Durkheim ambitionne de faire de la sociologie une science à part entière, avec ses objets d’étude spécifiques et une méthode rigoureuse.
Les éléments nécessaires à une science selon lui :
- Un objet d’étude : le fait social, défini comme toute manière d’agir, de penser ou de sentir, extérieure à l’individu, et qui s’impose à lui.
- Une méthode : objective, rigoureuse, fondée sur l'observation extérieure des faits. Durkheim affirme qu’il faut “traiter les faits sociaux comme des choses”, c’est-à-dire les étudier avec la même rigueur que les sciences naturelles.
Le fait social se distingue :
- Du fait individuel : il ne peut se réduire aux actions d’un seul individu.
- De la somme des faits individuels : la société a une dynamique propre, irréductible aux comportements individuels.
Durkheim montre que les faits sociaux exercent une contrainte sur les individus, souvent de manière invisible ou implicite.
Holisme méthodologique : Durkheim adopte une approche dite holiste : il considère que le tout (la société) prime sur les parties (les individus).
La société s’impose aux individus et elle préexiste à eux
La conscience collective est l’ensemble des croyances et des sentiments communs à la majorité des membres d’une société.
- Elle dépasse la somme des consciences individuelles.
- Elle s’impose à chacun, guidant comportements, valeurs, et représentations.
- Durkheim met en garde contre les prénotions, c’est-à-dire les idées reçues qui donnent une fausse clarté sur les faits sociaux.
Durkheim voit dans la morale un cadre structurant fondé historiquement sur la religion (morale judéo-chrétienne, par exemple).
Caractéristiques de la morale :
- Universelle : certaines normes morales se retrouvent dans toutes les sociétés (ex : respect des morts, interdiction de l’inceste).
- Intemporelle et contraignante : elle s’impose aux individus sans qu’ils en soient toujours conscients.
- Évolutive : elle peut changer, mais lentement, et seulement si une majorité la réinterprète ou la rejette. Contrairement à la loi, la morale ne change pas du jour au lendemain.
Durkheim affirme que l’individu est souvent passif dans la construction morale : il intègre les normes du groupe auquel il appartient. Cette pression est souvent invisible, discrète, mais puissante.
Exemple : les idéaux de vie communs (réussite, argent, voyages) sont largement dictés par le groupe.
L’autonomie, définie comme la capacité à se donner sa propre loi, semble, chez Durkheim, compromise par la pression sociale :
- L’individu suit des modèles imposés.
- L’influence du groupe réduit la capacité à faire des choix réellement individuels.