Séance 1 : le journaliste et l'écrivain autour de 1830, à partir d'Illusions perdues
- Partir des années 1830 : présentation de la situation et de la manière dont le journalisme et la littérature s’oppose. Où passe cette frontière ? Est-ce que le journalisme et la littérature n’ont rien à voir entre eux ? Est-ce que les choses sont plus compliquées qu’elles n’en ont l’air ? Est-ce qu’il y a des circulations, des influences réciproques ?
- en 1836, Girardin fonde le journal "La Presse"
Après la Rev française, l’autorité du religieux a été mise à mal puisque la Rev s’en est pris au clergé, à la monarchie de droit divin. Une place est désormais vacante, celle du guide à la fois spirituel et temporel. Victor Hugo revendique cette position de guide spirituel. Le peuple peut écouter le poète. Cette conception de la litt, c’est celle du poète romantique.
Dates historiques :
- 1815 : bataille de Waterloo, ensuite la Restauration
- 1830 : les 3 glorieuses, arrivée au pouvoir de Louis Philippe + monarchie de juillet
- 1848 : instauration de la République
Avant 1830, les livres sont rares et chères.
Le mot librairie n’a pas le même sens aujourd’hui, cela désigne un éditeur.
- Dev de l’industrie publique, portée par la Rev française = démocratisation du savoir + multiplication des librairies, cabinets de lecture (équivalent des bibliothèques). Quand on emprunte un livre, on peut le faire lire autour de nous.
- En 1836, Thérenty parle de règne de la presse car elle est bcp moins chère qu’avant. Cette presse se finance par la lecture quotidienne dont les abonnements, les petites annonces, publication des romans feuilletons dans les journaux.
Sainte-Beuve parle en 1839 des débuts de la litt industrielle.
- Deux littératures coexistent dans des proportions inégales, il y a une litt commerciale qui cherche à vendre, et puis une littérature destinée aux élites cultivées.
La 1e profite des journaux pour en faire la publicité et elle s’inscrit dans l’ère du temps dans une sorte d’invasion de la démocratie littéraire. Tout le monde se dit homme de lettres. D’un côté, il y a cette glorification du poète romantique qui va se poursuivre. La littérature est désormais ouverte à tous. Le problème, c’est matériel. Comment réunir les écrivains ? sous l’ancien Régime, ils vivaient du mécénat. Il faut trouver un moyen de gagner de l’argent avec sa plume. En 1829, il n’y avait pas les droits d’auteur, Eugène Scribe reprend les anciens projets de Molière et de Beaumarchais de créer une société des auteurs et des compositeurs dramatiques. (qui rencontre des difficultés auj avec l’internet et l’IA). Corneille a tenté de protéger les textes des auteurs.
En 1838, la société des gens de lettres présidé par Balzac vont adhérer une centaine d’auteurs. C’est seulement vers la fin du 19e qu’il y aura une protection pour les œuvres artistiques.
- Dans les lettres de Flaubert, il y a 2 catégories d’auteurs : prostitution, ceux qui meurent de faims. D’où le mythe de l’artiste maudit qui va se développer au 19e > le charlatanisme
Cette opposition entre écrivain mythifiée transformé en poète par le romantisme et de l’autre la nécessité de l’écrivain de survivre.
- Opposition entre 2 types de littérature soigné/pas soigné
Beaucoup d’écrivains sont journalistes et travaillent dans la presse.
- Décennie 1830 : moment décisif pour les relations entre journaliste et littérature.
La Rev de 1830 a bousculé le paysage politique.
- Essor spectaculaire : augmentation des journaux, des tirages. Les auteurs de la décennie romantique (Balzac, Hugo…) se retrouvent à la merci de la critique journalistique. Beaucoup deviennent eux-mêmes journalistes pour se faire connaître ou pour survivre.
Dans quelle mesure faut-il opposer la litt et la presse ? En 1830, la presse apparaît comme une sorte de rivale de la littérature, dotée de grands moyens financiers et par rapport auxquels l’écrivain doit se positionner. Par ailleurs, la presse peut être utile pour l’écrivain selon la critique, attirer des lecteurs notamment. Elle impose ses rythmes et ses logiques commerciales qui ne sont pas les mêmes que ceux de la littérature.
Contexte historique et technique :
Cette période des années 1830 « an 1 de l’ère médiatique », émerge la presse de masse.
Les innovations techniques vont transformer le journal lui-même.
- Cadre légal en 1830, il y a une loi en 1819 : loi qui assoupit les contrôles. En 1824, on rétablit des restrictions sévères, une autorisation préalable de publication.
En 1830, la liberté de la presse se déploie (sous Louis-Philippe), il y a une pétition de liberté des créations. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de censure, elle vient après.
- Abolition des droits de timbre (qui coutaient chères)
Tous les journaux se multiplient, certains deviennent des références. Pour résumer, pour que la presse se déploie, il faut une liberté de publication.
À ce cadre légal, s’ajoute des presses à vapeur = essor de l’imprimerie industrielle, plus rapide pour imprimer, le transport s’améliore, ce qui permet de distribuer plus rapidement. Les journaux deviennent donc des productions courantes. Il y a une démocratisation de la presse : accessible à tous.
Parallèlement, dev de la presse commerciale fondé par Émile de Girardin. Ce modèle est destiné à devenir par la suite la norme. Pendant très longtemps, il va être la norme. Ce n’est qu’à l’ère d’internet, que des productions nouvelles vont apparaître. Le problème, c’est qu’il y a des avantages et des inconvénients. Pour augmenter les tirages = plus de séduction pour attirer, le journal ne devient pas seulement un lieu d’information, mais de séduction du lecteur. Cela a des effets autant positifs que négatifs.
Le journal change de forme, et devient un produit culturel complet qui intègre des comptes rendus littéraires et des chroniques mondaines, des feuilletons, des faits divers, des petites annonces. S’ouvre un espace médiatique nouveau qui vient concurrencer le livre.
En quoi cette presse constitue un nouvel espace littéraire ?
- Réflexion sur les zones d’intersection
La presse des années 1830 bouleverse tout autant l’économie que la politique, mais elle ouvre un champ d’expérimentation pour les écrivains. Les journaux publient des romans feuilletons, de l’autre la litt produit des romans. L’invention du feuilleton, but : fidéliser le lecteur.
Les romans de Dumas sont parus d’abord dans la presse.
- 1840 : les Mystères de Paris, Eugène Sue
Le dispositif de publication produit un certain type de roman, de forme de l’épisode. Balzac a publié aussi en roman feuilleton. Le feuilleton met en place tout un esthétique romanesque permettant de se restreindre au format qu’est le feuilleton.
- 1er point d’intersection : la pratique du roman-feuilleton
- 2e : l’existence de journalistes-écrivains.
Les ho de lettres ont vocation de circuler d’un monde à l’autre. Bcp d’écrivains romantiques vont leur entrée dans les colonnes des journaux. Sainte-Beuve débute comme critique littéraire. Théophile Gautier devient chroniqueur des représentations théâtrales, Gérard de Nerval vit de ses comptes rendus de spectacles, de voyages etc…
Le passage par la presse devient presque obligatoire, une sorte de rite de formation.
