Antoine-François Prévost, né en 1697 en France, dans une famille de bonne bourgeoisie. Il rejoint les Jésuites mais a une vie très mouvementée qui l'amènera à faire de nombreuses rencontres et ainsi à écrire. Son œuvre est entre le classicisme mouvement un peu dépassé pendant la régence car les libertés sont mises à l'avant, il est donc aussi un des précurseurs du Réalisme. Manon Lescaut est un bon reflet de ce mélange d'influence avec le début de l'influence des Lumières que Prévost fréquentait beaucoup, le livre fut publié en 1731 et il fit mauvaise presse à l'époque encore plus avec la réputation du Roman. Il y a plusieurs thèmes abordés dans Manon Lescaut : La passion amoureuse, la marginalité, l'amour de la richesse, le mensonge et le rejet.
Présentation de l'œuvre
A retenir :
Le parcours dans lequel s'inscrit l'œuvre est : "Personnages en marge, plaisirs du romanesque"
1er texte : Début du récit encadré
- Début du récit encadré : Renoncour retranscrit fidèlement la parole de Des Grieux, récit enchâssé. Changement de narrateur.
- Problématique du texte : Comment ce texte, grâce aux interventions de Des Grieux en tant que narrateur, renouvelle-t-il le topos romanesque de la rencontre amoureuse ?
- 1er mouvement : Un récit rétrospectif qui marque le début de l'intrigue
- Narrateur-personnage, Des Grieux, récit du souvenir de la rencontre en focalisation interne :
- point de vue l1 par la 1ere personne du singulier : "j'avais"
- Récit rétrospectif : expression du regret avec interjection "hélas !" + proposition exclamative "que ne…" ⮕ poids du destin
- Ce passage = réel début de l'intrigue, incipit car situation spatio-temporelle:
- lieu = Amiens, rencontre le jour du départ en vacance de Des Grieux
- Narrateur : naïf, en présence de son ami fidèle
- Texte narratif avec personnage en action, rythme captivant et talent oratoire de Des Grieux :
- lieux qui se resserrent (Amiens ⮕ Hôtellerie)
- passé simple + verbe d'action
- rencontre présentée comme le fruit du hasard : la rencontre de Manon est survenu = négation restrictive (Des Grieux est sans mauvaises intentions (avec association Des Grieux/Tiberge))
- 2ème mouvement : Le topos de la rencontre amoureuse
- Ce passage correspond à un topos à 1ere vue
- Apparition de Manon = scène de théâtre dont Des Grieux est le spectateur : Manon reste seule en "scène" en se distinguant des autres
- "nous vîmes"
- conjonction de coordination "Mais" = effet de rupture
- isolement : emploi du singulier "une", "seule"
- lieu clos : "la cour" = scène
- Intérêt de Des Grieux : s'interroge et remarque des détails "fort jeune" = annonciateur de l'amour
- Récit du coup de foudre traditionnel + commentaire du Des Grieux-narrateur :
- coup de foudre immédiat "tout d'un coup" + VB passé simple
- Manon n'est pas décrite on ne connait que l'effet qu'elle fait : Des Grieux est ensorcelé
- Remarque de DG : longue phrase complexe (prop sub circ de cons w/ 2 relatives + doubles négations) = insister sur le caractère bouleversant de cette rencontre : tomber amoureux de Manon le métamorphose
- 3ème mouvement : L'interaction entre Manon et Des Grieux= un topos de rencontre renouvellé*
- Ce passage = 1ere échange entre DG et Manon
- Alternance des discours : narrativisé, indirect et indirect libre
- A 1ERE VUE : échange traditionelle
- Homme vers femme
- Question justifiée
- Manon = jeune fille naïve
- MAIS EN REALITE : échange renouvelant le topos de la rencontre amoureuse
- Contraire des rôles stéréotypes : DG = naïf, retenu et Manon = assurée, à l'aise , expérimentée
- DG fait preuve d'ironie : "l'amour me rendait si éclairé"
- Hyperbole " un coup mortel pour mes désirs" : il s'exprime directement en déclarant ses sentiments
- Manon discours indirect libre : Elle n'est pas innocente et n'a pas l'intention de rentrer au couvent
- "Penchant au plaisir" de Manon = maladie "s'était déjà déclaré" est très éloigné du stéréotype de la jeune fille ingénue
- Fin de l'extrait = Prolepse : On comprend que leur amour va être un moteur du romanesque, péripéties + envie de lire la suite + dimension tragique
- CCL :
- Scène inaugural et programmatique (Prolepse)
- Rencontre raconté et perçu par Des Grieux = coup de foudre
- Exploitation du topos de la rencontre amoureuse de manière originale et scellant le destin du couple
Texte 2 : L'évasion de Saint-Lazare
- Ce texte se situe dans le récit par Des grieux après la tentative d'escroquerie ratée des 2 amants. Récit encadré
- Problématique du texte : Comment cet épisode romanesque indique la marginalisation de Des Grieux ?
