Doyen Maurice Hauriou (1856-1929), à la faculté de droit de Toulouse, aborde la nature juridique de l'État, le définissant comme une personne morale de droit public. Cette conception souligne que l'État n'a pas d'existence physique, mais juridique, ce qui le rend abstrait. Georges Burdeau illustre cette idée en affirmant que "personne n'a jamais vu l'État", indiquant ainsi qu'il s'agit d'un concept issu de l'esprit.
L'État, en tant qu'institution, est le résultat de l'institutionnalisation du pouvoir politique, se dissociant des individus qui exercent ce pouvoir. Cela permet de renforcer la souveraineté et la légitimité des gouvernants. La formation de l'État est perçue comme un acte de volonté collective, soutenue par l'adhésion du plus grand nombre, et se matérialise dans la Constitution, qui encadre le pouvoir des gouvernants et leur confère un statut constitutionnel.
En somme, la définition de l'État repose sur la distinction entre le pouvoir et ceux qui l'exercent, insistant sur son caractère institutionnalisé et juridique, renforçant ainsi son rôle dans la société.
État = union d’individus soumis à la domination du pouvoir. Il y a ici aussi plusieurs théories.
Les théories sociologiques sont menées par Duguit et Max Weber.
Doyen de Bordeaux. Sa conception va s’opposer radicalement à la conception institutionnaliste. Il assimile l'État et les gouvernants. Phénomène de différenciation entre les forts et les faibles. Une aberration de qualifier l'État comme une personne morale indépendante des gouvernants. Gaston Jèze : “Moi je n’ai jamais eu l’honneur de déjeuner avec l’Etat”.
Volonté étatique = volonté de ceux qui gouvernent. Ils ont oublié que la notion de personnalité morale est une notion juridique (catégorie juridique). Il n'apparaît comme une personne que lorsqu’on l’analyse comme personne juridique. La critique de Duguit n’est donc pas recevable pour le juriste.
Max Weber (1864-1920), sociologue allemand, affirme que la sociologie vise à comprendre l'activité sociale par l'interprétation, en observant la réalité sociale de manière descriptive, tandis que le droit est prescriptif, étudiant le système politique tel qu'il devrait être. Selon lui, l'État est une entreprise politique aux caractéristiques institutionnelles, se définissant par un monopole de la contrainte physique légitime. Weber analyse la dynamique sociale en termes de domination, opposant les groupes dominants et dominés. Pour différencier les ordres émis par l'État de ceux d'autres sources, il insiste sur la nécessité d'une analyse juridique, affirmant que l'État n'est qu'un concept juridique.
Hans Kelsen (1881-1973) établit une identité entre l'État et le droit, définissant l'État comme une organisation politique régulée par un ordre de contrainte, qui détermine l'usage de la force. Selon lui, le monopole de l'usage de la force est la caractéristique principale du droit, et la société est organisée politiquement par cet ordre normatif. Le pouvoir, selon Kelsen, repose sur une relation de supériorité, où l'autorité commande et les individus obéissent en vertu de règles juridiques. Il considère que l'État est la personnification de l'ordre juridique, et que la question de sa naissance n'est pas d'un intérêt juridique pour le juriste. Tant que l'ordre juridique est en vigueur, l'État perdure, étant un ensemble de règles de droit hiérarchisées, avec la Constitution au sommet.
Selon Karl Marx, l'État est lié au rapport de force et à la lutte des classes, et il identifie l'État et le droit comme des entités confondues. Il voit le droit comme un outil de domination sur la classe prolétaire et les classes dominées. Marx plaide pour la création d'une société sans classes, ce qui nécessiterait la destruction de l'État et du droit.
Après une révolution, bien que l'État et le droit doivent être maintenus temporairement, l'objectif est de faire disparaître les classes. À terme, si l'État disparaît, des organismes produiront des normes sociales plutôt que juridiques, ce qui entraînera une perte de la contrainte juridique. L'État se manifeste par un pouvoir souverain, organisé sur un territoire, imposant des décisions à une population.