Le roman feuilleton est contraignant en termes d’écriture. Le journal ne se contente pas d’écrire seulement de la litt, il est factuel et précis : style journalistique.
La presse : nouvel espace littéraire mais espace de tension entre littérature et journaliste. L’écrivain se retrouve dans le cadre d’une économie de marché avec tjs du pour et du contre. D’un côté, il est plus facile de vivre de sa plume, mais d’un autre côté, l’auteur va dépendre du tirage, de l’intérêt qu’il peut susciter, de la mode qui peut le couronner, ou le déclasser.
- La querelle d’Hernani (Hugo), représentations houleuses. Cette bataille ne s’est pas développé que dans la salle, elle s’est développée dans la presse aussi (article incendiaire). On voit que le débat littéraire se joue désormais dans les journaux. Hugo remporte la bataille.
- Émerge le critique de spectacle : très réputé à l’époque. Avant d’être connu comme romancier, Balzac a été journaliste, il décrit dans Illusions perdues, un monde qu’il connaît bien. Il montre la séduction de ce monde.
Dans Illusions perdues, Balzac met en scène la réussite et la chute de Lucien Beaupré. Dumas lui, a compris la force d’attraction du roman-feuilleton, il adapte son récit au format du feuilleton.
- Succès du roman-feuilleton = des milliers de tirage, il est lu partout
Conclusion : conséquences esthétiques et sociales de la presse dans le champ littéraire
- Transformation du statut d’écrivain, il devient un ho de lettres, c’est un métier rémunéré dont on peut vivre, mais au prix de certaines compromissions dont il faut se garder et que Balzac dénonce.
- Contrainte du feuilleton qui imprime sa marque dans le roman du 19e
- Redéfinition du rôle social de la litt comme les journaux deviennent un lieu de débat.
Le modèle 1830 prépare le nouvel empire : grande diffusion, sérialisation, dépendance à la publicité, lien complexe entre l’écriture, l’économie et le politique.
Ce qu’il écrit n’a pas d’importance, cela est juste un moyen d’obtenir de l’argent. Lucien va perdre son âme. Il n’est pas un jeune homme dépourvu de talent, ce que déplore Balzac, c’est la manière dont l’éloquence est utilisée et détournée par les journalistes au profit d’une absence totale de vérité. But : flatter le lecteur, la ligne politique du journal.
L'image du journaliste qui ressort, c’est un écrivain qui ne s’engage pas dans ce qu’il écrit. Il faut réussir à persuader les autres d’y croire, c’est justement parce que le journaliste ne croit en rien qu’il peut défendre des convictions opposées. La question de la vérité n’a donc plus d’importance. L’éloquence devient simplement un moyen, elle est complètement opposée à la conception romantique de la littérature.
L’usage qu’on trouve dans les tartines (sens figuré de long discours), terme qui appartient à l’argot des comédiens et des journalistes.
Le journaliste : avatar dégradé de l’orateur, de la même façon la tartine (tirade qui n’en finit pas, grandiloquente) est une forme dégradée du discours oratoire qui tourne dans le vide.
Un journaliste est un acrobate, il s’agit d’avoir un réservoir de stéréotypes. Les journalistes sont cultivées, mais se sont seulement des clichés.
Lucien comprend comment ça fonctionne, mais il n’est pas immunisé contre le côté persuasif de ces tartines. Il se trouve chaque fois embarqué dans la parole de ces personnes qui prennent de l’emprise sur lui à partir de discours construits.
- Lucien est dans une position intermédiaire : il découvre le monde, mais il représente le lecteur naïf qui se laisse convaincre par des arguments faux.
Séance 3 octobre : La presse de masse et l'ère médiatique, Gaston Leroux (fin 19e-20e)
Cette révolution de la presse à la Belle Époque, c’est la révolution de la presse quotidienne. Le Petit Journal arrive à vendre un million d’exemplaire, on compte 3 autres quotidiens (1 million d’exemplaire).
- 4 grands journaux parisiens qui monopolisent, dominent le paysage de la presse à cette époque. En 1914, 20 millions d’habitants > frôle les 10 millions d’exemplaires, le journal était le moyen de communication le plus privilégié. Ce dév de la presse quotidienne explique que le journal devient une consommation courante.
- Recul de l’analphabétisme, en 1880 : 17 pourcents d’analphabètes.
- Loi Guizot en 1833 et les lois Ferry qui sont plus tardives en 1880-82
2e facteur : un facteur politique
- La liberté de la presse qui a été instauré par une loi, la loi du 29 juillet 1881, loi fondatrice pour la presse > loi libérale, elle laisse bcp de libertés aux organes de presse et aux journalistes.
- La dimension politique, ce n’est pas seulement la loi sur la liberté de la presse, c’est aussi qu’on est en régime républicain (3e république), il y a une sorte d’idéal pédagogique ou didactique dont la presse se fait le rôlet. Il s’agit d’instruire les lecteurs, de leur donner des éléments de compréhension pour leurs votes et faire une sorte d’apologie des valeurs républicaines.
Il est très facile à l’époque de déclarer qu’on ouvre un journal, il suffit de faire une déclaration à la Préfecture. Il y a des tas de journaux qui se font ainsi.
Entre 1881 et 1914 (déclenchement de la 1ère guerre), il y a une expansion considérable qui aboutit à la multiplication d’exemplaires de journaux (Le Matin, le Journal, le Petit Journal) > ça représente 75 pourcents de la presse parisienne
Il invente la formule du « un sous » > Petit Journal
- Apparition des chroniques (actualité mondaine, artistique...), les romans feuilletons, les faits divers
- Le Petit Parisien copie la formule et qui fait un journal assez opportuniste et plus ou moins favorable au gouv en place. Le Petit Journal n’était pas non plus un journal engagé.
- Le Matin, à l’origine c’est une tentative d’adaptation d’un journal américain (The Morning News), le dév de la presse française est tardif par rapport à d’autres pays comme l’Allemagne et surtout les pays anglo-saxons.
- Les journaux anglais dépassent les 10 millions d’exemplaires contrairement au journal français.
- Le Journal fondé en 1892 s’inspire du Petit Parisien (les journaux se copient les uns les autres), il se fait une spécialité des nouvelles littéraires ou artistiques.
On l’appelle à l’époque « Le Figaro du pauvre ». Dans Le Journal, on trouve du grand reportage (genre qui se développe dans les années 1930), nouvelles, chroniques, contes, critiques dramatiques.
Dans les années 1880 : naissance d’une grande presse populaire, le Petit Journal et le Petit Parisien cherche un public populaire. Tous les jours, il faut donner envie aux lecteurs d’acheter le journal. Le Matin et Le Journal ciblent les classes moyennes.
- Le Figaro se définit comme l’organe de toutes les élites qui mêlent la grande information, la litt, les mondanités, le divertissement. On a dû mal à imaginer que des chroniqueurs allaient dans les soirées mondaines et racontent la soirée, cela faisait un article dans le journal. Il tire à 100 mille exemplaires, va rencontrer des difficultés au moment de l’affaire Dreyfus, en prenant parti pour le capitaine, il perd une partie de son lectorat.
