Introduction
L’analyse grammaticale de la langue française repose sur plusieurs critères qui étudient à la fois les mots, leurs combinaisons syntaxiques, et leur contenu (leur sens, qu’il soit grammatical ou communicatif). Ces critères incluent :
- La phonologie : les sons et leur organisation.
- La morphologie : la structure des mots et leurs variations.
- La sémantique : le sens des mots et des énoncés.
- La syntaxe : l’agencement des mots dans les phrases.
1. Composante phonologique
- Étymologie : Du grec phonê, signifiant « son ».
- Définition : Elle analyse les sons dans la langue, tels que la prononciation, l’intonation, et l’articulation des mots.
- Exemples :
- L’intonation peut changer le sens d'une phrase (par exemple, en français, une phrase affirmative peut devenir une question avec un changement d'intonation).
2. Composante morphologique
- Étymologie : Du grec morphê, signifiant « forme ».
- Définition : Elle se concentre sur la structure des mots et leur formation.
- Aspects étudiés :
- Préfixes : ex. re- dans revenir.
- Dérivation : ex. amitié dérivé de ami.
- Désinences : ex. -s dans ils mangent.
3. Composante sémantique
- Étymologie : Du grec sèmainein, signifiant « signifier ».
- Définition : Elle étudie le sens des mots et des énoncés.
- Rôle : Elle permet de comprendre l'énoncé et les relations de sens entre les éléments grammaticaux et leur signification.
- Exemple : Le sens du mot manger dans la phrase Il mange dépend du contexte.
4. Composante syntaxique
- Étymologie : Du grec syntaxis, signifiant « mise en ordre, disposition ».
- Définition : Elle étudie la manière dont les mots se combinent pour former des groupes de mots (syntagmes) et des phrases.
- Exemple : Le français suit un ordre canonique SVO (Sujet, Verbe, Objet) dans les phrases déclaratives simples.
- Exemple : Le chat (S) mange (V) la souris (O).
La syntaxe et l’ordre des mots
- L'ordre des mots est crucial en français. Par exemple :
- Le sujet se place devant le verbe.
- L’objet direct suit le verbe.
- L’ordre des mots est souvent ce qui permet de distinguer le sujet de l’objet direct dans une phrase.
- Exemple : Marie (S) mange (V) une pomme (O).
La phrase : définition et structures
Définition de la phrase
- Critères pour définir une phrase :
- Critère mélodique : La cadence de la phrase (ascendante/descendante).
- Critère typographique : L’usage de la majuscule en début de phrase et la ponctuation finale.
- Critère sémantique : Une phrase doit avoir une unité de sens.
Types de phrases
- Phrase simple : Elle contient une seule proposition (avec un seul sujet et un seul pivot verbal).
- Exemple : Il mange une pomme.
- Phrase complexe : Elle contient plusieurs propositions, avec des relations de dépendance entre elles.
- Exemple : Il mange une pomme pendant que son ami boit un café.
La coordination et la subordination
Parataxe (Coordination)
- Définition : Des propositions autonomes sont reliées par un coordonnant (comme mais, et, ou, donc).
- Exemple : Il pleuvait, mais nous sommes partis.
- Réunion par ponctuation : Les propositions peuvent aussi être séparées par des signes de ponctuation (virgule, point-virgule, deux-points).
- Exemple : Il fait chaud ; nous allons à la piscine.
Hypotaxe (Subordination)
- Définition : Une proposition est dépendante de l’autre. La proposition subordonnée ne peut exister seule, elle dépend de la principale.
- Exemple : Quand il est arrivé, il pleuvait.
- Les relations de subordination peuvent être marquées par des subordonnants (comme que, quand, si).
- Exemple : Je vais partir parce qu’il est tard.
Exemples de relations syntaxiques
- Coordination : Il fait beau et il fait chaud.
- Subordination : Je suis parti quand il est arrivé. (La subordonnée quand il est arrivé dépend de la principale je suis parti).
L’analyse grammaticale de la langue française inclut plusieurs composantes essentielles : phonologique, morphologique, sémantique, et syntaxique. La syntaxe est particulièrement importante car elle détermine la structure des phrases, notamment par l’ordre des mots et les relations de coordination ou de subordination entre les propositions. Une compréhension approfondie de ces composantes est cruciale pour une analyse grammaticale rigoureuse et précise.
