Partielo | Créer ta fiche de révision en ligne rapidement

Cours 5 – la transition démographique

La transition démographique : le passage d’un régime démographique traditionnel (natalité et mortalité élevées --> se compensent, ce qui maintient une croissance naturelle proche de zéro) à un régime moderne (natalité et mortalité faibles --> s’équilibre également).


--> Passage d’un régime démographique d’équilibre haut à un régime d’équilibre bas.



Entre ces deux régimes, la transition démographique : période de profonds changements des comportements démographiques, marquée par une diminution progressive du taux de mortalité, suivie, avec un certain décalage, par la baisse du taux de natalité.


Cette évolution se déroule généralement en deux grandes phase : 


 Phase 1 : 

  • Baisse TBM mais Natalité reste élevée → écart grandissant avec la mortalité
  • Grâce aux progrès sanitaires, médicaux et alimentaires
  • Meilleures conditions de vie et d’hygiène

--> Croissance naturelle très forte (explosion démographique)


Phase 2 :

  • TBM continue de baisser mais plus lentement
  • Début baisse TBN
  •  Sous l’effet de la transformation des modes de vie : urbanisation, éducation, travail des femmes
  • Accès à la contraception et recul du mariage précoce
  • L’écart entre natalité et mortalité se réduit

--> Croissance naturelle ralentit puis revient proche de 0

 

Ainsi, la transition démographique est une période charnière entre deux équilibres :

un équilibre haut (natalité et mortalité fortes) et un équilibre bas (natalité et mortalité faibles), mais elle s’accompagne d’une explosion démographique temporaire, caractéristique des sociétés en mutation.

 

REGIME DEMOGRAPHIQUE PRE-TRANSITIONNEL

 

Le régime démographique pré-transitionnel : période avant la transition démographique


Il se caractérise par des conditions de vie précaires, une mortalité très élevée et une natalité tout aussi forte, ce qui aboutit à une croissance naturelle faible (quasi nulle sur le long terme).


  • Conditions de vie : Très difficiles : famines, guerres, épidémies fréquentes
  • Mortalité : Très élevée, surtout chez les enfants : 40 à 50 % meurent avant 5 ans
  • Espérance de vie : Environ 25 ans
  • Natalité / Fécondité : Très élevées (5 à 7 enfants par femme) pour compenser les décès
  • Mariage : Précoce, souvent arrangé ; femmes jeunes et époux plus âgés
  • Contrôle des naissances : Faible voire inexistant ; seules limites « naturelles » (infertilité, veuvage…)



Croissance naturelle : Faible ou nulle : périodes de hausse compensées par crises de mortalité



--> Les familles ont beaucoup d’enfants : pour assurer le remplacement de la force de travail et subvenir aux besoins des parents devenus âgés


--> Cette fécondité élevée intervient dans le cadre d’un mariage précoce et souvent « arrangé » avec un époux souvent plus âgé que son épouse.


--> La forte mortalité infantile empêche la population de croître durablement.


--> La structure d’âge très jeune fait que les variations du taux de mortalité ne sont pas dues au vieillissement mais aux crises (famines, épidémies…).

A retenir :

Pré transitionnel :

  • Mortalité forte et variable
  • Natalité forte et stable
  • Croissance naturelle ≈ 0
  • Population jeune et vulnérable
  • Objectif des familles : survivance du lignage


REGIME DEMOGRAPHIQUE POST-TRANSITIONNEL 

Le régime démographique post-transitionnel : période après la transition démographique, lorsque la natalité et la mortalité se sont toutes deux stabilisées à des niveaux faibles.


--> C’est le régime des sociétés développées contemporaines : mortalité faible, fécondité basse, population vieillissante et croissance naturelle très faible, voire nulle.


  • Conditions de vie : Très favorables : progrès médicaux, sécurité alimentaire, niveau de vie élevé
  • Mortalité : Faible (< 5 % de mortalité infantile) ; concentrée aux âges élevés
  • Espérance de vie : Supérieure à 65 ans, souvent > 80 ans
  • Natalité / Fécondité : Basse (environ 2 enfants par femme, voire moins)
  • Unions : Mariage non systématique, unions tardives et choisies
  • Rôle de l’État : Prise en charge des besoins sociaux (école, santé, retraite)
  • Croissance naturelle : Faible ou nulle (TBN ≈ TBM)
  • Structure d’âge : Population vieillissante (forte part de seniors)



--> La mortalité infantile étant très faible, les familles n’ont plus besoin d’avoir beaucoup d’enfants pour assurer leur descendance.


--> L’éducation prolongée, l’activité professionnelle des femmes, et la recherche d’un confort de vie expliquent la baisse de la fécondité.


--> L’enfant devient un projet réfléchi, valorisé et investi, ce qui entraîne une parentalité plus qualitative que quantitative.


