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Post-Bac
2

Dissertation Duras

Philosophie analytique
Marguerite Duras écrit, dans L’Amant (éditions de Minuit), en 1984 : « Toute communauté, qu'elle soit
familiale ou autre, nous est haïssable, dégradante. Nous sommes ensemble dans une honte de
principe d'avoir à vivre la vie. » (page 69) Dans quelle mesure ce constat vous semble-t-il correspondre
aux œuvres inscrites cette année au programme ?



I / Toute communauté peut être oppressante et dangereuse pour l’individu, agissant comme un étau qui limite sa liberté. Cela peut entraîner un sentiment de honte, car l'individu se voit contraint de vivre selon des normes qui ne lui correspondent pas.


I/A La communauté oppresse l’individu à travers ses règles, conventions et lois, empêchant ce dernier de jouir pleinement de sa liberté


Spinoza, dans le chapitre XVI du Traité théologico-politique, montre que bien que les pactes soient basés sur la raison, les hommes succombent aux passions et ne respectent plus leurs promesses, car « les vices occupent l’âme » (p. 265). Il souligne que la communauté exerce une « force supérieure » (p. 266) qui opprime les opinions individuelles, comme dans certains États où les opinions personnelles sont criminalisées (p. 307).


Chez Eschyle, le poids de la communauté oppresse l'individu, comme pour Étéocle qui subit la malédiction de sa famille (p. 148) ou les Danaïdes contraintes par des rites (p. 84).


Enfin, dans Le Temps de l'innocence, la communauté détruit l'individualité, forçant les personnages à mentir pour se conformer aux normes sociales, ce qui conduit Newland à constater l'uniformisation de la société : « Nous sommes ennuyeux à mourir » (p. 226).


I/B La société exerce une pression qui marginalise ceux qui ne se conforment pas aux normes collectives


Spinoza, dans le chapitre XX du Traité théologico-politique, souligne que la nature ne se limite pas aux lois de la raison et que l’individu est déterminé « à exister et à se comporter d’une certaine manière » (p. 263). Il évoque aussi la marginalisation des « hommes de caractère indépendant » (p. 332), dévalorisés par la société. Ceux qui émettent des opinions dissidentes, bien que « les plus beaux exemples d’endurance et de courage » (p. 333), sont condamnés.


De même, dans Les Suppliantes, les Danaïdes, marginalisées à cause de leur apparence « peu grecque » (p. 59), refusent de se conformer aux lois d’Argos. Dans Les Sept contre Thèbes, Étéocle impose le silence au chœur par des menaces tyranniques (p. 148).


Enfin, dans Le Temps de l’innocence, Ellen est jugée et marginalisée pour ses écarts à la norme, comme lorsqu’elle portait une robe rouge qui la faisait ressembler à une « petite bohémienne » (p. 76).


I/C L'individu ressent de la culpabilité en voyant la misère de ceux qui, incapables de surmonter les épreuves, sont contraints de simplement "vivre [leur] vie."


Spinoza décrit des hommes qui défendent leurs opinions mais sont marginalisés, forcés d'observer « les flatteurs » (p. 332) qui se soumettent au souverain. Ils éprouvent d'abord de la honte de voir leurs convictions qualifiées de crimes, puis de détester les lois qui encouragent cela.


Pélasgos ressent de la culpabilité en refusant l'asile aux Danaïdes, craignant leur suicide (p. 67).


À New York, Newland ressent de la pitié envers Ellen, « vouée à une vie hasardeuse » (p. 127), et observe son déclassement progressif (p. 241), symbolisant la honte de voir quelqu'un « vivre la vie » imposée par la société (p. 286-287).


_______________________________________________________________________________________________________________________________



II / Il ne faudrait pas occulter les raisons pour lesquelles «[toute] communauté » s’est construite : loin d’être « haïssable », elle fait en sorte que chaque individu qui la compose existe par et pour lui-même.


II/A L’appartenance à une communauté ne signifie pas l’effacement de la singularité, mais appelle à réévaluer la place de chacun au sein du groupe.


