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philo l'art

L’art


Les artistes nous aident-ils à être libre ?

Analyse du sujet :

-         Thème : art et liberté

-         Présupposés : la liberté de l’homme, la présence des artistes au sein de la communauté

-         Sens global : les artistes contribuent-ils à la liberté de l’homme ?


Art : technique, savoir-faire qui permet de produire une œuvre mais il ne s’agit pas de produire une œuvre utile ou efficace mais esthétique (beauté).

Problème : certaines œuvres d’art ne se caractérisent pas par la notion de beau, par exemple Guernica/ Picasso.

L’art permet d’extérioriser une certaine sensibilité, c’est-à-dire dépasser l’expression rationnelle : exprimer une idée par l’intermédiaire d’une œuvre d’art et pas par le discours rationnel.

L’œuvre d’art est unique, originale mais pas utile et fait surgir quelque chose de nouveau. Elle procure une satisfaction intemporelle. Elle est le contraire du produit technique qui est fabriqué en série, est efficace et impersonnel.

L’œuvre d’art est inutile en elle-même et sa création ne résulte pas de règles préétablies et qu’il suffirait d’appliquer. Elle n’obéit pas à un plan de fabrication, ne répond pas à un cahier des charges et n’a pas de but. On ne la représente pas avant de la réaliser.

Quel est l’effet de l’œuvre d’art sur celui qui la contemple, cela nous rend-il plus libre ?

L’œuvre d’art possède plusieurs sens possibles, elle stimule notre interprétation et laisse s’exercer librement nos facultés comme l’imagination et la réflexion.

L’art permet la prise de conscience de soi, c’est une forme de libération face à nos affects. C’est le moyen d’expression pour une prise de conscience de la liberté : l’artiste peut apparaître comme celui qui réduit notre liberté, qui nous soumet à sa vision du monde. Il peut freiner notre esprit critique en pensant à notre place. Il est sous l’emprise de ses désirs et fuit le monde qui ne correspond pas à ce qu’il souhaite.

L’art est un refuge, un divertissement, une liberté illusoire (une fuite, une oisiveté) qui fait de l’artiste un marginal rejeté par la société car inutile.


I)                   La dévalorisation des artistes

L’artiste apparaît comme celui qui est en marge de la société et qui est inutile : il affirme sa liberté en refusant de se conformer aux normes sociales et aux exigences de productivité de la société. Il revendique une activité inutile (qui ne sert pas les intérêts de la société de répondre aux besoins vitaux).

Il satisfait une volonté individualiste : il refus de soumettre sa volonté à une activité dans laquelle il ne se reconnaît pas.

Problème : cette liberté n’est-elle pas une forme de caprice (non maitrise de ses désirs) ?

L’artiste est celui qui donne le mauvais exemple : paresse, pas d’efforts, pas de maitrise de soi.

Il nous priverait de la liberté d’exercer notre esprit critique par le pouvoir de la manipulation. Il aurait une emprise sur ceux qui contemplent une œuvre.

Platon, dans la République, critique les artistes en particulier les peintres et les auteurs de tragédie. Il compare l’artiste à un imitateur qui copie imparfaitement la réalité et qui trompe le spectateur. Par exemple le peintre ne reproduit pas le réel tel qu’il est mais il l’embellit pour flatter la sensibilité du spectateur : il nous empêche de voir le réel tel qu’il est et d’exécuter notre réflexion.

L’art ne s’adresse qu’à notre sensibilité et non à la raison et nous empêche d’accéder à la connaissance, c’est une source d’illusion.

Exemple Zeuxis : confondre la représentation (trompe l’œil) avec la réalité (raison). C’est le pouvoir de manipuler par la séduction des images.

Le peintre n’a pas la connaissance de ce qu’il décrit à travers ses œuvres mais il nous berce d’illusions en nous faisant croire que ces représentations correspondent à la réalité.

L’artiste ne s’adresse qu’à notre sensibilité et non à notre raison : il nous détourne de la connaissance.

La critique de l’art doit être reliée à la théorie de la connaissance de Platon et à la manière dont il se représente la réalité. On croit que la réalité correspond à ce que nous percevons par nos sensations, mais il ne s’agit que d’une copie imparfaite et trompeuse de la réalité qui est intelligible.

