- Risque =/ incertitude: Franck Knight (1921) considère que dans le cas d’un risque, l’environnement a été étudié, les possibilités sont mesurées et quantifiables, ainsi que la marge d’erreur.
- Keynes précise les limites de la rationalité et ajoute que l’activité humaine, guidée par « le caprice, le sentiment ou la chance » (1936-1988, p178), ne peut être mobilisée par des méthodes mathématiques
- La seconde guerre mondiale sonne incontestablement le glas de la modernité en tan que courant de pensée: la science et le progrès trouvent leurs limites dans la capacité de destruction massive.
- Crise économique des années 70 : prise de conscience des mutations (Lypovetski, 2004).
Étudier le risque, c’est savoir comment réagir.
Nicole Aubert et Vincent de Gaulejac (2007) citent 4 types de mutations sociales telles que nous pouvons en observer les conséquences aujourd’hui:
- Des mutations sociales qui ont permis l’émergence de la société duale, de la mobilité géographique et professionnelle, de la démocratisation de l’enseignement et la mutation de la structure de l’emploi vers le tertiaire.
- Des mutations technologiques, comme la révolution de l’information
- Des mutations culturelles, comme l’évolution des moeurs, des modes de vie, des systèmes de valeurs et des représentations collectives. L’amélioration du niveau de vie s’accompagne du développement de l’individualisme
- Des mutations économiques, comme la mondialisation, la concentration et la fusion des entreprises, l’accentuation des déséquilibres internationaux, l’instabilité du marché économique et la violence de la concurrence qui s’y joue. => Les règles qui s’y joue ne sont pas forcement les règles de la société.
Pour Bergier et Bourdon (2009), la société postmoderne fait face à 3 types de ruptures:
- L’importance croissante du savoir
- L’avancée de incertitudes
- La transformation des rapports entre individus et société
Gilles Lipovetsky et Sébastien Charles proposent le terme d’ « hypermodernité »
- Ils signifient « société libérale caractérisée par le mouvement, la fluidité, la flexibilité, détachée comme jamais des grands principes structurants de la modernité, qui ont dû s’adapter au rythme hypermoderne pour ne pas disparaître ».(Lipovetsky et Charles).
- L’indétermination des places
- L’imprévisibilité ou l’incertitude de l’avenir
- L’incertitude des frontières
- L’incertitudes de la connaissance
L’indétermination des places
- La chute des institutions traditionnelles et l’anomie par Durkheim (1897)
- Anomie : a-nomos, c’est-à-dire l’absence de règles
- Avec l’effacement des cadres anciens de la sociétés comme la religion, l’hérédité, la famille, ainsi que les corps de métier tels qu’ils existaient dans les sociétés « traditionnelles », les frontières entre les places qu’occupent les individus dans la société, s’estompent.
L’incertitude du temps
- Pour Alain Ehrenberg (1995), « la temporalité n’est plus linéaire, elle se brouille ».
- Pour Edgar Morin (2000), « le 2ème siècle a découvert la perte du futur, c’est-à-dire son imprédictibilité »
- « L’hypermodernité est inséparable de la détraditionalisation-désintitutionnalisation-individualisation du rapport au temps » (Lypovetski). Il faut évoluer, bouger « accélérer la mobilité pour ne pas être dépassé »
- Pour Alain Toffler, il s’agit d’ « hypervitesse »
- Gaston Pineau nous parle de chrono-pathologie, c’est-à-dire la conjugaison de plusieurs dysfonctionnement dans le rapport au temps, à savoir « désynchronisation, dissociation, dilution temporelle, perte de repères » (2000).
L’imprédictibilité
- « Le futur se nomme incertitude » (Morin, 1999)
- L’incertitude est un vecteur d’évolution, notamment à travers la déviance et la destruction. Il est nécessaire de transformer les représentations modernes de stabilité et de progrès et de les substituer par l’idée d’un cycle aléatoire de destructions et de créations successives, car « (…) à un univers obéissant à un ordre impeccable, il faut substituer un univers qui est le jeu et l’enjeu d’une dialogue (…) entre l’ordre, le désordre et l’organisation » (Morin)
- Pour Lipovetsky, le postmodernisme est un courant de transition; or, pour Edgar Morin, tout est toujours transition vers quelque chose d’autre.
