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Lycée
Première

Explication linéaire n°4 : "Le Crapaud" de Tristan Corbière

Introduction

  • En 1884, Paul Verlaine fit paraître un ouvrage intitulé Les Poètes Maudits parmi ses notices explorant les spécificités poétiques une consacrée à Rimbaud l'autre à Tristan de Corbière
  • En effet tous deux incarnent une poésie de la révolte et de la provocation
  • Tristan de Corbière est né en 1845 et meurt jeune en 1875 -> il était plutôt en marge de la société, assez excentrique à la fois dans sa vie et dans ses œuvres
  • Nous lisons un sonnet très original appartenant au recueil Les Amours jaunes, qui est une référence aux Amours de Ronsard
  • Ce sonnet a une forme inversée et met à l'honneur de façon provocatrice un animal très souvent rejeté et méprisé
  • Comment le poète transforme-t-il une créature répugnante en figure poétique ambivalente, à la fois inquiétante et émouvante ?

I. Une description inquiétante (v.1-6)

II. L'ambivalence du crapaud (v.7-14)

I. Une description inquiétante (v.1-6)

  • 1e strophe -> décor planté avec une obscurité oppressante associé à "une nuit sans air", air est un mot polysémique : à la fois air qu'on respire mais aussi celui qu'on chante : cela crée une contradiction entre un "chant" (v.1) d'une part et "sans air" (v.1) d'autre part
  • Au v.2, "lune" seule source de lumière -> métaphore "plaque de métal" (v.2) : connote la froideur (du métal) -> encore une fois un cadre dysphorique décrit -> atmosphère inquiétante prépare l'arrivée du crapaud
  • Végétation apparait au vers 3 avec l'expression "découpures du vert sombre" -> reprend le motif de l'obscurité
  • Au début du v.4, point de suspension permettent une pause, du suspense, une inquiétude augmente, une présence commence à s'imposer -> prépare l'arrivée du crapaud : aspect inquiétant
  • Au v.5, "enterré" rappelle l'enfouissement / effet d'oxymore avec opposition "vif" (v.4) et "enterré" (v.5) : effet déroutant
  • Idée d'une présence invisible (le crapaud) : source de mystère accentuée par les points de suspension (v.5 - 6)
  • Au v.6 montre qu'un dialogue se met en place, visibles par les tirets
  • Complément circonstanciel de lieu "dans l'ombre" (v.6) reprend l'idée d'obscurité -> amène idée d'angoisse et de suspens -> arrivée inquiétante, crapaud présenté comme un mystère effrayant

Dans cette 1e partie, l'arrivée du crapaud est préparée de façon inquiétante et angoissante, on imagine la présence invisible comme un danger effrayant : l'aspect inquiétant du crapaud est déjà amené par la description d'une nature effrayante, et cette mystérieuse présence angoissante et pleine de suspense

II. L'ambivalence du crapaud (v.7-14)

  • Dans le premier quatrain -> révélation de cette présence mystérieuse -> le crapaud se montre
  • Dialogue se poursuit entre le poète et sa compagne : crapaud va provoquer le dégoût, la surprise -> idée d'une créature répugnante, effrayante avec la mention de "peur" (v.7) -> interrogation "Pourquoi" + ironie cruelle du poète : "ton soldat fidèle" (v.8) -> le poète n'est ni effrayé ni dégoûté face au crapaud
  • Insistance avec impératif "Vois-le" (v.9)
  • Fin du premier quatrain -> crapaud associé à un "poète tondu" -> tondu : idée d'une perte, une déperdition, mutilation et privation continuant avec "sans aile" (v.9) : image de l'oiseau aussi renforcée par "rossignol de la boue" (v.10)
  • "Rossignol de la boue " -> expression déroutante qui se repose sur une série d'antithèses : rossignol associé à un vol libre dans les airs dont le chant est réputé pour sa beauté et sa pureté bien au contraire la boue désigne une matière pesante évoquant la saleté -> représentation même de la figure poétique ambivalente
  • Par cette expression antithétique le poète évoque une situation d'emprisonnement, idée d'une perte de puissance et de liberté, il désigne un être amoindri qui continue à provoquer l'effroi chez son interlocutrice : "Horreur !" (v.10) -> créature répugnante et inquiétante
  • Effroi accentué par allitération en [r] qui est répété au v.11 avec un double point d'exclamation comme si cette émotion grandissait
  • Incompréhension v.11 "Horreur pourquoi ?" -> le poète le voit lui comme une figure poétique, pas une créature répugnante
  • Nouvel impératif v.12 + mention d'un "œil de lumière" : source inattendue de beauté, a mauvaise réputation : par le regard on voit l'âme : l'œil est le miroir de l'âme, la porte d'entrée : symbole de beauté intérieure -> idée d'une figure poétique ambivalente : extérieur peu attrayant, intérieur beau : figure poétique émouvante
  • Adverbe de négation "Non" (v.13) amène un échec -> reprise de la froideur : "froid" (v.13) et "sous sa pierre" : idée de froideur aussi
  • Jeu avec la ponctuation : ligne de points -> Mise en valeur du dernier vers -> fait l’effet d’une chute brutale et touchante : « Bonsoir — ce crapaud-là c’est moi. » : le poète s’identifie pleinement à cet être laid mais sensible, à la fois chantre et exclu, et donne à son poème une dimension autobiographique bouleversante : cette identification finale révèle que derrière cette créature méprisée se cache une âme blessée, une voix poétique en marge, émouvante et sincère

