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Lycée
Première

"Une Charogne", C.Baudelaire

Linguistique

Définition

Charogne
Un cadavre d’animal en décomposition.
Syllepse
1. Dans une phrase, accord des mots en genre et en nombre non d'après les règles de la grammaire, mais d'après le sens. 2. Figure de rhétorique qui consiste à employer un mot à la fois dans son sens propre et dans son sens figuré.
Putride
Décomposition.
Van
Le van est un panier grâce auquel le paysan peut trier ses grains.

Lecture expréssive:

Charles Baudelaire est un poète connu pour son recueil Les Fleurs du mal, publié une 1ère fois en 1857, puis réécrit après la censure de plusieurs poèmes et publié une 2è fois en 1861. "Une charogne" vient de la section Spleen et Idéal, le poète y aborde le thème de la mort, à partir de l’évocation d’une carcasse en décomposition. Il en profite pour montrer la supériorité de l’art sur la nature.Notre explication ne porte que sur les 8 premiers quatrains et elle s’inscrit ds le parcours « Alchimie poétique : La boue et l’or. »

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Nos 8 premiers quatrains sont formés d'une alternance d'alexandrin et d'octosyllabe avec des rimes alternés.Il y a 4 mouvements que nous pouvons associées à deux quatrains chacun:

~v.1 à v.8 : Le poète évoque un souvenir horrible.

~v.9-16 : La charogne provoque un mélange de répulsion et de fascination.

~v.17-24 : La charogne prend vie sous les yeux du poète.

~v. 25-32 : La description macabre cède la place à la vision de l’artiste.


MOUVEMENT 1:Le poète évoque un souvenir horrible.

V. 1 : Évocation d'un souvenir « Rappelez-vous », avec une énonciation à la 2e pers (« vous »), qui interpelle une femme aimée « mon âme » et associe le poète (« nous »).

Cadre idyllique v.2 : « beau matin d'été », sensations agréables qui convoquent la vue (« beau ») et le toucher (« si doux »), "si" exprime une intensité pour "doux".

Le poème commence c un poème romantique, avec le thème de l’amour et de la nature : « au détour d'un sentier ». v.3.

Mais le plaisir des sens est contredit par le 2è hémistiche du v.3, qui pdt une rupture thématique avec le GN « charogne infâme » *définition de Charogne*  l’adj « infâme » termine le vers et rime avec « âme », créant une antithèse et une rupture brutale ds le ton. Ns voyons apparaître ici une fusion surprenante entre le beau et le laid, ce qui pdt aussi un effet de surprise.

Le v.4 poursuit l'effet de collision (ou de choc) entre la douceur et la violence : le « lit » connote la douceur, contrairement au nom plr « cailloux », qui rime aussi avec « doux ». On peut voir que le poète a fait une association du beau et du laid, il a alors fait des rîmes alterner dans dans le quatrain.

Comparée à une femme v.5 et surtout présentée de manière érotiq., avec de nbses connotations sexuelles qui vont dans ce sens : GN « Les jambes en l'air », qui offre une image frappante + adjectif « lubrique » qui renvoie directement à la débauche et au vice de la luxure.

v.6 : la charogne non seulement est associée à une femme lubrique, mais elle est aussi associée au mal et à la maladie : on a l’adj « brûlante » qui forme une syllepse *définition de syllepse* de sens et peut tout aussi bien renvoyer à la fièvre qu’à l’excès du désir. Elle est aussi associée à la mort avec « suant les poisons ». Ns voyons ainsi apparaître ds ce vers deux forces qui normalement s’opposent et qui ici s’unissent (force de vie avec Éros, dieu de l’Amour ds la mythologie grecque /force de mort avec Thanatos, qui est le dieu de la mort avec la mythologie Grec).

v. 7 : présence du Vb à l’imparfait « ouvrait » qui a pr sujet « une charogne » et prend ici une valeur descriptive. Cette description érotiq de la charogne est provocatrice de la part du poète car il se moque ouvertement de la morale: « d’une façon nonchalante et cynique ».

v.8, le GN «Son ventre » renvoie au centre de la sensualité, mais la référence aux « exhalaisons » connote la décomposition du corps de la charogne. On peut donc en déduire que le poète met sur le même plan la luxure, le mal et la mort.