--> La protection sociale (sécurité sociale, retraites, école publique) remplace partiellement la solidarité familiale.


--> La mortalité étant stable et prévisible, la courbe du Taux Brut de Mortalité varie très peu dans le temps.

A retenir :

Post-transitionnel :

  • Espérance de vie élevée
  • Faible mortalité infantile
  • Faible fécondité (souvent < 2 enfants/femme)
  • Population vieillissante
  •  Croissance naturelle quasi nulle

LES PHASES DE LA TRANSITION 

1)  La première phase de la transition démographique : 

début du changement de régime 


➡️ Le TBM baisse rapidement, tandis que TBN  reste élevé.

croissance naturelle forte → véritable explosion démographique.



Causes de la baisse de la mortalité : 


  • Progrès agricoles : Meilleure production et stockage des denrées → moins de famines


  • Progrès sanitaires et médicaux : Vaccination (Jenner), hygiène, isolement des malades, prévention des épidémies


  • Progrès économiques : Début de l’industrialisation → hausse du niveau de vie


  • Idées nouvelles : Diffusion des valeurs de la philosophie des Lumières → hygiène, raison, science


  • Importation des progrès : Dans les pays du Sud : diffusion tardive via la colonisation ou l’aide internationale



Situation de la fécondité et de la natalité : 

--> Fécondité élevée : les familles continuent d’avoir beaucoup d’enfants, comme avant.

--> Parfois même une légère hausse due à l’abandon de certaines pratiques traditionnelles (allaitement prolongé, abstinence post-partum, etc.).

--> Résultat : le taux brut de natalité reste élevé ou augmente légèrement.



A retenir :

Phase 1 = mortalité baisse + natalité stable → explosion démographique

  • Progrès médicaux, alimentaires et sanitaires
  •  Maintien d’une fécondité élevée par habitude ou culture
  •  Population en forte expansion


2) 2e phase :  La deuxième phase de la transition démographique 


--> le taux de mortalité continue de baisser, mais plus lentement,

--> le taux de natalité commence à diminuer fortement.

Résultat : la croissance naturelle ralentit progressivement jusqu’à redevenir faible ou nulle.



  • Mortalité : Continue de baisser, puis se stabilise à un niveau faible

--> Hygiène publique, progrès médicaux (vaccins, antibiotiques, hôpitaux), généralisation de l’éducation


  • Natalité / Fécondité : Commence à diminuer fortement

--> Prise de conscience qu’il n’est plus nécessaire d’avoir beaucoup d’enfants pour qu’une partie survive


  • Éducation : Scolarisation primaire généralisée, éducation des femmes, diffusion de nouvelles valeurs familiales


  • Contraception : Apparition ou diffusion progressive (retrait, puis méthodes modernes selon les époques)


  • Croissance naturelle : Ralentit progressivement (écart natalité-mortalité se resserre)


  • Structure de la population : Vieillissement amorcé (moins d’enfants, plus d’adultes et de seniors)



Facteurs majeurs de la baisse de la natalité :


--> Diminution durable de la mortalité infantile → moins besoin d’enfants pour assurer la descendance.


--> Éducation des femmes et évolution des valeurs familiales (autonomie, choix, égalité).


--> Nouvelles normes sexuelles et reproductives : contrôle des naissances, recul de l’âge au mariage.


--> Urbanisation et coût des enfants (éducation, logement, loisirs).

--> Diffusion de la contraception :

  • Méthodes traditionnelles (retrait, abstinence) dans les débuts.
  • Méthodes modernes (pilule, stérilet, préservatif, etc.) à partir du milieu du 20ᵉ siècle.

A retenir :

Phase 2 = mortalité faible + natalité en baisse → ralentissement de la croissance

  •  Baisse rapide de la fécondité grâce à l’éducation et à la contraception
  •  Généralisation de l’école et changement des valeurs familiales
  •  Début du vieillissement de la population

Le modèle théorique de la transition démographique s’observe partout, mais à des rythmes différents selon le niveau de développement :

·      Angleterre → modèle précoce et complet

·       Tunisie → transition rapide et réussie

·       Ghana → transition intermédiaire

·       Tchad → transition inachevée

LES LIMITES DU SCHEMA DE LA TRANSITION DEMOGRAPHIQUE

Le modèle de la transition démographique a permis de comprendre l’évolution de la population dans la plupart des pays du monde.


Mais il ne s’applique pas parfaitement à toutes les sociétés, ni dans le passé, ni dans le futur.

Certaines exceptions historiques et nouvelles tendances contemporaines remettent en question la simplicité du schéma classique.



Des exceptions historiques : la singularité française : 


En France, la baisse du taux de natalité commence en même temps que celle de la mortalité, dès la fin du 18ᵉsiècle.

--> exception majeure, car dans le modèle théorique, la baisse de la natalité est censée suivre celle de la mortalité, pas la précéder.