La réalité est nécessairement de nature intelligible car elle doit être universelle et nécessaire : elle est valable pour tous en tout temps contrairement à la perception sensible qui est changeante et variable.

 Par exemple en maths, le cancre correspond à sa définition (intelligible et non représentation sensible).

Les maths nous préparent à l’abstraction et à comprendre qu’un objet peut avoir une réalité sans avoir d’existence matérielle ou sensible (par exemple un triangle). Elles vont nous élever à la pensée de l’intelligible et nous éloigner de notre croyance au sensible (croire que ce que l’on perçoit correspond à la réalité).

En effet selon Platon, la réalité telle qu’elle nous apparaît par nos sensations est une copie imparfaite de la réalité véritable.

La vraie réalité este de nature intelligible (domaine des idées) alors que nous percevons par nos sensations une simple copie imparfaite de cette réalité qui correspond au domaine du sensible c’est-à-dire au domaine des apparences. Pour accéder à la réalité, il faut donc se mettre à distance de nos sensations et se fonder sur l’activité intellectuelle de notre raison.

Par exemple : ce qui est réel c’est l’idée de triangle et non la représentation particulière et sensible d’un triangle.

L’idée est une définition. L’idée d’humanité est plus réelle que les individus particuliers que je perçois par mes sensations. C’est un être doué de raison, ce qui est différent si on se fonde sur notre perception (une représentation multiple et variable de l’humanité sans définition possible).

Selon Platon, le peintre copie la réalité telle qu’il la perçoit par ses sensations et nous fait croire par son talent technique qu’il s’agit de la vraie réalité, autrement dit d’une part il nous éloigne du réel et d’autre part il nourrit la croyance au lieu de nous inciter au savoir en nous menant à confondre la copie et l’original.

L’artiste nous manipule en nous séduisant et sans avoir la connaissance de ce qu’il représente (confusion entre image et réalité). Il n’est pas un créateur mais un mauvais imitateur.

Exemple : l’artisan produit des objets utiles en se référant à un modèle comme un lit qui a une fonction. L’artiste qui représente en peinture un lit produit une copie de copie qui nous éloigne de la réalité. Il ne nous aide pas à être libre mais nous rend prisonnier de notre sensibilité et nous empêche d’exercer notre réflexion.

Pour Platon encore, le théâtre est un art encore plus dangereux que la peinture car il nous empêche toute réflexion critique : les poètes sont des dangers pour la vie politique (« il faut chasser les poètes de la cité »).

Selon Platon, les hommes aiment depuis toujours qu’on leur raconte des histoires et ont envie d’y croire. C’est pourquoi l’interdiction des poètes semble impossible, pourtant leurs récits sont dangereux pour la cité car ils pervertissent la jeunesse et l’éloignent de toute logique de connaissance. L’expulsion étant impossible, il propose une solution dans « les Lois » : il s’agit d’une part de régenter la production des artistes en interdisant toute œuvre contraire aux valeurs de la société : on demandera aux artistes de proposer des histoires exemplaires pour éduquer les citoyens. C’est la censure : art artificiel d’état conforme aux valeurs de la cité. D’autre part, les poètes seront tolérés s’ils se mettent au service du politique en l’aidant à formuler une parole qui serve les intérêts de la cité tout en étant acceptée par le peuple : le politique se substitue à l’artiste.

Les artistes ne sont pas apparus comme des figures d’émancipation mais au contraire comme ceux qui soumettent leur public à leur fantaisie et leur emprise, loin d’éveiller notre connaissance et notre réflexion critique. Ils nous manipulent et favorisent notre crédulité.

Toutefois, l’artiste ne peut-il pas nous libérer par une autre voie que celle de la connaissance ? L’œuvre d’art n’est-elle pas en elle-même un support du savoir ?


II)                 L’art : une émancipation désintéressée.

1)     Le caractère libérateur de l’œuvre d’art : la catharsis

Problème : l’homme n’est pas qu’un être de raison, il est aussi un être sensible. L’artiste ne peut-il pas nous aider à être libre en s’adressant non pas à notre raison mais à notre sensibilité ?

