1.1 La constitution du socialisme français (1882-1920)
1.1.1 L'hétérogénéité du socialisme français
Contexte historique :
- Fin du XIXe siècle : Seconde révolution industrielle, montée des revendications ouvrières.
- 21-28 mai 1871 : Écrasement de la Commune de Paris (« semaine sanglante »), impulsion à l’organisation syndicale ouvrière.
Organisation progressive :
- 28 mai 1872 : Cercle de l'Union syndicale ouvrière (Barberet).
- 2-10 octobre 1876 : Premier Congrès ouvrier de France.
- 1881 : Elections législatives démontrant la fragmentation du socialisme français.
Congrès de Saint-Étienne (1882) : Division en 5 tendances :
- Guesdistes : Socialisme par les urnes et alliances électorales (Jules Guesde).
- Possibilistes : Évolution progressive vers le socialisme (Paul Brousse).
- Blanquistes : Révolution impulsée par une élite (Auguste Blanqui).
- Allemanistes : Réformisme municipal et décentralisation (Jean Allemane).
- Socialistes indépendants : Indépendance des élus et action parlementaire.
Unification progressive :
- 1878 : Fondation de la Fédération du Parti des Travailleurs Socialistes de France (FPTSF).
- 1901-1905 : Union des socialistes.
- 1902 : Fondation du Parti Socialiste de France (PSdF).
- 1905 : Création de la SFIO au Congrès du Globe à Paris.
1.1.2 La spécificité du socialisme français
Spécificités (Bergounioux, Grunberg, 1992) :
- Faible ancrage social.
- Faiblesse organisationnelle.
- Extériorité dans le jeu politique.
Caractéristiques (Sawicki, 1997) :
- Force électorale avant mobilisatrice.
- Ancrage municipal renforcé par la loi du 5 avril 1884.
1.2 Les socialistes entre « conquête » et « exercice » du pouvoir (1920-1938)
1.2.1 La position ambiguë des socialistes (1920-1934)
- 1920 : Congrès de Tours : scission entre socialistes et communistes. La SFIO devient un parti de masses.
- Tensions internes : Contradictions entre marxisme et électoralisme, éloignement des classes ouvrières.
- 1926 : Discours de Léon Blum : distinction entre « conquête » et « exercice » du pouvoir. Alliances avec les radicaux (1924, 1932).
1.2.2 Le Front populaire (1934-1938)
- 6 février 1934 : Manifestations antiparlementaires (affaire Stavisky).
- 1936 : Formation du Front populaire (PCF, PR, SFIO).
- Programme : « Pain, Paix, Liberté ».
- Réformes emblématiques : congés payés, semaine de 40 heures, nationalisations.
- Échec du soutien économique au programme, tensions sociales croissantes.
1.3 Le déclin paradoxal du socialisme (1938-1969)
1.3.1 Le Tripartisme (1946-1947)
- Coalition entre MRP, PCF, SFIO.
- 1946 : Démission de Charles de Gaulle. Rôle décisif de la SFIO dans la reconstruction institutionnelle.
1.3.2 La Troisième force (1947-1951)
- Alliance entre MRP, SFIO, UDSR et radicaux.
- Opposition interne : querelles sur l’école privée et le rôle des socialistes au gouvernement.
1.3.3 Le Front républicain (1956)
- Coalition antifasciste.
- Succès éphémère : divisions internes (politique algérienne), chute de la IVe République.
1.3.4 La nouvelle division du socialisme (1958-1969)
- 1958 : Guy Mollet soutient la Ve République.
- Création du Parti Socialiste Autonome (PSA), puis du Parti Socialiste Unifié (PSU).
- 1965 : Union avec le PCF, candidature de François Mitterrand.
- 1969 : Échec de Gaston Defferre (5,1 % aux présidentielles).
3.1 La “société des socialistes” (1995-2011)
3.1.1 La Gauche plurielle et la troisième cohabitation (1995-2002)
- 21 avril 1997 : Dissolution de l’Assemblée (Chirac).
