Quels processus magmatiques génèrent la diversité des roches magmatiques ?
Diversité des roches magmatiques
- Evolution chimique des magmas lors de leur remontée vers la surface, dans des réservoirs magmatiques = différenciation
- Quels mécanismes ?
- Quels effets chimiques ?
- Naissance des magmas par fusion partielle du manteau terrestre
- Pourquoi le manteau fond-il ?
- Comment la fusion du manteau se déroule-t-elle ?
- Comment les magmas enregistrent les conditions de fusion ?
Pourquoi le manteau fond-il ? Conditions pression-température dans le manteau.
I - Pression au sein du manteau.
Pression lithostatique : P = r g z
- r : masse volumique
- g : accélération de la pesanteur
- Z : profondeur
Quelques chiffres :
- Base de la croûte : 1 GPa
- Base du manteau : 140 Gpa
- Centre de la Terre : 360 Gpa
(1GPa = 10 kbar 1 bar = pression atmosphérique)
II - Température au sein du manteau.
Flux géothermique: dissipation de la chaleur interne en surface (44 TW = 1012W= 1012J.s-1 ).
Varie selon le contexte géodynamique: faible au cœur des continents, plus fort au niveau des rifts, dorsales et zones de subduction.
Origine de la chaleur interne de la Terre.
La chaleur initiale (12 TW) :
- la chaleur d’accrétion
- la radioactivité éteinte
- la radioactivité (20-30 TW)
- la Terre perd plus de chaleur (44 TW) qu’elle n’en produit (32- 42TW)
- Refroidissement séculaire
La radioactivité (20-30 TW)
La radioactivité, principale source de chaleur.
Source la plus importante.
Source durable (période de désintégration > 700 Ma à 14 Ga).
Eléments concentrés dans la croute continentale mais production dominée par le manteau (effet de masse).
Les modes de dissipation de la chaleur dans le manteau.
- Le transport par rayonnement/radiation de la chaleur (sans contact – nécessite un milieu transparent)
- Le transport conductif de la chaleur = diffusion thermique (matière solide statique, vibration des réseaux cristallins)
- conductivité thermique, k : mesure l’efficacité à conduire la chaleur
- Le transport convectif de la chaleur (matière solide en mouvement)
Convection ou conduction dans le manteau ?
Dépend du nombre de Rayleigh Ra : force motrice d’Archimède comparée à la force de résistance visqueuse.
Ra > 1700 : le corps peut fluer, début de la convection.
Il faut une « faible » viscosité.
Litosphère :
- Viscosité élevée
- Comportement rigide
- RA = 10puissance3
- Conduction
Limite : 1300° : proche de la température de fusion de l’olivine, transition entre un comportement rigide et un comportement ductile.
Asténosphère :
- Viscosité plus faible
- Comportement ductile
- RA = 10puissance6 - 10puissance8
- Convection
Transport conductif dans
- La croûte
- La lithosphère
- Le noyau interne solide
- La limite noyau/manteau
Transport convectif dans :
- Le manteau inf + asthénosphère
- La partie externe du noyau.
Convection de l'asthénosphère.
Différence thermique entre la base et le sommet de la lithosphère + chauffage interne par radioactivité.
Le système est adiabatique : La température reste constante quand la pression de l’asthénosphère varie au cours de la convection.
III - Le géotherme.
Modèle prédisant l’augmentation de la température avec la profondeur dans la Terre :
- Fort dans le cas de la conduction (e.g. 30°C/km en moy dans la croute continentale)
- Quasi-nul dans le cas de la convection
Conduction du géotherme.
Modèle basé sur des « points d’ancrage ».
Températures « connues » à l’intérieur de la Terre.
Géotherme.
Géotherme et environnement géodynamique.
Magmatisme principalement associé aux zones de remontée (point chaud / dorsale) ou descente (subduction) des cellules de convection de l’asthénosphère.
La fusion partielle : production de magma à partir du manteau solide.
I - La source des magmas : le manteau supérieur.
Méthodes directes : observations échantillons du manteau
- Xénolithes : manteau supérieur (0-300km)
- Ophiolithes : manteau supérieur ((0-100km) (Ecailles de lithosphère océanique chariées sur les continents)
Méthodes indirectes
- Expérimentation : manteau supérieur + manteau inférieur (0-2900km)
- Vitesses sismiques
Roches du manteau supérieur =péridotite
- roche ultrabasique avec + de 90% de mnx Fe-Mg
- Lherzolite : >40% olivine, +cpx, +opx, + qq% d'un minéral contenant de l'Al.
II - Conditions de fusion du manteau terrestre : pourquoi le manteau fond-il ?