- Tension qui s’établit entre une presse engagée et objective qui cherche à donner l’information sans orientation idéologique.
Il y a des titres qui relèvent d’une presse engagée.
- Il ne faut pas écraser les faits par l’interprétation, des journaux impartiaux (impossible), il y a toujours un parti pris ou un point de vue.
La presse régionale :
- Les nouvelles formes de presse : ce dév de la presse de masse suppose de conquérir un lectorat et de le fidéliser. Le Matin annonce en 1899 qu’il sera le journal pour tous. On cherche à s’adresser à l’ensemble de la famille, avoir un spectre large pour attirer le plus de gens possible.
Dans les années 1880, les images ont encore un rôle marginal dans la presse, mais le dessin en couleur s’impose en première page : illustre un événement récent. Chacun des quotidiens parisiens fait paraître un supplément illustré.
Les magazines spécialisés : 1er hebdomadaire féminin en 1901 > dév de toute la presse destinée à la jeunesse, dans le Petit Illustré.
- Magazine qui s’oriente vers le divertissement
Il y a une presse satirique qui essaye de viser un public large : L’assiette au beurre (1901-1912) : on voit naître la caricature de presse qui a subsisté jusqu’à nos jours.
Il y a également une presse qui s’intéresse au sport : L’auto (1er quotidien) en 1900 > à lancer un événement sportif, il s’agit du Tour de France. La presse ne se contente pas de relayer l’info pour devenir populaire, elle devient investigatrice d’un certain nombre d’événement.
- Le premier kodak
- Le premier appareil portatif léger : Le Reporter
A partir des années 1891 > dév de la photographie, on sort de la logique qu’indique le titre de magazine d’illustration, la photo devient centrale à partir duquel la mise en page du texte va de pair avec l’image. La photographie rentre dans les quotidiens populaires.
Il y a un appareil mis au point dans les années 1907 : l’épigraphe.
A défaut d’avoir des photos prises sur le vif, les quotidiens adoptent les principes de montage pour donner à l’image une place de plus en plus important et faire des récits en image de l’actualité. Très vite se créent des agences spécialisées dans la photographie 1904-1905.
La question économique :
Avec la loi de 1881 sur la liberté de la presse, les journaux se créent massivement et se constituent en société anonyme. Comme il y a une croissance de la presse, cela attire des investissements. Ils sont considérables à cette époque. Autour de 1898 et 1900, le Matin dépense 4 millions de francs pour les machines. Dans la comparaison avec la presse anglo-saxonne, la presse française (sa part de publicité est très faible), dans la culture catholique, l’argent n’est pas bien vu, l’esprit du gain est considéré comme immoral.
L’essentiel des recettes provient de la vente aux numéros, mais elle est aléatoire car on ne sait pas si les gens vont racheter le journal le lendemain.
- Le Figaro à la fin du siècle dév ses recettes.
On arrive à une situation où d’un côté, il y a le monde de la presse et le pouvoir de l’argent > risques de corruption, ils vont donner lieu à des scandales retentissants. Le 1er : le scandale du canal de Panama, en 1881, pour obtenir l’argent nécessaire, il fait des pots de vin, donne de l’argent aux journaux en crédit publicitaire pour qu’ils ne rendent pas compte dans leur colonne des difficultés rencontrées par l’entreprise.
En 1889, la société fait faillite et entraîne dans sa chute, tous ceux qui ont cru au mensonge de la presse. En 1892, un journal de l’extrême droite publie la liste des noms des personnes qui ont été compromises. Une commission d’enquête parlementaire est créée, on s’aperçoit que la compagnie a distribué des millions de crédit publicitaire aux journaux.
Autre scandale, celui de l’emprunt russe. En 1823-24, L’Humanité dévoile que l’État a donné de l’argent à la presse française pour parler des emprunts russes.
- Collision entre le monde de la presse et celui de la corruption
Du point de vue de la machine de l’imprimerie, plus les techniques se perfectionnent et plus ça coûtent chère d’acquérir du matériel. La presse est devenue une économie de marché, ça devient une industrie et il y a une concurrence effrénée entre les journaux, ils doivent trouver des moyens de distribution, faire de la publicité.
- Crieur de rue : vendeur de journaux, en province, les journaux sont distribués
Il y a une sorte d’unification du territoire nationale pour que tout le monde puisse avoir accès à l’information > on se dirige vers l’information en temps réel
La taille des grands quotidiens : une centaine de personnes qui y travaillent.
La compétition porte sur plusieurs terrains : le journal à un sous, le format (taille du journal), la question du nombre de pages parce qu’en 1890, le journal faisait seulement 4 pages. En 1895 > 5 pages, puis 8, puis 12 alors que les quotidiens britanniques sont déjà à 20 pages.
Publicité : crieur, placardage, brochure, jeux, concours, loterie, événement médiatique (en 1901, le Matin lance la subvention de sous-marins, en 1909, le patron du Matin, fait accrocher l’avion avec lequel Louis Brio a traversé la Manche).
Cette puissance de la presse : grands journaux qui doivent faire des investissements et gagnent de l’argent, ils achètent des hôtels de presse, ils sont situés autour des Grands boulevards.
- Campagnes de presse : en 1907, le Petit Parisien lance une sorte de référendum en demandant s’ils sont pour ou contre la peine de mort. La presse fait pression pour intervenir dans les débats sociaux.
L’Affaire Drefus :
Elle n’aurait pas existé sans la presse, elle va permettre de conduire l’affaire vers une fin positive.
En 1894, La Libre parole (journal antisémite) fait émerger cette affaire, accuse les Juifs d’être des espions internationalistes. Suite à ses révélations, le capitaine est dégradé en 1895, il est envoyé au bagne de Cayenne.
Les journaux se contentent de relayer l’info sans remettre sa culpabilité en cause. Des doutes émergent > parution du dossier faux prouvant la culpabilité de Dreyfus, un journaliste Bernard Lazare mène une enquête et démonte l’accusation et réussit à prouver l’innocence de Dreyfus. Il convainc un sénateur Scheurer Kestner et affirme que Drefus n’est pas coupable. 2 jours plus tard, Zola dans l’Aurore publie son J’accuse. Les passions se déchaînent car se pose la question de la révision du procès.
- Courage de Zola, il ne pouvait pas s’appuyer sur sa notoriété, très peu de gens étaient convaincus de l’innocence de Dreyfus. La plupart des journaux sont antidreyfusards, la société française se déchaîne.
- En 1898, le vent tourne. En 1899, il est reconnu coupable avec des circonstances atténuantes. En 1906 : réhabilitation, Dreyfus est gracié.
Ce qui est intéressant, ce n’est pas le déroulement de l’affaire, c’est le fait que les journalistes et les écrivains sont propulsés dans le débat politique. Le Figaro perd énormément de lecteurs, le Petit Journal quant à lui voit ses ventes reculées. Le Petit Parisien reste lui dans une position intermédiaire.
