SUSPENSION DU CONTRAT DE TRAVAIL : Technique de protection de l’emploi qui permet d’éviter la rupture du contrat lorsqu’un évènement extérieur (ou non) aux parties empêche temporairement l’exécution du CT
Elles sont multiples, mais regroupées en 3 grandes catégories :
- Causes légales donc imposées par la loi : Congés, arrêts maladies.
- Causes liées à l’employeur : Mise à pied.
- Causes liées au salarié : Grève, congé parental, maternité.
SECT. I. LE REGIME GENERAL DE LA SUSPENSION :
I. LES EFFETS DE LA SUSPENSION :
Dispense le salarié et l’employeur d’exécuter leurs obligations réciproques et cela tout en maintenant le lien contractuel.
A. La dispense d’exécution des obligations découlant du contrat de travail :
- Obligation principale :
Suspension du contrat autorise le salarié à ne pas exécuter sa prestation et également à l’employeur à s’abstenir à fournir le travail et à verser une rémunération au salarié.
2.Obligation secondaire :
📌 Cela n’empêche pas l'exécution des obligations accessoires :
➡️ Obligation de loyauté
➡️ Clause de non-concurrence, obligation de discrétion, etc.
Ça signifie que le salarié ne peut pas exercer une activité concurrente de celle de l’employeur pendant ses congés payés ou encore pendant un arrêt maladie.
B. Le maintien du lien contractuel :
Le contrat n’est pas rompu, seulement suspendu.
➡️ Le salarié reste membre de l’entreprise, peut être électeur et éligible (ex. élections CSE)
➡️ Il conserve certains avantages (logement, téléphone pro si usage perso…)
🔄 À la reprise : même emploi ou emploi similaire + même rémunération
C. Incidence de la suspension du contrat sur l’ancienneté du salarié :
les effets de la suspension du contrat varient car l’ancienneté s’entend de deux manières différentes selon les droits en cause :
1. L’ancienneté entendue comme services continus du salarié dans l’entreprise :
🟠 Sert au calcul :
- du préavis
- de l’indemnité de licenciement
- des congés payés
➡️ Les périodes de suspension ne sont pas comptées, sauf exceptions :
✔️ Congé maternité (L1225-24 C. trav.)
✔️ Maladie d’origine professionnelle ou non (L1226-7 + JP : Cass. soc., 2 mars 1994, n°91-45.750)
2. Ancienneté = appartenance à l’entreprise
🟢 Sert au calcul :
- de l’indemnité pour licenciement sans cause réelle et sérieuse
- de l’indemnité de licenciement irrégulier
➡️ Ici, les périodes de suspension sont intégrées.
II. LE CONCOURS DE CAUSES DE SUSPENSION :
🔁 Il peut arriver que plusieurs causes se superposent (grève + maladie, congé payé + maladie, etc.)
Quelle règle appliquer ?
➡️ Critère chronologique retenu par la jurisprudence : La première cause de suspension l’emporte.
🧠 Exemples :
- Un salarié tombe malade pendant une grève ➡️ il reste gréviste tant que la grève n’est pas finie.
- Un salarié tombe malade pendant ses congés ➡️ il reste en congé, pas d’arrêt maladie.
⚠️ Si la 2e cause persiste après la fin de la 1ère → elle prend le relais.
➡️ Exemple : salarié toujours malade après la grève ➡️ il entre en arrêt maladie.
SECT. II. LA MALADIE :
⚖️ Définition
➡️ La maladie est un trouble physique ou psychique qui rend le salarié temporairement inapte à exercer son activité professionnelle.
➡️ Elle peut résulter :
- D’une maladie non professionnelle 🏥
- D’un accident (professionnel ou non) ⚠️
La maladie ou l’accident entraîne toujours la suspension du contrat de travail, quelle qu’en soit l’origine.
La suspension démarre à partir de l’arrêt de travail prescrit par le médecin que le salarié transmet à l’employeur.
Obligations du salarié malade :
- Informer l’employeur le plus rapidement possible 📞 (souvent prévu par la convention collective)
- Justifier son absence avec un certificat médical 📩 (délai en général : 48h – jurisprudence constante)
Quelle est la sanction en cas de manquement du salarié à ses obligations ? :
Si le salarié n’informe pas ou n’envoie pas le certificat :
- Cela peut constituer une faute, voire une faute grave (🚨 licenciement possible)
- Les juges apprécient au cas par cas :
- Comportement du salarié
- Degré d’information de l’employeur
🧠 Exemples :
- Pas de faute grave si l’employeur était informé de l’état de santé
- Faute grave si mauvaise volonté ou absence de réponse aux sollicitations
I. CONSEQUENCES DE LA SUSPENSION
A. Conséquences de la suspension sur les obligations du salarié :
1. Dispense de fournir le travail
✅ Le salarié n’a pas à travailler, ni à collaborer avec l’employeur.