Manteau soure -> fusion partielle -> Manteau résiduel solide + liquide primaire
Définition
Liquidus
conditions P-T qui séparent le domaine 100% liquide du domaine où le 1er cristal apparaît/disparaît
Solidus
conditions P-T qui séparent le domaine 100% solide du domaine où la 1ère goutte de liquide apparaît/disparaît
Au sommet de l’asthénosphère, vers 100 km
- Manteau proche de son solidus
- Comportement très ductile
- Réduction de la vitesse des ondes sismiques
- LVZ : zone à faible vitesse sismique (Low Velocity Zone)
Pour qu’il y ait fusion, il faut que le géotherme recoupe le solidus.
Ce n’est pas le cas.
Dans des conditions stables, le manteau ne fond pas.
LE MANTEAU TERRESTRE EST SOLIDE
Fort gradient thermique : dissipation de la chaleur par conduction.
Gradient adiabatique : dissipation de la chaleur par convection.
La fusion partielle du manteau est un processus ponctuel, associés à des contextes géodynamiques particuliers (divergence de plaques, subduction, panache mantellique).
II - Conditions de fusion du manteau terrestre : pourquoi le manteau fond-il ?
Définition
Adiabatique
Qui s"effectue sans échange de chaleur.
Panache mantellique
Remontée de roches anormalement chaude dans le manteau terrestre.
1) La lithosphère est mince ou inexistante.
Le manteau asthénosphérique remonte de façon adiabatique jusqu’à faible profondeur.
Magmatisme au niveau des zones de divergence des plaques lithosphériques.
Fusion par décompression adiabatique de l’asthénosphère.
- Dorsales océaniques = création de la croûte océanique
- Rifts continentaux (toujours en position intraplaque)
2) Le manteau asthéosphérique est plus chaud que la normale et remonte adiabatiquement.
Magmatisme intraplaque (ou de point chaud) lié aux panaches mantelliques (anomalie chimique et thermique au sein du manteau) qui remonte adiabatiquement depuis la base du manteau.
Fusion par décompression adiabatique d’un panache mantellique.
Dorsale océanique : fusion adiabatique de l’asthenosphere
- Pas de lithosphere
- Taux de fusion élevé (10-12 %)
- Fusion peu profonde
Magmatisme intraplaque : fusion adiabatique de l’asthenosphere plus chaude d’un panache mantellique
- Lithosphère d’épaisseur variable mais présente
- Taux de fusion faible (5-8%) – fonction de l’épaisseur de la lithosphère
- Fusion plus profonde – fonction de l’épaisseur de la lithosphère
3) La température de fusion (solidus) diminue = le manteau hydraté.
Magmatisme de subduction : la croûte océanique qui plonge se déshydrate et hydrate le coin de manteau sus-jacent.
Remontée adiabatique ou hydratation.
La fusion n’est jamais totale.
Mécanismes de fusion : comment la fusion partielle du manteau terrestre se déroule-t-elle ?
Les différents minéraux ne fondent pas à la même température = fusion non modale.
Pour un même degré de fusion, grenat et cpx ont presque disparu, olivine et opx sont toujours présents.
Manteau source : roche ultramafique
- Lherzolite
- 60% olivine
- 25% orthopyroxène
- 10% clinopyroxène
- 5% phase alumineuse (ici grenat)
en manteau résiduel :
La fusion est partielle et non modale :
- Le manteau résiduel n’a pas la même composition minéralogique et donc chimique que le manteau source
- Le liquide silicaté n’a pas la même composition que le manteau source
La composition du manteau résiduel et du liquide silicaté évolue en fonction des minéraux qui participent à la fusion et donc du taux de fusion.
Composition du manteau résiduel.
Minéralogie du manteau résiduel et taux de fusion.
Ordre disparition des phases minérales au cours de la fusion : cpx, opx puis olivine
Péridotite fertile = lherzolite
Péridotite résiduelle = harzburgite (tout le cpx a fondu)
Péridotite réfractaire = dunite (tout l’opx a fondu)
Composition du liquide silicaté et degré de fusion.
Liquide silicaté : produit par la fusion préférentielle du grenat et cpx
- + riche SiO2, CaO et Al2O3
- riche en MgO que le manteau source
- liquide basique
Affinité pour les minéraux du manteau : éléments dits « compatibles »
Aucune affiinité pour les minéraux du manteau : éléments dits "incompatibles" :
La concentration dans les liquides des éléments n’ayant pas d’affinité pour les minéraux du manteau diminue quand le taux de fusion augmente.
La concentration dans les liquides des éléments ayant une forte affinité pour les minéraux du manteau augmente quand le taux de fusion augmente.