MOUVEMENT 2: La charogne provoque un mélange de répulsion et de fascination.

Le Quatrain 3 confirme la volonté du poète d'associer de manière antithétique la beauté et la laideur , mais aussi la vie et la mort : v.9 « le soleil rayonnait » renvoie à un élément créateur, à une force de vie naturelle ; l’allitération et s’oppose à « pourriture », qui est un mot fort pour évoquer la mort de façon repoussante, et est de plus placé en fin de vers.

L’auteur fait aussi preuve d’ironie (ou de moquerie) ds la façon dont il évoque la mort: on voit apparaître v.10 une comparaison culinaire « Comme afin de la cuire à point », qui met à distance le côté sordide de la mort en qqe sorte ; la charogne n’est qu’un vulgaire morceau de viande.

v.11:Le nom « Nature » est écrit avec une majuscule et placé en fin de vers ce qui rend le mot plus spécial, il devient alors un nom propre. Les éléments cosmiques remplacent le divin et la nature est présentée c un élément créateur, comme on le voit v.12, avec le pronom de reprise « elle » qui est sujet du vb « avait joint »

Dans le quatrain 4 : apparaît un nouvel élément du cosmos avec le nom « ciel », qui se trouve ici personnifié car associé au vb de perception « regardait ».

L’oxymore « carcasse superbe » v.13 associe la laideur et la beauté : « carcasse » produisant un sentiment de répulsion, contrairement à l’adj mélioratif « superbe ».

v.14, la comparaison « Comme une fleur » rappelle le titre du recueil Les Fleurs du mal ; or, ce titre aussi présente une fusion entre la laideur et la beauté ; ns pouvons donc voir ds cette formulation une véritable intention poétique et une attirance de la part du poète pour donner une dimension esthétique à ce qui est repoussant.

v.15 et 16, le poète insiste particulièrement sur les sensations désagréables de la charogne, avec une proposition subordonnée conjonctive circonstancielle, qui établit un lien de cause à conséquence entre l'odeur de la charogne ( « La puanteur était si forte ») et les effets de celle-ci (« que vs crûtes vs évanouir »). « évanouir » rime avec « s’épanouir » mais ces deux vbs s’opposent, ils forment une antithèse. Le poète montre ainsi sa fascination pour la charogne qui en soi est totalement repoussante.


MOUVEMENT 3: La charogne prend vie sous les yeux du poète.

Les quatrains 5 et 6 présentent une sorte de réorganisation de la matière, où la chair en décomposition (qui renvoie au cadavre, donc à la mort) se transforme en matière vivante.

v. 17, ns voyons ainsi apparaître un champ lexical du vivant avec le nom plr. « mouches » et surtout le vb d’action « bourdonnait », qui renvoie à une sensation auditive. Ce qui est paradoxal, c’est que la vie surgit de la mort, ainsi que ns le voyons à la fin du vers 17 qui se termine par « putride » *définition putride*.

Importance des noms au plr. qui mettent en relief le surgissement de la vie : v.18 « noirs bataillons » est une métaphore militaire qui, associée au vb d’action « sortaient », suggère aussi la violence et la force de la vie.

v.19 « De larves », complément de nom de « noirs bataillons » est placé en rejet, ce qui le met en relief et pdt une image frappante, l’enjambement du vers 18 à 19 reproduisant visuellement l’action du vb « couler » (« coulaient c un épais liquide »).

Le poète semble prendre plaisir à développer les sensations repoussantes : on a « épais liquide », qui renvoie à la sensation du toucher et à la vue. Tous les sens sont convoqués. La contemplation de la charogne donne lieu à une expérience sensorielle extrême. Avec ce champ lexical de la décomposition, c’est comme si le poète voulait suggérer que la vie comporte aussi une part de choses répugnantes.