📲 Il peut ne pas répondre aux appels, messages, etc.
⚖️ Cass. soc. : l’employeur ne peut pas sanctionner pour ce motif.
🧾 Le salarié doit :
- Restituer les éléments nécessaires à l’entreprise (ex : fichier client, mot de passe)
➡️ Faute seulement si :
- Cela n’exige pas une prestation de travail
- Cela est indispensable au bon fonctionnement de l’entreprise
➡️ Si l’employeur lui fait travailler pendant l’arrêt :
- Pas de rappel de salaire car indemnité journalière
- ✅ Mais le salarié peut obtenir des dommages-intérêts automatiques pour non-respect de son droit au repos (préjudice nécessaire : pas besoin de prouver le préjudice)
2. Maintien de l’obligation de loyauté :
Concrètement est-ce que le respect de l’obligation de loyauté interdit au salarié l’exercice de toute activité pendant l’arrêt de travail ?
- le fait de partir en voyage pendant un arrêt de travail pour maladie ne constitue pas une violation de l’obligation de loyauté.
- arrêt du 12 octobre 2011 : activité exercée par le salarié cause un préjudice à l’employeur ou à l’entreprise = un manquement du salarié à son obligation de loyauté.
B. Conséquences de la suspension sur la rémunération :
Principe du contrat synallagmatique :
- Pas de travail = pas de salaire ❌
💸 Le salarié perçoit des indemnités journalières de la Sécurité sociale (IJSS ; ≈ 50 % du salaire brut) => insuffisant donc complément d’indemnisation qu’on appelle la « garantie de ressource » : article L1226-1.
1. Conditions de l’indemnisation
Il y en a 5 qui sont prévues par le code du travail :
- Envoi du certificat médical dans les 48h
- 1 an d’ancienneté à la date de l’absence
- Accepter une contre-visite médicale (organisée par l’employeur et non la Sécu)
- ❌ Si le salarié refuse : il perd son droit à l’indemnisation
- ⚠️ Mais aucune sanction disciplinaire possible
4.Être pris en charge par la Sécu
5.Se faire soigner en France ou dans l’UE
2. Durée et montant de l’indemnisation :
- 90 % du brut pendant 30 jours
- 66,66 % (2/3) du brut pendant les 30 jours suivants
- ⏱️ Ces durées sont prolongées selon l’ancienneté
⌛ Délai de carence
- 7 jours de carence ⛔ = paiement à partir du 8e jour
- ❗ Pas de carence pour ATMP : l’indemnisation démarre immédiatement
👛 En pratique : l’employeur avance toute l’indemnisation, puis est subrogé dans les droits pour récupérer les IJSS.
II. FIN DE LA PERIODE DE SUSPENSION :
La période de suspension du CT peut prendre fin soit de manière anticipée (donc par la rupture du contrat), ou bien par la reprise du travail.
A. Rupture du contrat de travail :
Dans quelles conditions cette rupture peut être admise ?
La rupture à l’initiative du salarié sans difficulté :
- Démission
- Prise d’acte de la rupture
La rupture à l’initiative de l’employeur : Le licenciement :
Principe : Interdiction de licencier un salarié en raison de son état de santé (Art. L1132-1 du Code du travail) 📌 Cela constituerait une discrimination = nullité du licenciement.
Exceptions : l’état de santé du salarié peut constituer une CRS du licenciement mais ces conditions diffèrent.
1. Maladie ou accident d’origine non professionnelle :
Un salarié en arrêt de travail pour maladie peut être licencié pour un motif sans
lien avec la maladie. Donc il peut être licencié pour des fautes qu’il a commises avant l’arrêt de travail ou bien encore parce qu’il n’a pas justifié de son absence, ou aussi parce qu’il a violé son obligation de loyauté pendant l’AT.
Le licenciement directement fondé sur l’impact de la maladie est possible si :
- L’absence prolongée ou répétée doit objectivement désorganiser l’entreprise.
- Nécessité de remplacement définitif (peut pas recourir à un intérimaire ou à un salarié recruté par CDD pour pallier l’absence du salarié).