- 1er mouvement : Une scène d'évasion particulièrement romanesque
- Ce mouvement est une "scène" = temps à part dans le récit où l’on va se concentrer sur des détails
- Cette scène est particulièrement romanesque :
- Sa thématique : évasion d’une prison : champ lexical de l’enfermement : clés, verrous
- Son rythme :
- Phrases courtes : verbes d’action et de mouvement au passé simple : le récit est vivant et haletant
- Indications temporelles : donnent le rythme de l’action et permettent de la suivre en direct
- Les interactions entre les personnages : échanges Père/DG = discours direct qui contribue à cette dimension romanesque : exclamations + questions rhétoriques.
- Son suspense :
- “Je me croyais déjà libre” : rappelle que le récit rétrospectif + suspense : élément perturbateur à venir
- Précision de la posture avec un parallélisme : sorte d’arrêt sur image, l’action est en suspens, le personnage est figé
- Ses événements : l’entrée en scène d’un nouveau personnage = coup de théâtre, narration dramatisée : verbes au présent de narration + détails des lieux + phrases qui se juxtaposent et donnent les faits.
- Cette scène marque aussi le basculement du personnage de Des Grieux dans la marginalité, devenant meurtrier :
- Des Grieux-narrateur commence à rejeter la responsabilité du crime à venir sur le père (“imprudent”) puis le domestique en employant des qualificatifs péjoratifs
- Crime raconter par 3 verbes (ps) + phrases courtes = aucune hésitation
- DG est très cynique (impudent) donc lâcheté du crime, il n'en porte pas la responsabilité : discours direct et accusation ("fièrement" cynique ++)
- Indications spatiales + verbes d’action : fin de la scène d’évasion
- 2ème mouvement : L'annonce des prochaines péripéties
- Confirme le passage de DG dans la marginalité :
- Complices/personnages immoraux comme Lescaut
- Discours indirect + discours direct où Des Grieux accuse Lescaut cette fois : c’est le troisième rejet de responsabilité du crime
- Soulagement de Des Grieux qui échappe à la prison : marque de son cynisme et de son égoïsme
- Indications temporelles : ellipse +analepse sur les trois mois passés à la prison Saint-Lazare + détails sur le dîner + Adverbe "mortellement" : hyperbole de la mort du domestique = Cynisme ++, DG 0 remords
- Evocation de Manon = retour au thème principal du récit : la passion de DG pour Manon
- CCL :
- Passage romanesque = récit subjectif (Narrateur DG)
- Aucun remords
- Passage de DG dans la marginalité (meurtre) POUR Manon = ampleur de la passion
- Mort de Manon à la fin = punition pour cet acte ?
Texte 3 : La mort de Manon
- Le texte se situe vers la fin du récit de Des Grieux, nous sommes cependant toujours dans le récit encadré
- Problématique du texte : En quoi ce passage tragique vient-il transfigurer l'histoire d'amour entre le chevalier Des Grieux et Manon Lescaut, la rendant sublime ?
