Fernand Oury naît en 1920, dans une France marquée par les séquelles de la Première Guerre mondiale et par les mouvements sociaux qui prennent de l'ampleur, notamment avec le Front populaire en 1936. Dans ce contexte, Oury est confronté dès son plus jeune âge aux inégalités sociales et à la lutte des classes, ce qui influencera sa vision éducative et ses engagements futurs.
Enfance et jeunesse (1920-1939).
Début de carrière et désillusion (1939-1949).
En 1939, à seulement 19 ans, Fernand Oury commence à travailler comme instituteur suppléant dans une classe surchargée de 45 élèves. Il découvre rapidement les limites de l'enseignement traditionnel qui lui est imposé. Il exprime un sentiment de désillusion face à une pédagogie autoritaire et figée : "30 heures par semaine, je fais taire et obéir les élèves, je leur vole leur vie et leur santé." Parallèlement à son activité d'enseignant, il s'engage comme éducateur dans des colonies de vacances. Il y découvre un plaisir et une utilité qu'il ne ressent pas en tant qu'instituteur, préférant une approche éducative plus ouverte et proche des enfants.
La guerre et la Résistance (1943-1945).
Pendant la Seconde Guerre mondiale, Oury devient un militant politique actif. En 1943, il est interné pour ses actions de résistance contre l'occupation nazie. Bien qu'il ne soit pas membre du Parti communiste, il reste proche des mouvements révolutionnaires, refusant de se conformer à des dogmes politiques stricts. Cette période de résistance renforce son désir de transformation sociale, qu'il appliquera plus tard dans le domaine de l'éducation.
Formation avec Freinet et premières expérimentations (1949-1960).
En 1949, il participe à une scène à Cannes organisée par Célestin Freinet, un pionnier de la pédagogie active. Ce stage est une révélation pour Oury, qui décide de rejoindre le mouvement Freinet. Il y découvre une pédagogie basée sur la coopération, l'expression libre des élèves, et une approche concrète de l'enseignement. Cependant, il constate que les méthodes de Freinet, bien adaptées aux écoles rurales, ne conviennent pas nécessairement aux contextes urbains. De retour en région parisienne, Oury expérimente les techniques Freinet avec ses élèves en milieu urbain. Il a rencontré en place des plans de travail et cherche du matériel adapté pour sa classe. Dans les années 1950, il continue à se former en travaillant dans des colonies de vacances et des établissements spécialisés, y compris avec des enfants en situation de handicap, ce qui enrichit sa réflexion sur la diversité des élèves.
Influences et naissance de la Pédagogie Institutionnelle (1950-1960).
La rencontre avec son frère Jean Oury, psychiatre et pionnier de la psychothérapie institutionnelle, marque un tournant dans sa carrière. Sous l'influence de Jean Oury et de François Tosquelles, Fernand Oury intègre des concepts de psychiatrie et de psychanalyse dans sa pédagogie. En 1958, il propose le terme de « Pédagogie Institutionnelle » lors d'un congrès du mouvement Freinet. Il a rencontré en place plusieurs institutions dans sa classe, telles que les "ceintures de comportement" et le "Quoi de neuf ?", inspirées des clubs thérapeutiques de la psychiatrie institutionnelle.
Rupture avec le mouvement Freinet et fondation de la Pédagogie Institutionnelle (1960-1970).
En 1961, suite à des désaccords avec le mouvement Freinet, notamment sur l'intégration de concepts psychanalytiques et sur l'adaptation des méthodes à un contexte urbain, Fernand Oury quitte le mouvement. Avec Raymond Fonvieille, il fonde le "Groupe Technique et Éducatif" (GTE), qui devient un lieu de réflexion et d'expérimentation pédagogique en lien avec les sciences humaines.
Dans les années 1960, Oury développe la Pédagogie Institutionnelle en milieu urbain, avec des techniques adaptées à des contextes variés, y comprenant des classes hétérogènes et des élèves en difficulté. Sa pédagogie prend en compte non seulement les apprentissages scolaires, mais aussi le développement personnel et social des enfants.
Les deux courants de la Pédagogie Institutionnelle (1960-1980).
En 1964, la Pédagogie Institutionnelle se divise en deux courants :
- Le courant d'inspiration psychanalytique , dirigé par Fernand Oury, met l'accent sur la place du désir et de la loi, en s'appuyant sur les concepts de la psychanalyse pour comprendre les dynamiques de groupe.
- Le courant d'inspiration psychosociologique et autogestionnaire , mené par Raymond Fonvieille, privilégie une approche plus centrale sur la dynamique des groupes et la gestion collective.
En 1979, Oury réintègre le mouvement Freinet, se réconciliant avec certains de ses anciens collègues.
Dernières années et héritage (1980-1998).
Jusqu'à sa mort en 1998, Fernand Oury continue à écrire, expérimenter et diffuser ses idées à travers des publications, des conférences et des formations d'enseignants. Il contribue à des associations nationales et régionales dédiées à la Pédagogie Institutionnelle, comme le TFPI (Techniques Freinet et Pédagogie Institutionnelle) et l'AVPI (Association Vers une Pédagogie Institutionnelle). Son héritage se poursuit également à travers des écoles alternatives, comme l'école de la Neuville, qui appliquent encore ses principes.
Fernand Oury a marqué l'histoire de l'éducation en France en proposant une alternative à l'école traditionnelle. Son parcours, mêlé de résistances et de ruptures, témoigne de son engagement pour une pédagogie centrale sur le respect de l'individu et la dynamique collective, inspirée à la fois par Freinet, la psychiatrie institutionnelle, et la psychanalyse.
