Platon est l'un des plus grands penseurs de l'Antiquité grecque. Il est né à Athènes vers 428 avant J.-C., dans une famille riche et influente. Son vrai nom était Aristoclès, mais on l'a surnommé Platon, ce qui signifie « large » ou « aux larges épaules », peut-être à cause de sa carrure ou de l'étendue de son esprit. Jeune homme, Platon se destinait d'abord à la politique ou à la poésie, mais sa rencontre avec Socrate a changé sa vie. Il est devenu son élève le plus dévoué et a été profondément marqué par la sagesse et le destin tragique de son maître.
Après la mort de Socrate, condamné à boire la ciguë, Platon a été très déçu par la politique athénienne. Il a beaucoup voyagé, notamment en Égypte et en Italie, où il a rencontré d'autres penseurs et s'est intéressé aux mathématiques. De retour à Athènes, il a fondé sa propre école, l'Académie, vers 387 avant J.-C. C'était un lieu d'enseignement et de recherche où l'on étudiait la philosophie, les mathématiques, l'astronomie et la politique. L'Académie est considérée comme la première université du monde occidental et a fonctionné pendant plus de neuf siècles après la mort de Platon !
La théorie des Idées est la partie la plus célèbre de la philosophie de Platon. Pour lui, il existe deux mondes distincts :
- Le monde sensible : C'est le monde dans lequel nous vivons, celui que nous percevons avec nos sens (la vue, le toucher, l'ouïe, etc.). Ce monde est imparfait, changeant et éphémère. Tout ce que nous y voyons n'est qu'une copie imparfaite d'une réalité plus vraie. Par exemple, tous les beaux objets que nous voyons (une belle fleur, un beau tableau) sont beaux, mais aucun n'est la Beauté en soi.
- Le monde intelligible (ou monde des Idées) : C'est un monde invisible, accessible uniquement par l'intellect et la raison. Dans ce monde se trouvent les Idées, qui sont des réalités parfaites, éternelles et immuables. Ce sont les modèles originaux de tout ce qui existe dans le monde sensible. L'Idée de Beauté, par exemple, est la Beauté parfaite dont tous les beaux objets du monde sensible ne sont que des reflets. Platon pensait que les Idées sont plus réelles que les objets que nous percevons.
Pour Platon, le monde sensible est comme une ombre projetée par le monde des Idées. Notre âme, avant de naître, aurait contemplé ces Idées parfaites. C'est pourquoi, lorsque nous voyons des objets imparfaits dans notre monde, nous pouvons reconnaître leur beauté ou leur forme, car nous avons en nous le souvenir de l'Idée parfaite. C'est ce qu'on appelle la réminiscence (le fait de se souvenir).
Pour expliquer sa théorie des deux mondes et la difficulté d'atteindre la vraie connaissance, Platon a imaginé une histoire célèbre : l'allégorie de la caverne. Imagine des prisonniers enchaînés dans une caverne depuis leur naissance. Ils ne peuvent voir que le mur devant eux. Derrière eux, un feu brûle, et entre le feu et les prisonniers, des hommes font passer des objets, dont les ombres sont projetées sur le mur.
Pour les prisonniers, ces ombres sont la seule réalité. S'ils entendent des voix, ils pensent qu'elles viennent des ombres. Si l'un des prisonniers était libéré et forcé de regarder le feu, la lumière lui ferait mal aux yeux. S'il sortait de la caverne et voyait le soleil, les vrais objets, il serait d'abord ébloui et voudrait retourner dans l'obscurité qu'il connaît. Mais s'il s'habituait à la lumière, il comprendrait que ce qu'il a vu toute sa vie n'était que des illusions.
Cette histoire est une image de notre condition :
- Les prisonniers enchaînés : Ce sont les hommes qui vivent dans l'ignorance, attachés aux apparences du monde sensible.
- Les ombres : Ce sont les objets que nous percevons par nos sens, qui ne sont que des copies imparfaites de la réalité.
- Le feu : C'est la source de lumière qui projette les ombres, symbolisant une connaissance limitée.
- Le monde extérieur (au soleil) : C'est le monde des Idées, la vraie réalité, accessible par la raison et la philosophie.
- Le prisonnier libéré : C'est le philosophe qui, par l'effort de la raison, parvient à s'élever au-delà des apparences pour contempler les Idées.
Platon pensait que le rôle du philosophe est d'aider les autres à se libérer de leurs chaînes et à atteindre la vraie connaissance, même si c'est un chemin difficile.
Platon ne s'est pas contenté de réfléchir au monde et à la connaissance ; il a aussi beaucoup pensé à la façon dont les hommes devraient vivre ensemble. Dans son œuvre majeure, La République, il décrit sa vision d'une cité idéale, c'est-à-dire une société parfaitement juste et bien organisée.
Pour Platon, la justice dans la cité est comme la justice dans l'âme d'un individu. Il divise l'âme en trois parties :
- La raison : Qui doit diriger (comme la tête).
- Le courage (ou la volonté) : Qui doit agir avec force (comme le cœur).
- Les désirs (ou les appétits) : Qui doivent être modérés (comme le ventre).
Dans la cité idéale, il y a aussi trois classes de citoyens, chacune ayant un rôle spécifique :
- Les gardiens (ou philosophes-rois) : Ce sont les dirigeants. Ce sont les plus sages, ceux qui ont contemplé les Idées et savent ce qui est juste et bon. Ils doivent gouverner la cité avec sagesse.
- Les guerriers : Ils sont courageux et protègent la cité.
- Les producteurs (artisans, agriculteurs) : Ils travaillent pour subvenir aux besoins de tous, et doivent être modérés dans leurs désirs.
Dans cette cité, chacun doit faire ce pour quoi il est le plus doué, et c'est cette harmonie des rôles qui assure la justice. Les philosophes-rois, ayant la connaissance des Idées, sont les seuls capables de diriger la cité vers le bien commun.