Spinoza, dans le chapitre XVII, affirme que le souverain craint davantage ses sujets que ses ennemis extérieurs, car si les individus abandonnaient totalement leurs droits, le souverain pourrait les opprimer sans limite. Il est essentiel de ne pas nier la place de l’individu dans le groupe en cherchant à uniformiser, car chacun « agit par son propre conseil et par son propre décret » (p. 278). D'ailleurs au chapitre XX, il insiste sur le fait que la finalité de l’État n’est pas la domination.


Cette idée de singularité est également visible dans Les Suppliantes, avec Hypermnestre qui refuse de tuer son mari, se distinguant ainsi du groupe. De même, dans Les Sept contre Thèbes, les soldats sont décrits avec leurs qualités distinctes, illustrant que chacun a une place unique.


Dans Le Temps de l'innocence, des personnages comme Medora Manson et des écrivains inclassables refusent d'être dilués dans la communauté, opposés aux riches, qui dénigrent les créateurs et les marginalisés (pages 115-116).


II/B Une fois sa place reconnue, l'individu doit vivre pleinement sa vie. Il se distingue par ses désirs et espoirs, et être acteur de sa propre vie est essentiel pour l'aimer.


Dans le chapitre XVI, Spinoza rappelle que chaque être agit selon son « Droit Naturel » (p. 261), ce qui signifie que l'individu garde un droit souverain sur lui-même, celui de « persévérer dans son état » et d'agir « comme il est déterminé à le faire » (p. 262). Ce droit est défini non par la raison mais par « le désir et la puissance » (p. 263), en suivant « les lois de l’Appétit » (p. 263). L'homme doit ainsi vivre dans l'instant présent, sans suspendre sa vie « entre la crainte et l’espoir » (p. 19).


Dans Les Suppliantes, Pélasgos montre un effort timide pour se distinguer en tant que roi, tandis que dans Les Sept contre Thèbes, les demi-chœurs se divisent sur la question de la loi, prouvant que, même en communauté, l'individu peut rester acteur de son existence (p. 176). Antigone, elle, refuse l’inertie et affirme que son « audace saura trouver des moyens d’agir » (p. 175).


Enfin, dans Le Temps de l'innocence, Medora Manson déclare que « la monotonie, c’est la mort » (p. 203), affirmant son libre arbitre, tout comme la comtesse Olenska qui « luttait contre son sort » et refusait de trahir sa propre volonté (p. 270).


II/C L'individu qui choisit de devenir acteur de sa propre vie s'émancipe rapidement du regard d'autrui dès lors qu'il n'en ressent ni le besoin ni l'intérêt.


Spinoza, au début du chapitre XX, soutient que tout homme a le droit de s’émanciper de la tutelle du souverain, affirmant que « l’âme d’un homme n’appartient entièrement à un autre » (p. 327). Nul n'est contraint de transférer à quiconque le droit d'exercer sa raison, car « ces choses-là sont du droit propre de chacun, un droit dont personne, le voulût-il, ne peut se dessaisir » (p. 327). Il précise que la liberté est essentielle, mais elle ne doit pas compromettre l'État, car si chacun agissait à sa guise, « la ruine de l’État s’ensuivrait » (p. 330).


Dans Les Suppliantes, les suivantes s'affirment en tant que défenseuses du mariage, redoutant « des vents contraires » (p. 86) et affirmant que « l’hymen pourrait bien être [leur] lot final » (p. 87), ce qui illustre leur émancipation. De même, Amphiaraos, à la sixième porte de Les Sept contre Thèbes, est décrit comme « un sage et un brave au combat » (p. 161), incarnant une vertu qui le distingue des autres soldats.


Dans Le Temps de l’innocence, Newland Archer, bien qu’étant « un homme d’habitudes correctes et disciplinées » (p. 281), défie les conventions en entrant dans la loge des Van der Luyden lors d’un solo de la cantatrice, violant ainsi les règles de la communauté (p. 281).


_______________________________________________________________________________________________________________________________



III / La communauté ne se fonde pas sur la honte, mais sur le désir de s’élever grâce aux autres. Comme le dit Duras, « nous sommes ensemble », et il serait pertinent de cultiver ce vivre-ensemble en dépassant l’humiliation et la honte, ou en les intégrant dans une démarche de croissance personnelle et ontologique.