- 1er mouvement : Le renouvellement d'un topos tragique : la mort de l'être aimé
- La scène est réinscrite par le narrateur dans une perspective religieuse, celle de la rédemption :
- forte présence du lexique religieux (âme, Ciel, puni)
- évocation du châtiment divin (Il a voulu)
- dévaluation de la vie terrestre (traîné... une vie languissante et misérable)
- sacrifice de soi : refus d'un bonheur à venir + présent indicatif = valeur scène
- Cela renouvelle d’une certaine façon le topos tragique de la mort de l’être aimé car dans l’idéal littéraire et mythique les amants meurent ensemble et sont ainsi réunis (Tristan et Iseut, Roméo et Juliette…). Ici, Des Grieux renonce et reste alors que Manon part
- 2ème mouvement : Une scène d'amour
- Dans ce mouvement, l'usage du passé simple est la marque du retour en arrière propre aux mémoires
- Caractère pathétique de la scène :
- verbe demeurai = attitude prostrée du narrateur
- l'indication temporelle "plus de vingt-quatre heures" : deuil abolit la perception habituelle du temps
- Champ lexical du corps = scène d'amour
- Adjectif possessif = appropriation de l'objet amoureux au delà de la mort
- Scène tragique :
- "dessein" = désir de mort
- champ lexical de la mort souligne le caractère obsessionnel de ce désir + effets de reprises du vocabulaire
- Niveau de langue soutenu : mort d'un héros de tragédie
- Décision de DG d'ensevelir Manon = acte d'amour
- désir de mort de DG < désir d'enterrer Manon
- Adverbe "mais" marque l'opposition :
- vocabulaire de la raison montre une volonté d'action, dont le but est de protéger Manon = Rôle protecteur même après sa mort
- Projet d'ensevelissement :
- = acte d'amour (refus dégradation être aimé)
- = acceptation de l'évidence cruelle de la mort "fosse"
- 3ème mouvement : L'ensevelissement héroïque de Manon : la rédemption de Des Grieux
- Le narrateur met l’accent sur le caractère héroïque de son effort :
- Extrême affaiblissement physique = mort-vivant
- Emploi de l’hyperbole (si proche de ma fin, j’eus besoin de quantité d'efforts) souligne l’héroïsme de l'action
- Ensevelissement de Manon = mission sacrée, comme le suggère la connotation religieuse du mot “office”
- Caractère pathétique par la simplicité des gestes et au dénuement du paysage :
- cadre : lieu de désolation : campagne couverte de sable
- l'épée symbolise l'état du chevalier instrument de fossoyeur : DG exécute humblement sa mission
- l'usage des mains pour creuser = dévouement total/ ultime don de soi dans l'amour
- Enterrement de Manon : phrases courtes qui détaillent au passé simple les actions de Des Grieux toutes commençant par "Je" = rituel. Faire le récit = ultime hommage :
- Vocabulaire d'éloge et tournures hyperbolique
- Le héros rend un culte/ fait une cérémonie de ce moment pour Manon : protection de la dépouille en se dénudant + attitude recueillement
- L'enterrement est une scène d'amour :
- proximité des pronoms personnels "Je ne la mis" = réunion des amants
- Vocabulaire amoureux cache la mort : euphémisme pour l'ensevelissement de Manon (ensevelir évoque avec délicatesse l'enterrement)
- Négation = refus de la séparation définitive
- Tournures hyperboliques = effet pathétique; "pour toujours"
- Personnification de la Terre = fonction maternel à laquelle le narrateur confie Manon
- 4ème mouvement : L'apothéose tragique/ Des Grieux entre passion et religion
- Manon n'est plus là, la fosse devient métonymie de l'être aimé :
- DG a accompli sa mission et souhaite mourir : il est dirigé vers la fosse. Sa Détermination à mourir est réaffirmé 2 fois
- Souhait de la mort ⮕ péché du désespoir = attitude renvoie au clivage entre passion et religion du personnage
- Sa prière au Ciel = blasphème
- CCL :
- Divinisation de Manon + épuration de tout ce que cette passion a pu avoir de condamnable
- Clôture de manière pathétique et tragique le roman romanesque d'un "fripon" et d'une "catin" marginaux
- introduction de la sensibilité dans le roman = texte précurseur du courant romantique.
Texte 4 : Notre-Dame de Paris, Victor Hugo
- Extrait de l'œuvre Notre-Dame de Paris, publié en 1831, cette œuvre s'inscrit également dans le Romantisme et dans le Réalisme. Victor Hugo était un des acteurs principaux du mouvement romantique au XIXe Siècle.
- Problématique du texte : Comment Victor Hugo, en proposant une description paradoxale de Quasimodo, parvient il à célébrer l'héroïsme d'un personnage pourtant marginal ?
