Introduction
Stratégiques durant la Seconde Guerre mondiale, les océans sont lentement explorés dans leurs abysses à partir des années 1950. En 1956, Jacques-Yves Cousteau prend en photo les grands fonds de l’Atlantique à plus de 6000 m de profondeur. Ces explorations ont toutefois été freinées pendant la guerre froide, au profit de l’aventure spatiale. Le XXIe siècle connaît un renouveau pour les grands fonds. Leur connaissance permet, en effet, de soutenir des intérêts stratégiques, économiques et scientifiques.
Abysses : ensemble des zones océaniques très profondes, commençant entre 3000 et 4000 mètres de profondeur, qui se caractérisent par une absence totale de lumière, un grand froid et une très haute pression.
1. L’océan, un espace de rivalité politique, économique et scientifique
A/ À la conquête de l’océan :
– Dans l’Antiquité :
- Les cités grecques et leurs colonies (entre le IXe et le VIe siècle avant J.C).
- La civilisation phénicienne (entre le Xe et le IVe siècle avant J.C).
- L’empire romain domine la Mare Nostrum, instrument de la puissance impériale et ouverture vers la route de la Soie de l’empire de Han (du Ier au IIIe siècle après J.C).
– Au début du XVe siècle, l’amiral chinois Zheng He explore l’Asie du Sud et se rend jusqu’en Afrique. Ses vaisseaux font jusqu’à 138 m de long et possèdent neuf mâts. Ils rapportent des girafes et de nombreux trophées.
– À la même époque, le prince portugais Henri le Navigateur finance des expéditions pour contourner l’Afrique.
– Pour éviter les conflits, le pape demande à l’Espagne et au Portugal de s’entendre. Ce sont les traités de Tordesillas (1494) et de Saragosse (1529). Il s’agit du premier tracé de frontières maritimes entre deux puissances océaniques.
– Au XIXe siècle, la victoire sur Napoléon à Waterloo ouvre la voie à l’hégémonie mondiale du Royaume-Uni. Il domine le monde durant tout le XIXe siècle, grâce à une marine puissante.
– Aujourd’hui, les États-Unis ont une capacité de projection maritime incomparable sur l’ensemble des océans du globe : 11 porte-avions, 50 SNLE, les flux stratégiques, la prééminence technologique, six flottes prêtes à intervenir partout, des bases navales sur tous les continents et un système d’alliance militaire mondial.
Thalassocratie : du grec thalassa (la mer) et kratos (le pouvoir). Un État dont la puissance réside dans la suprématie qu’il possède sur les mers.
En résumé
La mer est un support de projection de la puissance. Son intérêt s’est accru avec la mondialisation. Aussi, les puissances maritimes font d’importants efforts d’équipement et de modernisation afin de garantir leurs intérêts et d’assurer la sécurité de leur approvisionnement et des flux commerciaux. Alors que de nouvelles menaces apparaissent…
En 1945, bénéficiant de l’expérience des combats dans le Pacifique, l'US Navy devient la première marine militaire mondiale, représentant 70 % du tonnage mondial. Leur prééminence est toujours d’actualité, bien qu’elle soit de plus en plus concurrencée. Toutefois, ils restent les seuls à entretenir une capacité de maîtrise permanente sur tous les océans. Plus qu’une thalassocratie, l’historien Pierre Royer parle d’un thalassokrator (maître de la mer).
Océan : vaste étendue d’eau salée, ininterrompue et encerclant les continents. Ainsi, les océans, en reliant l’ensemble du globe dans un seul système océanique mondial, constituent un enjeu géopolitique primordial. 85 % des États possèdent une frontière maritime.
L’arsenal océanique :
Les sous-marins :
– Fort développement ces dernières décennies. Environ 70,5 % des 490 sous-marins de la flotte mondiale sont de taille réduite et ont des capacités opérationnelles limitées en raison de leur système de propulsion classique.
– Apparition de drones sous-marins et de sous-marins de plus en plus grands, ce qui risque de transformer la guerre sous-marine.
Les SNLE (Sous-marins nucléaires lanceurs d’engins) : leur propulsion nucléaire leur permet une très grande portée, multipliée par quatre en 40 ans. Ils sont destinés à la seule dissuasion nucléaire.