III/A La société ne repose pas sur la honte comme principe, mais sur l'acceptation de soi et de l'autre dans toute sa différence. La communauté n'est ni « dégradante » ni « haïssable » tant que ses membres ne ressentent aucun embarras face à la diversité qu'ils incarnent.


Selon Spinoza, la fermeture sur soi-même est ce qui mena l’État hébreu à la ruine, car il « ne pourrait convenir, tout au plus, qu’à des hommes qui voudraient vivre seuls sans commerce avec le dehors » (p. 303). Ce repli identitaire fut fatal, mais la captivité babylonienne amena les Hébreux à évoluer, à apprendre à « agir pieusement à l’égard de tous les hommes » (p. 318).


Dans Les Suppliantes, l'acceptation de l'autre est aussi centrale : le roi, invité à devenir un « pieux proxène » (p. 66), accorde finalement le droit d'asile, et les Danaïdes célèbrent cette hospitalité exemplaire envers les étrangers (p. 75).


Dans Le Temps de l’innocence, Ellen incarne aussi cette ouverture : elle défend l'excentricité de sa tante, soutient la déchue Regina Beaufort malgré les conventions, et reste attirée par « la nouveauté » (p. 224), cherchant sans cesse « une plus grande diversité de monde et d’idées » (p. 224).


III/B Appartenir à un groupe ne nie pas l’individualité : les tensions y sont passagères, chaque membre grandissant au contact des autres. La communauté, loin de contraindre, peut aussi éveiller l’individu.


Spinoza souligne que les lois sociales permettent d'éviter l’esclavage, précisant que l’homme libre n’est pas celui qui suit ses désirs mais celui qui accepte la raison volontairement. Ainsi, à l'opposé d'Alexandre, qui utilise une armée étrangère risquant d’opprimer son propre peuple, les Hébreux refusent une « armée stipendiée » (p. 290), privilégiant un souverain légitime par vertu et âge plutôt que par noblesse. Spinoza insiste sur l'importance d'un pacte social, exemplifié par Moïse, qui ne peut punir qu'après cet accord, car avant, les hommes « s’appartenaient encore juridiquement » (p. 316)


Dans les pièces d’Eschyle, le theatron, où le public observe des tragédies comme la guerre fratricide d’Étéocle et Polynice, sert de miroir aux spectateurs et favorise une catharsis qui élève la cité.


Ce parallèle se reflète aussi dans Le Temps de l’innocence, où la communauté, même « dégradante » et « haïssable », pousse Newland Archer à se découvrir. Ressentant une profonde apathie, avec « un goût de cendre » (p. 147), il réalise son enfermement social et, grâce à la comtesse Olenska, entrevoit la possibilité d’un amour sincère, stimulant ainsi une prise de conscience de soi.


III/C Pour qu’une communauté prospère, elle doit offrir à chacun un espace d’épanouissement, permettant de cultiver le vivre ensemble au-delà du simple fait d’être ensemble.


Spinoza décrit la communauté comme une « œuvre laborieuse à accomplir » (page 280) qui nécessite que les individus placent « le droit commun au-dessus de leurs avantages privés » (page 280). Il affirme que l’union des hommes favorise une vie tranquille, car le suivi des pulsions individuelles menace le vivre ensemble. Pour éviter cela, il est nécessaire de « diriger suivant l’injonction de la raison seule » (page 264) et de « maintenir le droit d’autrui comme le sien propre » (page 264)


Eschyle, à travers le chœur, illustre l’importance de l’union face à l’adversité, où chaque membre exprime des sentiments collectifs. Les Danaïdes, par exemple, affirment : « ma voix au-delà des mers ira appeler mon soutien » (page 52), montrant que leur souffrance commune forge une destinée collective.


En revanche, Wharton montre une société new-yorkaise en déclin, où les individus ne collaborent pas au vivre ensemble. Miss Jackson estime que le révérend Ashmore les incite à « remercier le ciel pour le peu qui [leur] reste » (page 238). Le couple Newland/May illustre également ce manque de connexion, leur dialogue étant réduit à des banalités, sans sentiment personnel : « Il sentait qu’il prononçait exactement toutes les paroles que l’on attend d’un fiancé » (page 97).