- 1er mouvement : Point de vue externe : le portrait paradoxal de Quasimodo
- Nombreux verbes de supposition = point de vue externe "qu'il paraissait"
- "S'était arrêté" : verbe qui exprime une pause et permet une description du personnage à l'imparfait
- Champ lexical du corps : "pieds" , "tête", "épaules", ASSOCIE à des termes dépréciatifs (Qas) pieds "larges", "pas de cou"
- Comparaisons de son corps aux piliers de la cathédrale et au lion : force physique⮕ positifs
- ALORS Quasimodo est décrit comme laid/difforme mais également puissant, majestueux
- On a l'impression que Quasimodo désire Esmeralda :
- Il lui donne un caractère exceptionnel : adjectifs élogieux : "exquise"
- Il la réifie (=objet) : "chose", "trésor"
- Verbes et noms faisant référence au toucher : "toucher" = désir de possession
- Mais les 2 personnages sont représentés comme opposés :
- opposition des actions : Quasimodo agit "tenait" / Esmeralda passive "suspendue"
- opposition physique : Quasimodo est rustre "calleuse" / Esmeralda fragile : comparaison à un drap
- crainte de Quasimodo : "n'oser la toucher, même du souffle"
- Désir de possession= tendresse maternelle, protectrice: étonnant pour Quasimodo (force et animalité) : triple comparaison + gradation
- Amour pour Esmeralda est pur et le transfigure : la laideur, la force et la tendresse sont simultanées dans une énumération qui humaniser Quasimodo. Ce que le narrateur décrit c’est cette transfiguration, cette métamorphose de Quasimodo qui s’opère à ce moment-là dans le regard de la foule.
- Quasimodo est paradoxal : métaphore-hyperbole "inondait" opposée à la métaphore "plein d'éclairs"
- antithèse du personnage doux/menaçant
- 2ème mouvement : Point de vue omniscient : la révolte héroïque de Quasimodo
- Quasimodo ne regarde plus Esmeralda; il lève les yeux pour entre face à face à la foule
- Peuple en proie aux émotions : bouleversée par l'héroïsme de Quasimodo et attendrit par la victime :
- pluriel "les femmes", terme collectif "foule" = groupe divisé
- antithèse : "riaient" et "pleuraient"
- "trépignait d'enthousiasme" : la foule est exaltée, comme à un spectacle
- "Car" : explication : foule en délire par la majestuosité du geste de Quasimodo
- Quasimodo devient ainsi beau pas la grandeur et l'héroïsme de ses actions :
- Déterminant possessif "sa beauté" associé à l'adverbe "vraiment" : beauté originale, point de vue omniscient
- Le reste du mouvement est dans une très longue phrase avec antithèses entre 3 appositions ("orphelin, enfant, trouvé, rebut). Cette phrase si longue décrit et explique la beauté complexe et paradoxale de Quasimodo.
- Quasimodo est un marginal; il est opposé à la société :
- "cette société/dont il était banni": marginalité
- "et dans laquelle il intervenait si puissamment" : caractère extraordinaire de l'évènement : il est marginal mais intervient contre la justice
- "Cette justice humaine/à laquelle il avait arraché sa proie, tous ces tigres forcés de mâcher à vide": métaphore société= prédateurs: critique et déshumanisation de la société
- "cette justice", "ces sbires" : critique du pouvoir et de ses agents
- Verbe d'action en gradation : "intervenait", "avait arraché", "venait de briser" : Quasimodo est perçu de + en + puissant par la foule
- Opposition force du roi/dieu : action de Quasimodo légitimée car une dimension divine lui est donnée.
- 3ème mouvement : Point de vue omniscient : l'union glorieuse des marginaux
- "Touchant" : narrateur omniscient : il surplombe la scène + Tonalité pathétique
- 1er mouvement opposition Q et E, le dernier mouvement les unit :
- Plus de noms, les personnages sont désignés par leurs souffrances ("difforme", "malheureux")
- Allégorie finale : "les deux misères" + personnages réunis : "les deux" + vb pronominaux "s'entraidaient" = Quasimodo porte secours à Esmeralda mais elle lui permet de devenir un héros
- apothéose du récit qui célèbre la grandeur morale de l'union des plus faibles, rejetés pour leur physique ou leur statut.
- CCL:
- Description paradoxal de Quasimodo : A la fois laid, marginal, fort ,héroïque
- Montre l'héroïsme des marginaux qui luttent contre l'injustice (Cf Les Misérables)