- Naissance des intellectuels dans le débat public en France
Gaston Leroux :
Dossier BNF : l’âge d’or de la presse
- Journaliste, romancier, avocat
- Les Mystères de la chambre jaune (roman succès) : on est tout de suite dans le monde de la presse. Rouletabille : double fictionnel de Gaston Leroux
Le fait qu’il soit avocat, cela lui donne accès aux tribunaux, aux chroniques judiciaires.
Gaston Leroux relate les audiences du procès de Dreyfus, il devient grand reporter au Matin.
- Le reporter : quelqu’un qui voyage, qui a un beau salaire > statut privilégié pour un journaliste à l’époque
Il passe du statut de chronique judiciaire à celui de grand reporter, puis le romancier se construit > adaptation au cinéma de ses grandes œuvres
- Lire synthèse sur icampus sur Gaston Leroux
Article de Gaston Leroux :
- Exemple d’une chronique judiciaire à l’époque : « affaire des messes noires »
Il ne parle pas de l’affaire dans l’article, il s’intéresse aux comportements du tribunal. C’est une chronique judiciaire, mais surtout une chronique de mœurs puisque tout repose sur la personnalité du chroniqueur.
- Lire l’article de Mathieu Letourneux sur icampus
Séance 3 : Les nouvelles figures du journaliste émergeant à la Belle Époque : Colette
Exposition sur Colette à la BNF !
- Nouveaux genres journalistiques, la question de l’information
2 modèles concurrents qui s’affrontent : il y a l’information à la française, imprégnée d’une longue tradition de journalisme politique et littéraire VS l’information à l’anglo-saxonne qui fait prédominer l’information brut.
Le problème du journalisme à cette époque, c’est qu’il est trop dépendant de la littérature. Vont progressivement apparaître un statut du journaliste, ça devient une profession à part entière alors qu’avant c’était une simple activité.
Cette information, il faut la communiquer le plus rapidement possible et parallèlement, il faut sélectionner l’information. Qu’est-ce qu’on raconte ? Ce qui intéresse le lecteur, c’est une information locale > loi de proximité, le lecteur se sent plus concerné par un événement qui se passe plus près de chez lui.
- Priorité donnée à l’information (rubrique dernière heure quand qq chose survint) : fourre-tout où on met tout ce qui arrive. Le fait divers est au cœur de l’information dans les journaux de masse, vers 1910 > 60 pourcent des nouvelles
- Interview, enquête > augmentation
Le roman feuilleton finit par s’effacer de l’actualité.
- Affaiblissement du journalisme ancien
- Chronique : modèle de la conversation d’un journaliste-écrivain avec le lecteur
Cette causerie (Les Causeries, St Beuve), ça lasse le lecteur qui trouve que le contenu n’est pas suffisamment intéressant. Il y a encore des traces de chroniques dans la presse.
- Chronique d’un côté VS la critique théâtrale (critique d’humeur ça m’a plu ou pas, ce n’est pas une critique universitaire)
Dans les journaux d’opinion, il y a les éditorialistes.
- Lien entre littérature et journalisme : il y a des écrivains qui se retrouvent à l’Académie française. Les grands journaux populaires ne rompent pas avec la tradition littéraire.
Un des genres qui se développe : le petit reportage. C’est le dév de ce qu’on a appelé autrefois le fait divers. Mais le fait divers a tendance à être un écho lointain à ce qui se passe dans les procès. Le fait divers devient désormais une source de reportage, on envoie les gens pour essayer d’obtenir des confidences. S’il y a eu un crime, les quotidiens dév ça sur toute une page.
Le Figaro en 1900 ouvre une rubrique concernant les suicides.
Ces petits reporters « faits diversiés » se répandant dans Paris, dans les commissariats, dans les préfectures de police. Le journaliste de l’époque travaille dans l’urgence, ils sont pressés par la nécessité économique et temporelle.
Le rubricard réécrit les articles des petits reporters. Ce petit reporter concentre en lui les aspects les plus décriées du journalisme. Ce sont les jeunes journalistes qu’on envoie sur le terrain. Ils ont une image qui est négative en général.
Ce travail d’aller sur le terrain ouvre la voie au journalisme moderne. La litt va contribuer à faire du reporter un héros positif > le perso Routabille
La circulation des textes est un point fondamental, suppose un découpage précis, des séquences courtes (4-5-10 pages maximum).
- Fandor à la poursuite de Fantômas, Tintin
Le petit reportage VS le grand reportage, qui, lui est au contraire la référence du journalisme. Le reporter est la lorgnette du monde. Les faits diversiés sont plongés dans l’intimité la plus sordide > mauvaise image alors que les grands reporters > bonne aura
Le grand reporter rapporte les faits, dit ce qu’il se passe, rapporte les propos des intéressés > lien entre ce grand reportage et les méthodes du naturalisme (carnets d’enquête)
Le conflit en 1900 = tournant pour le grand reportage, chacun a son envoyé spécial
- Le journaliste met en scène son enquête (Emmanuel Carrère), on voit émerger une sorte de sous-genre : le reportage à la française > rendre la vision des événements subjective, ces reportages sont réunis dans des livres qui sont des recueils de reportage ou roman écrit à partir de la matière première du reportage.
- Pierre Mille : journaliste oublié
Les journalistes anglo-saxons sont étonnés par cette manière de procéder, ce reportage à la française accorde une grande importance à l’écriture, pas seulement le style, mais la manière dont les choses sont racontées. Le grand reportage prend la suite des récits d’aventures coloniaux > 19e
Autour de 1901, le Matin et le Journal s’amuse, ils veulent améliorer le score du livre de Jules Vernes. Chacun envoie un reporter fait le tour du monde. C’est le journaliste du Matin qui gagne.
Le développement de l’interview et de l’enquête :
- Promoteur, un journaliste Jules Huret : novateur à l’époque d’aller interviewer des personnalités publiques. L’interview à l’époque, ce n’est pas comme auj. À l’époque, c’est un récit entrecoupé par un échange où le journaliste se met en scène.
Huret a l’idée en 1891 de se lancer dans des enquêtes. On tend plus vers le sondage que la simple interview.
- Enquête publiée dans le Figaro : Huret va voir tous les écrivains de l’époque et rassemble des entretiens où ils parlent de leur rapport à la litt. En 1892, il récidive avec une enquête sur la question sociale. On n’est pas loin du sondage d’aujourd’hui. Ce grand reportage, c’est le roi du journalisme. Les grands reporters ont un statut économique bcp plus favorable que celui des petits reporters. Ils ont une indépendance de plume + une autorité.
Huret va aux États-Unis pendant plus d’un an, et il envoie des articles qui paraissent dans le Figaro. Gaston Leroux lui, avait bcp plus de difficultés financières, les voyages étaient longs et fatigants.
L’information nouvelle est souvent critiquée, certains sont nostalgiques d’une presse écrite par une élite et pour une élite. Les plus conservateurs considèrent que le journal n’instruit pas le lecteur. Certains soupçonnent la presse d’avoir une influence néfaste et de produire de la criminalité lorsqu’elle détaille les crimes les plus sordides.