Post-Bac
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Dissertation Duras

Philosophie analytique
Marguerite Duras écrit, dans L’Amant (éditions de Minuit), en 1984 : « Toute communauté, qu'elle soit
familiale ou autre, nous est haïssable, dégradante. Nous sommes ensemble dans une honte de
principe d'avoir à vivre la vie. » (page 69) Dans quelle mesure ce constat vous semble-t-il correspondre
aux œuvres inscrites cette année au programme ?



I / Toute communauté peut être oppressante et dangereuse pour l’individu, agissant comme un étau qui limite sa liberté. Cela peut entraîner un sentiment de honte, car l'individu se voit contraint de vivre selon des normes qui ne lui correspondent pas.


I/A La communauté oppresse l’individu à travers ses règles, conventions et lois, empêchant ce dernier de jouir pleinement de sa liberté


Spinoza, dans le chapitre XVI du Traité théologico-politique, montre que bien que les pactes soient basés sur la raison, les hommes succombent aux passions et ne respectent plus leurs promesses, car « les vices occupent l’âme » (p. 265). Il souligne que la communauté exerce une « force supérieure » (p. 266) qui opprime les opinions individuelles, comme dans certains États où les opinions personnelles sont criminalisées (p. 307).


Chez Eschyle, le poids de la communauté oppresse l'individu, comme pour Étéocle qui subit la malédiction de sa famille (p. 148) ou les Danaïdes contraintes par des rites (p. 84).


Enfin, dans Le Temps de l'innocence, la communauté détruit l'individualité, forçant les personnages à mentir pour se conformer aux normes sociales, ce qui conduit Newland à constater l'uniformisation de la société : « Nous sommes ennuyeux à mourir » (p. 226).


I/B La société exerce une pression qui marginalise ceux qui ne se conforment pas aux normes collectives


Spinoza, dans le chapitre XX du Traité théologico-politique, souligne que la nature ne se limite pas aux lois de la raison et que l’individu est déterminé « à exister et à se comporter d’une certaine manière » (p. 263). Il évoque aussi la marginalisation des « hommes de caractère indépendant » (p. 332), dévalorisés par la société. Ceux qui émettent des opinions dissidentes, bien que « les plus beaux exemples d’endurance et de courage » (p. 333), sont condamnés.


De même, dans Les Suppliantes, les Danaïdes, marginalisées à cause de leur apparence « peu grecque » (p. 59), refusent de se conformer aux lois d’Argos. Dans Les Sept contre Thèbes, Étéocle impose le silence au chœur par des menaces tyranniques (p. 148).


Enfin, dans Le Temps de l’innocence, Ellen est jugée et marginalisée pour ses écarts à la norme, comme lorsqu’elle portait une robe rouge qui la faisait ressembler à une « petite bohémienne » (p. 76).


I/C L'individu ressent de la culpabilité en voyant la misère de ceux qui, incapables de surmonter les épreuves, sont contraints de simplement "vivre [leur] vie."


Spinoza décrit des hommes qui défendent leurs opinions mais sont marginalisés, forcés d'observer « les flatteurs » (p. 332) qui se soumettent au souverain. Ils éprouvent d'abord de la honte de voir leurs convictions qualifiées de crimes, puis de détester les lois qui encouragent cela.


Pélasgos ressent de la culpabilité en refusant l'asile aux Danaïdes, craignant leur suicide (p. 67).


À New York, Newland ressent de la pitié envers Ellen, « vouée à une vie hasardeuse » (p. 127), et observe son déclassement progressif (p. 241), symbolisant la honte de voir quelqu'un « vivre la vie » imposée par la société (p. 286-287).


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II / Il ne faudrait pas occulter les raisons pour lesquelles «[toute] communauté » s’est construite : loin d’être « haïssable », elle fait en sorte que chaque individu qui la compose existe par et pour lui-même.


II/A L’appartenance à une communauté ne signifie pas l’effacement de la singularité, mais appelle à réévaluer la place de chacun au sein du groupe.