Cette spécificité s’explique moins par des progrès techniques que par des facteurs culturels et idéologiques : diffusion des idées de liberté et de remise en cause de l’Église (Révolution française, Lumières, Moins de contrôle religieux sur la sexualité, recours au retrait et à l’avortement clandestin, Éducation et alphabétisation progressives)



Des limites pour comprendre le passé de l’humanité :


--> diversité des sociétés « pré-transitionnelles »


Le modèle parle d’un « équilibre haut » (forte natalité ≈ forte mortalité ≈ croissance nulle).

👉 En réalité, les sociétés anciennes étaient beaucoup plus variées.


  • Âge au mariage très variable : Mariages précoces (<15 ans) ou tardifs selon les cultures


  • Polygamie plus ou moins fréquente : Absente en Europe, fréquente en Afrique subsaharienne


  • Systèmes de dot opposés : Dot donnée par la famille de l’homme (Afrique) ou de la femme (Inde, Europe ancienne)


  • Modes de cohabitation : Familles élargies ou nucléaires selon les régions


  • Poids des crises (famine, guerre, épidémie) : Périodes de hausse ou de stagnation démographique selon les contextes


Il n’existait pas un seul modèle démographique « traditionnel », mais une mosaïque de régimes.

Des limites pour comprendre le futur démographique : 


Des régimes post-transitionnels très variés :

Le modèle suppose un « équilibre bas » (faible natalité ≈ faible mortalité ≈ stabilité de la population).

 

--> situations réelles sont très contrastées.


1) Cas de déficit naturel (plus de décès que de naissances)

  • Allemagne (depuis les années 1970)
  • Italie, Europe de l’Est (depuis les années 1990)

--> Fécondité < seuil de remplacement (≈ 2,1 enfants/femme)

-->  Vieillissement rapide, besoin d’immigration pour maintenir la population



2) Cas de croissance naturelle faible mais positive

  • France, Suède, États-Unis, Australie, Norvège

--> Grâce à une fécondité modérée (~1,8–2,0 enfants/femme) et à une mortalité maîtrisée

Des différences importantes entre sociétés post-transitionnelles :


  • Espérance de vie : Écart de +16 ans entre Japon et Russie (2005–2010), alors qu’elles étaient proches dans les années 1960


  • Fécondité : 0,7 enfant/femme de différence entre Japon et USA (2005–2010)


  • Naissances hors mariage : >50 % en France et Suède vs <10 % en Grèce


  • Vieillissement : Plus marqué en Europe de l’Est et en Asie orientale


-->  Le régime « post-transitionnel » n’est donc pas homogène :

chaque pays développe son propre modèle démographique, influencé par sa culture, sa politique familiale et son économie


--> Le modèle de la transition démographique est un cadre général,

mais il doit être adapté et complété par une analyse historique, culturelle et sociale propre à chaque société.


Le seuil de remplacement des générations 

Le seuil de remplacement des générations :  nombre moyen d’enfants par femme permettant, dans une population donnée, de remplacer chaque génération par la suivante.

 

--> Donc, niveau de fécondité garantissant que chaque petite fille née deviendra mère d’au moins une autre petite fille.



Les deux facteurs déterminants :  


1) Proportion de filles à la naissance 

·       Moyenne mondiale : 48,8 % (soit 105 garçons pour 100 filles).

·       Peut varier :

o   Moins de 48 % dans certaines régions d’Asie (sélections prénatales).

o   Jusqu’à 49,5 % en Afrique subsaharienne.


2) Probabilité de survie des femmes jusqu’à la fin des âges féconds

·       Dépend de la mortalité infantile, juvénile et maternelle.

·       Plus la mortalité féminine est élevée, plus il faut d’enfants par femme pour compenser les décès avant l’âge de maternité.

Seuil de remplacement =

 1/(Proportion de filles à la naissance)×(Probabilité de survie des femmes entre 0 an et l’âge moyen à la maternite)

 

Cas théorique (aucun décès avant la maternité) = 

--> Cela correspond au seuil moyen mondial de 2,1 enfants/femme, utilisé comme référence dans la plupart des modèles démographiques.


  • Dans les pays développés, où la mortalité infantile est très faible, le seuil est autour de 2,05 à 2,1 enfants/femme.


  •  Dans les pays à forte mortalité, il peut dépasser 3,5 voire 4 enfants/femme.



  •  Le seuil de remplacement n’est donc pas un indicateur de fécondité, mais plutôt un indicateur de mortalité précoce féminine

A retenir :

Donc : Le seuil de remplacement des générations : l’équilibre entre fécondité et mortalité féminine.

Plus les femmes survivent jusqu’à leurs âges féconds, plus le nombre d’enfants nécessaires pour assurer le renouvellement est faible.