Les porte-avions, véritables bases aériennes mobiles, permettent de :
– Projeter une force massive de frappe à distance grâce aux forces aériennes embarquées. – Projeter des troupes terrestres. – Effectuer des missions de renseignement, de surveillance, etc. – Pour certains d’entre eux, porter la dissuasion nucléaire.
Technologie coûteuse :
– Le dernier SNLE français, Le Triomphant, a coûté 1,5 milliard d’euros. Le futur porte-avions français, en construction à partir de 2026 et qui remplacera le Charles de Gaulle, coûtera 5 milliards d’euros.
B/ La dissuasion nucléaire, une arme maritime
La dissuasion nucléaire et les océans :
Pourquoi l’arme atomique est-elle destinée à ne pas être utilisée ?
– Trop puissante pour être utilisée (dégâts irréparables).
Combien d’États détiennent l’arme nucléaire officiellement ? Qui sont-ils ?
– La France, le Royaume-Uni, la Chine, les États-Unis, la Russie.
Combien d’États détiennent l’arme nucléaire de façon non officielle ? Qui sont-ils ?
– L’Inde, le Pakistan, Israël.
Quel pays cherche à l’obtenir ?
– L’Iran, la Corée du Nord.
Combien de têtes nucléaires possèdent les pays nucléaires ? En quoi ce chiffre est-il un progrès par rapport à la guerre froide ?
– 23 300 en 2010, 16 100 aujourd’hui, 70 000 pendant la guerre froide.
En quelle année a été signé le TNP ? En quoi consiste-t-il ?
– Signé en 1968, il est entré en application en 1970.
Quels sont les pays non signataires du TNP ?
– Israël, l’Inde, le Pakistan, la Corée du Nord.
Quel continent est le seul à ne pas être militarisé ?
– Le continent austral n’est pas militarisé, ainsi que l’Afrique, l’Océanie, l’Asie du Sud et centrale.
Combien d’essais nucléaires ont été réalisés depuis 1945 ?
– 2060.
Quelles sont les limites du TNP ?
– Le TNP n’est pas contraignant, il y a une possibilité d’en sortir. Il ne prend pas en compte l’hypothèse d’une arme nucléaire développée par un acteur non éthique.
Synthèse :
Selon le géographe Michel Foucher, les océans sont un « théâtre de la puissance ». En effet, la militarisation des espaces océaniques témoigne de la rivalité entre les grandes puissances maritimes depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Du premier essai d’un missile mer-sol en 1960, jusqu’à aujourd’hui, la dissuasion nucléaire est au cœur des enjeux politiques des espaces maritimes. Du fait de leur immensité et de leur opacité, les océans offrent une couverture parfaite pour les SNLE (sous-marins nucléaires lanceurs d’engins).
La bombe nucléaire est l’arme stratégique majeure de la guerre froide. Conscientes de sa dangerosité, les puissances nucléaires ont signé en 1968 le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), interdisant aux pays ne possédant pas la technologie de la développer. Parallèlement à cela, des traités de réduction des arsenaux ont vu le jour à la fin de la guerre froide. Dans les années 1980, l’humanité détenait 70 000 armes nucléaires contre 16 000 aujourd’hui.
C/ La mer, un espace aux enjeux scientifiques et économiques
Les enjeux scientifiques :
– Connaissance des récifs sous-marins, sismologie, volcanologie.
– Étude d’une faune et flore adaptées à l’absence de lumière, aux hautes pressions et à des températures extrêmes.
– Étude du milieu océanique : courants, évolution des températures.
Exemples de retombées existantes ou possibles :
– Tracer des câbles sous-marins, prévoir les séismes. – Biotechnologie : cosmétique, médicaments, alimentation. – Prévision climatique à long terme.
Enjeux économiques :
– Exploration des ressources antiques. – Pose de câbles sous-marins. – Exploration des ressources minérales.
Les enjeux et les exemples de retombées existantes ou possibles pour l’environnement :
– Absorption de 30 % de nos émissions de gaz à effet de serre, les océans fournissent 50 % de l’oxygène que nous respirons.