Spinoza, dans le chapitre XVII, affirme que le souverain craint davantage ses sujets que ses ennemis extérieurs, car si les individus abandonnaient totalement leurs droits, le souverain pourrait les opprimer sans limite. Il est essentiel de ne pas nier la place de l’individu dans le groupe en cherchant à uniformiser, car chacun « agit par son propre conseil et par son propre décret » (p. 278). D'ailleurs au chapitre XX, il insiste sur le fait que la finalité de l’État n’est pas la domination.


Cette idée de singularité est également visible dans Les Suppliantes, avec Hypermnestre qui refuse de tuer son mari, se distinguant ainsi du groupe. De même, dans Les Sept contre Thèbes, les soldats sont décrits avec leurs qualités distinctes, illustrant que chacun a une place unique.


Dans Le Temps de l'innocence, des personnages comme Medora Manson et des écrivains inclassables refusent d'être dilués dans la communauté, opposés aux riches, qui dénigrent les créateurs et les marginalisés (pages 115-116).


II/B Une fois sa place reconnue, l'individu doit vivre pleinement sa vie. Il se distingue par ses désirs et espoirs, et être acteur de sa propre vie est essentiel pour l'aimer.


Dans le chapitre XVI, Spinoza rappelle que chaque être agit selon son « Droit Naturel » (p. 261), ce qui signifie que l'individu garde un droit souverain sur lui-même, celui de « persévérer dans son état » et d'agir « comme il est déterminé à le faire » (p. 262). Ce droit est défini non par la raison mais par « le désir et la puissance » (p. 263), en suivant « les lois de l’Appétit » (p. 263). L'homme doit ainsi vivre dans l'instant présent, sans suspendre sa vie « entre la crainte et l’espoir » (p. 19).


Dans Les Suppliantes, Pélasgos montre un effort timide pour se distinguer en tant que roi, tandis que dans Les Sept contre Thèbes, les demi-chœurs se divisent sur la question de la loi, prouvant que, même en communauté, l'individu peut rester acteur de son existence (p. 176). Antigone, elle, refuse l’inertie et affirme que son « audace saura trouver des moyens d’agir » (p. 175).


Enfin, dans Le Temps de l'innocence, Medora Manson déclare que « la monotonie, c’est la mort » (p. 203), affirmant son libre arbitre, tout comme la comtesse Olenska qui « luttait contre son sort » et refusait de trahir sa propre volonté (p. 270).


II/C L'individu qui choisit de devenir acteur de sa propre vie s'émancipe rapidement du regard d'autrui dès lors qu'il n'en ressent ni le besoin ni l'intérêt.


Spinoza, au début du chapitre XX, soutient que tout homme a le droit de s’émanciper de la tutelle du souverain, affirmant que « l’âme d’un homme n’appartient entièrement à un autre » (p. 327). Nul n'est contraint de transférer à quiconque le droit d'exercer sa raison, car « ces choses-là sont du droit propre de chacun, un droit dont personne, le voulût-il, ne peut se dessaisir » (p. 327). Il précise que la liberté est essentielle, mais elle ne doit pas compromettre l'État, car si chacun agissait à sa guise, « la ruine de l’État s’ensuivrait » (p. 330).


Dans Les Suppliantes, les suivantes s'affirment en tant que défenseuses du mariage, redoutant « des vents contraires » (p. 86) et affirmant que « l’hymen pourrait bien être [leur] lot final » (p. 87), ce qui illustre leur émancipation. De même, Amphiaraos, à la sixième porte de Les Sept contre Thèbes, est décrit comme « un sage et un brave au combat » (p. 161), incarnant une vertu qui le distingue des autres soldats.


Dans Le Temps de l’innocence, Newland Archer, bien qu’étant « un homme d’habitudes correctes et disciplinées » (p. 281), défie les conventions en entrant dans la loge des Van der Luyden lors d’un solo de la cantatrice, violant ainsi les règles de la communauté (p. 281).


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III / La communauté ne se fonde pas sur la honte, mais sur le désir de s’élever grâce aux autres. Comme le dit Duras, « nous sommes ensemble », et il serait pertinent de cultiver ce vivre-ensemble en dépassant l’humiliation et la honte, ou en les intégrant dans une démarche de croissance personnelle et ontologique.


