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Le Directoire : Une République bourgeoise entre instabilité et coup d'État

La période du Directoire (1795-1799) est une étape de la Révolution française après la chute de Robespierre. Elle tente d'établir une République stable, dirigée par la bourgeoisie, mais elle est marquée par une grande instabilité politique qui mènera au coup d'État de Napoléon Bonaparte.
Convention thermidorienne
Période qui suit la chute de Robespierre en juillet 1794, caractérisée par la fin de la Terreur et la recherche d'une nouvelle stabilité politique.
Souveraineté nationale
Principe selon lequel le pouvoir appartient à la Nation, entité abstraite et indivisible, représentée par des élus. Elle s'oppose à la souveraineté populaire où le pouvoir appartient directement au peuple.
Suffrage censitaire indirect
Système de vote où seuls les citoyens payant un certain niveau d'impôt (le cens) peuvent voter, et où les électeurs ne désignent pas directement les députés mais des grands électeurs.
Bicamérisme
Organisation du pouvoir législatif en deux assemblées distinctes, comme le Conseil des Cinq Cents et le Conseil des Anciens sous le Directoire.
Coup d'État
Prise de pouvoir illégale et brutale, souvent par la force, pour renverser un gouvernement en place.
La réaction thermidorienne et la Constitution de l'an III
Après la chute de Robespierre le 27 juillet 1794 (9 thermidor an II), la Convention met fin à la politique de la Terreur. Les députés cherchent à établir une République stable, évitant à la fois le retour de la monarchie et l'extrémisme jacobin. Ils démantèlent les organes du gouvernement révolutionnaire.
La Constitution de l'an III (1795)
A. Une nouvelle Déclaration des Droits et des Devoirs
Adoptée le 22 août 1795, cette Constitution est précédée d'une Déclaration des Droits et des Devoirs de l'Homme et du Citoyen. Moins généreuse que les précédentes (1789, 1793), elle insiste sur les « droits de l'homme en société » (liberté, égalité, sûreté, propriété). Elle ne mentionne plus le droit à l'insurrection. Pour la première fois, des devoirs sont ajoutés, comme le respect de la famille et de l'ordre, pour encourager la discipline des citoyens.
B. Le retour à une souveraineté nationale restrictive
La Constitution de l'an III rejette l'idée de souveraineté populaire (où le peuple exerce directement le pouvoir) pour revenir à la souveraineté nationale. Le pouvoir appartient à la Nation, une entité abstraite, et est exercé par des représentants élus. Le suffrage universel direct est abandonné au profit d'un suffrage censitaire indirect. Seuls les hommes de plus de 21 ans, résidant en France depuis un an et payant un impôt direct, sont citoyens. Pour être électeur (ceux qui élisent les députés), il faut avoir au moins 25 ans et être plus riche. Ce système favorise la bourgeoisie et les notables, d'où le nom de « République bourgeoise ».
C. L'organisation des pouvoirs : le bicamérisme et le Directoire
Pour éviter la dictature, la Constitution instaure une séparation stricte des pouvoirs. Le pouvoir législatif est divisé en deux assemblées (bicamérisme) et le pouvoir exécutif est confié à un Directoire.
1. Le Corps législatif (bicamérisme)
Il est composé de deux Conseils:
  • Le Conseil des Cinq Cents (500 députés, au moins 30 ans) propose les lois.
  • Le Conseil des Anciens (250 députés, au moins 40 ans, mariés ou veufs) examine et approuve ou rejette les lois sans pouvoir les modifier.
Les membres sont élus pour trois ans et renouvelés par tiers chaque année. Cette division vise à éviter qu'une seule assemblée ne concentre trop de pouvoir.

Le Conseil des Cinq Cents

Le Conseil des Anciens

2. Le Directoire (pouvoir exécutif)
Le pouvoir exécutif est confié à un collège de cinq Directeurs, âgés d'au moins 40 ans. Ils sont nommés par les deux Conseils pour cinq ans, avec un renouvellement d'un cinquième chaque année. Les Directeurs sont chargés d'appliquer les lois, d'avoir un pouvoir réglementaire, de diriger l'armée et la diplomatie. Ils sont indépendants du Corps législatif (qui ne peut pas les renvoyer) mais n'ont pas l'initiative des lois. Cette séparation rigide des pouvoirs rend difficile la résolution des conflits entre l'exécutif et le législatif.

Les membres du Directoire

L'instabilité du Directoire et le coup d'État du 18 Brumaire
A. Une légitimité contestée et une instabilité chronique
Dès le début, la légitimité du Directoire est affaiblie par les « décrets des deux-tiers » (août 1795), qui garantissent la présence d'anciens membres de la Convention dans les nouveaux Conseils. La période est marquée par une grande instabilité politique, avec des complots royalistes et jacobins. Pour se maintenir, le Directoire n'hésite pas à invalider des élections (comme en 1797) et à faire appel à l'armée pour imposer ses décisions.
B. Le coup d'État du 18 Brumaire (9 novembre 1799)
L'instabilité constante et la dépendance envers l'armée conduisent au coup d'État du 18 Brumaire an VIII (9 novembre 1799). Orchestré par Sieyès (un des Directeurs) et le jeune et populaire général Napoléon Bonaparte, ce coup d'État met fin au Directoire. Sous prétexte d'un complot jacobin, les Conseils législatifs sont transférés à Saint-Cloud. Bonaparte, avec le soutien de l'armée, force les députés à voter une loi qui instaure un nouveau régime provisoire : le Consulat. C'est la fin de la République du Directoire et le début de l'ère napoléonienne.

A retenir :

  • Le Directoire (1795-1799) est une tentative de République stable après la Terreur, dominée par la bourgeoisie.
  • La Constitution de l'an III (1795) remplace la souveraineté populaire par la souveraineté nationale et introduit des devoirs pour les citoyens.
  • Le suffrage est censitaire et indirect, réservant le pouvoir aux citoyens les plus riches.
  • Le pouvoir législatif est bicaméral (Conseil des Cinq Cents et Conseil des Anciens) et le pouvoir exécutif est collégial (Directoire de cinq membres).
  • La séparation stricte des pouvoirs entraîne une rigidité et une incapacité à résoudre les crises.
  • Le régime est miné par l'instabilité politique, les complots et la dépendance croissante à l'armée.
  • Le coup d'État du 18 Brumaire (1799), mené par Sieyès et Bonaparte, met fin au Directoire et ouvre la voie au Consulat.
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