Cette transformation de la presse ne se fait pas brutalement, le reportage ne va pas supprimer le journalisme à la française. Dans les genres nouveaux qui apparaissent, le goût pour le récit se maintient.
Les journalistes européens jugent la presse française comme indigente, peu rigoureuse et toujours dominée par le primat de l’écriture.
La manière dont la profession du journaliste se structure à cette époque :
Socialement il n’y a pas de journaliste, ce n’est pas une profession reconnue. Les choses changent avec l’essor de la grande presse populaire puisque ça ouvre des possibilités nouvelles.
Comment on devient journaliste ? il n’y a pas de diplôme, d’école de journaliste. Ça fonctionne par bouche à oreille, par recommandation. Socialement, ils sont des fils de bonne famille, ils ne veulent pas devenir commerciaux ou militaires. Le journaliste > tremplin vers d’autres carrières politiques, administratives voire la litt
La presse est considérée comme un tremplin vers autre chose, pas comme un métier. Au tournant du siècle, le journaliste devient un véritable travail, ça représente 40 pourcent des journalistes qui ne font que ça. Il y a quasiment aucune femme dans le journalisme, Colette est l’exemple rare.
- Journaliste : profession seulement masculine
C’est difficile de se faire une place dans les journaux. Vers 1900, dans les 4 grands journaux qu’on a mentionné, 50-100 journalistes, hiérarchisation du travail, y a des intermédiaires avant le rédacteur en chef.
On voit émerger une reconnaissance positive des grands reporters : aventuriers des temps modernes.
- Tentation du journaliste d’inventer un événement
- Risques de procédure : le journaliste est attaqué, il n’y a pas de secret professionnel. Un des socles sur lequel le journaliste tient, il n’est pas tenu de dire ses sources. Il y a un changement dans la sociabilité du journaliste, au lieu de se mêler aux écrivains et aux artistes, il se retrouve dans le bar du palais de justice à discuter entre eux, ou des avocats et magistrats. C’est la spécialisation du métier qui conduit à une socialisation des milieux dans lequel il se trouve.
Les associations journalistes existent, elles ne sont pas très présentes. Quelque chose se met en place et qui va aboutir à un vrai métier : distinction entre amateur et ceux qui vivent de leur plume de journalistes.
A l’époque, l’idée que le journalisme s’apprend = idée incongrue
Il y a une femme en 1899 qui décide d’ouvrir à Paris une école supérieure de journaliste. Tout le monde se moque d’elle. Bien que l’idée soit originale, ça tourne court. En revanche, on voit apparaître des manuels, des livres sur comment devenir journaliste.
On est encore dans cette période au début de l’affirmation de l’identité du journaliste. rr
La figure de Colette :
Elle a réussi à mener une carrière de journaliste et de littéraire.
- Colette : son nom de famille, mais elle s’appelle Sidonie Gabrielle. L’histoire de son nom d’auteur est assez compliquée, elle rentre en conflit avec le patriarcat dominant de l’époque. Elle rencontre un chroniqueur Willy avec qui elle va se marier. Il faisait écrire ses articles par d’autres. Il met sa femme au travail > le livre qui va être publié va être sous le nom de Willy et non de Colette
- Procès : Colette gagne
Ses premiers écrits dans La Cocarde, elle n’est pas intéressée par la politique, elle publie des chroniques musicales. Elle signe Colette Gauthier-Villars. La situation avec son mari devient de plus en plus compliquée, elle devient actrice de musical.
- Relation avec Mathilde de Morny
Elle divorce de Willy, se marie avec un rédacteur en chef du Matin Henry de Jouvenel. Elle se débarrasse de son pseudonyme, et signe désormais Colette.
- Amitié Jean Cocteau et Colette
C’est la première femme à recevoir des funérailles nationales. Elle est singulière car c’est la première à se faire un nom quand on était à la fois une femme, et qu’aux yeux des autres, elle était jugée immorale.
- Intérêt de Colette pour les animaux
- Le Blé en herbe : roman qui suscite le scandale
En 1932, elle ouvre un institut de beauté. Colette est une écrivaine particulière car elle a eu de multiples carrières, elle est constamment en interaction avec le siècle, les événements et la société.
Pendant la guerre, elle publie des chroniques dans le Petit Parisien proche de la Collaboration. Il est parfois difficile de différencier sa vie de journaliste et sa vie d’écrivaine. Elle publie 1200 articles publiés dans une centaine de titres de presse.
- Va et vient entre les publications dans les journaux et la manière dont elle reprend ses textes.
Ce qui est important, c’est de savoir comment Colette se positionne quand elle écrit ses articles : soit en tant que journaliste soit en tant qu’écrivaine. C’est une des écrivaines françaises qui a été le plus photographié.
Lorsqu’elle écrit au Matin, elle ne signe, elle signe « le Masque », puis elle finit par dévoiler son identité. Le fait que Colette continue à écrire des articles alors qu’elle n’en avait pas besoin financièrement, montre qu’elle ne considère pas ses articles seulement comme en gagne-pain.
Texte : Dans la foule, Colette (reporter, elle est allée sur place après l’attentat commis par la bande à Bonnot)
Séance 4 : 17 octobre : la 1ère guerre mondiale
Pour le contrôle : texte avec quelles questions, soit des questions générales portant sur le cours !
En temps de guerre, l’information relevait tout à coup d’une double importance : ceux qui la reçoivent. La presse devient vitale au quotidien. De l’autre côté, du point de vue du pouvoir, la presse devient un outil d’influence sur l’opinion. Les états qui sont en guerre veulent contrôler la presse.
La 1ère guerre et la 2e : la liberté de la presse est mise sous tutelle. La presse joue son rôle, mais de l’autre l’État va l’en empêcher pour que la presse diffuse que les info positives. Par ailleurs, la mobilisation au front qui emploie tous les jeunes hommes vident les rédactions et les imprimeries. Elle rend difficile l’approvisionnement en matière première, puis elle coupe la presse entre ses liens et ses sources.
Globalement, cette période = affaiblissement de la presse, elle se déconsidère car elle n’est plus fiable, pour qu’elle soit fiable, il faut qu’elle soit objective et pas soumise au gouvernement.
À l’issue de la guerre = reconstruction, mais cette période laisse des cicatrices car elle a montré la puissance de la propagande de la presse.
1) La presse est déstabilisée par la guerre
Tous les ho entre 20 et 50 ans sont mobilisés au front. Certains titres disparaissent, il y a des imprimeries qui ne peuvent plus fonctionner.
> conséquences le nombre de pages diminuent
En 1916 : norme de parution à 4 pages, en 1917, l’État intervient en réduisant la pagination. Il soutient en organisant la répartition du papier.
> Effondrement des recettes publicitaires, l’État donne de l’argent aux journaux pour faire de la publicité.
On est dans ce paradoxe, à l’été 1917, il y a 8 millions d’exemplaires vendus à Paris, ce qui représente une augmentation des ventes des journaux pendant la guerre. Mais cette augmentation est un trompe-l’œil : « le bouillon » ce sont les invendus, il peut se situer jusqu’à 25 et 50 pourcents des journaux.