--> Indicateur est essentiel pour anticiper les tendances démographiques futures (stabilité, croissance ou déclin des populations).


Quelques exemples :


1) Mali

  •  Transition lente, forte fécondité (~6 enfants/femme).
  •  ICF ≫ seuil (x2).
  • Croissance très forte (+3 %/an).

 → Explosion démographique.


2) Afghanistan

  • Transition débutante, forte fécondité (~7 enfants/femme).
  •  ICF ≫ seuil (x3) puis baisse rapide après 2000.
  • Croissance forte, migrations instables.

 → Transition perturbée mais en cours.


3) Égypte

  • Transition avancée, fécondité en baisse (~3,3 enfants/femme).
  • ICF > seuil (+60 %).
  •  Croissance modérée, population jeune.

→ Transition presque achevée, inertie démographique.


4) Japon

  • Post-transition, fécondité très basse (~1,4).
  •  ICF < seuil (–35 %).
  • Croissance négative, vieillissement.

 → Déclin démographique durable.


5) États-Unis

  • Post-transition, fécondité modérée (~1,8).
  •  ICF ≈ seuil.
  •  Croissance faible, immigration positive.

→ Population stable grâce à l’immigration.

A retenir :

Donc :

  • Pays pauvres = ICF très haut → croissance forte (Mali, Afghanistan).
  • Pays émergents = ICF en baisse mais croissance encore positive (Égypte). Pays développés = ICF < seuil → stagnation ou déclin (Japon, USA).
  •  L’immigration peut compenser la faible fécondité (USA).
  • L’inertie démographique retarde les effets des changements de fécondité (Égypte, Japon, USA)


LES EVOLUTIONS DEMOGRAPHIQUES FUTURES

1) Méthode utilisée : la “méthode des composantes” :


Méthode principale utilisée par l’ONU pour prévoir l’évolution des populations.

Elle consiste à :

1.Faire survivre chaque groupe d’âge et de sexe selon les taux de mortalité.

2.Projeter les naissances à partir des femmes d’âge fécond et des taux de fécondité par âge.

3. Ajuster le tout avec les migrations (entrées/sorties)


➡️ Les projections reposent sur trois composantes clés :

Mortalité – Fécondité – Migration



2) Les projections des Nations Unies (ONU) :


3 scénarios principaux jusqu’au 2100:

1.    Tendanciel (moyen) : poursuite actuelle des tendances.

2.     Ralentissement de la baisse de la fécondité.

3.     Accélération de la baisse de la fécondité.


 Hypothèses pour le futur : 

·       Espérance de vie mondiale : 71 ans → 82 ans en 2100

·       Fécondité mondiale (ICF) : 2,32 → 1,84 enfant/femme en 2100

Migration prolonge les tendances actuelles pour chaque pays. Exceptions : pays en guerre (ex. Syrie) → hypothèse de retour progressif des réfugiés sur 15 ans.


2) Les limites des projections


--> absence de rétroactions


Les projections de l’ONU supposent que les évolutions de population n’influencent pas à leur tour la fécondité, la mortalité ou les migrations.

Dans la réalité :

  •  Une forte croissance démographique peut :

accroître la pauvreté → plus d’émigration, moins de moyens pour la santé publique → hausse de la mortalité.


  •  Un vieillissement rapide dans les pays riches peut :

o   favoriser l’immigration pour compenser le manque de main-d’œuvre,

o   ou créer des arbitrages budgétaires défavorables à la santé → ralentissement des gains d’espérance de vie.


-->  Ces effets ne sont pas pris en compte dans les modèles de projection de l’ONU.


Malgré cette limite

Les projections restent très utiles pour :

  • comprendre les tendances générales (baisse de la fécondité, allongement de la vie),
  •  visualiser les conséquences possibles : croissance, vieillissement, déclin.

 

Projections démographiques mondiales (ONU, horizon 2100)

Situation en 2020 :


  •  Fécondité mondiale moyenne (ICF) ≈ 2,4 enfants/femme.
  •   Population mondiale ≈ 8 milliards


Explication du « paradoxe »

Même si la fécondité est constante dans chaque pays,

-->  la moyenne mondiale augmente, car :

  • les pays les plus féconds (Afrique subsaharienne, Sahel…) voient leur poids augmenter dans la population mondiale.


-->  Cela tire la moyenne mondiale vers le haut.

Mais ce scénario est peu réaliste : la fécondité baisse partout.


  • Inertie démographique mondiale : même si la fécondité tombe au niveau de remplacement, la population continue de croître plusieurs décennies (car beaucoup de jeunes).


  • Le ralentissement de la baisse de fécondité = scénario d’explosion démographique.


  • L’accélération de la baisse de fécondité = stabilisation ou légère décroissance.


  • Projection centrale (ONU) : 10 à 11 milliards d’humains en 2100, avec un vieillissement marqué mais de fortes différences régionales.


