I. L’omniprésence de la guerre à l’époque moderne
- Permanence de la conflictualité
- Les guerres sont fréquentes : 2 années sur 3 sont marquées par des conflits.
- Augmentation des armées : 500 000 soldats au XVIIe siècle (85 millions d’habitants), 1,3 million début XVIIIe.
- Compatibilité avec une société chrétienne :
- La guerre est ancrée dans la religion avec des concepts comme la « guerre juste » ou la « guerre sainte ».
- Éthique militaire et dignité :
- Noblesse associée à la guerre ; cette dignité s’étend à toute la population masculine (protection de la famille, port d’armes).
- Port d’armes récurrent (individuel et collectif) : milices bourgeoises, remparts des villes, défense collective.
- Pas de distinction claire entre civils et militaires : tout homme peut être mobilisé pour la guerre.
- Les raisons des guerres
- Politiques : défense de territoires, équilibre des forces.
- Religieuses : guerres catholiques/protestants, chrétiens/musulmans (surtout aux XVIe-XVIIe siècles).
- Nationalisme : sentiment national et xénophobe, renforçant la violence pour des raisons territoriales.
- Guerre dans la vie quotidienne
- Paysages marqués par les châteaux, remparts, armes omniprésentes.
- Guides de voyage pour l’élite décrivent fortifications et sites militaires.
- Lente professionnalisation des armées : émergence de régiments spécialisés (mercenaires suisses, cavalerie croate, hussards).
- Mercenariat : phénomène majeur, mercenaires utilisés par différents États européens.
II. Culture de la violence et contrôle de soi
- Sensibilité différente
- La violence est perçue comme normale ; armes et guerres font partie du quotidien.
- Peuples habitués à régler les conflits par la violence ; absence de forces de police avant le XVIIIe siècle.
- Exemple : gravures de Jacques Callot représentant la violence de la guerre, massacre des paysans.
- Proximité avec la violence favorise les guerres civiles (XVIe-XVIIIe siècles).
- Origine de la violence
- Soldats : pillages, viols, mise à sac des villes (exemple : sac de Rome par Charles Quint, 1527).
- Noblesse combattante : nobles attachés aux armes, devoir de défense de la société (milices locales, seigneurs mobilisés).
- Milices : participation de tous les hommes à la défense locale, milices non professionnelles jusqu’à leur disparition progressive avec la professionnalisation des armées.
- Circulation des armes
- Armes blanches et à feu : très courantes au XVIe-XVIIe siècles, marché d’armes actif.
- Désarmement progressif : à partir du XVIIe siècle, la population civile est de moins en moins armée, phénomène qui continue jusqu’au XXe siècle avec une spécialisation des armées.
III. Les obligations militaires des populations européennes
- Obligations militaires anciennes
- Devoir militaire : protéger sa famille, ses biens, sa terre.
- Tradition du devoir militaire depuis l’Empire romain, persistant dans les sociétés féodales (exemple : Heerfolge et Landfolge chez les Germains).
- Milices et groupes armés
- Milices bourgeoises dans tous les pays européens.
- Exemple Espagne : en 1516, une milice de 31 800 hommes envisagée, portée à 60 000 hommes en 1590.
- Exemple France : grande variété de milices avant la création d’une milice royale sous Louis XVI.
- Protection des littoraux
- Milices garde-côtes : François Ier institue les premières en France (chaque homme de 18 à 60 ans dans les paroisses côtières doit se mobiliser).
IV. Évolution des armes et de la guerre au XVIIIe siècle
- Recul de la guerre dans certaines régions
- Italie : détachement progressif face à la guerre, recours au financement (mercenaires).
- Provinces-Unies : désarmement après la guerre contre l’Espagne (1558-1658), devenant une puissance commerciale.
- Angleterre : réduit les milices tout en maintenant une flotte puissante pour protéger le commerce.
- France : fin XVIIe, constitution de la ceinture de fer de Vauban, déplacement des priorités vers le commerce avec les Antilles et le Canada.
- Espagne : désarmement progressif, l’économie commerciale prenant le dessus sur la guerre.
- Émergence des États militaires en Europe du Nord et de l’Est
- Suède : création d’une petite armée nationale sous Gustave Adolphe et Charles XI (milices permanentes, recrutement dès 9 ans).
- Prusse : Kantonsystem (1731), tous les hommes valides sont des soldats dès 10 ans.
- Deux Europe opposées : désarmement à l’ouest, militarisation accrue à l’est.
Points clés à retenir
- Omniprésence de la guerre à l’époque moderne, touchant toutes les couches de la société.
- Éthique militaire liée à la noblesse, puis progressivement à l’ensemble de la population masculine.
- La violence est perçue différemment qu’aujourd’hui, acceptée comme un mode de vie et de résolution des conflits.
- Circulation et usage des armes étaient courants avant un désarmement progressif des civils.
- Transition vers la professionnalisation des armées et la spécialisation dans certains États.