Si fusion adiabatique anhydre :
- Diminution du taux fusion
- Magmas basiques de plus en plus riche en Na+K
- Sur-saturé à sous-saturé en silice
- -> Produit la diversité des basaltes
Différenciation des magmas.
Définition
Différenciation magmatique
Tout processus magmatique conduisant
à une modification de la composition chimique des magmas.
Manteau source ->
Liquide silicaté dit "primitif" ->
Différenciation magmatique ->
Liquide de composition différente dit "évolué" ou "résiduel".
I - La cristallisation fractionnée : mécanismes.
Définition
Cristallisation à l'équilibre
Les cristaux restent équilibre avec le liquide, avec une vitesse de cristallisation rapide : le solide n'a pas le temps d'atteindre l'équilibre avec le liquide, et une séparation gravitaire du solide et du liquide.
Le refroidissement d’un magma est marqué par l’apparition de phases solides (les cristaux) lorsque celles-ci atteignent leur température de cristallisation (liquidus).
La cristallisation produit une chaleur latente de cristallisation = processus exothermique.
Les séries de Bowen.
Ordre de cristallisation des phases minérales en fonction de la température du magma.
Tous les minéraux n’ont pas la même température de cristallisation (liquidus).
Les minéraux de la série de Bowen sont des solution solides : leur composition change au cours de la cristallisation fractionnée.
- Suite réactionnelle discontinue des Fe-Mg
- Suite réactionnelle continue des plagioclases.
Les diagrammes de phase.
Suivre l’évolution de la composition du liquide et du solide.
Suivre la fraction de liquide restant.
Mais la composition du magma est « simplifiée ».
Conséquences chimiques de la cristallisation fractionnée.
La concentration des éléments dans le liquide résiduel dépend de leur intégration ou non dans les minéraux qui cristallisent.
Exemple : magma basaltique cristallisant dans une chambre magmatique.
- Effet de la cristallisation fractionnée d’olivine sur la concentration en MgO, Al2O3 et Na2O + K2O du liquide résiduel ?
- Effet de la cristallisation fractionnée de pyroxene sur la concentration en MgO, Al2O3 et Na2O + K2O du liquide résiduel ?
- Effet de la cristallisation fractionnée de plagioclase Ca sur la concentration en MgO, Al2O3 et Na2O + K2O du liquide résiduel ?
Bilan de masse :
- CL0 x mL0 = CLR x mRL + CC x mC
- CL0 = CLR x f + CC x (1 - f )
Bilan de masse avec conservation de la matière :
- CL0 = CL x f + CCum x (1 – f)
- f = fraction de liquide restant = mL/mCum = taux de cristallisation
- f diminue quand la cristallisation progresse
% liquide = longueur segment (olivine – L0) / longueur segment (olivine – L1)
La cristallisation fractionnée = bilan de masse.
Dans un diagramme chimique :
- Alignement du liquide initial, du cumulat et du liquide résiduel
- Règle des leviers permettant d’estimer graphiquement le taux de cristallisation = fraction de liquide restant
Les diagrammes de Harker : évolution chimique des liquides évolués.
Définition
Diagramme de Harker
Représentation de l’évolution de la concentration d’un élément majeur en fonction de SiO2
Les laves évoluant à partir d’un même magma parent s’alignent le long de segments.
Les ruptures de pente traduisent un changement de minéralogie des cumulats = des phases minerals qui cristallisent.
Plus un magma est évolué (plus il a subi de cristallisation fractionnée) :
- plus il est acide
- plus il est riche en alcalin
- plus il est pauvre en magnésium
III - Autres processus de différenciation.
Mélange magmatique (ou hybridation).
Mélange possible que si les contrastes de viscosité, densité et température entre les deux magmas ne sont pas trop élevés.
Bilan de masse : pas de perte ou gain de matière
Diagramme chimique : La composition du magma hybride s’aligne avec les deux magmas du mélange
Contamination crustale (assimilation).
Assimilation couplée à la cristallisation fractionnée (AFC).
1 – Cristallisation fractionnée du magma : réaction exothermique, libérant une chaleur latente de cristallisation.
2 – Fusion de l’encaissant, facilitée s’il est hydraté : production d’un liquide acide.
3 – Mélange entre le liquide de la chambre magmatique et le liquide acide.
IV - Séries magmatiques.
Les magmas produits par différenciation à partir d’un même magma primitif sont caractérisés par 3 grands critères :
- Association spatiale : les roches dérivant du refroidissement de ces magmas se localisent dans un espace géographique limité
- Unité temporelle : les roches se mettent en place dans un temps relativement court (quelques millions d’années)
- Unité génétique : il existe entre les magmas et donc les roches un lien « génétique » qui traduit une évolution régulière à partir d’un même magma d’origine
Les roches magmatiques forment alors une série magmatique.