Cours 5 – la transition démographique

La transition démographique : le passage d’un régime démographique traditionnel (natalité et mortalité élevées --> se compensent, ce qui maintient une croissance naturelle proche de zéro) à un régime moderne (natalité et mortalité faibles --> s’équilibre également).


--> Passage d’un régime démographique d’équilibre haut à un régime d’équilibre bas.



Entre ces deux régimes, la transition démographique : période de profonds changements des comportements démographiques, marquée par une diminution progressive du taux de mortalité, suivie, avec un certain décalage, par la baisse du taux de natalité.


Cette évolution se déroule généralement en deux grandes phase : 


 Phase 1 : 

  • Baisse TBM mais Natalité reste élevée → écart grandissant avec la mortalité
  • Grâce aux progrès sanitaires, médicaux et alimentaires
  • Meilleures conditions de vie et d’hygiène

--> Croissance naturelle très forte (explosion démographique)


Phase 2 :

  • TBM continue de baisser mais plus lentement
  • Début baisse TBN
  •  Sous l’effet de la transformation des modes de vie : urbanisation, éducation, travail des femmes
  • Accès à la contraception et recul du mariage précoce
  • L’écart entre natalité et mortalité se réduit

--> Croissance naturelle ralentit puis revient proche de 0

 

Ainsi, la transition démographique est une période charnière entre deux équilibres :

un équilibre haut (natalité et mortalité fortes) et un équilibre bas (natalité et mortalité faibles), mais elle s’accompagne d’une explosion démographique temporaire, caractéristique des sociétés en mutation.

 

REGIME DEMOGRAPHIQUE PRE-TRANSITIONNEL

 

Le régime démographique pré-transitionnel : période avant la transition démographique


Il se caractérise par des conditions de vie précaires, une mortalité très élevée et une natalité tout aussi forte, ce qui aboutit à une croissance naturelle faible (quasi nulle sur le long terme).


  • Conditions de vie : Très difficiles : famines, guerres, épidémies fréquentes
  • Mortalité : Très élevée, surtout chez les enfants : 40 à 50 % meurent avant 5 ans
  • Espérance de vie : Environ 25 ans
  • Natalité / Fécondité : Très élevées (5 à 7 enfants par femme) pour compenser les décès
  • Mariage : Précoce, souvent arrangé ; femmes jeunes et époux plus âgés
  • Contrôle des naissances : Faible voire inexistant ; seules limites « naturelles » (infertilité, veuvage…)



Croissance naturelle : Faible ou nulle : périodes de hausse compensées par crises de mortalité



--> Les familles ont beaucoup d’enfants : pour assurer le remplacement de la force de travail et subvenir aux besoins des parents devenus âgés


--> Cette fécondité élevée intervient dans le cadre d’un mariage précoce et souvent « arrangé » avec un époux souvent plus âgé que son épouse.


--> La forte mortalité infantile empêche la population de croître durablement.


--> La structure d’âge très jeune fait que les variations du taux de mortalité ne sont pas dues au vieillissement mais aux crises (famines, épidémies…).

A retenir :

Pré transitionnel :

  • Mortalité forte et variable
  • Natalité forte et stable
  • Croissance naturelle ≈ 0
  • Population jeune et vulnérable
  • Objectif des familles : survivance du lignage


REGIME DEMOGRAPHIQUE POST-TRANSITIONNEL 

Le régime démographique post-transitionnel : période après la transition démographique, lorsque la natalité et la mortalité se sont toutes deux stabilisées à des niveaux faibles.


--> C’est le régime des sociétés développées contemporaines : mortalité faible, fécondité basse, population vieillissante et croissance naturelle très faible, voire nulle.


  • Conditions de vie : Très favorables : progrès médicaux, sécurité alimentaire, niveau de vie élevé
  • Mortalité : Faible (< 5 % de mortalité infantile) ; concentrée aux âges élevés
  • Espérance de vie : Supérieure à 65 ans, souvent > 80 ans
  • Natalité / Fécondité : Basse (environ 2 enfants par femme, voire moins)
  • Unions : Mariage non systématique, unions tardives et choisies
  • Rôle de l’État : Prise en charge des besoins sociaux (école, santé, retraite)
  • Croissance naturelle : Faible ou nulle (TBN ≈ TBM)
  • Structure d’âge : Population vieillissante (forte part de seniors)



--> La mortalité infantile étant très faible, les familles n’ont plus besoin d’avoir beaucoup d’enfants pour assurer leur descendance.


--> L’éducation prolongée, l’activité professionnelle des femmes, et la recherche d’un confort de vie expliquent la baisse de la fécondité.


--> L’enfant devient un projet réfléchi, valorisé et investi, ce qui entraîne une parentalité plus qualitative que quantitative.