Le théâtre est le lieu de libération de nos affects e de notre éveil à la connaissance (Aristote « la poétique »).

Le théâtre traite de l’universel alors que l’histoire traite du particulier. En effet, la fiction ne nous éloigne pas de la réalité mais au contraire elle nous permet de lieux la comprendre et en particulier de structurer notre pensée en suivant le déroulement d’une histoire et d’analyser les passions humaines.

Alors que l’historien dit ce qui a eu lieu, le tragédien dit ce qui pourrait avoir lieu pour tout homme. Le théâtre nous permet donc de mieux connaître l’homme que l’histoire car il traite de ce qui peut toucher tout homme. Le tragédien nous ouvre à de nouveaux horizons et nous libère de notre point de vue étroit sur l’homme.

Le théâtre rend possible l’extériorisation de nos affects et une meilleure compréhension de ce que l’on ressent : c’est la catharsis, la libération de la charge émotionnelle de nos passions ? Le théâtre nous rend plus moral car il nous libère de l’emprise de nos passions.

La catharsis repose sur le mécanisme d’identification aux passions qui sont représentées : d’une part nous allons extérioriser nos émotions en les revivant au théâtre car elles concernent tout homme. Cela permet d’apaiser la force de nos passions et ne pas les satisfaire en réalité. D’autre part le théâtre permet de mieux comprendre les passions qui nous animent, d’être lucide sur nous-même et d’agir sur nos passions car nous les contemplons à l’intérieur de nous sans être soumis à une émotion forte. Autrement dit, le théâtre a une fonction libératrice car il nous éduque et permet de gagner une maitrise de nous-même.

La peinture est le support du savoir grâce à l’image. L’artiste imite la nature et c’est ce qui permet de libérer l’homme de l’ignorance. Il cherche à plaire et à instruire.

La fiction ne nous éloigne pas de la réalité mais nous permet de la comprendre. Imiter ce n’est jamais copier à l’identique mais c’est représenter et source de savoir. Exemple : représenter des animaux ignobles est source de plaisir et est différent de la réalité qui est source d’effroi.

L’artiste nous aide à mieux voir la réalité car il supprime ce qui est superflu et ne retient que l’essentiel. Il est donc celui qui éduque les hommes et leur permet de comprendre ce qu’il voit. Il nous libère de nos affects et de l’ignorance en nous apprenant à mieux connaître les hommes et à mieux voir la réalité.

Problème : peut-on réduire l’art à l’imitation ? Si les artistes nous libèrent n’est-ce pas parce qu’ils créent une œuvre qui n’obéit à aucun modèle et règle existante ?

2)     Une contemplation libre et désintéressée

L’artiste nous propose une œuvre qui ne répond pas au critère de l’utilité (contrairement à l’artisan). Il nous propose des œuvres qui nous libèrent de notre rapport quotidien à l’utilité et à la consommation. Il libère notre regard sur le monde en nous le montrant autrement qu’à travers la sphère de l’intérêt (contemplation désintéressée) : une œuvre d’art est à elle-même sa propre fin.

Contemplation esthétique : c’est un exercice de liberté, un temps libre, une activité voulue pour elle-même (contrairement à une nécessité vitale).

Référons-nous à Kant dans « critique de la faculté de juger » : la contemplation d’une œuvre d’art donne lieu à une satisfaction désintéressée, qui n’est pas liée à la satisfaction d’un désir. La satisfaction porte sur la satisfaction et non sur ce qui est représenté : par exemple je ne souhaite pas posséder ce qui est représenté.

Distinction entre :

-         Ce qui est agréable : ce qui plaît aux sens et résulte d’un désir lié à l’existence de l’objet par exemple un gâteau (consommation, satisfaction individuelle, question de goût)

-         Ce qui est beau : satisfaction subjective, ce qui est beau est la manière dont un sujet représenté. Cette satisfaction est désintéressée c’est-à-dire qu’elle ne résulte pas d’un désir et ne se réduit pas à un plaisir des sens. Elle est en droit universelle.

La satisfaction esthétique résulte d’un jugement esthétique (c’est beau) qui est à la fois subjectif et en même temps en droit universel (valable en droit pour tout homme).