- L’Humanité perd bcp de lecteurs à cette époque
- Les journaux régionaux s’en sortent mieux que les journaux parisiens
Les journaux parviennent jusqu’au front, et n’arrivent que quand les officiers les laissent passer. Les soldats du front ne sont pas complètement isolés de l’information.
2) La censure
Il faut dire les choses, mais d’autres choses ne doivent pas être dites. Les éditorialistes du Figaro en 1915, discours où ils disent qu’ils ne peuvent plus rien dire. Pk la censure est-elle si forte ?
> prise de conscience grâce à la guerre prussienne de 1870 car des informations ont été donnée concernant le déplacement des troupes françaises, qui, selon les militaires avaient servis aux ennemis prussiens pour gagner.
Donc, le gouvernement est plus consciencieux sur le danger de la presse puisqu'il peut informer l'ennemi et amener la France à perdre la guerre à cause d'une fuite d'informations.
- Loi sur l’état de siège, pris le 2 août 1914 et qui suspend complètement la liberté de la presse puisque l’autorité militaire peut interdire tout type de publication. Le ministre de Guerre charge le préfet de police que aucune info ne soit publiée.
Les journaux ne peuvent publiés que les info sélectionnées par le gouvernement.
- 400 censeurs : de nombreux journalistes sont chargés d’élaborer les consignes auxquelles devront se conformer les journaux, puis il y a les commissions de contrôle qui sont animés par 5 000 censures qui analysent les articles publiés dans les journaux. Chaque journal est tenu de tenir la morasse (les dernières épreuves avant le tirage). Que font les journaux ? les passages censurés texte avec des trous, des espaces blanc (caverder un article : enlever des passages, supp des morceaux). Si les publications ne respectent pas la censure, elle s’expose à la saisie des exemplaires > perte financière, il peut y avoir des interdits de publication pendant plusieurs semaines.
Auto-censure des journalistes, mais en même temps ils cherchent des détournements. Globalement sur certains sujets susceptibles de mettre le pays en difficulté, il y a un accord de ne pas parler des mutineries de 1917. L’armée est bien aux manettes de l’information. Au début de la guerre, les soldats pensent écraser l’Allemagne. Les journalistes acceptent ses contraintes, mais au fur et à mesure que ça dure, ils vont trouver ça moins drôle.
- 3 août 1914 : la presse française ne doit rien publier tant que l’armée n’a pas autorisé la publication. Si les journalistes acceptent la censure, c’est pour aider l’effort de guerre. Dès l’automne commence à apparaître des frictions avec la censure.
- Anastasie = la censure
- Pénurie de l’info sur l’évolution des combats : les lecteurs veulent savoir comment ça se passe au front, mais ces info ne parviennent pas jusqu’aux lecteurs.
Aristide Brillant crée la maison de la presse : lieu de contact entre les journalistes et les services des ministères qui leur fournissent des info d’ordres militaires et médiatiques.
Des journalistes vont directement au front, ils sont acceptés dans les troupes françaises. En septembre 1914, un jeune journaliste du Matin parvient à (Albert Londres) être témoin des bombardements à Reims.
Ils sont tenus aux témoignages des soldats au début. Depuis 1916, l’état Major fait venir des journalistes britanniques sur les luttes françaises. Après l’offensive de Champagne au printemps 1917, ils veulent utiliser les journalistes à des fin de propagande et ne plus les écarter.
Sous l’impulsion de Pétain, on cherche à utiliser les talents des reporters pour aider la propagande, mais le contrôle reste étroit, ils sont sous le contrôle des officiers.
- Habillés de kaki, bracelet vert au bras droit, il n’y a aucune pleine liberté, ils n’ont pas confiance aux journalistes.
- Début juin 1917, Albert Londres quitte le journal.
Est-ce que les journalistes se sont transformés en propagande contre leur gré ? question compliquée, le journaliste est habité par une certaine défense patriotique.
La surenchère patriotique et ses limites :
Les Français de l’Arrière veulent voir ce qu’il se passe aux fronts. Le mieux, ce sont les photos, elles sont prisées par les journaux, notamment par le journal Le Miroir, rebaptisé le Miroir de la guerre, qui achète à prix d’or les photos prises sur le front. Le journal essaie de convaincre les combattants de prendre des photos eux-mêmes > mais interdit par le règlement militaire
- Appareil photo miniaturisée voit le jour pour prendre des photos malgré les interdictions. Les photos sont examinées, ceux qui paraissent restent conformes à la politique du gouv. Il y a des choses qu’on montre ; d’autres qu’on ne montre pas (notamment les morts). Se met en place face à cette demande très forte, en 1915 : Service photographique des armées.
On interdit, mais on finit par autoriser des choses contrôlées.
- Terme qui paraît and un roman et sur le front : « le Feu de Henri Barbusse » : militant communiste qui raconte dans son livre et emploie une expression en insistant sur ce qu’il appelle « le bourrage de crânes » pour désigner les bobards, les fausses nouvelles que les naïfs croient et écoutent.
- Conditionner les populations de l’Arrière : objectif du bourrage de crâne, il est intense dans les premiers mois de guerre car promesse que la guerre ne va pas durer.
Ex : les balles allemandes qui ne font pas mal
Maurice Barrès : « les Allemands reculent… », « La France a le dessus », « Même battue, la France ne serait pas vaincue ».
> Les quotidiens font appel à des experts militaires, ils couvrent de leur autorité mensongère, tout un tas d’approximations
> Propagande polémique, expression de Boche pour parler des Allemands
- Bourrage de crâne dans le Canard enchaîné : la lutte est menée contre les bourreurs de crâne et qui trouve son public à Paris et sur le front. Les Poilus connaissent la réalité des choses, tout le monde a envie d’attendre que la guerre est bientôt terminé. Ils créent leurs propres journaux = petit tirage, c’est souvent écrit par des soldats à l’Arrière dans l’administration militaire qui ont passé un moment dans le front : Le Crapouillot.
En nov 1918, victoire fait passer toutes les critiques contre la presse > exaltation de la victoire, le Comité de la presse se voit décorer pour l’effort de guerre et pour avoir dénoncer la propagande.
La presse ne sort pas indemne de cette crise :
1) Bcp de journaux ont disparu pendant la guerre, la réorganisation n’est pas simple le lendemain de la victoire, encore des restrictions = vulnérabilité des journaux, ils sont obligés d’augmenter leur prix
Ces difficultés de la presse favorisent des tentatives de rachat des journaux. Il n’y a plus de conquête du public par les quotidiens. Les plus fragiles sont éliminés, mais surtout il y a un certain nombre de scandale qui frappe la presse.
2) Ils sont violemment critiqué pour avoir pendant 5 ans d’avoir soutenu la propagande : installe chez le lecteur une collusion entre le pouvoir et la presse. Cette collusion est aussi financière. Défiance à l’égard des journaux qui ont raconté n’importe quoi. En 1923 : scandale des emprunts russes > dénonciation des directeurs de journaux.
2 scandales :
- Scandale du Quotidien (journal honnête pour les honnêtes gens) : en 1928, on s’aperçoit que ce journal est lié à une agence inter-presse elle-même financée par des investisseurs, et que donc des relations d’argent se sont établies. Le scandale est découvert après des investissements financiers douteux que soupçonne les lecteurs.
