I. L'homme, individu secret ?
- Platon : la pensée est ce qui reste secret
- Antiquité : les Grecs archaïques et classiques n'envisagent pas que le moi puisse être doté d'une vie intérieure secrète
- l'individu est intégralement extraverti, ne se connaît que par la médiation d'autrui ou l'image que les autres lui renvoient (= il trouve son identité)
- le moi de l'Antiquité n'est pas secret, ne possède pas d'existence secrète
- humain = apparence et négation du "moi" intérieur. Moi opposé au secret
- Le for intérieur (XVII): origine religieuse, apparition du confessionnal (Concile de Trente)
- confier ses secrets à un autre
- confession : mise en discours de l'intime
- XVIII : littérature de confession
- L'individu a des secrets enfouis, prend conscience du foisonnement de sa pensée et s'y identifie
- Dévoiler ses secrets = révéler qui nous sommes vraiment, nous connaître intimement
- Bergson (XIX-XX) : Les données immédiates de la conscience
- notre vécu intérieur est secret et n'a rien à voir avec le moi superficiel modelé par des conventions sociales (mots de notre langue trop généraux)
- il faut chercher à exprimer notre moi intérieur
- conventions sociales = plus conscience du singulier en nous. Il faut le retrouver pour être nous-mêmes et libres
- Sartre (1905-1980)
- opposé à l'idée de la vie intérieure
- le secret d'un individu ne peut lui apparaître que s'il sort de lui-même (= en sortant de nous on peut saisir le secret = par nos choix)
- on découvre notre vie intérieure en l'extériorisant
- Situations I : se rapproche de la pensée des grecs
- il faut façonner des choses qui nous renvoient notre propre image (talent, perception du monde, volonté...)
- on se découvre dans la relation avec autrui et l'extérieur
--> "Personne secrète" = évolution culturelle
- Saisir le secret de sa personne : Introspection ? (Bergson) Par le biais de l'action et la réalisation ? (grecs et Sartre)
II. Secret et vis psychique
- Freud (1856-1939) : l'individu peut être secret pour lui même et pour les autres : inconscient
- désirs et pensées refoulées dans l'inconscient si contradiction avec la morale ou émotionnellement choquants (=partie de l'esprit secrète)
- Surmoi = désirs refoulés = conflit entre la conscience morale et l'individu + ses désirs inconscients qui cherchent à revenir à la conscience (=hystérie)
- pensées et désirs cachés aux autres, voire dont on a pas conscience. Secrets peuvent être nocifs, il faut se libérer pour aller mieux
- troubles et pathologies = certains secrets inconscients et pas intentionnel de les dissimuler.
- secrets interpersonnels : secret connus par l'individu mais qu'il ne partage pas
- secrets intrapsychiques : inconscients et inconnus par l'individu
- l'enfant qui maîtrise la parole dit tout ce qu'il pense
- se rend compte que l'on peut lui cacher des choses, secrets (ex : sexualité des parents)
- reconnaît une fonction positive au secret : plus vu comme une résistance à supprimer mais comme ce qui sépare l'intime de l'interperso
- Freud : quand le secret n'est pas inconscient et refoulé = participe à la construction de l'individu
- Serge Tisseron (XX-XXI) : secrets de famille
- évènements qui ont traumatisé les parents = impacts sur les relations avec enfants, forme affective ou comportementale, inconscient
- les actes peuvent être reproduits pas les enfants et être durablement déterminé par un secret
- grand-père intoxiqué pour fraude => enfant phobique des irrégularités et petit-fils toxicomane
- peut être grave de garder un secret de famille
III. Est-il moral de garder un secret ?
- Révéler un secret = trahir un autre individu, le mettre en danger ?
- est-il moral de garder un secret même en mentant ?
- n'y-a-t'il pas de "bons mensonges" ou utiles ?
- peut-il être moral ou bon de garder un secret pour une bonne cause ? ou mentir est toujours moralement condamnable ?
- Mensonge : condamné judéo-chrétienté. Dire le faux en connaissance du vrai = condamné. Mensonge par omission et équivoque = permis
- Saint Augustin (III-IV) condamne les "bons mensonges". Le menteur pèche contre Dieu et son interlocuteur par son désir de le tromper
- distingue le secret du mensonge "cacher la vérité n'est pas mentir" (évèque Firmus)
- si le devoir de vérité entre en conflit avec la charité chrétienne : "je sais mais ne parlerai pas"
- ? de savoir si on peut dire ou ne pas dire toute la vérité à un homme
- controverse Kant et B. Constant
- Kant : rien d'immoral à garder des secrets de peur qu'ils soient utilisés à mauvais escient (secrets qui ne concernent pas autrui)
- condamne le mensonge délibéré. Pas moral de mentir pour garder un secret (si impossible de se taire : devoir de dire la vérité)
- Fondements de la métaphysique des moeurs -> individu doit vouloir que chacun agisse comme lui pour que cela devienne la norme (vérité plutôt que mensonge)
- Benjamin Constant : Réactions politiques : si un assassin demande où est votre ami pour le tuer.
- comment continuer de proscrire le mensonge si la vérité implique de trahir le secret d'un ami ?
- un ami ne peut-il pas attendre légitimement que vous gardiez son secret si sa vie est menacée ?
- le lien social et la moralité sont menacés : on ne peut faire confiance à un ami pour garder un secret vital
- dire la vérité = devoir (inséparable des droits) = ce qui dans un être correspond aux droits d'un autre
- dire la vérité = devoir envers ceux qui ont droit à la vérité : nul homme n'a le doit à la vérité qui nuit autrui
- --> garder un secret en mentant = devoir moral si la personne qui demande la vérité a pour but de nuire, donc pas le droit à la vérité