Ressources halieutiques : ressources vivantes, exploitées par l’homme.
Synthèse :
Les mers et les océans sont un milieu liquide, très contraignant, difficile à explorer par des ondes électromagnétiques, qui ne se diffusent pas à travers l’eau. Si la connaissance de la surface des océans est presque totale, les profondeurs des océans, leur fond et leur sous-sol restent encore inconnus à 95 %. Leur exploration commence dans les années 50, puis s'accélère à partir des années 2000 en raison de la tension autour des ressources maritimes.
- En 1956, Cousteau prend en photo les grands fonds de l’Atlantique, à plus de 6 000 m de profondeur.
- En 1960 : première exploration de la fosse des Mariannes.
- En 2007 : un drapeau russe est planté au fond de l’océan Arctique.
- En 2018–2019 : l'expédition “Five Deeps” atteint les points les plus profonds des cinq océans.
2- Les rivalités et les tensions autour des ressources marines
A/ La CNUDM et le partage des océans
La CNUDM :
– Convention des Nations unies pour le droit de la mer, signée à Montego Bay en 1982.
– Elle s’appuie sur des organismes tels que la commission des limites du plateau continental, examinant les demandes d’extension du plateau continental jusqu’à 350 miles maximum, ou encore l’Autorité internationale des fonds marins, en haute mer, considérée comme « patrimoine commun de l’humanité ».
– Elle crée en 1996 un tribunal international du droit de la mer (TIDM). Celui-ci a résolu 29 affaires en 2020 et traite 70 à 80 litiges frontaliers sur les océans.
– Elle fixe la largeur de la mer territoriale, crée la zone économique exclusive (ZEE) et définit la haute mer.
– “Objectif” : réguler les rivalités maritimes interétatiques.
– 168 États y adhèrent.
L’actualité du droit de la mer :
Traité international pour la protection de la haute mer et de la biodiversité marine (BBNJ) :
– Élaboré en 2023, sous l’autorité de l’ONU.
– But : créer un cadre juridique mondial de protection de l’océan situé en dehors des zones économiques exclusives.
– Signé par 90 États.
– Doit être ensuite ratifié par au moins 60 États pour entrer en application.
B/ Les océans : entre tentative de coopération et tensions
Un “gyre océanique” est un vaste tourbillon d’eau océanique formé par des courants marins eux-mêmes influencés par la rotation de la Terre. Il faut des années pour que les déchets ainsi attirés atteignent le centre du vortex. On en dénombre cinq, répartis dans les océans.
C/ L’Arctique, un espace entre tensions et coopération
L'Arctique, un espace maritime : théâtre de rivalité
– Espace peuplé par des peuples autochtones. On y dénombre quatre habitants au mètre carré.
– Espace convoité : de nouvelles routes maritimes ouvertes par la fonte des glaces offrent un gain de temps considérable, notamment une route nord-est, reliant l’Asie à l’Amérique du Nord.
– Espace menacé avec des risques industriels, un dégel accéléré, ainsi qu’un risque d’absence de la banquise en été d'ici 2050.
– Espace de coopération : le Conseil de l’Arctique réunit la Russie, les États-Unis, le Canada, la Norvège, la Suède, la Finlande, l’Islande et le Danemark. Tous ces pays forment un forum intergouvernemental.
– Espace géographique : défini par le cercle polaire, il a une température moyenne de -7°C et représente 24 millions de kilomètres carrés.
Conclusion :
Les rivalités pour les ressources maritimes se développent, tout en même temps qu’émerge une volonté de préserver le milieu océanique. Pour ce faire, la coopération internationale passe par la délimitation d’aires de protection marines (AMP), créées pour permettre l’émergence d’une forme de gouvernance régionale des océans. Des tentatives de gouvernance globale émergent peu à peu. La conférence intergouvernementale sur la biodiversité marine, inaugurée en 2017, porte sur la conservation et l’utilisation durable de la biodiversité marine des zones ne relevant pas de la juridiction nationale. Mais les modalités de coopération continuent de diviser les pays développés et en développement. Ces derniers demandent un transfert des techniques marines et un renforcement de leur capacité d’intervention.
