Présentation de l'autrice :
Née en 1958 à Quebec
Études de philosophie et littérature → enseignement → installation en Estrie et concentration sur l'écriture
Mémoire, temps, intimité et engagement écologique
Premier recueil : L'intervalle prolongé en 1983
Oeuvres majeurs : Mes forêts, Jours de sable
Prix du Gouverneur général du Canada, Grand Prix de poésie de l'Académie française, Chevalière de l'Ordre des Arts et des Lettres
Présentation du texte :
Mes forêts (2014)
Forêt métaphore du temps, de l'intériorité et de l'espoir
Nature → source de renaissance et enseignement sur l'essence de l'Homme
4 Strophes en vers libres
3 mouvements :
- Des forêts multiples mêlant forêts réelles, poétiques et intérieures (vers 1 à 10)
- La forêt : un voyage poétique dans le temps (vers 11 à 15)
- La forêt : un voyage initiatique porteur d'espoir (vers 16 à 21)
Problématique :
Comment Hélène Dorion, à travers ce poème liminaire, nous plonge-t-elle dans un univers poétique complexe ?
La première strophe de ce poème, un dizain, nous fait d'emblée découvrir une écriture poétique libérée de toute contrainte formelle, avec l'usage de vers libres, hétérométriques et non ponctués
Forêts = temps et intériorité :
- "Mes forêts" : déterminant possessif → intimité
- "Longues traînées de temps" : métaphore → forêt
- Hendécasyllabe + assonance en [on] → longueur visuelle et sonore
Violence et beauté :
- "aiguilles qui percent la terre / déchirent le ciel" : métaphore + verbes violents → destruction ou lumière / aiguille d'une montre (temps)
- "Des étoiles qui tombent" : êvoquation de l'apocalypse → notre monde est périssable
- "Une histoire d'orages" : comparaison → déchaînement des éléments naturels
- "Elles glissent dans l'heure bleue" : allitératione en [l] → courte douceur dans ce monde
- "rayon vif de souvenirs" : souvenirs = lumière → le passé éclaire le présent
- "Humus de chaque vie" : métaphore → souvenirs = terreau de l'existence
- "légère une aile / qui va au coeur" : synecdoque + rythme binaire → beauté fragile, universalité de l'émotion
Bilan : La forêt est à la fois réelle, poétique et intérieure -- un espace de violence, de mémoire et de beauté
C'est une strophe plus courte puisque nous avons affaire à un quintil. Elle présente 3 métaphores des forêts
Métaphores successives :
- "greniers peuplés de fantômes" : métaphore → forêt = lieu de mémoire
- "mâts de voyages immobiles" : oxymore → voyage interieur, introspection
- "jardin de vent / où se cognent les fruits" : métaphore → instable, mouvement invisible
Cycle temporel :
- "fruit d'une saison déjà passée / qui s'en retourne vers demain" : antithèse + oxymore → le passé influence l'avenir, éternel recommencement
Bilan : La forêt est un espace-temps où passé, présent et futur se mêlent
Dans un effet de decrescendo musical, les strophes s'amenuisent progressivement puisque nous trouvons ici un quatrain
Espoir et fragilité :
- "mes forêts sont mes espoirs debout" : personnification + antithèse → résistance, verticalité
- "feu de brindilles / et de mots" : métaphore → création poétique comme étincelle d'espoir / le feu peut grossir
- "ombre font craquer" : antithèse → obscurité nourrit la lumière
Silence et élévation
- "un feu de brindilles" : figue allégorique → l'espoir est là mais faible
- "et de mots" : rejet → mise en valeur de l'inspiration créatrice
- "feu [...] ombres" : antithèse → les forêts peuvent être sombres et claires en même temps
- "feu [...] pluie" : antithèse → tout peut changer = espoir
- "le reflet figé de la pluie" : oxymore →quand tout est figé il y a toujours du mouvement en nous
- "mes forêts / sont des nuits très hautes" : oxymore → plongée dans l'intime + élévation spirituelle
Bilan : La forêt est un lieu d'espoir, de création et de transformation intérieure
H. D. Choisit le motif des forêts pour définir son intériorité et sa perception du temps.
Les forêts sont un lien tendu entre le passé et l'avenir
La poésie transforme la forêt réelle en forêt métaphorique
La forêt nous raconte l'histoire du monde, notre histoire
La poésie permet de rappeler la beauté de la nature
Les forêts ramènent donc la poétesse à sa vie intime
Rencontre intime et sensorielle avec la nature
Hélène Dorion nous rappelle de ne pas oublier de nous émerveiller face ç la beauté de la nature
Dimension cyclique du temps
Cycle où le passé se répète dans l'avenir où l'on refait les mêmes erreurs
Les forêts incarnent l'espoir
La forêt permet le voyage à intérieur de soi
La forêt permet l'accès aux rêves, porteurs d'espoir
Ainsi, ce poème liminaire nous fait certes entrer dans l’univers bien réel de la forêt mais aussi et surtout dans un univers très imaginaire, symbolique, personnel, dans une intériorité bien humaine. Sans cesse le concret et l’abstrait se mêlent, celui des éléments de la forêt et de la nature, et celui de l’intime, pour une exploration toujours plus profonde de soi-même, une introspection. La poétesse aime surprendre, créer des surprises, susciter le doute pour nous pousser nous-mêmes à nous interroger sur le sens de son poème et sur nous-mêmes.
Le poème conclusif du livre Mes Forêts fera particulièrement écho au poème inaugural, donnant à l’ensemble une forme cyclique, créant un éternel recommencement : « [Mes forêts] sont des aiguilles qui tournent » et surtout nous retrouverons le lien étroit entre l’univers réel et le monde intérieur de la poétesse : « et quand je m’y promène/c’est pour prendre le large/vers moi-même ».