Le régime parlementaire sera rationalisé.
Section préliminaire : La naissance de la IVe République
§1 : Le régime transitoire en attendant la nouvelle Constitution
La période de transition entre la IIIe République et la IVe République, régie par la loi du 2 novembre 1945, a duré moins d’un an. Elle prévoit la création d’une Assemblée constituante chargée de rédiger une nouvelle Constitution. Le président provisoire, élu par cette Assemblée, choisit un gouvernement pour élaborer le projet de Constitution et le soumettre à l’Assemblée.
L'article 1 de la loi précise que l'Assemblée doit approuver le gouvernement, le président et ses pouvoirs. Si l’Assemblée vote une motion de censure à la majorité absolue, le gouvernement démissionne. Cette Assemblée a également pour fonction de voter le budget et exerce une double fonction : constituante et législative.
En janvier 1946, Charles de Gaulle démissionne après un désaccord avec l’Assemblée, et Félix Gouin (SFIO) devient président du gouvernement provisoire jusqu’en juin 1946. Georges Bidault (MRP) prend sa place jusqu’en septembre 1946.
§2 : Le processus d’élaboration de la Constitution
L’Assemblée constituante dispose de 7 mois (jusqu’au 24 octobre 1946) pour rédiger la nouvelle Constitution. Elle a le pouvoir constituant, tandis que le président et le gouvernement provisoire n’ont aucune influence sur la création du projet.
Le 2 juin 1946, les électeurs choisissent les membres de l’Assemblée constituante, qui est dominée par la gauche (parti communiste et SFIO). Le scrutin est proportionnel, ce qui donne une représentation équitable des diverses opinions politiques.
Le projet de Constitution élaboré le 19 avril 1946 crée un régime d’Assemblée avec une Assemblée unique. Celle-ci devait élire le président de la République et le président du conseil, et aurait pu se dissoudre à la majorité des deux tiers. Le projet inclut aussi des organes consultatifs tels que le Conseil de l’Union Française et le Conseil économique. Cependant, le projet est rejeté par référendum le 5 mai 1946, avec 52% de votes négatifs.
En juin 1946, une nouvelle Assemblée est élue. Elle est davantage dominée par le MRP. Le 16 juin, De Gaulle prononce un discours à Bayeux dans lequel il expose ses vœux constitutionnels : un chef d’État au-dessus des partis politiques, élu au suffrage universel direct. Le projet modifié est adopté le 29 septembre 1946, mais De Gaulle continue de s’y opposer. Finalement, lors du référendum du 13 octobre 1946, la nouvelle Constitution est ratifiée par 53% des voix.
Section 1 : Le régime mis en place par la Constitution du 27 octobre 1946
L’objectif principal de cette Constitution est de lutter contre l'instabilité ministérielle de la IIIe République. Trois innovations majeures marquent cette Constitution :
- Le préambule de la Constitution de 1946.
- La rationalisation du parlementarisme.
- La création d’un comité constitutionnel.
§1 : Le préambule de la Constitution de 1946
Le préambule rappelle les droits fondamentaux issus de la Déclaration des droits de l’homme de 1789, ainsi que les principes fondamentaux reconnus par les lois de la République (PFRLR), tels que la liberté d’association et la laïcité. Il reconnaît aussi de nouveaux droits, notamment l’égalité entre hommes et femmes, le droit au travail, la liberté syndicale, et la protection de la santé.
Bien que le préambule n'ait pas la même solennité que la déclaration de 1789 et qu’il ne comporte pas d’articles, il a été jugé d’une valeur juridique moins importante. Cependant, une décision du Conseil constitutionnel en 1971 a érigé ce préambule en partie intégrante du bloc de constitutionnalité.
§2 : L’organisation des pouvoirs publics : la rationalisation du parlementarisme
La Constitution de 1946 met en place un régime parlementaire rationalisé, visant à stabiliser les institutions. La rationalisation s’opère par l’introduction de mécanismes et de règles précises, tant dans le domaine du droit constitutionnel que du droit électoral, pour limiter l'instabilité ministérielle.
A. Le parlement bicaméral
Le Parlement devient bicaméral (composé de deux chambres) :
- L’Assemblée nationale (AN) : Composée de 627 députés élus pour 5 ans au scrutin proportionnel.
- Compétences de l’AN : vote des lois, contrôle du gouvernement (par des questions ou une commission d’enquête), responsabilité politique du gouvernement.
- Le scrutin proportionnel favorise la diversité des partis mais conduit à une instabilité gouvernementale.
- Le Conseil de la République (CR) : Chambre haute, élue au suffrage universel indirect pour 6 ans, renouvelée par moitié tous les 3 ans.
- Compétences du CR : Avis uniquement (jusqu’en 1954) ; droit de véto temporaire pendant 100 jours ; ne peut remettre en cause la responsabilité du gouvernement.
B. L’exécutif bicéphale
L'exécutif est bicéphale (composé de deux chefs) :
- Le président de la République : Élu par les deux chambres réunies en Congrès, pour 7 ans, rééligible une fois. Ses pouvoirs sont limités par la Constitution (notamment perte du droit de véto).
- Compétences : ratification des traités, promulgation des lois, nomination de fonctionnaires, et message devant l'AN.
- Le président du Conseil : Chef de l’exécutif, son pouvoir est renforcé par la double investiture (personnelle et collective) par l’AN. Son rôle est d’être à la tête du gouvernement et de gérer la coalition politique soutenant le gouvernement.
- Compétences : gestion des forces armées, pouvoir de nomination, initiative législative, pouvoir réglementaire.
§3 : La création d’un comité constitutionnel
Ce comité a pour mission de vérifier la constitutionnalité des lois adoptées par le législateur. Il doit s'assurer que les lois respectent la Constitution, en particulier les articles de la Constitution du 27 octobre 1946. Toutefois, il est limité à un contrôle restreint, principalement en matière de révision constitutionnelle et des droits des institutions.
Le comité se compose de membres de droit tels que le président de la République, le président de l’AN, le président du Conseil, et d'autres membres désignés par les assemblées.
Ce régime, bien que visant à renforcer la stabilité institutionnelle, souffre néanmoins d’instabilité politique, particulièrement dans le gouvernement, dû à la faiblesse relative de l’exécutif face au Parlement.