III/A La société ne repose pas sur la honte comme principe, mais sur l'acceptation de soi et de l'autre dans toute sa différence. La communauté n'est ni « dégradante » ni « haïssable » tant que ses membres ne ressentent aucun embarras face à la diversité qu'ils incarnent.


Selon Spinoza, la fermeture sur soi-même est ce qui mena l’État hébreu à la ruine, car il « ne pourrait convenir, tout au plus, qu’à des hommes qui voudraient vivre seuls sans commerce avec le dehors » (p. 303). Ce repli identitaire fut fatal, mais la captivité babylonienne amena les Hébreux à évoluer, à apprendre à « agir pieusement à l’égard de tous les hommes » (p. 318).


Dans Les Suppliantes, l'acceptation de l'autre est aussi centrale : le roi, invité à devenir un « pieux proxène » (p. 66), accorde finalement le droit d'asile, et les Danaïdes célèbrent cette hospitalité exemplaire envers les étrangers (p. 75).


Dans Le Temps de l’innocence, Ellen incarne aussi cette ouverture : elle défend l'excentricité de sa tante, soutient la déchue Regina Beaufort malgré les conventions, et reste attirée par « la nouveauté » (p. 224), cherchant sans cesse « une plus grande diversité de monde et d’idées » (p. 224).


III/B Appartenir à un groupe ne nie pas l’individualité : les tensions y sont passagères, chaque membre grandissant au contact des autres. La communauté, loin de contraindre, peut aussi éveiller l’individu.


Spinoza souligne que les lois sociales permettent d'éviter l’esclavage, précisant que l’homme libre n’est pas celui qui suit ses désirs mais celui qui accepte la raison volontairement. Ainsi, à l'opposé d'Alexandre, qui utilise une armée étrangère risquant d’opprimer son propre peuple, les Hébreux refusent une « armée stipendiée » (p. 290), privilégiant un souverain légitime par vertu et âge plutôt que par noblesse. Spinoza insiste sur l'importance d'un pacte social, exemplifié par Moïse, qui ne peut punir qu'après cet accord, car avant, les hommes « s’appartenaient encore juridiquement » (p. 316)


Dans les pièces d’Eschyle, le theatron, où le public observe des tragédies comme la guerre fratricide d’Étéocle et Polynice, sert de miroir aux spectateurs et favorise une catharsis qui élève la cité.


Ce parallèle se reflète aussi dans Le Temps de l’innocence, où la communauté, même « dégradante » et « haïssable », pousse Newland Archer à se découvrir. Ressentant une profonde apathie, avec « un goût de cendre » (p. 147), il réalise son enfermement social et, grâce à la comtesse Olenska, entrevoit la possibilité d’un amour sincère, stimulant ainsi une prise de conscience de soi.


III/C Pour qu’une communauté prospère, elle doit offrir à chacun un espace d’épanouissement, permettant de cultiver le vivre ensemble au-delà du simple fait d’être ensemble.


Spinoza décrit la communauté comme une « œuvre laborieuse à accomplir » (page 280) qui nécessite que les individus placent « le droit commun au-dessus de leurs avantages privés » (page 280). Il affirme que l’union des hommes favorise une vie tranquille, car le suivi des pulsions individuelles menace le vivre ensemble. Pour éviter cela, il est nécessaire de « diriger suivant l’injonction de la raison seule » (page 264) et de « maintenir le droit d’autrui comme le sien propre » (page 264)


Eschyle, à travers le chœur, illustre l’importance de l’union face à l’adversité, où chaque membre exprime des sentiments collectifs. Les Danaïdes, par exemple, affirment : « ma voix au-delà des mers ira appeler mon soutien » (page 52), montrant que leur souffrance commune forge une destinée collective.


En revanche, Wharton montre une société new-yorkaise en déclin, où les individus ne collaborent pas au vivre ensemble. Miss Jackson estime que le révérend Ashmore les incite à « remercier le ciel pour le peu qui [leur] reste » (page 238). Le couple Newland/May illustre également ce manque de connexion, leur dialogue étant réduit à des banalités, sans sentiment personnel : « Il sentait qu’il prononçait exactement toutes les paroles que l’on attend d’un fiancé » (page 97).

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