--> La protection sociale (sécurité sociale, retraites, école publique) remplace partiellement la solidarité familiale.


--> La mortalité étant stable et prévisible, la courbe du Taux Brut de Mortalité varie très peu dans le temps.

A retenir :

Post-transitionnel :

  • Espérance de vie élevée
  • Faible mortalité infantile
  • Faible fécondité (souvent < 2 enfants/femme)
  • Population vieillissante
  •  Croissance naturelle quasi nulle

LES PHASES DE LA TRANSITION 

1)  La première phase de la transition démographique : 

début du changement de régime 


➡️ Le TBM baisse rapidement, tandis que TBN  reste élevé.

croissance naturelle forte → véritable explosion démographique.



Causes de la baisse de la mortalité : 


  • Progrès agricoles : Meilleure production et stockage des denrées → moins de famines


  • Progrès sanitaires et médicaux : Vaccination (Jenner), hygiène, isolement des malades, prévention des épidémies


  • Progrès économiques : Début de l’industrialisation → hausse du niveau de vie


  • Idées nouvelles : Diffusion des valeurs de la philosophie des Lumières → hygiène, raison, science


  • Importation des progrès : Dans les pays du Sud : diffusion tardive via la colonisation ou l’aide internationale



Situation de la fécondité et de la natalité : 

--> Fécondité élevée : les familles continuent d’avoir beaucoup d’enfants, comme avant.

--> Parfois même une légère hausse due à l’abandon de certaines pratiques traditionnelles (allaitement prolongé, abstinence post-partum, etc.).

--> Résultat : le taux brut de natalité reste élevé ou augmente légèrement.



A retenir :

Phase 1 = mortalité baisse + natalité stable → explosion démographique

  • Progrès médicaux, alimentaires et sanitaires
  •  Maintien d’une fécondité élevée par habitude ou culture
  •  Population en forte expansion


2) 2e phase :  La deuxième phase de la transition démographique 


--> le taux de mortalité continue de baisser, mais plus lentement,

--> le taux de natalité commence à diminuer fortement.

Résultat : la croissance naturelle ralentit progressivement jusqu’à redevenir faible ou nulle.



  • Mortalité : Continue de baisser, puis se stabilise à un niveau faible

--> Hygiène publique, progrès médicaux (vaccins, antibiotiques, hôpitaux), généralisation de l’éducation


  • Natalité / Fécondité : Commence à diminuer fortement

--> Prise de conscience qu’il n’est plus nécessaire d’avoir beaucoup d’enfants pour qu’une partie survive


  • Éducation : Scolarisation primaire généralisée, éducation des femmes, diffusion de nouvelles valeurs familiales


  • Contraception : Apparition ou diffusion progressive (retrait, puis méthodes modernes selon les époques)


  • Croissance naturelle : Ralentit progressivement (écart natalité-mortalité se resserre)


  • Structure de la population : Vieillissement amorcé (moins d’enfants, plus d’adultes et de seniors)



Facteurs majeurs de la baisse de la natalité :


--> Diminution durable de la mortalité infantile → moins besoin d’enfants pour assurer la descendance.


--> Éducation des femmes et évolution des valeurs familiales (autonomie, choix, égalité).


--> Nouvelles normes sexuelles et reproductives : contrôle des naissances, recul de l’âge au mariage.


--> Urbanisation et coût des enfants (éducation, logement, loisirs).

--> Diffusion de la contraception :

  • Méthodes traditionnelles (retrait, abstinence) dans les débuts.
  • Méthodes modernes (pilule, stérilet, préservatif, etc.) à partir du milieu du 20ᵉ siècle.

A retenir :

Phase 2 = mortalité faible + natalité en baisse → ralentissement de la croissance

  •  Baisse rapide de la fécondité grâce à l’éducation et à la contraception
  •  Généralisation de l’école et changement des valeurs familiales
  •  Début du vieillissement de la population

Le modèle théorique de la transition démographique s’observe partout, mais à des rythmes différents selon le niveau de développement :

·      Angleterre → modèle précoce et complet

·       Tunisie → transition rapide et réussie

·       Ghana → transition intermédiaire

·       Tchad → transition inachevée

LES LIMITES DU SCHEMA DE LA TRANSITION DEMOGRAPHIQUE

Le modèle de la transition démographique a permis de comprendre l’évolution de la population dans la plupart des pays du monde.


Mais il ne s’applique pas parfaitement à toutes les sociétés, ni dans le passé, ni dans le futur.

Certaines exceptions historiques et nouvelles tendances contemporaines remettent en question la simplicité du schéma classique.



Des exceptions historiques : la singularité française : 


En France, la baisse du taux de natalité commence en même temps que celle de la mortalité, dès la fin du 18ᵉsiècle.

--> exception majeure, car dans le modèle théorique, la baisse de la natalité est censée suivre celle de la mortalité, pas la précéder.