- C’est la perception d’une situation à un moment donné qui donne l’illusion qu’elle durera toujours, surtout si cette situation est particulièrement structurante pour un individu ou pour une société.
L’individu est incertain
- Alain Ehrenberg parle de la référence à soi: « chacun, désormais indubitablement confronté à l’incertain, doit s’appuyer sur lui-même pour inventer sa vie, lui donner un sens et s’engager dans l’action » (1995). Le destin des individus ne relèverait donc que de leur propre responsabilité.
- Sébastien Charles pointe la consommation, soumise aux effets de mode, qui aurait « favoriser l’émergence d’un individu maître et possesseur de sa vie, foncièrement labile, sans attache profonde, à la personnalité et aux goûts fluctuants » (2004)
- Gilles Lypovetski le nomme « individu hypermoderne » il: « parait de plus en plus décloisonné, mobile et fluide et socialement indépendant » (2004).
- Robert Castel parle, d’un point de vue sociologique pour sa part, « d’individu par excès » lorsqu’il se trouve en proie à une « sorte d’inflation de subjectivité » (2009).
- Claude Dubar constate que « l’appartenance multiplie et changeant des individus dans les sociétés modernes constitue ainsi un problème sociologique redoutable » (2010).
- Pour Hanna Malewska-Peyre, « le développement des mass media, l’omniprésence de la publicité, dont « l’image de marque » est un mot de passe aussi bien pour les produits que pour les hommes, attire l’attention sur l’image de soi ». (1990).
La personne comme réponse à l’incertitude
- La personne est un « être humain considéré dans son individualité » (Le Nouveau Petit Robert, 2015)
- « La personne, c’est l’être tout entier, chair et âme, l’une de l’autre responsable, et tendant au total accomplissement » (Daniel-Rops, 1934)
- Pour Marie-Louise Martinez, « la personne est le sujet dan sa singularité qui émerge dan s(par et pout) une relation d’accueil et de confiance. » (2002).
Sur le plan philosophique la personne est conçue comme un modèle de relation intersubjective triadique ou chacun contribue à la définition de soi-même comme de l’autre dans une dynamique de co-construction du sens, du sujet et de l’institution plus juste.
- 3 caractéristiques:
- La responsabilisation de chacun des acteurs dans l’intégration du tiers et sa juste reconnaissance.
- Elle existe au travers des jeux de langage.
- Elle est co-construite et protégée dans le dialogue par des règles connues et acceptées de tous.
La construction de la personne
La personne est autonome :
- Le dialogue permet de produire du sens et de la connaissance dans la confrontation réglée des représentations et des faits
- La personne se construit alors dans la construction de l’autonomie, c’est-à-dire la réappropriation des règles et leur réinvestissement assumé et éclairé.
- « Ce qui doit changer pour trouver sa « capacité de production autonome », c’est « la survalorisation de la norme des autres » (Pineau, 1983)
Selon Carl Rogers (1968), la personne répond à 5 caractéristiques déterminantes:
- Elle assume ce qu’elle est et ne se cache pas derrière des apparences
- Elle s’éloigne de l’identité contraignante de ce que son entourage fou sa société attend d’elle
- Elle choisit ses propres buts et donne du sens à ses actions
- Elle s’ouvre consciemment au changement, elle accepte de découvrir de nouveaux aspect d’elle-même, elle accepte l’autre, elle a confiance en son identité
Pour Rogers, il y a congruence chez la personne lorsqu’il existe une cohérence entre ce qu’elle dit, ce qu’elle ressent, ce qu’elle pense et ce qu’elle fait.
- Mokhtar Kaddouri (1996) aborde la question du projet de formation comme projet identitaire. Il parle alors d’un « moyen de transformation et de remaniements identitaires » (p.137).
- La formation vient alors partie prenante des stratégies identitaires, visant à réduire l’écart entre l’identité désirée et l’identité héritée, acquise ou attribuée (Kaës, 1973).