- La lettre de licenciement doit mentionner les deux points ci-dessus
Sinon licenciement = ⚠️ nul pour discrimination
💡 Appréciation in concreto par les juges :
- Taille et activité de l’entreprise
- Fonctions, qualification et responsabilité du salarié
- Durée, fréquence et imprévisibilité des absences
2. Accident du travail (AT) et maladies professionnelles (MP) :
L’ACCIDENT DU TRAVAIL est une lésion corporelle physique ou psychique qui est survenue soudainement à l’occasion du travail, donc en principe au temps et au lieu de travail.
LA MALADIE PROFESSIONNELLE s’entend d’une pathologie qui est contractée par le salarié par le fait de son travail (ex: cancers des travailleurs qui ont été exposés à l’amiante).
Ce régime est le suivant : le licenciement du salarié est interdit pendant toute la période d’absence sauf dans deux cas expressément prévus par le code du travail :
- La faute grave du salarié (violation de son obligation de loyauté pendant l’arrêt de travail…)
- L’impossibilité de maintenir le contrat pour un motif non lié à l’accident du T ou à la maladie pro.
B. Reprise du travail :
fin de l’arrêt de travail médicalement prescrit = fin de suspension
📌 Le salarié doit retrouver :
- Son poste initial
- Ou un poste équivalent (même rémunération)
1. Visite de reprise :
La visite de reprise doit être effectuée par le médecin du travail, et cela à l’initiative de l’employeur.
La visite de reprise n’est obligatoire que dans 3 situations :
- En cas de maladie professionnelle, quelle que soit la durée de l’absence
- En cas d’absence d’au moins 30 jours pour cause d’accident du travail
- En cas d’absence d’au moins 60 jours pour cause d’accident ou de maladie non professionnelle.
Tant qu’elle n’est pas réalisée, le contrat reste suspendu = protection du salarié.
📅 Doit avoir lieu :
- Le jour de la reprise
- Ou dans un délai max de 8 jours
🧪 Objectifs de la visite :
- Vérifier l’aptitude au poste
- Proposer, si besoin, un aménagement ou un reclassement
2. Inaptitude physique du salarié
INAPTITUDE PHYSIQUE : Une incompatibilité ou une contre-indication entre l’état de santé du salarié et le poste de travail qu’il occupe.Elle met le salarié dans l’impossibilité d’exécuter sa prestation de travail. La constatation de l’inaptitude relève de la compétence exclusive du médecin du travail.
Si salarié inapte :
- Obligation pour l’employeur : Reclassement dans un emploi compatible avec les recommandations médicales
Le licenciement est possible uniquement si :
- Le médecin du travail mentionne :
- Que tout maintien dans l’emploi serait dangereux pour la santé
- Ou que tout reclassement est impossible
- Aucun poste de reclassement n’est disponible
- Le salarié a refusé un reclassement approprié
📌 Si ces conditions ne sont pas réunies :
➡️ ❌ Licenciement sans cause réelle et sérieuse
SECT. III. LA MATERNITE :
⚖️ Protection générale de la maternité
📌 La protection de la maternité va au-delà de la suspension du contrat de travail :
- Protection contre les discriminations → La grossesse est un motif discriminatoire interdit (art. L1132-1 C. trav.)
- Droit à la discrétion → La salariée n’est pas obligée de révéler sa grossesse à l’embauche ou en cours de contrat (art. L1225-2 C. trav.)
I. LA DISPENSE D’EXECUTION DE LA PRESTATION DE TRAVAIL :
A. L’aménagement de l’emploi :
1. Autorisations d’absence :
- Pour examens médicaux (7 prénatals + 1 postnatal) => Pas de réduction de salaire ✅ assimilé à temps de travail effectif
- Valable aussi pour la PMA
- Le conjoint/compagnon a droit à 3 absences autorisées
2. Réduction du temps de travail :
→ Pas prévue par le Code du travail mais par les conventions collectives ; Souvent : 1h de moins par jour.
3. Changement provisoire d’affectation :
a) Pour raison de santé
→ À la demande de la salariée ou sur décision du médecin du travail
b) Pour risque lié à l’activité
→ Ex : exposition à produits toxiques, rubéole, travail de nuit
- L’employeur doit proposer un poste adapté
- Sinon, le contrat est suspendu jusqu’au congé maternité (+ 1 mois max après)
⚠️ Pendant cette suspension, la salariée perçoit :
- Les indemnités journalières de la SS
- un complément employeur (garantie de ressources)
B. Le congé de maternité :
1. La durée du congé de maternité :
- Grossesse classique : 16 semaines (6+10)
- 3 enfants ou + : 26 semaines (8+18)
- Jumeaux : 34 semaines (12+22)
- Triplés : 46 semaines (24+22)
- Pathologie (certificat médical) : +6 semaines (+2+4).