Cette spécificité s’explique moins par des progrès techniques que par des facteurs culturels et idéologiques : diffusion des idées de liberté et de remise en cause de l’Église (Révolution française, Lumières, Moins de contrôle religieux sur la sexualité, recours au retrait et à l’avortement clandestin, Éducation et alphabétisation progressives)



Des limites pour comprendre le passé de l’humanité :


--> diversité des sociétés « pré-transitionnelles »


Le modèle parle d’un « équilibre haut » (forte natalité ≈ forte mortalité ≈ croissance nulle).

👉 En réalité, les sociétés anciennes étaient beaucoup plus variées.


  • Âge au mariage très variable : Mariages précoces (<15 ans) ou tardifs selon les cultures


  • Polygamie plus ou moins fréquente : Absente en Europe, fréquente en Afrique subsaharienne


  • Systèmes de dot opposés : Dot donnée par la famille de l’homme (Afrique) ou de la femme (Inde, Europe ancienne)


  • Modes de cohabitation : Familles élargies ou nucléaires selon les régions


  • Poids des crises (famine, guerre, épidémie) : Périodes de hausse ou de stagnation démographique selon les contextes


Il n’existait pas un seul modèle démographique « traditionnel », mais une mosaïque de régimes.

Des limites pour comprendre le futur démographique : 


Des régimes post-transitionnels très variés :

Le modèle suppose un « équilibre bas » (faible natalité ≈ faible mortalité ≈ stabilité de la population).

 

--> situations réelles sont très contrastées.


1) Cas de déficit naturel (plus de décès que de naissances)

  • Allemagne (depuis les années 1970)
  • Italie, Europe de l’Est (depuis les années 1990)

--> Fécondité < seuil de remplacement (≈ 2,1 enfants/femme)

-->  Vieillissement rapide, besoin d’immigration pour maintenir la population



2) Cas de croissance naturelle faible mais positive

  • France, Suède, États-Unis, Australie, Norvège

--> Grâce à une fécondité modérée (~1,8–2,0 enfants/femme) et à une mortalité maîtrisée

Des différences importantes entre sociétés post-transitionnelles :


  • Espérance de vie : Écart de +16 ans entre Japon et Russie (2005–2010), alors qu’elles étaient proches dans les années 1960


  • Fécondité : 0,7 enfant/femme de différence entre Japon et USA (2005–2010)


  • Naissances hors mariage : >50 % en France et Suède vs <10 % en Grèce


  • Vieillissement : Plus marqué en Europe de l’Est et en Asie orientale


-->  Le régime « post-transitionnel » n’est donc pas homogène :

chaque pays développe son propre modèle démographique, influencé par sa culture, sa politique familiale et son économie


--> Le modèle de la transition démographique est un cadre général,

mais il doit être adapté et complété par une analyse historique, culturelle et sociale propre à chaque société.


Le seuil de remplacement des générations 

Le seuil de remplacement des générations :  nombre moyen d’enfants par femme permettant, dans une population donnée, de remplacer chaque génération par la suivante.

 

--> Donc, niveau de fécondité garantissant que chaque petite fille née deviendra mère d’au moins une autre petite fille.



Les deux facteurs déterminants :  


1) Proportion de filles à la naissance 

·       Moyenne mondiale : 48,8 % (soit 105 garçons pour 100 filles).

·       Peut varier :

o   Moins de 48 % dans certaines régions d’Asie (sélections prénatales).

o   Jusqu’à 49,5 % en Afrique subsaharienne.


2) Probabilité de survie des femmes jusqu’à la fin des âges féconds

·       Dépend de la mortalité infantile, juvénile et maternelle.

·       Plus la mortalité féminine est élevée, plus il faut d’enfants par femme pour compenser les décès avant l’âge de maternité.

Seuil de remplacement =

 1/(Proportion de filles à la naissance)×(Probabilité de survie des femmes entre 0 an et l’âge moyen à la maternite)

 

Cas théorique (aucun décès avant la maternité) = 

--> Cela correspond au seuil moyen mondial de 2,1 enfants/femme, utilisé comme référence dans la plupart des modèles démographiques.


  • Dans les pays développés, où la mortalité infantile est très faible, le seuil est autour de 2,05 à 2,1 enfants/femme.


  •  Dans les pays à forte mortalité, il peut dépasser 3,5 voire 4 enfants/femme.



  •  Le seuil de remplacement n’est donc pas un indicateur de fécondité, mais plutôt un indicateur de mortalité précoce féminine

A retenir :

Donc : Le seuil de remplacement des générations : l’équilibre entre fécondité et mortalité féminine.

Plus les femmes survivent jusqu’à leurs âges féconds, plus le nombre d’enfants nécessaires pour assurer le renouvellement est faible.


--> Indicateur est essentiel pour anticiper les tendances démographiques futures (stabilité, croissance ou déclin des populations).