Martinet définit les relations syntaxiques comme les relations entre les propositions, où la notion de noyau est essentielle. Le noyau d'un énoncé est l'élément obligatoire, dont la suppression détruit ou modifie l’énoncé. Il est constitué de deux éléments :
- L'actualisateur : il donne une réalité à l'expression, en désignant une personne, une chose ou une situation.
- Le prédicat : il est l'élément qui n'est complément de rien, souvent le verbe, vers lequel toutes les autres fonctions se dirigent.
Exemple : Dans la phrase « il sort à midi », le noyau est « il sort ». Si l'on supprime « il » ou « sort », l'énoncé est incomplet. Par contre, la suppression de « à midi » n'affecte pas l'énoncé de manière cruciale.
L'expansion désigne les éléments ajoutés au noyau, dont la suppression ne détruit pas l’énoncé. Par exemple, dans « il sort à midi », « à midi » est une expansion de « il sort ».
- Expansion par subordination : L'élément ajouté a une fonction différente de celle du noyau (ex. : « il marche vite », où vite est une expansion par subordination).
- Expansion par coordination : L'élément ajouté a la même fonction que l'élément préexistant (ex. : « je vends et j’achète », où et lie deux actions de même nature).
Ce résumé présente les concepts clés liés au noyau et aux expansions dans l'analyse des relations syntaxiques selon Marnet.
Grammaire générative
- Grammaire générative et universaux linguistiques
- La grammaire générative (développée par Noam Chomsky depuis 1960) se distingue de la grammaire traditionnelle en cherchant à décrire les caractéristiques communes à toutes les langues humaines, appelées « universaux linguistiques ». Par exemple, toutes les langues distinguent les noms des verbes.
- L'arbre syntaxique
- Chomsky a introduit le concept d'arbre syntaxique (ou arbre de dérivation), une représentation hiérarchique des structures de phrases. La racine de l'arbre est le nœud P (la phrase), qui se ramifie en nœuds représentant les constituants immédiats, jusqu’aux morphèmes (les plus petites unités linguistiques).
- Grammaticalité vs Agrammaticalité
- Grammaticalité : Un énoncé est grammatical s'il respecte les règles syntaxiques de la langue. Les locuteurs jugent intuitivement si une phrase est bien formée, basée sur leur compétence linguistique (leur savoir intérieur des règles grammaticales). Par exemple, « Je vouloir manger frites » est une phrase agrammaticale en français.
- Agrammaticalité : Une phrase mal formée, qui ne respecte pas les règles de la langue.
- Compétence linguistique
- La compétence linguistique, selon Chomsky, est la capacité à produire et reconnaître toutes les phrases grammaticales d’une langue. Elle repose sur un savoir interne partagé par les locuteurs natifs.
- Créativité : Les locuteurs peuvent produire un nombre infini de phrases nouvelles à partir d’un nombre fini de règles, grâce à la connaissance tacite des règles de la langue.
- Performance : La performance linguistique est l’application concrète de cette compétence dans des situations réelles. Elle peut être influencée par des facteurs externes (fatigue, émotions, contexte), et donc ne reflète pas toujours parfaitement la compétence.
- Limites de la performance linguistique
- La performance est limitée par la mémoire et les capacités cognitives. Par exemple, des phrases excessivement longues, comme « Je sais que tu sais que je sais… », deviennent incompréhensibles en raison de la limite de la mémoire de travail.
- Récursivité
- Le phénomène de récursivité permet d'encastrer des phrases dans d'autres phrases. Cela permet de créer des énoncés de longueur théoriquement infinie, bien que la compréhension soit limitée par la mémoire humaine. Exemple : « J’ai rencontré la femme du fils de l’oncle du voisin… »
- Interprétabilité vs Grammaticalité
- Interprétabilité : Le sens d'une phrase, qui peut être interprétable ou ininterprétable. Par exemple, la phrase « D'incolores idées vertes dorment furieusement » est grammaticalement correcte mais difficilement interprétable.