Exemple : jaune, rouge, bleu de Kandinsky (art abstrait).

L’appréciation esthétique met en œuvre nos facultés librement.

Sensibilité : faculté réceptive d’un donné sensible (couleurs, lignes).

Imagination : faire jouer les formes entre elles.

Entendement : il conceptualise, il donne un sens aux formes créées par mon imagination.

Libre-jeu harmonieux de nos facultés : c’est la participation active à la création grâce à la contemplation de l’œuvre.

Face à une œuvre d’art, nous mettons en œuvre librement nos facultés. Nous notons un mouvement ininterrompu d’allers-retours entre la sensibilité, l’imagination et l’entendement. Le plaisir esthétique apparaît comme un jeu gratuit entre nos facultés car elles abordent la forme de ce qui est représenté sans que ce soit déterminé par un but.

L’expérience esthétique exprime l’unité de nos facultés et c’est ce qui est source de plaisir. Nous conceptualisons ce que nous voyons et pourtant nous sentons qu’aucun concept n’est adéquat à l’œuvre. Autrement dit l’œuvre d’art est l’occasion d’une activité intellectuelle mais elle est sans fin c’est-à-dire qu’elle donne à penser car nous sommes sans cesse ramenés à la singularité de l’œuvre qui n’est jamais pleinement conceptualisable.

Comment peut-on expliquer que le jugement esthétique soit à la fois subjectif et en même temps en droit universel ?

Dans le jugement esthétique nous faisons comme si la beauté était une propriété de l’œuvre alors que l’on exprime un jugement subjectif que nous sommes incapables de justifier mais qui prétend à l’universalité car nous pensons que tous devraient comme nous trouver l’œuvre belle. Si j’exige l’accord d’autrui c’est parce qu’il met en jeu les mêmes facultés que moi et nous pouvons présupposer qu’il éprouvera le même sentiment esthétique que moi.

Evidemment, cela ne signifie pas que tous les hommes partagent mon sentiment. Même si en fait il y a désaccord, nous pouvons en discuter parce que nous supposons un accord possible. Le plaisir esthétique n’est donc pas un plaisir individuel (intersubjectif), d’où une communication entre les sujets, des dialogues sans fin.

La contemplation esthétique nous aide à être libre car elle libère nos facultés de la soumission à l’utile et des ses intérêts matériels en permettant une satisfaction désintéressée par la confrontation de nos avis avec celui d’un autre humain. L’expérience esthétique est authentique.

Distinction entre 2 types de beauté :

-         Beauté libre : indépendante de tout intérêt sensuel ou moral (œuvre qui ne répond pas à un concept prédéterminé) par exemple la beauté naturelle d’une fleur. Ce sont des productions naturelles ou artistiques qui ne poursuivent aucun but. Elles sont supérieures aux beautés de l’art car elles ne cherchent pas à plaire.

-         Œuvre d’art abstrait : motifs géométriques sans signification prédéterminée

-         Œuvres mutilées : la Vénus de Milo est belle car elle ne correspond pas à son concept (une femme avec des bras). La Victoire de Samothrace dont la différence fait la valeur. C’est une beauté libre qui propose un jugement de goût pur, désintéressé.

La beauté conditionnée donne un jugement de goût impur : on a moins de liberté, la contemplation est guidée.

Exemples : une mosquée qui doit correspondre à une foi religieuse et répond à cette foi religieuse. Une œuvre d’art qui a une signification morale, politique (les joueurs de skat qui représente l’horreur de la guerre).

Déshumanisation qui donne à l’œuvre sa valeur esthétique : l’interprétation est conditionnée, moins de liberté, jugement de goût impur.

Certes, le jugement esthétique perd de sa pureté car il cherche à représenter une idée, à l’incarner, et en ce sens il limite notre liberté en guidant notre interprétation. Toutefois ce jugement demeure positif car il unit l’imagination et la raison c’est-à-dire ce qui est pensé avec ce qui est senti.

Cela permet de rendre sensible des idées morales et d’élever l’homme à ce que Kant nomme « suprasensible » c’est-à-dire à des idées rationnelles qui manifestent une exigence éthique : la raison s’élève à la morale.