Quelques exemples :


1) Mali

  •  Transition lente, forte fécondité (~6 enfants/femme).
  •  ICF ≫ seuil (x2).
  • Croissance très forte (+3 %/an).

 → Explosion démographique.


2) Afghanistan

  • Transition débutante, forte fécondité (~7 enfants/femme).
  •  ICF ≫ seuil (x3) puis baisse rapide après 2000.
  • Croissance forte, migrations instables.

 → Transition perturbée mais en cours.


3) Égypte

  • Transition avancée, fécondité en baisse (~3,3 enfants/femme).
  • ICF > seuil (+60 %).
  •  Croissance modérée, population jeune.

→ Transition presque achevée, inertie démographique.


4) Japon

  • Post-transition, fécondité très basse (~1,4).
  •  ICF < seuil (–35 %).
  • Croissance négative, vieillissement.

 → Déclin démographique durable.


5) États-Unis

  • Post-transition, fécondité modérée (~1,8).
  •  ICF ≈ seuil.
  •  Croissance faible, immigration positive.

→ Population stable grâce à l’immigration.

A retenir :

Donc :

  • Pays pauvres = ICF très haut → croissance forte (Mali, Afghanistan).
  • Pays émergents = ICF en baisse mais croissance encore positive (Égypte). Pays développés = ICF < seuil → stagnation ou déclin (Japon, USA).
  •  L’immigration peut compenser la faible fécondité (USA).
  • L’inertie démographique retarde les effets des changements de fécondité (Égypte, Japon, USA)


LES EVOLUTIONS DEMOGRAPHIQUES FUTURES

1) Méthode utilisée : la “méthode des composantes” :


Méthode principale utilisée par l’ONU pour prévoir l’évolution des populations.

Elle consiste à :

1.Faire survivre chaque groupe d’âge et de sexe selon les taux de mortalité.

2.Projeter les naissances à partir des femmes d’âge fécond et des taux de fécondité par âge.

3. Ajuster le tout avec les migrations (entrées/sorties)


➡️ Les projections reposent sur trois composantes clés :

Mortalité – Fécondité – Migration



2) Les projections des Nations Unies (ONU) :


3 scénarios principaux jusqu’au 2100:

1.    Tendanciel (moyen) : poursuite actuelle des tendances.

2.     Ralentissement de la baisse de la fécondité.

3.     Accélération de la baisse de la fécondité.


 Hypothèses pour le futur : 

·       Espérance de vie mondiale : 71 ans → 82 ans en 2100

·       Fécondité mondiale (ICF) : 2,32 → 1,84 enfant/femme en 2100

Migration prolonge les tendances actuelles pour chaque pays. Exceptions : pays en guerre (ex. Syrie) → hypothèse de retour progressif des réfugiés sur 15 ans.


2) Les limites des projections


--> absence de rétroactions


Les projections de l’ONU supposent que les évolutions de population n’influencent pas à leur tour la fécondité, la mortalité ou les migrations.

Dans la réalité :

  •  Une forte croissance démographique peut :

accroître la pauvreté → plus d’émigration, moins de moyens pour la santé publique → hausse de la mortalité.


  •  Un vieillissement rapide dans les pays riches peut :

o   favoriser l’immigration pour compenser le manque de main-d’œuvre,

o   ou créer des arbitrages budgétaires défavorables à la santé → ralentissement des gains d’espérance de vie.


-->  Ces effets ne sont pas pris en compte dans les modèles de projection de l’ONU.


Malgré cette limite

Les projections restent très utiles pour :

  • comprendre les tendances générales (baisse de la fécondité, allongement de la vie),
  •  visualiser les conséquences possibles : croissance, vieillissement, déclin.

 

Projections démographiques mondiales (ONU, horizon 2100)

Situation en 2020 :


  •  Fécondité mondiale moyenne (ICF) ≈ 2,4 enfants/femme.
  •   Population mondiale ≈ 8 milliards


Explication du « paradoxe »

Même si la fécondité est constante dans chaque pays,

-->  la moyenne mondiale augmente, car :

  • les pays les plus féconds (Afrique subsaharienne, Sahel…) voient leur poids augmenter dans la population mondiale.


-->  Cela tire la moyenne mondiale vers le haut.

Mais ce scénario est peu réaliste : la fécondité baisse partout.


  • Inertie démographique mondiale : même si la fécondité tombe au niveau de remplacement, la population continue de croître plusieurs décennies (car beaucoup de jeunes).


  • Le ralentissement de la baisse de fécondité = scénario d’explosion démographique.


  • L’accélération de la baisse de fécondité = stabilisation ou légère décroissance.


  • Projection centrale (ONU) : 10 à 11 milliards d’humains en 2100, avec un vieillissement marqué mais de fortes différences régionales.

Actions

Actions