- Grammaticalité : Elle concerne uniquement la structure syntaxique de la phrase, sans prendre en compte son sens. Par exemple, « Lui être intelligent beaucoup » est interprétable mais agrammatical.
- Acceptabilité
- La grammaticalité d’une phrase n’est pas toujours suffisante pour qu’elle soit acceptable dans un contexte donné. Par exemple, une phrase grammaticalement correcte peut être inappropriée ou inacceptable dans un certain contexte social (comme un langage familier dans une lettre de demande de poste).
Conclusion
La grammaire générative de Chomsky met en lumière les règles universelles sous-jacentes aux langues humaines, tout en distinguant la compétence linguistique (savoir tacite des règles) de la performance linguistique (utilisation réelle et contextuelle de la langue). Le langage humain est infiniment créatif grâce à la récursivité, bien que la compréhension soit limitée par des facteurs cognitifs.
Les opérations syntaxiques (ou manipulations) sont des transformations appliquées sur des mots ou groupes de mots dans le but d'analyser la structure de la phrase. Elles aident à identifier les groupes, les fonctions et les classes de mots. Voici les principales opérations :
- Commutation ou substitution : Remplacer un mot ou un groupe de mots par un autre pour voir l'effet sur la phrase.
- Pronominalisation : Remplacer un nom ou un groupe nominal par un pronom (ex. : Marie → elle).
- Extraction en "c'est... qui/que" : Extraire un élément de la phrase pour le mettre en valeur, souvent avec une structure comme "c'est... qui" ou "c'est... que" (ex. : Ce livre, c'est moi qui l'ai lu).
- Déplacement : Déplacer des éléments de la phrase pour en modifier l'ordre, tout en conservant le sens (ex. : Marie mange une pomme → Une pomme, Marie la mange).
- Adjonction ou insertion : Ajouter un élément (mot ou groupe de mots) à la phrase sans en modifier la structure fondamentale.
- Coordination : Relier deux éléments ou groupes de mots de même nature avec une conjonction de coordination (ex. : Marie mange et Paul boit).
- Paraphrase : Reformuler une phrase en utilisant des mots ou structures différentes tout en conservant le même sens.
Ces opérations permettent une analyse approfondie des relations syntaxiques dans une phrase.
La morphosyntaxe est l'étude conjointe de la morphologie (forme des mots) et de la syntaxe (position et fonction des mots dans la phrase). Elle analyse comment les mots varient en fonction de leurs relations syntaxiques avec d'autres mots dans la phrase. Le phénomène clé de la morphosyntaxe est l'accord, qui consiste pour un mot variable à recevoir certaines caractéristiques morphologiques (genre, nombre, personne) d'un autre mot avec lequel il s'accorde, selon des configurations syntaxiques particulières.
Types de configurations syntaxiques de l'accord :
- À l'intérieur du groupe nominal :
- Accord entre déterminant/adjectif et nom :
- Exemple : les petits enfants (accord en genre et en nombre entre "les", "petits" et "enfants").
- Dans la phrase simple :
- Accord sujet-verbe :
- Exemple : Les enfants mangent (accord entre "les enfants" et "mangent").
- Accord verbe-objet (participe passé) :
- Exemple : Les bonbons que les enfants ont mangés (accord entre "mangés" et "bonbons" en genre et en nombre).
- Au-delà de la phrase simple :
- Groupe nominal - apposition :
- Exemple : Les enfants, fatigués, sont allés se coucher (accord entre "fatigués" et "enfants").
- Groupe nominal - pronom :
- Exemple : Les enfants se sont réveillés, ils sont ensuite allés se promener (accord entre "réveillés" et "enfants", et entre "ils" et "enfants").
Donneur et receveur de l'accord :
- Le donneur d'accord est généralement un nom ou un pronom.
- Le receveur d'accord peut être un déterminant, un adjectif, un verbe (y compris le participe passé), ou un pronom.
Les affixes ou morphèmes flexionnels sont utilisés pour marquer l'accord. Ces éléments ajoutent les marques de genre, nombre, ou personne sur les mots concernés.
En somme, la morphosyntaxe permet de comprendre comment les relations entre les mots d'une phrase influencent leur forme, en particulier à travers le mécanisme de l'accord.