'une génération désenchanté
La mise en garde du vieil antiquaire :
- "Jeune homme, prenez garde" : impératif + apostrophe → l'antiquaire tente de protéger Raphaël
- "Avec une incroyable vivacité" : CC de manière → paradoxe : la vitalité du vieillard VS Raphaël qui semble déjà mort
L'échec d'une vie intellectuelle :
- "J'avais résolu ma vie par l'étude [...] mais elles ne m'ont même pas nourri" : Plus-que-parfait + conjonction de coordination → constat d'un échec passé
- "ni d'une prédiction", "ni de votre amulette", "ni des charitables efforts" : énumération + rythme ternaire + répétition de "ni" → rejet total de la religion, du merveilleux et de la charité
- "Un monde où mon existence est désormais impossible" : préfix négatif + adverbe → discours fataliste : Raphaël n'est pas adapté à ce monde
L'agitation de Raphaël :
- "voyons !" / "d'une main convulsive" : interjection + adjectif + ponctuation expressive → nervosité et agitation fébrile de Raphaël avant le passage à l'acte
L'expression d'un désir de jouissance :
- "Je veux" / "que" : anaphore → expression du désir
- "Un dîner", "bacchanale", "convives", "vins", "femmes", "débauche" : champ lexical de la débauche → un désir purement matériel
- "royalement splendide", "digne du siècle", "joyeux jusqu'à la folie !" : termes mélioratifs + hyperbole + gradation croissante → démesure et excès du voeu en opposition à la morale du vieillard
- "débauche" sur "son char à quatre chevaux" : allégorie → les désirs n'ont plus de limites et visent à l'emmener hors du monde
L'abandon de toute morale et l'envie suicidaire :
- "montent dans les cieux" / "se plongent dans la boue" : antithèse → confusion entre les joies spirituelles et les plaisirs terrestres
- "peu m'importe !" : interjection → indifférence face aux conséquences
- "Pouvoir sinistre", "mourir" : prolepse (anticipation) → Raphaël a conscience qu'il va mourir a cause de ce pacte
Ainsi, ce passage met en opposition deux conceptions de la vie : celle de l’antiquaire qui prône la sagesse, la modération et le savoir, et celle de Raphaël qui prône le plaisir sans entrave et la jouissance sans borne. La suite du roman montrera Raphaël rattrapé par l’angoisse de la mort devant la réduction fatale de la peau et contraint de vivre reclus chez lui afin d’échapper à la tyrannie du désir. Ouverture : Le portrait de Dorian Gray, O. Wilde