- Scandale du Temps : Louis Mille meurt, en regardant dans ses papiers, on découvre que c’est la propriété d’un consortium.
- Scandale du scoop : publier la nouv avant les autres. 2 aviateurs : Ningesser et Coli essaient de faire une liaison entre l’Europe et les États-Unis sans escale. Ils n’avaient pas de radio, aucune communication. Les journaux français étaient dans l’attente de leur arrivée. La presse annonce en une l’exploit des aviateurs. Les journaux suivent et corroborent la nouvelle, mais qq heures plus tard, on apprend qu’ils se sont écrasés en mer.
Le journaliste après la guerre :
> Bcp de journalistes sont payés en 1920 moins qu’un cheminot > salaire bas
> Leur statut incertain : le journaliste ne bénéficie pas des avantages de l’après-guerre, aucune protection sociale, aucun congé. La situation du journaliste dépend du journal dans lequel il travaille. Cette question matérielle est importante car le journaliste de la Belle-Époque se croit libre et indépendant, mais il se retrouve dans les années 20 comme un salarié précaire en bas de l’échelle. Puis il subit le regard désapprobateur des gens.
Commence à naître en 1918, un syndicat du journaliste qui va adopter un code d’honneur et de déontologie. En 1925 : 1200 membres dans ce syndicat ! Progressivement le statut s’améliore. Le syndicat se bat pour obtenir l’indépendance morale, la clause de conscience et professionnel : que le journaliste soit protégé quant à ses sources.
La guerre bouleverse les repères de la presse française = période d’instabilité, on rentre dans une période encore plus concurrentielle où le monde de la presse devient un marché et qui va évoluer au rythme des innovations techniques et de l’inventivité des grands patrons de presse.
Albert Londres :
Né à Vichy, s’installe à Paris en 1903. Il est d’abord poète avant d’être journaliste. La diff entre un écrivain et un journaliste, c’est que le journaliste se rend sur place, cherche l’information là où elle se trouve.
C’est le premier à faire du journalisme d'investigation, il rentre dans des endroits fermés pour voir lui-même ce qui se passe. Il traite de sujets qui sont encore très brûlants, il est le premier à les aborder.
- Pouvoir de la presse sur la société et les institutions législatives et politiques : Londres réussit à faire fermer le bagne de Cayenne sur lequel il va enquêter.
- Grand reporter : il part dans différents endroits du monde
- Reportage engagé : qui vont produire des effets significatifs dans la réalité, Londres a couvert de nombreuses guerres
- Description par Albert Londres de l’effondrement de la cathédrale de Reims = succès, c’est ce qui le fait connaître
Il représente la cathédrale comme un soldat blessé, les Allemands n’apparaissent pas dans son article. Il montre simplement les résultats de la guerre et de la destruction de la cathédrale.
- Mort horrible : incendie qui se déclare dans le navire où il suspectait de la contrebande. On pense qu’il a été tué, ses confidents ont été tué dans le crash de l’avion au retour en France.
Il raconte les conditions de son enquête > jeu avec le lecteur, ironie
- Tradition du reportage à la française
Finalement ce qu’il montre, c’est que l’institution est plus folle que les fous eux-mêmes.
Séance 5 : 24 octobre
Innovations de la presse dans les années 30 :
Les difficultés rencontrées dans la presse pendant l’après-guerre > scandale financier
La presse sort de la 1ère guerre mondiale assez décrédibilisée, elle a dû mal à s’en remettre. Dans les années 30, se produit d’autres événements > société en pleine mutation
> Dév des médias du son : naissance de la radio
- Le Quotidien Paris Soir : l’époque où la presse quotidienne parisienne semble aboli et c’est Paris Soir qui va écraser tout sur son passage avec sa nouvelle formule.
Le contexte :
> Moyennement favorable, crise de 1829, 3 dévaluations successives en 1936, 1937 et 1938. Le revers de la médaille, ça fragilise les journaux.
C’est une période de modification des journaux, ils ouvrent leurs colonnes aux photographies mais ça coûte chère, ils ouvrent de nouvelles rubriques pour attirer les lecteurs.
Les quotidiens de province s’en tirent mieux que les quotidiens parisiens, mais concurrence avec la radio, qui dans les années 20 conquiert un large public. Au début des années 30 : multiplication des postes radio.
Dans la concurrence entre la radio et la presse : concurrence en termes de publicité, plus la radio a de lecteurs plus elle attire les investissements publicitaires.
- La place prépondérante prise par la photographie dans les journaux, tout ça s’est lié aux progrès techniques de la téléphotographie : la transmission des photographies à distance.
- Le rolleiflex, leica : appareil photos miniatures
On considère de manière fausse qu’une photographie ça nous montre les choses réelles telles qu’elles se sont passées. Le lecteur attend des images en direct de l’actualité = progrès réalisme des photos. Les journalistes ont des valises transportables dans lesquelles ils peuvent communiquer avec leur journal.
- Associative press : agence qui fournit un réservoir de photos à différents journaux
Il y a déjà une concurrence pour trouver l’image la plus frappante. On passe d’une photo d’illustration, dans les années 20, il n’y avait que des portraits. Les techniques ne permettaient pas d’avoir des photos en mouvement. Cette recherche de l’actualité la plus vivante donne un nouveau souffle au reportage : Jean Kessel, Henri Beraud. La palette du grand reportage s’élargit, on a des interview politiques, des récits de voyage dans des pays lointains et puis des enquêtes sur l’épopée de l’aviation, rendue célèbre par les romans de St Exupéry. Il y a aussi des femmes qui sont des grands reporteurs : Titaÿna (Elisabeth Sauvy).
- Grand reportage de l’époque : Marchés d’esclaves, Joseph Kessel. Il enquête au début des années 30 sur la survivance de l’esclavage > immense succès, 250 mille exemplaires
Ces reportages publiés en épisodes dans les journaux sont rassemblés dans des volumes qui donnent naissance à un genre littéraire qui connaît un grand succès populaire. Chez Kessel 2 manières de procéder, il publie ces reportages en livre, ou, il fait des romans avec ses reportages. Lors de son voyage en Arabie, il rencontre l’aventurier Henri de Monfrein, il lui consacre un roman. On est dans la continuité de ce qu’a commencé Londres.
Le récit reportage devient un véritable filon pour les journaux, il leur consacre une édition.
Photographie et reportage se combinent dans des formats innovants.
- Magazine Vu (Vogel) : il apporte cette forme neuve le reportage illustré d’informations mondiales avec des pages bourrées de photographies. Dans ce magazine, il fait intervenir des photographes très connu auj, Robert Capa, Brasail, Maneret etc… > revue qui se distingue par une mise en page originale
Au fur et à mesure, les reportages sont marqués par l’engagement politique du côté du pacifisme, de l’anti-nazisme. C’est dans ce journal qu’est publié la photographie de Capa. C’est l’époque où se développe Match (qu’on connait sous le nom de Paris Match), racheté par Jean Provost (Paris Soir) connaît un grand succès avec la formule qui n’a pas changé, la photographie de presse.
