La fable intitulée « Le loup et le chien » est extraite du livre I du recueil des Fables de Jean de la Fontaine. L’auteur met en scène et en miroir deux animaux, l’un caractérisé par son état sauvage et l’autre par sa domestication. Leur rencontre donne lieu à un dialogue pris en charge par des vers hétérométriques qui contribuent au rythme de cette histoire. La situation du Chien paraît fort enviable, mais ce n’est sans doute qu’apparence, ce qu’un détail non négligeable nous indique à la fin du texte
PROJET DE LECTURE
De quel mode de vie la fable fait-elle l’apologie : l’insécurité liée à la liberté ou le confort lié à la servitude ?
MOUVEMENTS
- 1er mouvement : Vers 1 à 12 : La rencontre de deux antagonistes
- 2° mouvement : Vers 13 à 29 : L’éloge d’une vie idéale
- 3 °mouvement : Vers 30 à 41: Le malheur d’être asservi
MOUV 1°: Vers 1 à 12 : La rencontre de deux antagonistes
Une rencontre inopinée : les deux animaux sont dépeints en ennemis
- Les deux premiers vers jouent le rôle de l’exposition de la situation. Ils lient les deux animaux désignés dans le titre de la fable « Le loup et le chien ».
- Le singulier « Un loup » est confronté au pluriel des « Chiens », contrairement au singulier du titre. = La proposition subordonnée circonstancielle de cause du vers 2 explique la maigreur du loup par le fait que les chiens de garde les privent de nourriture en défendant les fermes.
- Au contraire, le chien est décrit avantageusement aux vers 3 et 4 : par une comparaison « aussi…que » et des adjectifs mélioratifs « puissant », « beau »,«gras », « poli» : son embonpoint est ainsi mis en avant. Sa vigueur est soulignée mais aussi son caractère domestique avec l’adjectif « poli ».
La Loup a d’abord des pensées belliqueuses
- vers 5, nous accédons aux pensées du Loup transcrites par le discours indirect libre et les verbes à l’infini(f : « L'attaquer, le mettre en quartiers », « livrer bataille », « se défendre ». Le lexique de la guerre laisse au début présager un combat entre le Chien et le Loup.
- Le premier adverbe « volontiers », vers 6, souligne le fait qu’attaquer ce Chien serait naturel pour le Loup ; mais le 2nd adverbe « hardiment », vers 9, montre la conscience qu’il a de la supériorité physique de son ennemi, bien mieux nourri que lui. C’est la corpulence et l’énergie dont dispose vraisemblablement le Chien, désigné par le « Malin », vers 8, ce qui conforte sa puissance, qui font reculer le Loup.
La tactique du loup est celle de recourir au langage et d’employer la diplomatie
- La présence à la rime des adverbes « hardiment » et « humblement », vers 9 et 10, marque un renversement dans la confrontation habituelle de ces animaux et dans la supériorité supposée du Loup, du fait de son caractère sauvage. = « embonpoint » est ce qui fait envie au Loup et en même temps c’est ce qui le retient d’attaquer ! = Ainsi, le Loup cherche à amadouer le Chien, à éviter une lutte dont il sortirait vaincu.
MOUV 2°: Vers 13 à 29 : L’éloge d’une vie idéale
Le discours du chien est particulièrement habile
- Les paroles du chien sont retranscrites au discours direct. On perçoit bien les marques du dialogue avec la ponctuation : guillemets, propositions incises « lui repartit le Chien », « reprit », « dit », la ponctuation forte comme la modalité interrogative.
- Le Chien s’impose par le recours au futur « tiendra à l’impératif présent « Quittez », « Suivez-moi ». , « ferez », « aurez », « Sera » et la négation restrictive, vers 13, « ne … qu’ » montre qu’il suffit au Loup de vouloir faire comme le Chien pour être « aussi gras » que lui, et que cela serait facile.
- L’impératif « Quittez », vers 15, se veut une invita*on alléchante à changer de milieu de vie.
Le regard que le Chien pose sur les loups est plein de mépris
- désignations péjoratives : « misérables », à la rime aves « pauvres diables »; mais aussi « cancres », « hères ».
- La proposition subordonnée relative « Dont la condition est de mourir de faim », vers 18, résume le regard posé sur ces animaux sauvages qui n’ont pas de quoi subsister dans la mesure où ils ne peuvent se livrer à une « franche lippée », vers 19.
= Le Chien présente la vie sauvage du Loup comme la cause de son malheur ; la misère du
Loup est présentée de manière pathétique. Cela donne l’impression que le Chien plaint
vraiment le Loup.
Le discours du Chien est convaincant : des devoirs et des récompenses
- Le Loup réagit en demandant au vers 22 « Que me faudra-t-il faire ? ». Cette question montre qu’il est prêt à se laisser convaincre.
