Philosophie stoïcienne: Le devoir comme obligation naturelle:
-La fin souveraine de l'homme est de suivre son devoir, c’est-à-dire, se soumettre à la loi et non à ses plaisirs. Pour les stoïciens, le meilleur est donné dans le présent, il est actuel. Ainsi, on n'a pas à espérer un monde futur meilleur : nulle plainte ne doit être. Tout ce qui a été créé, n'est que la simple manifestation de l'intention divine. “N’attends pas que les événements arrivent comme tu le souhaites ; décide de vouloir ce qui arrive et tu seras heureux” disait alors Epictète. Il montre l'inutilité de chercher à changer le monde, car celui-ci est déjà perfection d'un point de vue collectif.On ne peut donc pas espérer que les choses doivent changer, car les choses sont ce qu'elles doivent être.
L'homme sage ne craint pas les dieux car il comprend, par la raison, que tout ce qui est, est ce qui doit être. Ainsi, celui qui les craint, est celui qui fait l'erreur de penser que les choses puissent être autres que ce qu'elles sont. Les hommes ont tendance à se plaindre en espérant obtenir mieux, mais c'est inutile car ce qui est, est déjà perfection. Même si la perte d'un enfant peut inciter autrui, à penser que le monde n'est pas perfection, il se trompe. Le monde est le meilleur pour l'intérêt du tout, or il est le plus important ; l'intérêt particulier ne doit pas primer.
Il faut comprendre que rien ne prescrit aux dieux, de mettre en place un ordre pour votre intérêt particulier . C'est de l'orgueil, de penser cela. L'homme pense qu'il doit y avoir des choses qui lui sont dus or ce n'est pas le cas.
-Le centre de la pensée des stoïciens :
Le Stoïcisme peut, en effet, être considéré comme un panthéisme : Dieu est le Monde. Le Monde, pénétré par la raison, principe d’ordre des choses, est porteur d’unité et d’intelligence. C’est un organisme parfait, que gouverne le Destin, mouvement éternel, continu et réglé. Tu ne dois pas confondre ce que tu es et ce que tu as ni exiger des dieux, un monde démunie de vices. En aucun cas, donc, tu es légitime de te rebeller contre la divinité. Le point central est de comprendre que le monde n'appartient pas à l'homme. Tout ce que l'on a est provisoire, mais pas ce que l'on est. Il faut comprendre que ce qui est, ne peux pas être autre et que le réel est ainsi nécessité et non contingence. Marc-Aurèle affirmait : "soit la providence (divine) et inscrit toi dans le cosmos"(soit les atomes).
-divergence stoïcisme/ épicurisme : Le stoïcisme diverge de l'épicurisme car il ne considère pas le hasard. Chez Épicure, la jouissance du corps primait sur tout le reste, et cela est quelque peu livré au hasard. "Si Dieu existe, tout est bien ; si les choses vont au hasard, ne te laisse pas aller, toi aussi, au hasard" disait Marc-Aurèle. La nécessité stoïcienne n'est donc pas la nécessité aveugle des lois de la nature. Le monde est comme ça car les dieux ont choisi cet ordre-là ; et c'est le meilleur parmi tous les possibles. Le plaisir n'est pas principe, mais n'est qu'une suite pour que l'animal parvienne à son intégration et sa conciliation avec soi-même.
-La fatalité chez les stoïciens :
Ce que les stoïciens appellent fatum, n'est pas la fatalité comme on l'entend aujourd'hui. De nos jours, on ne peut pas agir sur la fatalité, mais les stoïciens affirment que l'homme à une fatalité qu'il peut atteindre par ses propres aspirations. La nature est actualisée en vue du meilleure, elle contribue à la perfection de l'ensemble. L'intérêt du tout prime sur l'intérêt de la partie. Si vous voulez ce qui est, vous êtes heureux et indestructible, quel que soit les événements.
-Remarque : Il y a une proximité avec le monothéisme : que ta volonté soit faite. C'est d'abord une question de soumission à l'ordre et au divin. La justice est la base, donc la préoccupation du tout est essentielle. Cicéron disait "le plaisir, laissons-le aux bêtes". Ça veut dire que vivre selon le plaisir est une vie de bête. On se comporte comme des animaux, certes, mais il y a un basculement, car l'homme est un être de raison qui comprend l'ordre. Ça ne veut pas dire qu'il faut être pauvre pour être stoïcien, mais il faut comprendre que le thélos est dans la nature et qu'il ne faut pas chercher à le modifier. L'idée n'est pas d'attendre un monde meilleur, il faut vivre dans l'actuel, se conformer à la loi ici et maintenant. Ce qui doit être existe déjà. Il faut une conscience aiguë pour comprendre l'idée. Le bien et le mal c'est d'abord et avant tout la justice et l'ordre de l'ensemble des choses. Nous cherchons toujours ce qui est plaisant, mais chercher des récompenses, laissons ça aux bêtes.
-Le sage chez les stoïciens : Le sage est incarnation de la liberté, mais cette liberté n'est pas de faire ce que je veux, c'est simplement de se libérer de tous ses besoins et aspirations. Il ne faut pas opposer l'obéissance et la liberté. Les stoïciens ne sont pas fatalistes. Tout ce qui se passe est le fruit de l'illusion de l'homme. La partition que l'homme doit jouer est cachée. L'homme sage considère que les fonctions du vivant sont nécessaires mais il ne va avoir cela comme but en soi contrairement à l'animal. Le sage arrive à comprendre que rien ne lui appartient et parvient à distinguer ce qu'il est et ce qu'il a.