Parallèlement, à la grande actualité et au grand reportage se dév le petit reportage sous une forme nouvelle avec un magazine Détective : à l’époque c’était lancé par Gallimard et était consacré aux énigmes policières. Dans les reporters de l’hebdomadaire, il y a Joseph Kessel, chaque sem le crime s’étale > rappel de la presse du 19e
Le Détective tire sur les brebis enragées : les deux sœurs de Papin. Jean Genet s’en ai servi pour écrire les Deux Bonnes en 1933. A cette époque, se dév un intérêt pour les vedettes du cinéma (Cine-monde, ciné miroir), on en apprend davantage sur eux. Paris Soir en 1937 : découverte de la vie d’Hitler. La vie privée des personnalités commence à intéresser. On est dans le mouvement vers la presse people.
- Paris Soir : les principes de Provost, recruter les talents parmi les journalistes, rompre avec la hiérarchie traditionnelle, tout peut devenir une activité majeure pour le journal. Il s’agit avant tout de séduire le public en mettant les nouvelles en avant plus susceptibles d’intéresser. Il veut mettre en place un grand quotidien illustré. En 1931, il annonce la nouvelle formule : « l’image est devenue la reine de notre temps, nous nous contentons plus de savoir, nous voulons voir ».
Son heure de mise en vente lui permet de donner toutes les informations de la journée. La formule du soir se révèle plus payante que le journal du matin. On a des premières pages qui comprennent jusqu’à 9 clichés avec des légendes sans articles, la dernière page est consacrée aux images. On n’hésite pas à publier l’image de cadavres, de blessés… Provost a fait des voyages aux États-Unis et a vu comment fonctionnait les journaux américains. Il faut que le papier sur lequel on imprime soit de bonne qualité sinon la photographie ne passe pas. Provost va se débrouiller grâce à ses relations dans les milieux industriels, pour se procurer le meilleur papier.
Les quotidiens cherchent sans cesse de nouvelles formules, en 1932 à l’occasion d’une élection présidentielle, on voit plusieurs reporters pour faire un reportage politique. Parmi ces reporters, Pierre Macorlant et Maurice Dekobra. Entre 33 et 38 : 60 reportages politiques. Elles confient des reportages à des écrivains : George Simon (jeune écrivain), fait des enquêtes sur la police en 1934. Il s’est aperçu que toutes les thématiques de ces romans se trouvaient dans ses reportages.
Paris Soir acquiert un immeuble géant rue du Louvre. En 1933 dépasse le million d’exemplaire, la relation avec les lecteurs passent par des événements promotionnelles, des concours pour des voyages.
- Le Petit Parisien résiste face au Paris Soir
Le magazine se dév dans les années 30 avec la nécessité de trouver un nv public et de satisfaire les attentes de clientèle généralement urbaine et parmi les publics nouveaux : le public féminin et le public des enfants.
- Marie Claire : magazine lancée par Provost en 1937 : hebdomadaire de la femme qui n’a jamais été réalisée (slogan) : feuilleton, conseils pour décorer la maison, recevoir, rester jeune et belle
Magazine féminin mais pas encore féministe, cela viendra. Il y aussi les magazines de la presse du cœur avec le magazine Confidence où se dév la célèbre rubrique « le courrier du cœur » : on publie des courriers de lectrices, chacun peut répondre. On retrouve ce goûte des histoires réelles et de l’entrée dans l’intimité des personnes qu’on trouvait dans la presse consacrée aux vedettes du cinéma.
1934 : journal le Mickey, Spirou en 1938
Le dév des magazines est liée à l’expansion des loisirs. On entre progressivement dans ce qu’on va appeler la société de consommation.
Années 30 : dev de la presse engagée mais pas tjs dans le bon sens : Candide (magazine bien ancré à droite, proche de l’action française). Kessel en 1937 quitte le journal excédé par les prises de position politique.
- Je suis partout : journal de la collaboration
En 1932, Mariane = hebdomadaire créé par Gallimard, au début il est apolitique car on y trouve différents auteurs, et puis Emmanuel Berl fait évoluer le journal vers une gauche modérée. Ce journal est resté célèbre parce qu’il a accueilli un grand nombre d’écrivains : Colette, Giraudoux…
L’atmosphère n’est pas saine > époque où Mauras parle de Léon Blum, les attaques de l’extrême droite se multiplient, il y a des appels au meurtre dans la presse
- Suicide de Roger Salandro (ministre de l’intérieur) : accusé d’avoir collaboré avec l’Allemagne, à cause de la campagne de presse il s’est suicidé.
Léon Blum prend parti pour la liberté de la presse.
En 1936, loi qui réprime les fausses nouvelles, le projet s’enlise au Sénat et les choses ne passent pas.
La question du statut du journaliste à l’époque :
Si on va chercher dans le Larousse de 1932, on trouve au mot « reporter » : journaliste qui recueille des nouvelles, des renseignements pour les communiquer aux journaux. La rédaction et la mise en forme n’est pas mentionnée dans cette définition. Le grand reporter : voyageur qui envoie son journaliste loin afin d’être informé des nouvelles de la planète.
- Henri Beraud exalte l’intégrité, l’indépendance des grands reporters qu’il a connus, il leur reconnaît le goût de la vérité, ce qui est dans le journalisme une vertu rare, ce sont des informateurs exemplaires.
La figure du reporter c’est le modèle dont on avait besoin pour régénérer le journalisme après la 1ère guerre mondiale. On peut s’identifier ou rêver à partir de ces hommes et femmes qui partent en quête de la vérité, prennent des risques physiques, qui ont un talent pour mener des enquêtes et qui ont des qualités nécessaires pour la transformer en texte.
Albert Londres, dans les années 20 avec ces enquêtes sur les bagnes avait fait la démonstration que ce travail d’enquêteur peut peser sur la décision politique.
En 1923 son reportage sur le bagne > conséquence : la fermeture du bagne de Cayennes 30 plus tard. Il montre que dire la vérité peut faire bouger les choses, conduire à des prises de conscience ou à des modifications.
La reconnaissance professionnelle des journalistes s’accroit dans ces années-là, que en 1935, un statut du journaliste est inscrit dans la loi > progrès par rapport à la période précédente où le statut du journaliste n’existait pas
Le journaliste doit être à 80 pourcents journaliste. Les amateurs sont exclus de cette définition du journaliste dans la loi.
- La clause de conscience : le journaliste peut le faire jouer dans le cas où le propriétaire veut changer la ligne éditoriale du journal, il est protégé et peut quitter le journal avec des indemnités. Le texte prévoit une carte de presse pour les journalistes = créé en 1936
Kessel a publié plus de 80 livres dont des textes de fiction.
Bio de Kessel : infirmier, journaliste, acteur, aviateur, grand reporter, romancier
Son grand roman l’Équipage. Il a rejoint la Résistance et avec son neveu, il est le co-créateur du Chant des Partisans.
Après la libération, sa carrière se poursuit, il reprend ses grands reporters. Il entre à l’Académie française = symbolique car c’est un écrivain-journaliste.