- Le projet identitaire (Boutinet, 1993) implique 4 grandes phases: le diagnostic, l’évaluation des ressources et des contraintes, la mobilisation de celles-ci au service de l’action et l’évaluation
- L’éducation et la formation ont pour point commun de faire partie d’un projet, de réparer la personne à un avenir prémédité mais non programmé
- Pour Edgar Morin (1999), le projet et sa stratégie permettent de s’adapter aux différents aléas, ce qu’un programme ne permet pas en raison de sa rigidité.
L’adulte en formation
- L’identité s’élabore dans la socialisation, la relation à autrui, grâce à des cadres de référence qui lui permettent de bâtir des représentations de lui, d’autrui et du monde.
- L’identité est changeante car « tout est soumis au changement » ; en fonction de l'époque considérée, du point de vue adopté, on est différent (Dubar, 2010, p. 3).
- Cette conception de l’identité permet d’entamer la « quête de soi » (Josso, 1991) contemporaine
- Cette quête implique davantage le sujet dans la construction de son identité par la prise en compte des déterminations sociales et de sa propre liberté.
Les représentations
- Durkheim (2014) introduit le concept de « représentations collectives » versus représentations individuelles.
- Les représentations sociales sont originellement transmises et partagées de manière uniforme et stable, ce qui permet aux acteurs de se comprendre, de communiquer, d’agir ensemble.
- Moscovici (1996) : 3 dimensions des représentations
- L’attitude, ou prise de position sur l’objet,
- L’information, ou connaissances de l’objet
- Le champ de représentation, c'est-à-dire les mécanismes cognitifs et éléments affectifs qui la constituent
- Jodelet (1997) : base commune qui permet aux individus de communiquer
- concernent un objet,
- permettent de comprendre l’abstrait,
- de créer du sens,
- ce sont des constructions
- elles sont à l’origine des comportements des individus.
Les rôles et les caractéristiques des représentations
- Elles permettent de comprendre l’environnement et de communiquer dans la sphère sociale.
- Elles contribuent à élaborer l’identité sociale des individus dans les processus de socialisation.
- Elles permettent à l’individu de prendre des décisions dans une situation donnée.
- Elles permettent de justifier les décisions prises par les individus a posteriori, afin de préserver leur position sociale.
- Provoquent une « certaine lecture » de la réalité
- Pour Bourassa, Serre et Ross (1999), elles participent à élaborer des
- croyances qui interviennent ensuite dans le processus d’apprentissage.
- Elles évoluent dans le temps : témoins des parcours de vie.
Les phases de la vie
Erik Erikson (1968) décrit huit phases de la vie. Entre la naissance et 18 mois, l’enfant apprend la confiance, puis la méfiance.
- Entre 18 mois et 3 ans, il acquiert l’autonomie.
- De 3 à 6 ans, il apprend à entreprendre dans le respect des règles.
- De 6 à 12 ans, il développe la confiance en soi.
- De 12 à 20 ans, l’individu s’interroge sur son identité sociale et sur sa future place dans la
- société.
- Entre 20 et 35 ans, il choisit son mode de vie et ses affiliations, qu’elles soient familiales ou professionnelles.
- Entre 35 et 65 ans, il se préoccupe des jeunes générations et se recentre sur des valeurs d’accomplissement et de réalisation de soi.
- Après 65 ans, l’individu opère une rétrospection de ses accomplissements et peut développer un sentiment d’intégrité ou de désespoir en fonction du regard qu’il leur porte.
- G. Jung (1963) propose le concept d’individuation parle de l’ascension puis de la descente d’une montagne
- Pour Boutinet (1995), les différentes phases de la vie ne peuvent plus être distinguées en termes d’âge. Les limites de l’enfance, de l’adolescence, de la vie adulte ne sont plus claires.
- Transformation identitaire : réinvestit et remodèle une identité héritée
- Gestation identitaire : à un carrefour de sa vie, l’individu s’interroge et reconstruit de nouveaux repères.
- Les identités héritées et acquises entrent en conflit et provoquent des tensions identitaires
? Cette tension peut générer des conflits avec autrui, ou au contraire amener le sujet à négocier.
? Dans un troisième cas, il peut être amené à s’isoler, à se résigner.
Les dynamiques de défense identitaire
- Stratégies de différenciation, de singularisation.
