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CHAPITRE 1

Ententes anticoncurrentielles : Article 101 TFUE et L.420-1 C. com.

Sont prohibées les pratiques concertées ayant pour objet ou pour effet de fausser la concurrence, notamment lorsqu’elles visent à :

  • Limiter l’accès au marché ou le libre jeu de la concurrence
  • Faire obstacle à la fixation des prix par le marché
  • Limiter ou contrôler la production ou le progrès
  • Répartir les marchés ou les sources d’approvisionnement

§1 – Définition des ententes

Une entente = accord de volontés, souvent secret, oral ou écrit, visant à perturber la concurrence.

Elle est caractérisée par deux conditions cumulatives :

  1. Un concours de volontés (accord, échange, pratique concertée…)
  2. Entre plusieurs acteurs économiques indépendants (autonomie économique)

La preuve est facilitée par un faisceau d’indices.

§2 – Types d’ententes

1. Ententes horizontales

Entre entreprises concurrentes, au même niveau du marché. Les plus graves car impact direct sur la concurrence.

Exemples :

  • Accord sur les prix
  • Répartition de clientèle / territoires
  • Échanges d’informations sensibles

2. Ententes verticales

Entre entreprises de niveaux différents (fournisseur/distributeur…). Longtemps considérées moins graves mais aujourd’hui très sanctionnées.

Exemples :

  • Prix de revente imposés
  • Territoires étanches
  • Interdiction de vendre sur Internet

Affaire BPA : présence d'ententes horizontales et verticales (première affaire environnementale).


Quiz corrigé

  • Fixation prix entre fabricants de yaourts : horizontale
  • Prix imposés aux distributeurs : verticale
  • Partage du marché français : horizontale
  • Interdiction de vente en ligne : verticale


Ententes prohibées : “Objet ou effet”

1. Ententes par objet (les plus graves)

CJUE, 30 janv. 2020, Generics (UK) : Types de coordination d’une nocivité telle qu’il est inutile d’en examiner les effets.

Exemples d’ “ententes par objet” :

  • Fixation de prix / marges
  • Échange d’informations stratégiques
  • Vente liée
  • Partage de marchés / clientèle
  • Restrictions d’accès au marché

Affaire BPA : volonté de cacher la présence de BPA → objet anticoncurrentiel.


2. Ententes par effet

Utilisée quand l’objet anticoncurrentiel n’est pas prouvable. Analyse concrète des effets du comportement sur le marché (prix, concurrents, volumes).

Absence d’autonomie = absence d’entente

Si les entreprises ne sont pas autonomes économiquement, il ne peut pas y avoir d’entente.

§3 – Formes de l’entente

1. Décisions d’associations d’entreprises

Prises dans : ordres professionnels, coopératives, syndicats professionnels. ⚠️ Un syndicat de travailleurs ne peut pas être une association d’entreprises.

2. Les accords

Nécessitent une rencontre des volontés, même tacite.

La jurisprudence retient :

  • Le silence = acceptation, si pas de distanciation publique
  • La participation à une réunion = élément probatoire
  • Recherches de la police de l’entente (organes internes de sanction), ex : Back Europ

3. Pratiques concertées

Il suffit d’un rapprochement des comportements lié à des échanges d’informations. Baisse de l’incertitude entre concurrents.

Exemples jurisprudentiels :

  • Gentlemen’s agreement (CJCE, 1970)
  • Accord verbal (TPICE, 2000)
  • Statuts internes d’une coopérative (Back Europ, 2019)
  • Actes unilatéraux trompeurs (AEG Telefunken, 1983)
  • Décisions d’associations (endives, CJUE 2017)
  • Déclaration d’intention éliminant l’incertitude (Solvay, 2013)

§4 – Implication dans l’entente

Présence à des réunions = présomption d’adhésion

CJCE, 4 juin 2009, T-Mobile Netherlands :

Une seule réunion suffit, même en restant passif.

Pour échapper à la présomption → distanciation publique immédiate.

Exemples :

  • Absence de distanciation → responsabilité retenue
  • Cass. com. 10 févr. 2021 (VK Mühlen) : désaccord seulement marqué lorsqu’on cesse d’être invité aux réunions → adhésion retenue.

Autorité de la concurrence, déc. 15-D-19 (2015) :

→ Participation passive à une réunion = suffit pour conforter le mécanisme de l’entente.

§5 – Exemples d’ententes

A. Échanges d’informations

Information sensible = prix, marges, conditions commerciales.

→ Échange = réduction de l’incertitude = entente.

Ex : Affaire BPA (décision 23-D-15) : stratégie collective d’éviction de produits contenant du BPA.


B. Hub & Spoke

Échange d’infos via un intermédiaire (hub) entre plusieurs concurrents (spokes).

Sanction possible pour :

  • Le hub
  • Les participants qui transmettent
  • Les concurrents qui reçoivent et utilisent l'information


C. Veille concurrentielle

Peut être un outil de contrôle de l’entente.

