A retenir :
La Politique Monétaire
Introduction
- Le rôle du banquier central a évolué au fil des décennies:
- Années 1960-1970 : Approche keynésienne, recherche d'un arbitrage entre inflation et chômage (courbe de Phillips), tolérance vis-à-vis de l'inflation et politique discrétionnaire.
- Années 1980 : Conversion au monétarisme, lutte contre l'inflation via une règle de politique monétaire (théorie quantitative de la monnaie), gain d'indépendance vis-à-vis des pouvoirs politiques.
- Années 1990 : Approche nouveau-keynésienne, ancrage des anticipations d'inflation, importance de la communication.
- Années 2000 : Éloignement du rôle initial (rétablissement de l'ordre monétaire et financier), ciblage d'inflation, indépendance et crédibilité comme caractéristiques principales des grandes banques centrales.
Cadre Théorique
La Courbe de Phillips
- Cadre théorique du banquier central keynésien des années 1960.
- Établit une corrélation négative entre inflation et chômage.
- Remise en cause par les monétaristes à la fin des années 1960 (Friedman et Phelps).
- À long terme, seuls les déterminants réels (démographie, productivité) expliquent la croissance.
- Le contexte de stagflation des années 1970 a donné raison aux monétaristes.
La Théorie Quantitative de la Monnaie
- Relation observée entre masse monétaire et niveau des prix.
- Equation quantitative : M.V = P.T
- Hypothèses pour transformer l'équation des échanges en relation théorique:
- V constante.
- Salaires et prix parfaitement flexibles.
- Volume de production Y constant à court terme.
- Explication des mouvements du niveau général des prix : ils découlent uniquement des variations de la quantité de monnaie.
- "L’inflation est toujours et partout un phénomène monétaire." (Milton Friedman)
Le Cadre Nouveau-Keynésien
- Facteurs réels prédominants à long terme, mais à court terme, prix rigides et politique monétaire efficace.
- Modèles macroéconomiques "micro-fondés" (agent maximisateur), anticipations rationnelles, fluctuations économiques dues à des chocs aléatoires, imperfections des marchés, rigidités des prix et des salaires.
- Rôle de la politique monétaire : abandon des stratégies de "réglage fin", action contra-cyclique (réduction de l'output gap).
La Règle de Taylor
- Réaction automatique du taux d'intérêt :
- À l'écart entre l'inflation observée et l'inflation ciblée.
- À l'écart entre le PIB observé et le PIB potentiel (output gap).
- Taux directeur nominal = taux d'intérêt réel + inflation + écart à la cible d'inflation + écart au PIB potentiel.
- i = r + π + (Y - Y) + (π – 2%)*
- Faucons (Hawks) : Lutte contre l'inflation, plus de poids devant la cible d'inflation.
- Colombes (Doves) : Favorisent la croissance, plus de poids devant la cible de production.
Gouvernance des Banques Centrales
- Deux champs d'action:Agir sur l'activité, l'emploi, la croissance.
- Garantir la valeur de la monnaie (interne: stabilité des prix, externe: taux de change).
Les Objectifs
- Stabilité des prix: objectif principal des banques centrales depuis les années 1990.
- Indépendance de la banque centrale: justifiée par la mission de lutte contre l'inflation.
- Ciblage d'inflation: annonce d'une cible d'inflation à atteindre à moyen terme.
- Règle versus discrétion:Keynésiens: politique discrétionnaire.
- Monétaristes: suivi d'une règle pour la crédibilité des banques centrales.
Les Instruments
- Taux directeurs: opérations principales de refinancement, facilité de prêt marginal, facilité de dépôt.
- Corridor des taux d'intérêt: encadrement du taux interbancaire.
- Principes de Tinbergen et de Mundell:Tinbergen: au moins autant d'instruments que d'objectifs.
- Mundell: chaque instrument doit être affecté à l'objectif pour lequel il est le plus efficace.
- "Open mouth operations": communication active pour ancrer les anticipations.
Politiques Monétaires Non Conventionnelles (PMNC)
Contexte
- Crise financière de 2007-2008, crise des dettes souveraines, risque de déflation, crise du Covid-19.
- Contexte de taux bas de 2008 à 2021.
- Trappe à liquidité : la politique monétaire conventionnelle devient inefficace pour relancer l'économie.
Actions des Banques Centrales
- FED: assouplissement quantitatif (QE), assouplissement qualitatif, forward guidance.
- BCE: TLTROs (opérations de refinancement à plus long terme ciblées), PEPP (programme d'achats d'urgence face à la pandémie), PELTRO (opération de refinancement non ciblée d'urgence face à la pandémie), forward guidance ("Whatever it takes!").
Résultats Mitigés des PMNC
- Problème de multiplicateur monétaire : l'augmentation de la base monétaire ne se traduit pas par une augmentation proportionnelle de la masse monétaire.
- Déconnexion entre masse monétaire et inflation : l'inflation reste faible malgré l'augmentation de la masse monétaire.
- Manque de policy-mix en zone euro : la BCE porte seule le poids de l'ajustement conjoncturel.
Alternatives et Évolutions
- Taux négatifs : instrument controversé, stimulant la recherche d'actifs risqués.
- Changement de cible d'inflation : proposition d'élever la cible à 4% ou de la rendre flexible.
- Cible financière (règle de Taylor élargie).
- Monnaie hélicoptère : distribution directe de monnaie centrale, alternative pour améliorer la transmission de la politique monétaire.
- Monnaie hélicoptère affectée aux investissements de transition écologique ?
Politique Monétaire et Crise Écologique
Prise en compte du Climat
- Accord de Paris (COP21), discours de Mark Carney ("Briser la tragédie des horizons").
- Justification de la prise en compte du climat :
- Stabilité financière ("approche par les risques").
- Soutien aux politiques générales de l'UE (neutralité climatique à l'horizon 2050).
- Dérèglement climatique comme facteur d'instabilité économique et monétaire.
Options de Verdissement
- Options "vert clair": réalisables à cadre institutionnel inchangé.
- Verdir les opérations de refinancement, les garanties exigées, les achats d'actifs (Green QE).
- Actions concrètes de la BCE : critères d'achats d'obligations d'entreprises, verdissement du dispositif de garanties.
- Actions d'autres banques centrales : Banque d'Angleterre (empreinte carbone du bilan, stress test climatique), Banque populaire de Chine (soutien à la finance verte).
Options "Vert Vif"
- Financement direct de la transition écologique par la banque centrale (prêt direct, don de monnaie centrale).
- Interdit par le Traité sur le Fonctionnement de l'Union Européenne (art. 123 du TFUE).
Financement de la Transition Écologique
- Manque d'investissements dans la transition écologique.
- Paradoxe : excès d'épargne // sous-investissement climat.
- Besoin d'un mix de financements (fonds privés et publics).
Conclusion
- Problèmes de transmission de la politique monétaire et de policy-mix.
- La crise sanitaire a mis en évidence la nécessité d'une combinaison active des politiques monétaire et budgétaire.
- Questions clés :
- Assistance financière des banques centrales aux États.
- Contrôle démocratique de la banque centrale et son indépendance.
- Enjeux actuels : inflation et transition écologique.