2e partie, nous montre l'ambivalence du crapaud qui provoque à la fois du dégout et de l'effroi mais aussi de l'émotion : il cache une véritable beauté intérieure : le poète s'identifie à lui

Conclusion

Pour conclure,

  • À travers ce poème singulier, Tristan Corbière parvient à transformer une créature généralement perçue comme répugnante (le crapaud) en une figure poétique ambivalente, à la fois inquiétante et touchante
  • Dans un premier temps, il installe un décor oppressant et mystérieux, renforçant l’idée d’une présence effrayante
  • Puis, dans un second temps, il bouleverse cette image initiale en donnant au crapaud une dimension humaine, presque émouvante, jusqu’à s’identifier lui-même à cette créature marginalisée
  • Par ce renversement inattendu, Corbière bouscule les représentations habituelles de la laideur et montre que la poésie peut surgir là où on ne l’attend pas, même dans la boue : cette réhabilitation du monstrueux devient une manière pour le poète de revendiquer sa différence, et d’ériger sa propre marginalité en force poétique
  • Cette figure du poète rejeté et mal compris rappelle "l’Albatros" de Baudelaire, oiseau majestueux dans les airs mais maladroit et humilié une fois à terre : comme chez Corbière, c’est dans la souffrance et le rejet que naît la vraie poésie, et que le poète révèle sa grandeur.
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Explication linéaire n°4 : "Le Crapaud" de Tristan Corbière

Introduction

  • En 1884, Paul Verlaine fit paraître un ouvrage intitulé Les Poètes Maudits parmi ses notices explorant les spécificités poétiques une consacrée à Rimbaud l'autre à Tristan de Corbière
  • En effet tous deux incarnent une poésie de la révolte et de la provocation
  • Tristan de Corbière est né en 1845 et meurt jeune en 1875 -> il était plutôt en marge de la société, assez excentrique à la fois dans sa vie et dans ses œuvres
  • Nous lisons un sonnet très original appartenant au recueil Les Amours jaunes, qui est une référence aux Amours de Ronsard
  • Ce sonnet a une forme inversée et met à l'honneur de façon provocatrice un animal très souvent rejeté et méprisé
  • Comment le poète transforme-t-il une créature répugnante en figure poétique ambivalente, à la fois inquiétante et émouvante ?

I. Une description inquiétante (v.1-6)

II. L'ambivalence du crapaud (v.7-14)

I. Une description inquiétante (v.1-6)

  • 1e strophe -> décor planté avec une obscurité oppressante associé à "une nuit sans air", air est un mot polysémique : à la fois air qu'on respire mais aussi celui qu'on chante : cela crée une contradiction entre un "chant" (v.1) d'une part et "sans air" (v.1) d'autre part
  • Au v.2, "lune" seule source de lumière -> métaphore "plaque de métal" (v.2) : connote la froideur (du métal) -> encore une fois un cadre dysphorique décrit -> atmosphère inquiétante prépare l'arrivée du crapaud
  • Végétation apparait au vers 3 avec l'expression "découpures du vert sombre" -> reprend le motif de l'obscurité
  • Au début du v.4, point de suspension permettent une pause, du suspense, une inquiétude augmente, une présence commence à s'imposer -> prépare l'arrivée du crapaud : aspect inquiétant
  • Au v.5, "enterré" rappelle l'enfouissement / effet d'oxymore avec opposition "vif" (v.4) et "enterré" (v.5) : effet déroutant
  • Idée d'une présence invisible (le crapaud) : source de mystère accentuée par les points de suspension (v.5 - 6)
  • Au v.6 montre qu'un dialogue se met en place, visibles par les tirets
  • Complément circonstanciel de lieu "dans l'ombre" (v.6) reprend l'idée d'obscurité -> amène idée d'angoisse et de suspens -> arrivée inquiétante, crapaud présenté comme un mystère effrayant