Exemple : Vermeer « jeune fille à la perle » dégage pureté, innocence et bonté. L’œuvre se substitue au discours moral.

Les artistes nous aident pleinement à être libre en stimulant nos facultés de manière désintéressée face à des œuvres indépendantes de toute signification déterminée (beauté libre) mais aussi dans les moindres mesures lorsqu’ils stimulent notre réflexion pour donner une signification morale à une œuvre d’art.

Dans tous les cas, les artistes nous aident à échapper à la sphère de l’utile et à apprendre à regarder le monde sans se demander à quoi il peut servir.

3)     La liberté de l’artiste est-elle l’affranchissement de toute règle prédéfinie ?

L’artiste contrairement à l’artisan ne se soumet à aucune règle imposée par une volonté extérieure à la sienne : il est l’auteur de ses propres règles.

Le génie c’est la nature qui donne ses règles à l’art (Kant, « critique de la faculté de juger »).

Le génie est un don de la nature : l’artiste n’apprend pas à créer des œuvres d’art, sa création est libre et originale. Une œuvre ne se réduit pas à une habileté technique.

Selon Dubuffet (20ème siècle « l’homme du commun à l’ouvrage ») l’art n’a de sens que s’il s’exprime dans une totale liberté de création qui ne se soumet à aucune norme ni aucune règle. C’est la critique d’une culture élitiste (école d’art, prix) qui mène à un conformisme et prive l’artiste et le public d’une liberté.

La véritable création artistique ne peut résulter que de personnalités qui refusent de se plier aux normes esthétiques, morales et sociales.

Art brut : œuvre d’art créée par des malades mentaux, enfants, prisonniers, artiste quis e coupe de toute culture artistique.

L’artiste ne peut nous aider à être libre qu’en étant une créateur autodidacte imperméable et rebelle aux normes et aux valeurs collectives. Il crée sans se soucier de la critique et de ses attentes. Ainsi l’art brut renvoie à une création marginale c’est-à-dire « une opération artistique toute pure, brute, réinventée dans l’ancien de toutes ses phases par son auteur à partir seulement de ses propres impulsions ».

En conséquence, l’artiste nous rend libre en libérant notre regard sur les choses, en détruisant nos grilles habituelles de lecteurs qui sclérose nos pensées, tuent notre curiosité et limitent nos expériences.

L’artiste nous apprend à nous libérer du conditionnement auquel nous sommes soumis depuis toujours par la société. Il s’agit de se libérer d’une manière objective de voir le monde qui nous serait imposée par l’éducation et qui rendrait stérile la liberté de notre imagination. Par sa totale liberté de création, l’artiste nous apprend à nous défaire d’une représentation standardisée et conformiste des choses.

Il libère notre regard d’une manière unique commune de voir les choses et favorise notre propre créativité. Cette liberté dans la manière de se représenter le monde est aussi l’apprentissage de l’acceptation d’une liberté d’interprétation.

L’homme se libère d’une unique représentation du monde et s’ouvre alors à d’autres représentations.

Transition : les artistes nous aident à être libre en nous faisant participer à leurs créations, en stimulant nos facultés et en particulier notre imagination ce qui nous affranchit d’une représentation toute faite de la réalité. Toutefois si l’artiste nous libère n’est-ce pas parce qu’il s’adresse à notre réflexion et remet en question nos propres idées en nous ouvrant à d’autres horizons ?

Christo : empaquetage. C’est de l’art éphémère, pas d’éternité dans la contemplation. Il masque pour réapprendre à voir, il transforme une production technique en une œuvre d’art et oriente notre perception.

Duchamp : Fountain. Un objet tout fait (ready-made) est détourné de sa fonction utilitaire. Idée du questionnement qui donne à l’œuvre sa valeur.

III)                La libération grâce à la réflexion

1)     L’artiste nous libère en exprimant une idée

L’artiste ne se contente pas de s’adresser à notre imagination et à notre sensibilité mais il éveille notre pensée en rendant sensible des idées. Une œuvre d’art exprime ainsi quelque chose d’universel et elle donne à penser.

Problème : l’art a-t-il pour fonction d’imiter la nature ?

