1) L. 1-17 : Le Capitaine et sa fille
Regret d’avoir mal connu son père -> par ce récit, cherche à réparer une négligence + lui rendre hommage. -> cf. p. 84, fin du chapitre : « trop tard, trop tard… c’est le mot des négligents, des enfants et des ingrats ». Colette comme son père masquent leur tristesse derrière une apparente gaieté qui prend la forme de chansonnettes ou de récits rythmés. Ainsi Colette décrit la gaieté apparente et le don de conteur de son père : « [Sido] le croyait gai parce qu’il chantait » (l. 4) « il nous fit souvent rire, sauf qu’il contait bien, qu’emporté par son rythme il "brodait" avec hardiesse, sauf cette mélodie qui s’élevait de lui, l’ai-je vu gai ? » (l. 16). Colette remet en cause cette gaieté à l’aide des modalisateurs (« croyait » l. 3) et de la question « l’ai-je vu gai ? », avant d’affirmer la nature véritable et profondément triste du Capitaine : « je sais qu’il eut, mieux que toutes les séductions, la vertu d’être triste à bon escient, et de ne jamais se trahir. » (l. 12-13). Colette s’inscrit dans cet héritage paternel : « Mais, moi qui siffle dès que je suis triste, moi qui scande les pulsations de la fièvre ou les syllabes d’un nom dévastateur sur les variations sans fin d’un thème… » (l. 6-7). Cette filiation est amplifiée par l’emploi du pronom pers « nous » et du déterminant poss « notre » qui soulignent leur communauté de destin : « Mon père et moi, nous n’acceptons pas la pitié. Notre carrure la refuse. » Rapport du monde du père de Colette est musical : passe sa vie à chanter. C’est lui qui invente le surnom « Sido » = Si-Do : 2 notes musicales. Le chant est au cœur de l’existence de Colette : il est sa réponse à la tristesse et à la souffrance, sa façon de les détourner et de les sublimer. Elle explique qu’elle « siffle dès qu’elle est triste » et qu’elle « scande les pulsations de la fièvre » (l. 5). Colette et son père assignent la même fonction au chant : se protéger du monde et se rassurer. Ainsi, le Capitaine « allait précédé, protégé par son chant » (l. 16-17), « ce baryton […] pousse devant lui sa romance comme une blanche haleine d’hiver » (l. 27-28). [Colette, quant à elle, « parle haut pour se rassurer et s’étourdir » (fin des « Vrilles de la vigne »). Tout comme le rossignol qui survit aux vrilles en chantant toute la nuit, Colette a survécu à son chagrin de femme trompée en écrivant et en chantant sa vie, le plus souvent de manière lyrique, alliant fantaisie et mélancolie.] Le Capitaine se contentait de chanter les airs d’opéra connus de l‘époque, Colette, elle, trouve ses propres mots pour se protéger de son chagrin, ce qui lui permet chemin faisant de conquérir son indépendance financière et d’accomplir la vocation ratée de son père : devenir écrivain. traits de caractère que Colette et son père partagent : musique / fierté / solidité face aux épreuves. Différence : elle a réussi là où il a échoué : trouver ses propres mots.
2) L. 18-30 : le Capitaine et sa femme Amoureux :
cf. dédicace à sa femme de ses livres « À ma chère âme, son mari fidèle » p. 103. Obstacles de la vie évoqués dans ce texte : blessure du père (d’où refus de la pitité) + sont évoqués les soucis financiers : le fermier Laroche qui ne paye pas son fermage met en difficulté la famille de Colette. Le champ lexical de l’argent met en évidence cette réalité matérielle : « payer son fermage » (l. 22), « sept pour cent d’intérêts pour six mois » (l. 23-24), « une somme indispensable » (l. 24). Dans ce texte (comme dans « Les Vrilles de la vigne » à travers le rossignol), Colette nous livre un autoportrait et un art poétique, mais elle le fait de manière détournée d’abord en faisant le portrait de son père. Ces détours révèlent une forme de pudeur et de refus de se laisser submerger par la mélancolie et la tristesse. Elle les met donc à distance grâce à ces procédés littéraires et poétiques. Dans une très belle image, Colette évoque son père qui pousse devant lui sa romance comme une blanche haleine d’hiver, afin qu’elle détourne de lui l’attention (texte 14, l. 21-22). Sido et Les Vrilles de la vigne ne forment-ils pas également une belle haleine blanche dissimulant la tristesse intime de Colette qui préfère exhiber la beauté du monde pour mieux vivre ?
