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L’héritage de Jules Ferry et les réformes scolaires républicaines.

Définition

Méritocratie
Idéal de société qui souhaite que les positions sociales soient attribuées en fonction du mérite. Le mérite c’est à la fois les talents et le travail notamment scolaire.

La France au XIXᵉ siècle fait l’apprentissage de la démocratie. Les républicains considèrent que seule l’école peut former des citoyens attachés à la République. Autour de Jules Ferry, ils militent pour que l’école transmette aux élèves les principes démocratiques et les prépare à devenir des citoyens responsables.


Le XIXᵉ siècle est également marqué en Europe par le développement des nationalismes. Le nationalisme désigne les mouvements qui souhaitent établir l’équation : un peuple = une nation = un État.


La France est particulière, car elle est déjà une nation-État depuis longtemps. Cependant, l’élan nationaliste se renforce après la défaite de 1870-1871 contre l’Allemagne, ce qui influence directement le programme scolaire. Les cartes géographiques des écoles montrent les provinces perdues dans une autre couleur, souvent le noir, pour marquer la perte territoriale.


À partir de Jules Ferry, l’école a pour mission de former des Français autour de valeurs nationales communes : la maîtrise de la langue française, la connaissance de la géographie et de l’histoire de la France, ainsi qu’une morale civique qui renforce le sentiment d’appartenance à la République et à la nation.

Le projet scolaire républicain s’appuie sur le rationalisme des Lumières et les principes issus de la Révolution française. Jules Ferry, héritier de ce courant, s’inspire notamment du plan Condorcet, notamment sur les notions de gratuité et de laïcité. Les républicains de son époque sont également influencés par l’anticléricalisme, c’est-à-dire l’hostilité à l’influence du clergé catholique, et par la défense de la liberté de conscience.


Ferry défend l’idée que l’école doit être neutre, car elle accueille tous les enfants, qu’ils soient croyants ou non. La laïcité permet ainsi d’établir la liberté de conscience. Les républicains autour de Jules Ferry sont des progressistes : ils considèrent que le progrès, notamment scientifique, apporte des bienfaits matériels et moraux à la société. Cette vision s’inscrit dans le courant du positivisme, la conviction que la science peut déterminer l’avenir de l’humanité.


Jules Ferry (1832-1893) est avocat et né dans une famille catholique. Il se détache progressivement de la religion, sans être athée. Sous le Second Empire, il devient républicain et s’engage dans la cause de l’instruction, notamment pour le peuple et les filles. Après la proclamation de la IIIᵉ République, il est élu député républicain et occupe le ministère de l’Instruction publique de 1879 à 1885. À partir de 1880, il cumule ses fonctions avec la présidence du Conseil, soit le rôle de premier ministre. Ferry n’est pas un révolutionnaire : son autre objectif est la colonisation, convaincu que les nations « civilisées » ont un devoir envers les « peuples primitifs ». Il développe ainsi l’empire colonial français, notamment en Tunisie et en Extrême-Orient, avant de chuter politiquement à cause d’un échec militaire en Indochine.


Ferdinand Buisson (1841-1932) est contemporain de Ferry et en devient son continuateur. Initialement professeur de philosophie et opposant républicain sous le Second Empire, il s’exile et étudie les systèmes éducatifs dans le monde. Nommé inspecteur général puis directeur de l’enseignement primaire sous Ferry, il reste en poste longtemps après le départ de celui-ci. Plus tard, il devient professeur de sciences de l’éducation à la Sorbonne et organise l’un des événements scientifiques majeurs de la IIIᵉ République : il dirige le Dictionnaire de pédagogie et d’instruction primaire, la plus grande encyclopédie sur l’éducation de son époque.

Le conflit entre l’État et l’Église se durcit avec l’arrivée de Jules Ferry au ministère. À la fin du XIXᵉ siècle, l’Église catholique joue un rôle politique et considère que la religion et l’instruction sont indissociables. Pour elle, il n’y a pas de demi-mesure : c’est l’école de Dieu ou l’école du diable.


La politique de laïcité de Jules Ferry vise à rendre l’école neutre, sans influence religieuse. Jules Ferry n’est pas un révolutionnaire : sa laïcité progresse en plusieurs étapes pour habituer progressivement l’opinion publique au divorce entre l’institution et la religion.


  • Première étape (1879) : les religieux sont exclus des commissions de surveillance de l’enseignement public. Depuis la loi Guizot de 1833, ces comités locaux supervisaient les écoles. Ferry estime que les religieux n’ont pas les compétences nécessaires pour encadrer les instituteurs.


  • Deuxième étape (loi du 28 mars 1882) : la laïcité est introduite dans les programmes. L’instruction religieuse et le catéchisme disparaissent des écoles publiques, remplacés par l’instruction morale et civique visant à former de futurs citoyens. Toutefois, les rythmes scolaires sont adaptés : les élèves ont un jour libre (jeudi) pour suivre le catéchisme en dehors de l’école.


Conséquence pratique : les crucifix et autres signes religieux sont retirés des salles de classe. Jules Ferry ne reste pas longtemps au pouvoir, mais sa réforme marque le début de la séparation effective entre instruction publique et religion.


  • Troisième étape (loi Goblet, 1886) : la laïcisation s’étend aux personnels enseignants. Les écoles publiques deviennent laïques et gratuites, tandis que les écoles privées, majoritairement religieuses, continuent à enseigner selon leurs programmes et restent payantes.


Cette séparation entraîne ce que l’on appelle la « guerre scolaire », une tension durable entre écoles publiques et privées jusqu’aux années 1960. Elle se manifeste dans les programmes (français, littérature) mais aussi socialement : élèves du public et du privé ne se mélangent pas, et les confrontations peuvent être violentes ou conflictuelles.