Le vers 20 introduit une métaphore « vivants haillons », qui mêle l’idée de délabrement physique (« haillons ») et de matière régénérée (« vivants »).

Ds le quatrain 6, le poète semble prendre plaisir à représenter la vie qui grouille sur le corps de la charogne avec les vbs de mouvement « descendait, montait », qui forment une antithèse et la comparaison avec la vague v.21 ; l’adj « pétillant » illustre la gaîté et la fascination pr ce spectacle.

Le poète se livre à une description minutieuse et c'est la vie qu'il choisit de montrer et non la mort, même si cette vie est répugnante, c on le voit avec « vivait en se multipliant ».


MOUVEMENT 4: La description macabre cède la place à la vision de l’artiste.

Quatrains 7 et 8 : La charogne subit ds ces deux strophes une nouvelle métamorphose qui fait disparaître l’horreur et le dégoût qu’elle provoque au profit d’une vision purement artistique.

v.25, la reprise nominale « ce monde » efface le côté répugnant des insectes (mouches et larves) tandis que « une étrange musique » suggère à la fois un spectacle surnaturel et fascinant.Le poète développe une 1ère métaphore artistique en lien avec la musiq et il convoque aussi des éléments naturels qui font appel au sens de l’ouïe avec la comparaison « comme l’eau courante et le vent » v.26. L’allitération en « r » (« rendait », « étrange », « courante ») et l’assonance en « ant » (« rendait », « étrange », « courante », « vent ») présentes ds les vers 25 et 26 produisent aussi un effet sonore qui renforce l’idée de musique.

Les vers 27 et 28 introduisent quant à eux la marque de l’Homme avec « le grain qu’un vanneur...agite et tourne » et la ref à un outil « son van » *définition van*. Nous restons néanmoins dans le domaine agricole, qui renvoie à la terre et à la nourriture (puisqu’il il s’agit de « grain ») : idée que la terre retourne à la terre selon un principe naturel.

Ainsi, vers 27, le « mouvement rythmique » du vanneur peut faire référence au rythme du poème , rythme marqué par l’alternance des alexandrins et des octosyllabes mais aussi par les mots « musique » et « rythmique » à la rime.

La dernière strophe de notre passage tend à montrer la supériorité de l’art sur la nature.

v.29 « Les formes s'effaçaient et n'étaient plus qu'un rêve » : idée que le temps détruit aussi le réel (« les formes s’effaçaient ») et présence d’une restrictive « n’étaient plus qu’un rêve » qui suggère que le poète s’est donné pour mission de suppléer à la nature en fixant définitivement l'image de cette charogne. La tâche du poète est de lutter contre l’oubli et la disparition grâce à la création artistique. Pour illustrer cette idée, , le poète convoque cette fois une métaphore picturale, avec des mots en lien avec la vue c « formes » v.29 et « ébauche » v.30.

v.31, ns voyons apparaître un champ lexical de l’art pictural avec « toile » et « artiste ».

Le v. 32 se termine par le nom « souvenir » : L'artiste recompose le réel en le sublimant et c'est aussi ce que cherche à faire le poète par le choix de la métaphore picturale.


CONCLUSION:

Le travail du poète résulte donc bien d’une alchimie car il sublime le monde et transforme la laideur en beauté : la charogne devient ainsi objet esthétique même après la mort.

Dans la suite et la fin du poème, nous comprenons aussi que le poète cherche à opposer la vision effroyable de la vieillesse et de la mort à celle de l’art qui restera beau et éternel. C’est grâce à sa poésie que le poète conservera le souvenir de la beauté (celle de la femme à qui il s’adresse ds le poème). Le poète est donc un être supérieur qui rend toute chose immortelle.

A retenir :

**Lecture expressive du passage (ne pas lire tout le poème mais seulement les vers 1 à 32).

*Ptqe:nous allons montrer comment et à quelles fins le poète associe la laideur et la beauté.