Congé de maternité est un droit pour la salariée mais non une obligation, ça veut dire qu’elle n’est pas obligée de le prendre en totalité.
⚠️ Interdiction de travailler pendant 8 semaines, dont 6 après l’accouchement
📍Travailler pendant cette période = manquement à l’obligation de sécurité → préjudice automatique
2. L’indemnisation de la salariée :
- Pas de salaire pendant le congé
- Seules indemnités journalières de la SS (≈ 80 %)
- Un complément peut être prévu par convention collective
3. La fin du congé de maternité :
- Visite de reprise obligatoire chez le médecin du travail
- Mais c’est la fin du congé, et non la visite, qui met fin à la suspension
- Réintégration dans le même emploi ou emploi équivalent
- Salaire = rémunération + augmentations obtenues pendant le congé
🧩 Autres options pour la salariée à la fin :
- Prendre un congé parental d’éducation (jusqu’à 3 ans)
- Reprendre à temps partiel
- Démissionner (sans préavis, préavis de 15 jours seulement, priorité de réembauche pendant 1 an)
Autres congés liés à la maternité et paternité
A. 👶 Congé d’adoption
- 16 semaines à compter de l’arrivée de l’enfant
- Même régime que le congé maternité
B. 👨👧 Congés de paternité
- 📆 Congé de naissance
- 3 jours ouvrables
- Obligatoire, rémunéré par l’employeur
- 🗓️ Congé de paternité
- 25 jours, décomposés :
- 4 jours obligatoires après le congé de naissance
- 21 jours facultatifs, à prendre en une ou deux fois, dans les 6 mois suivant la naissance
- Rémunération : prise en charge par la SS
- 🔒 Protection contre le licenciement, comme pour la mère
II. LA PROTECTION CONTRE LE LICENCIEMENT :
La salariée enceinte ou venant d’accoucher bénéficie d’une protection contre le licenciement, protection dont l’intensité varie selon qu’elle est en congé de maternité ou non.
📍 Protection absolue : pendant le congé maternité
📍 Protection relative : en dehors du congé (avant ou après), jusqu'à 10 semaines après la fin du congé maternité
A. La protection relative (art. L. 1225-4) :
Période protégée : Du début de la grossesse jusqu’à 10 semaines après le congé de maternité
❌ Le licenciement est interdit, sauf dans 2 cas très limités :
- ⚠️ Faute grave, sans lien avec la grossesse
Exemples admis : injures, vol, violences…
Les juges apprécient rigoureusement la gravité et l'absence de lien avec la grossesse.
- 📉 Impossibilité de maintenir le contrat pour un motif étranger à la grossesse
Exemple admis : liquidation judiciaire
Non admis : simples difficultés économiques
🔁 Si la salariée n’a pas informé l’employeur de sa grossesse :
- Elle peut lui envoyer un certificat médical dans les 15 jours suivant la notification du licenciement (LRAR)
- 👉 L’employeur doit annuler immédiatement le licenciement et réintégrer la salariée
- ⚖️ La jurisprudence (ex. Cass. soc.) considère qu’un délai d’un mois est trop tardif ❗
B. La protection absolue :
Pendant toute la durée du congé maternité légal (art. L. 1225-4-1 C. trav.) :
Aucune rupture du contrat possible :
❌ Même en cas de faute grave
❌ Même en cas d’impossibilité de maintien du contrat
🛑 L’employeur ne peut ni notifier, ni faire prendre effet au licenciement pendant cette période
📅 Il doit attendre la fin du congé pour entamer toute procédure
⚠️ Interdiction des mesures préparatoires au licenciement :
La Cour de cassation interdit toute action qui manifeste une volonté arrêtée de licencier :
- Convocation à un entretien préalable pdt le congé
- Embauche d’un salarié à titre définitif pour remplacer la salariée
C. Les sanctions applicables :
La sanction du licenciement prononcée en violation de ces règles protectrices : nullité du licenciement.
La salariée peut exiger sa réintégration dans son emploi, ou le cas échéant, dans un emploi équivalent. Et
cette réintégration s’accompagne du versement de l’intégralité des salaires perdus entre son éviction et sa réintégration.
À défaut de réintégration, la salariée a droit à une indemnité qui ne peut être inférieure au salaire des 6 derniers mois, mais en plus elle a droit au montant du salaire qu’elle aurait perçue pdt tt la période couverte par la protection.
Enfin, la salariée a droit également à ttes les indemnités de rupture (indemnité de préavis légale ou
conventionnelle de licenciement et compensatrice de congé payés)