Clémence Perronnet souligne également une forte inégalité de genre dans ces filières. Les filles sont de moins en moins présentes à mesure que l’on avance dans les parcours scientifiques. À niveau scolaire égal, elles ont tendance à se sous-estimer, tandis que les garçons ont davantage confiance en leurs résultats. Cela contribue à renforcer les écarts de parcours entre filles et garçons dans les filières scientifiques.
Clémence Perronnet souligne qu’il faut être prudent lorsqu’on explique les différences de confiance entre filles et garçons en mathématiques. Dans de nombreuses enquêtes, les filles disposent de moins de modèles féminins dans les domaines scientifiques, que ce soit dans les médias ou à l’école. Par exemple, dans certains programmes éducatifs, les femmes sont très peu représentées, ce qui peut influencer les représentations des élèves. Ainsi, le sentiment de « ne pas être bonne » en mathématiques n’est pas une responsabilité individuelle, mais le résultat d’un environnement social et culturel.
Les mathématiques ont été historiquement construites comme une discipline permettant de sélectionner les « meilleurs élèves », souvent associée à la réussite masculine. Ce processus contribue à façonner des identités sociales et à renforcer des stéréotypes de genre. On parle alors de biologisation du social, c’est-à-dire le fait d’attribuer des différences sociales à des causes naturelles supposées.
Les rapports sociaux doivent être compris comme des rapports de pouvoir et de domination qui s’entrecroisent, notamment entre genre et classe sociale. À l’école, les filières restent fortement genrées : les filières scientifiques sont plus masculinisées, tandis que les filières littéraires sont plus féminisées. Pourtant, les filles réussissent globalement mieux que les garçons à l’école (moins de redoublements, meilleure réussite au bac et dans le supérieur), ce qui crée un paradoxe : malgré leur réussite, les inégalités de parcours persistent.
Des travaux comme ceux de Baudelot et Establet montrent que cette situation s’accompagne d’une forte ségrégation des filières et de stéréotypes de genre persistants. Nicole Mosconi souligne également que les représentations entre filles et garçons restent très marquées, influençant les interactions en classe et les choix d’orientation.
Enfin, la mixité scolaire ne suffit pas à effacer ces stéréotypes. Les interactions en classe ne sont pas neutres : les enseignants peuvent interroger différemment les élèves selon leur genre, et les élèves eux-mêmes intériorisent des normes qui influencent leurs comportements et leurs choix scolaires.
La mixité à l’école constitue un cadre important pour analyser les stéréotypes de genre. Des interventions sur les interactions scolaires, notamment évoquées par Marie Duru-Bellat, s’appuient sur des travaux de psychologie sociale pour montrer que les enseignants, souvent sans en avoir conscience, adoptent des pratiques pouvant être discriminantes.
Ces stéréotypes influencent fortement la vie en classe : les garçons sont plus souvent interrogés, en particulier en mathématiques, et leur parole est perçue comme plus légitime. À l’inverse, les filles prennent davantage de temps pour s’exprimer et leur participation est moins valorisée. Cette différence traduit une inégalité dans la reconnaissance de la parole selon le genre.
Dans les interactions entre élèves, notamment en groupe de pairs, les jeunes cherchent à se conformer à des rôles de genre. L’école devient ainsi un lieu de construction de l’identité de genre, encadrée par des normes sociales. Pour les garçons, cela peut signifier soit rejeter l’école, soit réussir dans des disciplines considérées comme masculines. Toutefois, la réussite scolaire peut entrer en contradiction avec certaines normes de masculinité.
Pour les filles, la pression est différente : elles doivent répondre à des attentes liées à la féminité et à la séduction. Cette « norme de séduction » peut entrer en conflit avec l’investissement scolaire, certaines filles privilégiant alors leur image sociale au détriment de la performance académique.
Par ailleurs, la construction d’une masculinité dominante valorise parfois la contestation de l’autorité chez les garçons. Des tensions peuvent également apparaître entre les enseignants et les conseillers principaux d’éducation (CPE), ces derniers étant souvent plus attentifs au contexte global de l’élève.
Enfin, les stéréotypes de genre influencent aussi la perception que les élèves ont de leurs propres compétences. Par exemple, les filles réussissent moins bien lorsque des exercices sont présentés comme relevant de domaines stéréotypés masculins (comme la géométrie), et leurs performances diminuent en situation de mixité par rapport à des groupes non mixtes. Ces effets montrent la rapidité avec laquelle les stéréotypes peuvent impacter les résultats scolaires.