Schéma sanctionné (décision 15-D-19 du 15/12/2015) :

  1. Échanges d’informations (emails, réunions…)
  2. Alignement des comportements commerciaux
  3. Contrôle/surveillance de l’application


D. Dénigrement

CJUE, 23 janv. 2018, Hoffman-La Roche : Marché concerné : Traitement de la DMLA : Lucentis / Avastin. Pratique reprochée : (à l’occasion d’un accord de licence)

-> La diffusion d’informations trompeuses à l’Agence européenne du médicament et aux professionnels de santé est également une infraction réglementaire.


E. Prix imposés (ententes verticales)

Ex : Dammann Frères, 2020

  • Prix conseillés → en réalité imposés
  • Surveillance + représailles
  • Sanction : 226 000 €


F. Cartels sur les prix

2021 : Sandwichs MDD

  • Réunions secrètes
  • Échanges de réponses à appels d’offres
  • Partage des marchés
  • → 24,574 M€ d’amendes

2024 : Électroménager

  • Prix conseillés transformés en prix imposés
  • Contrôle par distributeurs
  • Réseaux sélectifs
  • → 611 M€ d’amendes


Cas pratique

Un distributeur présent à une réunion d’échange d’informations sensibles, silencieux mais restant jusqu’à la fin →

Oui, il peut être sanctionné, car sa présence vaut adhésion sauf distanciation publique immédiate.

§6 – Les exemptions

Exemption : sert à autoriser un comportement ou un accord qui, en principe, serait interdit, notamment en raison de son caractère anticoncurrentiel, mais qui présente des effets positifs suffisants pour justifier une dérogation


2 types d’exemption : 

  • Catégorielle : Règlement d'exemption par catégorie (REC) n°2022/720 10 mai 2022 (concerne les accords verticaux uniquement)
  • Individuelle : art 101 paragraphe 3 du TFUE


1. Exemption catégorielle (REC 2022/720 – accords verticaux)

Conditions :

  1. Moins de 30 % de parts de marché
  2. Absence de :
  • Restrictions caractérisées (art.4) → annule toute l’exemption
  • Restrictions exclues (art.5) → seule la clause tombe

Permet un renversement de la charge de la preuve si l’autorité poursuit.


2. Exemption individuelle (Art. 101 §3 TFUE)

Conditions cumulatives :

  • Amélioration de la production ou distribution
  • Progrès technique ou économique
  • Avantage équitable réservé aux utilisateurs
  • Restrictions indispensables
  • Pas d’élimination de la concurrence

⚠️ Application très rare.


CHAPITRE 1

Ententes anticoncurrentielles : Article 101 TFUE et L.420-1 C. com.

Sont prohibées les pratiques concertées ayant pour objet ou pour effet de fausser la concurrence, notamment lorsqu’elles visent à :

  • Limiter l’accès au marché ou le libre jeu de la concurrence
  • Faire obstacle à la fixation des prix par le marché
  • Limiter ou contrôler la production ou le progrès
  • Répartir les marchés ou les sources d’approvisionnement

§1 – Définition des ententes

Une entente = accord de volontés, souvent secret, oral ou écrit, visant à perturber la concurrence.

Elle est caractérisée par deux conditions cumulatives :

  1. Un concours de volontés (accord, échange, pratique concertée…)
  2. Entre plusieurs acteurs économiques indépendants (autonomie économique)

La preuve est facilitée par un faisceau d’indices.

§2 – Types d’ententes

1. Ententes horizontales

Entre entreprises concurrentes, au même niveau du marché. Les plus graves car impact direct sur la concurrence.

Exemples :

  • Accord sur les prix
  • Répartition de clientèle / territoires
  • Échanges d’informations sensibles

2. Ententes verticales

Entre entreprises de niveaux différents (fournisseur/distributeur…). Longtemps considérées moins graves mais aujourd’hui très sanctionnées.

Exemples :

  • Prix de revente imposés
  • Territoires étanches
  • Interdiction de vendre sur Internet

Affaire BPA : présence d'ententes horizontales et verticales (première affaire environnementale).


Quiz corrigé

  • Fixation prix entre fabricants de yaourts : horizontale
  • Prix imposés aux distributeurs : verticale
  • Partage du marché français : horizontale
  • Interdiction de vente en ligne : verticale


Ententes prohibées : “Objet ou effet”

1. Ententes par objet (les plus graves)

CJUE, 30 janv. 2020, Generics (UK) : Types de coordination d’une nocivité telle qu’il est inutile d’en examiner les effets.

Exemples d’ “ententes par objet” :

  • Fixation de prix / marges
  • Échange d’informations stratégiques
  • Vente liée
  • Partage de marchés / clientèle
  • Restrictions d’accès au marché

Affaire BPA : volonté de cacher la présence de BPA → objet anticoncurrentiel.


2. Ententes par effet

Utilisée quand l’objet anticoncurrentiel n’est pas prouvable. Analyse concrète des effets du comportement sur le marché (prix, concurrents, volumes).