L’héritage de Jules Ferry et les réformes scolaires républicaines.

Définition

Méritocratie
Idéal de société qui souhaite que les positions sociales soient attribuées en fonction du mérite. Le mérite c’est à la fois les talents et le travail notamment scolaire.

La France au XIXᵉ siècle fait l’apprentissage de la démocratie. Les républicains considèrent que seule l’école peut former des citoyens attachés à la République. Autour de Jules Ferry, ils militent pour que l’école transmette aux élèves les principes démocratiques et les prépare à devenir des citoyens responsables.


Le XIXᵉ siècle est également marqué en Europe par le développement des nationalismes. Le nationalisme désigne les mouvements qui souhaitent établir l’équation : un peuple = une nation = un État.


La France est particulière, car elle est déjà une nation-État depuis longtemps. Cependant, l’élan nationaliste se renforce après la défaite de 1870-1871 contre l’Allemagne, ce qui influence directement le programme scolaire. Les cartes géographiques des écoles montrent les provinces perdues dans une autre couleur, souvent le noir, pour marquer la perte territoriale.


À partir de Jules Ferry, l’école a pour mission de former des Français autour de valeurs nationales communes : la maîtrise de la langue française, la connaissance de la géographie et de l’histoire de la France, ainsi qu’une morale civique qui renforce le sentiment d’appartenance à la République et à la nation.

Le projet scolaire républicain s’appuie sur le rationalisme des Lumières et les principes issus de la Révolution française. Jules Ferry, héritier de ce courant, s’inspire notamment du plan Condorcet, notamment sur les notions de gratuité et de laïcité. Les républicains de son époque sont également influencés par l’anticléricalisme, c’est-à-dire l’hostilité à l’influence du clergé catholique, et par la défense de la liberté de conscience.


Ferry défend l’idée que l’école doit être neutre, car elle accueille tous les enfants, qu’ils soient croyants ou non. La laïcité permet ainsi d’établir la liberté de conscience. Les républicains autour de Jules Ferry sont des progressistes : ils considèrent que le progrès, notamment scientifique, apporte des bienfaits matériels et moraux à la société. Cette vision s’inscrit dans le courant du positivisme, la conviction que la science peut déterminer l’avenir de l’humanité.


Jules Ferry (1832-1893) est avocat et né dans une famille catholique. Il se détache progressivement de la religion, sans être athée. Sous le Second Empire, il devient républicain et s’engage dans la cause de l’instruction, notamment pour le peuple et les filles. Après la proclamation de la IIIᵉ République, il est élu député républicain et occupe le ministère de l’Instruction publique de 1879 à 1885. À partir de 1880, il cumule ses fonctions avec la présidence du Conseil, soit le rôle de premier ministre. Ferry n’est pas un révolutionnaire : son autre objectif est la colonisation, convaincu que les nations « civilisées » ont un devoir envers les « peuples primitifs ». Il développe ainsi l’empire colonial français, notamment en Tunisie et en Extrême-Orient, avant de chuter politiquement à cause d’un échec militaire en Indochine.


Ferdinand Buisson (1841-1932) est contemporain de Ferry et en devient son continuateur. Initialement professeur de philosophie et opposant républicain sous le Second Empire, il s’exile et étudie les systèmes éducatifs dans le monde. Nommé inspecteur général puis directeur de l’enseignement primaire sous Ferry, il reste en poste longtemps après le départ de celui-ci. Plus tard, il devient professeur de sciences de l’éducation à la Sorbonne et organise l’un des événements scientifiques majeurs de la IIIᵉ République : il dirige le Dictionnaire de pédagogie et d’instruction primaire, la plus grande encyclopédie sur l’éducation de son époque.

Le conflit entre l’État et l’Église se durcit avec l’arrivée de Jules Ferry au ministère. À la fin du XIXᵉ siècle, l’Église catholique joue un rôle politique et considère que la religion et l’instruction sont indissociables. Pour elle, il n’y a pas de demi-mesure : c’est l’école de Dieu ou l’école du diable.


La politique de laïcité de Jules Ferry vise à rendre l’école neutre, sans influence religieuse. Jules Ferry n’est pas un révolutionnaire : sa laïcité progresse en plusieurs étapes pour habituer progressivement l’opinion publique au divorce entre l’institution et la religion.


  • Première étape (1879) : les religieux sont exclus des commissions de surveillance de l’enseignement public. Depuis la loi Guizot de 1833, ces comités locaux supervisaient les écoles. Ferry estime que les religieux n’ont pas les compétences nécessaires pour encadrer les instituteurs.


  • Deuxième étape (loi du 28 mars 1882) : la laïcité est introduite dans les programmes. L’instruction religieuse et le catéchisme disparaissent des écoles publiques, remplacés par l’instruction morale et civique visant à former de futurs citoyens. Toutefois, les rythmes scolaires sont adaptés : les élèves ont un jour libre (jeudi) pour suivre le catéchisme en dehors de l’école.


Conséquence pratique : les crucifix et autres signes religieux sont retirés des salles de classe. Jules Ferry ne reste pas longtemps au pouvoir, mais sa réforme marque le début de la séparation effective entre instruction publique et religion.


  • Troisième étape (loi Goblet, 1886) : la laïcisation s’étend aux personnels enseignants. Les écoles publiques deviennent laïques et gratuites, tandis que les écoles privées, majoritairement religieuses, continuent à enseigner selon leurs programmes et restent payantes.


Cette séparation entraîne ce que l’on appelle la « guerre scolaire », une tension durable entre écoles publiques et privées jusqu’aux années 1960. Elle se manifeste dans les programmes (français, littérature) mais aussi socialement : élèves du public et du privé ne se mélangent pas, et les confrontations peuvent être violentes ou conflictuelles.