• Une vie de dualité : La biographie de Baudelaire est marquée par une tension constante entre l'aspiration à un Idéal de beauté et de pureté et la chute dans le Spleen, une angoisse existentielle profonde. Sa jeunesse dissipée, ses relations passionnelles et tumultueuses (notamment avec Jeanne Duval), son dandysme, ses dettes et sa maladie (syphilis) nourrissent une œuvre où l'horreur de la vie côtoie l'extase.
• Les Fleurs du Mal : une architecture du Mal : Loin d'être une simple collection de poèmes, le recueil, publié pour la première fois en 1857, est structuré en six sections qui tracent le parcours de l'âme du poète cherchant à fuir le Spleen à travers l'art, l'amour, la ville, les paradis artificiels (alcool, drogues) et la révolte, pour finalement n'envisager que la Mort comme ultime espoir.
• Le scandale et la censure : Dès sa parution, l'œuvre choque la morale bourgeoise du Second Empire. Un procès retentissant pour « outrage à la morale publique » condamne Baudelaire et son éditeur, entraînant la suppression de six poèmes jugés licencieux. Cette condamnation, vécue comme une profonde humiliation par le poète, ne sera levée qu'en 1949.
• L'alchimie poétique : Le projet fondamental de Baudelaire est de nature alchimique : « extraire la beauté du Mal ». Il proclame avoir transformé la misère humaine en matière esthétique, résumé par sa célèbre formule : « Tu m'as donné ta boue et j'en ai fait de l'or ». Cette ambition se manifeste par l'alliance constante du sublime et du trivial, du beau et du sordide, de la violence et de la volupté.
• Une révolution esthétique : Baudelaire détache la poésie de la morale et de la vérité, affirmant qu'elle « n'a pas d'autre but qu'elle-même ». Il renouvelle la forme poétique en assouplissant l'alexandrin et le sonnet, et développe une esthétique fondée sur les « correspondances » entre le monde sensible et un univers spirituel, où les parfums, les couleurs et les sons se répondent dans une fusion synesthésique.
• Un héritage immense : Bien qu'incompris par beaucoup de ses contemporains, Baudelaire a été immédiatement reconnu comme un maître par des figures comme Flaubert, Hugo et Barbey d'Aurevilly. Il est salué par la génération suivante, notamment par Arthur Rimbaud qui le nomme « le premier voyant, roi des poètes, un vrai Dieu », et son influence sur le symbolisme et toute la poésie du XXe siècle est considérable.