Dans cette 1e partie, l'arrivée du crapaud est préparée de façon inquiétante et angoissante, on imagine la présence invisible comme un danger effrayant : l'aspect inquiétant du crapaud est déjà amené par la description d'une nature effrayante, et cette mystérieuse présence angoissante et pleine de suspense

II. L'ambivalence du crapaud (v.7-14)

  • Dans le premier quatrain -> révélation de cette présence mystérieuse -> le crapaud se montre
  • Dialogue se poursuit entre le poète et sa compagne : crapaud va provoquer le dégoût, la surprise -> idée d'une créature répugnante, effrayante avec la mention de "peur" (v.7) -> interrogation "Pourquoi" + ironie cruelle du poète : "ton soldat fidèle" (v.8) -> le poète n'est ni effrayé ni dégoûté face au crapaud
  • Insistance avec impératif "Vois-le" (v.9)
  • Fin du premier quatrain -> crapaud associé à un "poète tondu" -> tondu : idée d'une perte, une déperdition, mutilation et privation continuant avec "sans aile" (v.9) : image de l'oiseau aussi renforcée par "rossignol de la boue" (v.10)
  • "Rossignol de la boue " -> expression déroutante qui se repose sur une série d'antithèses : rossignol associé à un vol libre dans les airs dont le chant est réputé pour sa beauté et sa pureté bien au contraire la boue désigne une matière pesante évoquant la saleté -> représentation même de la figure poétique ambivalente
  • Par cette expression antithétique le poète évoque une situation d'emprisonnement, idée d'une perte de puissance et de liberté, il désigne un être amoindri qui continue à provoquer l'effroi chez son interlocutrice : "Horreur !" (v.10) -> créature répugnante et inquiétante
  • Effroi accentué par allitération en [r] qui est répété au v.11 avec un double point d'exclamation comme si cette émotion grandissait
  • Incompréhension v.11 "Horreur pourquoi ?" -> le poète le voit lui comme une figure poétique, pas une créature répugnante
  • Nouvel impératif v.12 + mention d'un "œil de lumière" : source inattendue de beauté, a mauvaise réputation : par le regard on voit l'âme : l'œil est le miroir de l'âme, la porte d'entrée : symbole de beauté intérieure -> idée d'une figure poétique ambivalente : extérieur peu attrayant, intérieur beau : figure poétique émouvante
  • Adverbe de négation "Non" (v.13) amène un échec -> reprise de la froideur : "froid" (v.13) et "sous sa pierre" : idée de froideur aussi
  • Jeu avec la ponctuation : ligne de points -> Mise en valeur du dernier vers -> fait l’effet d’une chute brutale et touchante : « Bonsoir — ce crapaud-là c’est moi. » : le poète s’identifie pleinement à cet être laid mais sensible, à la fois chantre et exclu, et donne à son poème une dimension autobiographique bouleversante : cette identification finale révèle que derrière cette créature méprisée se cache une âme blessée, une voix poétique en marge, émouvante et sincère

2e partie, nous montre l'ambivalence du crapaud qui provoque à la fois du dégout et de l'effroi mais aussi de l'émotion : il cache une véritable beauté intérieure : le poète s'identifie à lui

Conclusion

Pour conclure,

  • À travers ce poème singulier, Tristan Corbière parvient à transformer une créature généralement perçue comme répugnante (le crapaud) en une figure poétique ambivalente, à la fois inquiétante et touchante
  • Dans un premier temps, il installe un décor oppressant et mystérieux, renforçant l’idée d’une présence effrayante
  • Puis, dans un second temps, il bouleverse cette image initiale en donnant au crapaud une dimension humaine, presque émouvante, jusqu’à s’identifier lui-même à cette créature marginalisée
  • Par ce renversement inattendu, Corbière bouscule les représentations habituelles de la laideur et montre que la poésie peut surgir là où on ne l’attend pas, même dans la boue : cette réhabilitation du monstrueux devient une manière pour le poète de revendiquer sa différence, et d’ériger sa propre marginalité en force poétique
  • Cette figure du poète rejeté et mal compris rappelle "l’Albatros" de Baudelaire, oiseau majestueux dans les airs mais maladroit et humilié une fois à terre : comme chez Corbière, c’est dans la souffrance et le rejet que naît la vraie poésie, et que le poète révèle sa grandeur.