Certaines images historiques montrent que les médias peuvent être manipulés ou censurés. Par exemple, une photo du camp de Beaune-la-Rolande pendant la Seconde Guerre mondiale a été prise clandestinement puis réutilisée en 1956 par Alain Resnais. Cette image a ensuite été partiellement censurée (gouache sur le képi d’un gendarme) pour masquer le rôle des autorités françaises dans la déportation.
Cela montre que les médias ne sont pas neutres : ils peuvent être modifiés, réinterprétés ou utilisés pour influencer la mémoire collective. Pourtant, les réseaux sociaux sont souvent accusés à tort d’être les seuls responsables de la désinformation, alors que les manipulations existent depuis longtemps.
On peut aussi citer des exemples plus anciens comme les cartes de visite humoristiques de Harry Pointer dans les années 1870, considérées comme des ancêtres des “lolcats”.
Selon l’Éducation nationale (Eduscol, 2024), l’EMI vise à former les élèves à devenir des citoyens responsables dans une société où l’information circule rapidement et en grande quantité. Les élèves doivent apprendre à chercher, comprendre, produire et diffuser des informations de manière critique et responsable.
Aujourd’hui, l’EMI met surtout l’accent sur le repérage et la gestion de l’information dans une société dite multicanale (réseaux sociaux, presse, internet…).
Selon Geneviève Jacquinot, une éducation aux médias efficace ne peut pas être uniquement technique ou universelle. Elle doit aussi :
- Analyser les liens entre médias, culture et pouvoir.
- Etudier les usages réels des jeunes.
- Comprendre le rôle de l’école dans une société numérisée.
Elle critique donc une vision trop globale et standardisée de l’EMI.
Selon Geneviève Jacquinot (1995), l’Éducation aux médias et à l’information (EMI) n’est pas organisée de la même manière selon les pays, même si ses objectifs sont proches.
Par exemple, au Brésil, l’EMI était portée par des organisations religieuses comme l’Union chrétienne brésilienne de communication sociale. En France, elle est fortement institutionnalisée par l’État. Depuis 1983, le CLEMI joue un rôle central dans la formation aux médias et à la citoyenneté.
Quel que soit le pays, plusieurs objectifs sont retrouvés dans l'EMI :
- Renforcer les enseignements scolaires (intégration dans les disciplines comme le français, l’histoire ou les mathématiques).
- Former le citoyen et développer l’autonomie.
- Réduire les effets négatifs des médias (exemple : violence télévisuelle).
- Développer l’esprit critique du consommateur face aux médias.
Selon Jacquinot, malgré ces objectifs, les pratiques réelles des jeunes sont peu prises en compte. L’analyse des usages se limite souvent à des études de consommation, sans réelle prise en compte des pratiques sociales et culturelles des jeunes.
Selon Laurence Corroy et Pascal Froissart (2018), l’Éducation aux médias et à l’information (EMI) en France connaît un regain d’intérêt à partir des années 2000, dans un contexte politique et sécuritaire particulier.
Après les attentats du 11 septembre 2001, les autorités encouragent le développement de l’EMI. L'objectif est de prévenir la radicalisation des jeunes et les discours extrémistes. Les enseignants sont incités à ouvrir des espaces de discussion sur ces sujets
L’EMI est alors pensée aussi comme un outil de prévention contre les dérives terroristes
Il y a eu une installation progressive :
- 2006 : création du Brevet informatique et internet (B2i)
- Intégration de l’EMI dans le socle commun de connaissances et de compétences
- L’EMI devient obligatoire mais non disciplinaire
- Tous les enseignants peuvent l’enseigner
L’EMI dépasse la seule éducation aux médias, c'est aussi esprit critique, un codage, de la santé et des
compétences numériques Il y a une forte réorientation de l'EMI après les attentats de 2015, avec pour objectif principal la lutte contre la radicalisation. Après le COVID-19, la lutte était contre le complotisme, l'obscurantisme et la désinformation.
L’Éducation aux médias et à l’information (EMI) est souvent critiquée pour sa vision jugée trop restrictive. Elle tend à se concentrer sur les médias au sens classique (comme la presse) et sur leur opposition avec les réseaux sociaux. Dans cette logique, l’objectif principal devient souvent de former les élèves à repérer les “fausses informations”, ce qui peut conduire à une approche assez normative de l’information. Cette orientation risque de privilégier une forme de pensée consensuelle plutôt qu’un véritable apprentissage de l’analyse, de la sélection et de l’interprétation des contenus médiatiques.
Les pratiques des jeunes sur les médias numériques sont souvent mal comprises ou sous-estimées par les institutions scolaires. Les élèves ne sont pas uniquement des récepteurs d’informations : ils produisent aussi des contenus, interagissent, partagent et construisent des identités en ligne. Les réseaux sociaux sont donc des espaces sociaux à part entière, où les jeunes développent des compétences variées. Réduire ces usages à une simple consommation d’informations empêche de comprendre la richesse et la diversité de leurs pratiques numériques.