Thèse : selon Hegel, l’art n’a pas pour fonction d’imiter la nature mais d’exprimer une idée.

1er paragraphe : rappel de la thèse d’Aristote, l’art imite la nature. Hegel caricature la thèse d’Aristote en réduisant l’imitation à une simple copie.

Imitation : c’est un moment nécessaire mais qui doit être dépassé pour donner à l’art sa plus haute expression (progrès dans l’expression artistique, progrès dialectique).

2ème paragraphe : critique de l’imitation en art. L’artiste qui se contente d’imiter ne nous aide pas à être libre car il reproduit ce que nous voyons sans proposer d’autres horizons. Il nous emprisonne dans notre perception sensible.

L’imitation n’est pas une création mais seulement une habileté. Celui qui imite n’est pas un artiste mais un artisan (aucune innovation).

L’imitation produit des œuvres inutiles car elle reproduit moins bien ce qui existe déjà.

Une œuvre d’art n’a pas une simple valeur de décoration mais elle a une valeur en elle-même.

Van Gogh : « champ de blé aux corbeaux ». Selon Hegel, l’artiste exprime la spiritualité de la nature c’est-à-dire que son esprit se projette sur la nature. Une œuvre d’art exprime donc une idée qu’elle rend sensible et à ce titre elle s’adresse à notre esprit. Nous parvenons ainsi à rencontrer un autre esprit à travers l’art et à réfléchir à des idées universelles.

Le tableau de Van Gogh n’est pas une copie d’un champ de blé tel qu’on le voit mais l’expression du sentiment humain (angoisse de la mort) face à ce paysage. Le corbeau représente le tourment de l’esprit avec des traits de pinceaux désordonnés.

Munch : « le cri ». C’est une expression de sentiments humains. L’artiste doit exprimer ce que nous ne voyons pas (révéler l’invisible). Il exprime à travers son œuvre une représentation vivante de la réalité qui signifie à la fois le mouvement de la vie et aussi par les idées de l’esprit qui sont projetées sur la nature.

3ème paragraphe : l’imitation sera donc toujours inférieure au modèle (donc n’a aucune valeur).

Exemple : interprétation du chant du rossignol. Selon Kant, on est déçu quand on s’aperçoit que le chant est imité car ce n’est fait que pour nous plaire. Ce n’est donc pas désintéressé or pour Kant ce qui est beau doit être libre (désintéressé). L’oiseau ne chante pas pour nous plaire, c’est un chant gratuit, désintéressé. Pour Kant, les beautés naturelles sont supérieures aux beautés de l’art.

Interprétation de Hegel : ce que nous trouvons beau dans le chant du rossignol c’est la projection de sentiments humains sur lui (exemple de l’amour). Le chant du rossignol est beau car il exprime quelque chose d’humain : on projette sur lui des idées, des passions (amour). Le beau ne relève pas d’un sentiment désintéressé mais d’une expression spirituelle. L’art doit exprimer une idée, il s’adresse à l’esprit et stimule notre réflexion. Il ne consiste pas à imiter la nature mais à incarner une idée c’est-à-dire à manifester une spiritualité. Autrement dit, l’art consiste à rendre sensible une idée c’est-à-dire à extérioriser l’intériorité humaine.

Le peintre figuratif qui prend pour modèle une personne, un paysage n’imite pas son modèle mais il en extrait l’essence que nous ne voyons pas. On peut donc dire que l’art nous apprend à voir.

Klee : « l’art ne reproduit pas le visible, il rend visible ».

Les souliers de Van Gogh :

Heidegger dit que c’est une œuvre dont l’objet n’est pas de représenter simplement une paire de souliers dans sa fonction utilitaire (protéger une partie du corps) mais d’exprimer la manière dont l’homme se rapporte à la nature (précarité du monde paysan au 19ème siècle dans sa lutte pour survivre). L’œuvre d’art nous ouvre au monde et nous éveille. Elle nous fait savoir ce qu’est en réalité la paire de souliers, elle manifeste la vérité.