- Hanna Malewska-Peyre (1987) : mécanisme de défense
- Interne :
? l’individu peut refouler l’information et la nier,
? se résigner à la position sociale dévalorisée
? ou faire preuve d’agressivité.
- Externe :
? « stratégie d’assimilation aux nationaux »
? « stratégie de valorisation et de revendication de sa propre différence ».
- Stratégie intermédiaire : rechercher « des similitudes avec les groupes majoritaires sans renoncer à sa propre différence »
Jean-Marie Barbier (2006), 3 dynamiques :
- transformer leurs représentations sur les activités, sur eux-mêmes ou sur autrui,
- transformer les communications relatives à ces activités,
- transformer les activités elles-mêmes.
Haan (1965) : le « coping », ou « faire face »
- Agir sur le problème
- Agir sur l’émotion
Endler et Parker (1990) : fuir
Les stratégies négatives
Consiste à adopter des comportements négatifs :
- Conduites à risque (Le Breton, 2002)
Kaufmann (2004) : explosions identitaires
- Identités totalitaires : enfermement dans un cocon protecteur
- Identités explosives : violence
- Identités froides : abandon de l’identité à des cadres de socialisation (hiérarchie)
Kaddouri (2002) : dynamiques d’anéantissement identitaire, autodestruction.
Le sujet adulte en formation
• « Compromis momentané entre les attentes de la personne et les demandes de l’environnement » (Boutinet, 1995, p. 98)
• Le développement de l’adulte consiste en une constante adaptation aux changements qu’il subit
• Toute transition est porteuse d’un conflit virtuel susceptible de remettre en question les habitudes de vie. » (Boutinet, op. cit., p. 103).
• La personne se construit dans les « dérèglements multiples ouvrant sur des résolutions toujours précaires »
• L’incertitude, « pour soi » ou « pour autrui » est susceptible de générer des crises qui peuvent jeter la personne dans les tréfonds de la disqualification et du déclassement.
• Lorsqu’elles sont surmontées, par anticipation ou a posteriori, elles peuvent cependant constituer des expériences de référence que la personne pourra alors mobiliser au service de son projet.
La reconversion
- Caractéristiques :
- Deuil identitaire, d’un environnement, d’un statut, d’une place
- Incertitude de l’avenir
- Déconstruction des cadres de référence, perte de repères
- Renégociation identitaire
- Negroni, 2007: « expérience intime de conversion de soi »
- Danvers (2009): « c’est un processus long de réflexion et de maturation au cours duquel l’individu devient acteur de sa biographie, repense sa trajectoire, et réalise sa vocation ».
- Peut être non volontaire ou prématurée, volontaire et anticipée
- La formation est un levier de la réussite: enjeux forts
- Dépend du rapport à l’apprendre, des expériences passées d’apprentissage
- Dominicé (2007) qualifie la formation continue de « règlement de compte avec sa scolarité »
- La qualification participe de la reconstruction identitaire.
Le projet, levier de la reconversion
- Objectif : inciter à la construction d’un projet de formation
- Il est à la fois projet d’orientation, d’insertion, de vie, professionnel, un projet de soi et un projet familial
- La formation aménage un espace de transition
- Pour atteindre ces objectifs, l’individu doit prendre conscience de son rapport au savoir, à la formation, aux institutions et à lui-même
- Pour Mokhtar Kaddouri (2006), il existe 6 types d’engagements en formation
- L’engagement autonome révèle un décalage entre le projet pour soi et du projet pour autrui
- L’engagement soutenu désigne une rencontre complémentaire de ces deux projets
- Le désengagement correspond à l’abandon, c’est un désengagement affectif et frontal
- Le rapport d’indifférence consiste à ne pas voir d’utilité à la formation dans le cadre des stratégies identitaires
- Le rapport d’hostilité révèle une véritable opposition à la formation car vécue comme un moyen de pression sur l’identité.
L’autoformation
- L’autoformation (Poisson, Carré, 2010)
- Intégrale (autodidaxie)
- Existentielle (orientation)
- Sociale (par l’interaction)
- L’autodirection (méthodologie de l’apprentissage)
- L’autoformation éducative: tutoyée, assistée par l’institution