Absence d’autonomie = absence d’entente

Si les entreprises ne sont pas autonomes économiquement, il ne peut pas y avoir d’entente.

§3 – Formes de l’entente

1. Décisions d’associations d’entreprises

Prises dans : ordres professionnels, coopératives, syndicats professionnels. ⚠️ Un syndicat de travailleurs ne peut pas être une association d’entreprises.

2. Les accords

Nécessitent une rencontre des volontés, même tacite.

La jurisprudence retient :

  • Le silence = acceptation, si pas de distanciation publique
  • La participation à une réunion = élément probatoire
  • Recherches de la police de l’entente (organes internes de sanction), ex : Back Europ

3. Pratiques concertées

Il suffit d’un rapprochement des comportements lié à des échanges d’informations. Baisse de l’incertitude entre concurrents.

Exemples jurisprudentiels :

  • Gentlemen’s agreement (CJCE, 1970)
  • Accord verbal (TPICE, 2000)
  • Statuts internes d’une coopérative (Back Europ, 2019)
  • Actes unilatéraux trompeurs (AEG Telefunken, 1983)
  • Décisions d’associations (endives, CJUE 2017)
  • Déclaration d’intention éliminant l’incertitude (Solvay, 2013)

§4 – Implication dans l’entente

Présence à des réunions = présomption d’adhésion

CJCE, 4 juin 2009, T-Mobile Netherlands :

Une seule réunion suffit, même en restant passif.

Pour échapper à la présomption → distanciation publique immédiate.

Exemples :

  • Absence de distanciation → responsabilité retenue
  • Cass. com. 10 févr. 2021 (VK Mühlen) : désaccord seulement marqué lorsqu’on cesse d’être invité aux réunions → adhésion retenue.

Autorité de la concurrence, déc. 15-D-19 (2015) :

→ Participation passive à une réunion = suffit pour conforter le mécanisme de l’entente.

§5 – Exemples d’ententes

A. Échanges d’informations

Information sensible = prix, marges, conditions commerciales.

→ Échange = réduction de l’incertitude = entente.

Ex : Affaire BPA (décision 23-D-15) : stratégie collective d’éviction de produits contenant du BPA.


B. Hub & Spoke

Échange d’infos via un intermédiaire (hub) entre plusieurs concurrents (spokes).

Sanction possible pour :

  • Le hub
  • Les participants qui transmettent
  • Les concurrents qui reçoivent et utilisent l'information


C. Veille concurrentielle

Peut être un outil de contrôle de l’entente.

Schéma sanctionné (décision 15-D-19 du 15/12/2015) :

  1. Échanges d’informations (emails, réunions…)
  2. Alignement des comportements commerciaux
  3. Contrôle/surveillance de l’application


D. Dénigrement

CJUE, 23 janv. 2018, Hoffman-La Roche : Marché concerné : Traitement de la DMLA : Lucentis / Avastin. Pratique reprochée : (à l’occasion d’un accord de licence)

-> La diffusion d’informations trompeuses à l’Agence européenne du médicament et aux professionnels de santé est également une infraction réglementaire.


E. Prix imposés (ententes verticales)

Ex : Dammann Frères, 2020

  • Prix conseillés → en réalité imposés
  • Surveillance + représailles
  • Sanction : 226 000 €


F. Cartels sur les prix

2021 : Sandwichs MDD

  • Réunions secrètes
  • Échanges de réponses à appels d’offres
  • Partage des marchés
  • → 24,574 M€ d’amendes

2024 : Électroménager

  • Prix conseillés transformés en prix imposés
  • Contrôle par distributeurs
  • Réseaux sélectifs
  • → 611 M€ d’amendes


Cas pratique

Un distributeur présent à une réunion d’échange d’informations sensibles, silencieux mais restant jusqu’à la fin →

Oui, il peut être sanctionné, car sa présence vaut adhésion sauf distanciation publique immédiate.

§6 – Les exemptions

Exemption : sert à autoriser un comportement ou un accord qui, en principe, serait interdit, notamment en raison de son caractère anticoncurrentiel, mais qui présente des effets positifs suffisants pour justifier une dérogation


2 types d’exemption : 

  • Catégorielle : Règlement d'exemption par catégorie (REC) n°2022/720 10 mai 2022 (concerne les accords verticaux uniquement)
  • Individuelle : art 101 paragraphe 3 du TFUE


1. Exemption catégorielle (REC 2022/720 – accords verticaux)

Conditions :

  1. Moins de 30 % de parts de marché
  2. Absence de :
  • Restrictions caractérisées (art.4) → annule toute l’exemption
  • Restrictions exclues (art.5) → seule la clause tombe

Permet un renversement de la charge de la preuve si l’autorité poursuit.


2. Exemption individuelle (Art. 101 §3 TFUE)

Conditions cumulatives :

  • Amélioration de la production ou distribution
  • Progrès technique ou économique
  • Avantage équitable réservé aux utilisateurs
  • Restrictions indispensables
  • Pas d’élimination de la concurrence

⚠️ Application très rare.