- Les récompenses évoquées, désignées par le substantif « humanisant le Chien, sont les restes des repas « reliefs de toutes les façons ; le second devoir salaire », vers 26, Os de poulets, os de pigeons », vers 27 et 28 ; et une affectueuse gratitude « Sans parler de mainte caresse », vers 29. Ces récompenses sont présentées par un verbe au futur « sera », par un pluriel prometteur « de toutes les façons », un parallélisme de construction qui nomme une nourriture alléchante au vers 28 et l’adjectif «mainte » qui détermine « caresse ».
= Ainsi, les détails que donne le Loup laissent entrevoir une forme de servilité ; les
contreparties sont assez minces, car essentiellement composées d’os ; les récompenses
morales se résumant à des caresses esquissent un rapport de soumission et de servilité.
MOUV 3° : Vers 30 à 41: Le malheur d’être asservi
Le Loup est dans un premier temps convaincu que le mode de vie du Chien est
enviable
- «Le Loup déjà se forge une félicité », vers 30 : le Loup est séduit par le discours du Chien ; il parvient à s’imaginer ce que lui a décrit le Chien comme un bonheur absolu. Le Loup ne perçoit que le confort annoncé : le GN méliorarif « une félicité » montre qu’il est convaincu par ce que lui a décrit le Chien.
- Le Chien dépeint sa condition de vie de façon si enviable que le loup en vient à « pleurer de tendresse », vers 31. Le discours du Chien suscite l’émoi du Loup, ce qui est loin de l’image carnassière qui lui est traditionnellement attribuée.
La découverte du Loup va opérer un retournement radical
- Alors que l’affaire semble attendue et que les deux animaux marchent ensemble dans la même direction « chemin faisant », vers 32, un détail attire l’attention du Loup : « il vit le col du Chien pelé ». Le participe passé « pelé » qui achève le vers s’entend comme une révélation inattendue. = Cette découverte se fait de façon involontaire et fortuite ; c’est un élément perturbateur qui explique le retournement qui va s’ensuivre. Ce qu’il signifie forme un contraste absolu avec la descripiton que le Chien a faite précédemment
Un dialogue marqué par la vivacité
- A quatrième question du Loup qui oblige le Chien à révéler ce dont il s’agit : la longue phrase des vers 34 et 35 « Le collier dont je suis attaché De ce que vous voyez est peut-être la cause. » ralentit le rythme de l’échange au moment où le Chien répond enfin. La locution adverbiale « peut être » montre que le Chien rechigne à révéler qu’il est attaché. = L’aveu du « collier » est celui de l’esclavage.
La fin de la fable fait réfléchir le lecteur sur la véritable nature de la liberté
- Au vers 36, le Loup répète le participe passé « - Attaché ? » : l’extrême brièveté de cette nouvelle interrogation traduit son étonnement. Il poursuit immédiatement avec une autre question « vous ne courez donc pas / Où vous voulez ? » = Le Loup comprend tout à coup qu’une absence de liberté physique, c’est l’impossibilité de courir où l’on veut. Le Chien n’a pas de volonté propre, ce que souligne la conjonction de coordination à valeur de conséquence « donc ».
- vers 37, dernière réplique du Chien, celui-ci est obligé d’avouer qu’il n’est pas maître de ses mouvements « - Pas toujours ; mais qu'importe ? »: la négation « Pas toujours » et l’expression désinvolte « mais qu'importe ? » révèlent que le Chien a choisi le confort de la servitude à la liberté.
Une morale implicite : la liberté est un trésor qu’il faut défendre à tout prix
- Des vers 38 à 41, le Loup s’enfuit, ce qui marque son refus de cette condition servile. Il préfère la faim à toute forme de dépendance. La liberté ne vaut pour lui aucun « trésor », vers 40.
- Nous relevons une phrase complexe : « - Il importe si bien, que de tous vos repas / Je ne veux en aucune sorte, / Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor. ». Les polyptotes des verbes « vouloir » et « importer » affirment le choix final du Loup. Pour lui, le prix de la servitude est trop cher à payer. = Pour le Loup, la liberté est inestimable.
CONCLUSION
Au terme de cette étude nous pouvons affirmer que la fable fait l’éloge de la liberté plutôt que le confort matériel lié à la servitude. En effet, nous ne devons pas confondre la liberté avec des privilèges qu’on nous attribue en échange de notre coopération, ce qui est une forme de soumission. Ainsi le Loup préfère de façon catégorique sa liberté même si cela le condamne à la misère, plutôt que la servitude volontaire. La morale implicite de cette fable est : mieux vaut être libre et misérable que riche et asservi.