- 25 mai - 1er juin 1997 : Victoire de la Gauche plurielle (PS, PCF, LV, MDC, PRS). Lionel Jospin devient Premier ministre (3e cohabitation).
- Lois marquantes :
- Lois Aubry (35 heures) : 1998, 2000.
- PACS : 1999.
- CMU & APA : 1999.
- Référendum quinquennat : 2000.
- Loi sur la parité : 2000.
- Défaites :
- Municipales (2001) : succès isolé à Paris (Bertrand Delanoë).
- Présidentielle (2002) : Jospin éliminé au 1er tour, se retire de la vie politique.
- Législatives (2002) : échec dû à l’éclatement de la gauche plurielle, abstention et déconnexion du PS des classes populaires.
3.1.2 Le PS et le pouvoir local (2003-2011)
- Succès électoraux :
- Régionales et cantonales (2004).
- Européennes (2004).
- Régionales, cantonales, sénatoriales (2010-2011).
- Présidentielle (2007) : Ségolène Royal battue par Sarkozy.
- Congrès de Reims (2008) : Martine Aubry élue Première secrétaire du PS.
3.2 Les trahisons du PS (2012-2017)
3.2.1 Un quinquennat “sinistre”
- Élection présidentielle (2012) : Victoire de François Hollande (51,64%).
- Politiques :
- Discours du Bourget : opposition affichée à la finance.
- Politique de l’offre : sociale-démocrate (critiques pour sinistrisme).
- Mariage pour tous : seule réforme emblématique de gauche.
3.2.2 Dévitalisation des instances partisanes
- PS sous tutelle de l’Élysée : échec d’une autonomie vis-à-vis du gouvernement.
- Défaites aux municipales (2014). Valls Premier ministre sans consultation du PS.
3.2.3 La fronde parlementaire
- Opposition interne (“frondeurs”) à la politique économique de Hollande.
- Réactions du gouvernement : votes bloqués, 49.3.
3.2.4 Destruction de l’appareil socialiste
- Défaites locales (2016), perte de militants et désorganisation.
3.3 La mort du PS ? (2017-2024)
3.3.1 L’entreprise Macron
- Hollande favorise indirectement Macron (création d’En Marche !).
- Benoît Hamon remporte la primaire mais est marginalisé.
- Présidentielle (2017) : Macron élu.
3.3.2 Migration partisane vers LREM
- Opportunité pour d’anciens socialistes de se reconvertir au sein de LREM.
3.3.3 Débâcle historique de 2022
- Présidentielle : Anne Hidalgo éliminée (1,74%).
- Législatives : Alliance avec NUPES (timide virage à gauche).
- Élections sénatoriales (2023) : Perte de 17 sièges.
- Tensions internes : Suspension des travaux avec la NUPES (2023).
Section 2 : L’anarchisme
2.1 L’anarchisme, cet autre socialisme
- Principes : absence d’autorité, liberté totale, solidarité sociale.
- Opposition à l’État, la propriété privée et les institutions.
2.2 Genèse du mouvement anarchiste
- Fondateurs :
- Max Stirner : individualisme radical.
- Pierre-Joseph Proudhon : pacifisme, mutualisme.
- Mikhaïl Bakounine : insurrection populaire, rupture avec les communistes.
- Création de l’Internationale anti-autoritaire (1872).
2.3 Mutation des actions anarchistes
- Propagande par le fait (1877-1890) : attentats, sabotages, boycott.
- Syndicalisme d’action directe :
- Création des Bourses du travail (1887).
- Naissance anarcho-syndicalisme avec la CGT (1902).
- Charte d’Amiens (1906).
2.4 L’anarchisme contemporain
- Déclin au XXe siècle, résurgence dans les années 1960.
- Mai 68 : remise en cause du capitalisme et de l’État.
- Gilets jaunes (2018) : similitudes avec l’anarchisme (horizontalité, réseaux sociaux).
- Notre-Dame-des-Landes : auto-organisation contre un projet aéroportuaire.