-Les tendances humaines, contraire du comportement du sage :
Il faut savoir que la tendance n'est pas la même chose que l’appétit : chez Aristote, l'appétit est l'image qu'il faudrait atteindre. Or, chez les stoïciens, les désirs sont une conséquence à la tendance : on est poussé à se les approprier. En quelque sorte, on fournit un effort caché, qui nous pousse à s'approprier des choses uniquement parce qu'on se représente des choses comme désirables. Plaisir et désir ne sont donc pas thélos mais conséquence de la tendance. La tendance vitale en nous, nous fait nous préoccuper toujours :"puis-je obtenir ce que je désir ?". Le risque induit ici est que l'attachement pour le vivant est tel qu'il en devient miné par la crainte, c'est à dire l'inquiétude de perdre. Le vivant à tendance à confondre ce qu'il est et ce qu'il a. Or, nous ne sommes pas ce que nous avons, on est destiné à autre chose que s'approprier des plaisirs dans la vie. "Les êtres ne tendent pas naturellement au plaisir, mais à la conservation de l'être" Cicéron Il ne faut pas que les choses en dessous de nous, nous attachent car ceci serait le plus grand esclavage. "Il ne faut pas lier un navire à une seule ancre, ni une vie à un seul espoir". - Épictète. La soumission à la vie est donc le vrai esclavage (penser que je suis ce que j'ai). La seule chose qui nous appartient et le libre cours de notre jugement.
Cette tendance du vivant a des tendances contraires à la raison. C'est l'inverse de ce que vers le sage doit tendre. Le sage doit savoir que rien dans ce monde ne nous appartient. Le vivant nous pousse vers un désir qui s'incarne dans les choses extérieures à nous, et ce désir devient naturellement un but (scopos), mais en aucun cas il ne constitue la fin (thélos).
Le passage de la tendance vers un but :
Le vivant nous pousse en dehors de nous-même : il faut lutter contre cette tendance transfuge. A l'âge adulte, c'est le moment où on connait, (par une tecné,) et où l'on comprend que la vie n'est qu'une forme aveugle de la réelle vie qu'il convient de mener pour un être raisonnable. Le sage sait que le vrai bien est de préserver l'intégrité du vivant et l'être raisonnable. Mais l'être raisonnable est sans aucun doute la valeur première. Le plaisir m'apparait comme un bien en soi, et même toutes choses qui appartiennent à la nature apparaissent toutes être des biens en soi. Mais une fois la sélection découverte et la conjugaison de la sélection établie (choix, proairésis; chez Aristote c'est ce qui suit de la délibération), on prend conscience de la structure de la nature. Celui qui possède la raison pourquoi tout est disposé ainsi. L'âge de raison nous fait sortir de la caverne et on comprend que les choses sont bien disposées. La manipulation à laquelle fait face l'animal est en réalité pertinente car elle le pousse à rejeter d'instinct un certain type de bien. Le sage en réalité fait les mêmes choses que l'animal mais là où il se diffère c'est qu'il comprend pourquoi. L'expert sage sait aussi quand il faut faire des exceptions. Préserver sa vie n'est pas le but le plus important de l'Homme. On fait une chose non pas parce qu'on ne la désire, mais parce qu'on comprend dans quelles mesures cette chose n'est pas conforme. La raison d'agir change, on est plus poussé par l'instinct ni par le désir, mais parc qu'on sait, par la raison, dans quelle situation il est conforme d'agir.
Conclusion sur le stoïcisme:
La perfection de l'action ne se mesure pas à l'atteinte du scopos, mais elle réside dans sa conformité à ce que les dieux veulent qu'on fasse. La finalité de l'action réside donc dans la conformité à la prescription (homologua). Il faut bien distinguer le but et la fin. La métaphore de l'archet est assez illustratrice de cette distinction : la vertu n'est pas de toucher la cible, mais d'agir dans la conformité de la connaissance experte qui permet de savoir comment toucher la cible. Ce n'est donc pas toucher la cible en soi qui est vertueux, mais avoir connaissance préalable des moyens pour y parvenir.
L'expert est meilleur dans le respect du vivant, que le vivant lui-même et c'est lui seul qui peut établir cette distinction.
En réalité, le penchant des vivants est bien fait, car il permet la conservation de l'animal. En soit, c'est une conciliation à soi, mais qui demeure aveugle par ceux qui l'exercent. Seul l'expert a le privilège de voir au-delà de ces tendances. La valeur du but (objet de la convoitise du vivant), est très forte pour le vivant car il fait de ses appropriations la définition de lui-même. Pourtant, il faut savoir que le fait de chercher ce type de bien est infiniment supérieur au bien lui-même. Le mobile de l'action devient non-essentiel et ce n'est pas pour le but lui-même qu'il faut agir, mais agir parce qu'il est bon de désirer ce but. C'est le motif de l'action qui devient bon. Je dois m'aimer moi-même bien plus que les biens que je convoite. Je suis bien plus qu'un être vivant mue par des besoins. Je suis un être qui sait pourquoi il a ces besoins. Il faut ainsi préférer l'honneur à la vie. Cette vie est ma propriété, elle m'appartient bien plus que je n'appartiens à ma vie. Dans la philosophie stoïcienne, on ne se reproduit pas par passion, mais parce qu’il faut passer par là. Se reproduire pour le plaisir est une maladie de l’homme, car ce dernier confond son bien avec l’objet de son désir. Il faut se guérir du désir lui-même. La seule chose qui est susceptible d’être un bien désirable est de respecter l’homme. Le désir c’est une imagination vide. On est diamétralement opposé à Épicure ici car le désir est quasiment toujours illusoire. Le désir n’a pas de cause propre, on cède aux illusions que les dieux ont mis dans le vivant. Le pathos (passion) est clairement identifié comme une perturbation. Le désir est une erreur de jugement. Le sage doit guérir de la crainte, du désir et du chagrin. Le plaisir n’est qu’une rumeur, rien d’autre.