La contemplation d’un tableau nous permet de mieux connaître la réalité qu’il évoque car il ne représente pas simplement un objet familier mais il dévoile le réel en dépassant le simple rapport d’instrumentalisation que nous avons à l’égard des objets de la vie quotidienne. L’art nous permet de comprendre que l’utilité n’est que le premier degré de l’objet car son fonctionnement, sa nature demeure cachée tant qu’il n’est pas révélé par l’art. L’art nous met donc en présence « plénitude d’un être essentiel du produit ». L’art nous révèle un autre mode d’être des objets que leur utilité.

Fondamentalement, ce n’est pas un objet qui permet à l’homme de protéger une partie de son corps mais la manifestation de la lutte engagée par l’homme pour survivre dans les conditions misérables de la paysannerie.

Expression symbolique : l’œuvre exprime autre chose que l’objet représenté. Elle s’adresse à notre réflexion.

Henri Matisse : la blouse roumaine. L’œuvre finale est épurée ; travail de simplification pour ne garder que l’essentiel. Recherche de pureté pour éliminer ce qui est superflu.

L’artiste nous libère en questionnant nos représentations et en les enrichissant. Il nous force à exercer notre liberté de jugement et à interroger notre propre réflexion en stimulant notre pensée. Autrement dit, les artistes élargissent nos horizons.

2)     L’art comme forme de résistance

L’art favorise notre liberté de penser et de voir. Il nous apprend à remettre en question certaines manières de penser, à bousculer notre morale (Victor Hugo contre la peine de mort « le dernier jour d’un condamné »).

L’art peut aussi nous aider à être libre en devenant un acte de résistance (les artistes de la Shoah).

Félix Nussbaum : autoportrait. Regard admoniteur (qui nous regarde). Il nous prend à témoin et nous force à juger, à prendre position.

Il nous pousse à prendre conscience de la persécution pour éveiller les consciences sur un phénomène dramatique de l’histoire, à éprouver le sort des persécutés. Il nous met dans la position de ceux qui l’arrêtent.

Le désespoir n’est pas total, il y a une lueur d’espoir mais qui repose sur une prise de conscience et un appel à s’opposer à la persécution de l’oppresseur.

« Si je meurs, ne laissez pas mes peintures me suivre mais montrez-les aux hommes ». L’art comme moyen de résistance et de témoignage.  

Félix Nussbaum : autoportrait dans le camp, 1940. Il nous prend à témoin de l’atrocité de la vie dans les camps (déshumanisation, animalité). C’est un désespoir et un non-sens.

Yehuda Bacon : « mon père ». L’art permet d’informer sur la réalité des camps et de rendre hommage à ceux qui ont péri. Il permet de les faire vivre à travers la mémoire des vivants (libération par la mémoire).

Charlotte Salomon : vie ou théâtre. C’est une critique du régime nazi, de la masse (et non de l’individu), du pouvoir totalitaire. Il y avait pour elle urgence à peindre pour laisser des traces.

L’art n’apparaît non plus dans sa seule fonction esthétique mais comme une arme de résistance capable de contester toute forme d’oppression et de prendre à témoin les spectateurs. Il devient également un moyen de survie dans sa fonction de témoignage avec l’espoir qu’il sera reçu et mènera à une connaissance de ce qu’il s’est passé mais aussi à une réflexion sur la capacité des hommes à commettre l’innommable.

Il s’agit en tant qu’homme de nous faire éprouver de quoi l’homme peut être capable pour nous forcer à être toujours critique vis-à-vis de nos représentations. Autrement dit l’art est le moyen de nous libérer en nous confrontant au réel et en nous forçant à nous questionner sur lui.

Conclusion : si la liberté est sans conteste la caractéristique première de toute création artistique, dans un premier temps cette liberté semblerait exclure le spectateur en le soumettant plus qu’en le délivrant. Toutefois dans un second temps, l’art est apparu comme le moyen de nous faire partager cette liberté en nous délivrant de la tyrannie de l’utile et en stimulant nos facultés de manière désintéressée (contempler une œuvre c’est alors participer à la création).

Enfin, c’est en renouvelant notre conception du monde que l’artiste nous aide à être libre. Il questionne nos représentations, bouscule nos conceptions et nous aide à oser vivre librement et contester toute forme d’oppression.










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