Olympe de Gouges, de son vrai nom Marie Gouze, est née à Montauban le 7 mao 1748 d'une mère fille d'avocats et d'un père bourgeois artisan boucher. Mais l'histoire attribue à la jeune fille Marie une paternité bien différente ; sa mère aurait en effet entretenu une relation avec Jean-Jacques Lefranc de Pompignan, poète et dramaturge aujourd'hui tombé dans l'oubli mais qui rencontrait alors un certain succès. Olympe de Gouges était d'ailleurs très fière de cette filiation supposé avec un homme lettré, et sans doute cette ascendance a-t-elle dirigé en partie sa vocation littéraire.
Ayant reçu une éducation traditionnelle plutôt rudimentaire, celle qu'on donnait alors aux jeunes filles de la petite bourgeoisie de province, la jeune Marie épouse en 1765, à dix-sept ans et sans le vouloir vraiment, un homme de trente ans son aîné, Louis Yves Aubry, client régulier de la boucherie parentale. Quelques mois plus tard, un garçon naît de cette union avant que son mari meure emporté par une rivière en crue.
Se trouvant veuve à dix-huit ans à peine, sans instruction, Marie Aubry aurait dû, selon l'usage, se remarier. Mais c'était sans compter sur l'indépendance de la jeune fille, soulagée de retrouver une liberté qu'elle n'abandonnera plus jamais et qui lui permettra de publier ses écrits sans avoir à obtenir au préalable l'autorisation de son mari, tel que l'exigeait la loi.
S'installant à Paris avec son fils et son amant Jacques Biétrix de Rozières, qu'elle ne voulut jamais épouser mais qui l'aida à mener un train de vie bourgeois dans la capitale, la jeune Marie refuse de se faire appeler la veuve Aubry et choisit même de transformer son nom ; elle reprend un des prénoms de sa mère, Olympe et modifie son patronyme en Gouges, qu'elle sait d'ailleurs à peine orthographier, car comme nombreux de ses contemporaines, on ne lui a appris ni à lire ni à écrire correctement. Ces lacunes d'instruction obligent Olympe de Gouges à dicter ses textes à des secrétaires, ce qui ne l'empêche cependant pas de composer plus d'une quinzaines de pièces de théâtre, genre privilégié à l'époque pour soutenir les idées nouvelles, et d'innombrables affiches et courts essais politiques.
En 1793, Olympe est arrêtée en raison de ses écrits engagés ; on l'accuse en effet d'injures envers les représentants du peuple et de publication d'écrits contre-révolutionnaires. Faisant afficher ses derniers libelles depuis sa prison, et alors que ses amis et son fils la renient, Olympe de Gouges affronte le Tribunal révolutionnaire le 2 novembre. Elle tente d'expliquer que son combat humaniste s'inscrit au coeur même de la Révolution mais elle est condamnée à mort et exécuté le lendemain.
Deuxième femme de l'histoire à être guillotinée, après Marie-Antoinette, elle meurt à quarante-cinq ans en proclamant : Enfants de la Patrie, vous vengerez ma mort !
Lorsqu'Olympe de Gouges fait publier sa DDFC en 1791, elle a déjà fait parler d'elle dans le Paris révolutionnaire. L'écrivain et homme politique Mirabeau, à qui l'on doit l'un des premiers discours sur la liberté de la presse en 1789, enthousiasmé par la lecture qu'Olympe de Gouges donna de sa Lettre aux représentants de la nation, affirme ainsi à son propos " Nous devons à une ignorante de bien grandes découvertes ".
Mais la personnalité de Gouges ne fait pourtant pas l'unanimité, loin s'en faut. S'engageant dans les idées révolutionnaires en même temps que dans une carrière littéraire, elle s'empare des sujets les plus innovants en même temps que les moins appréciés par la pensée politique alors, y compris parmi les Révolutionnaires : condamnation de l'esclavage et des mariages forcés, droit au divorce, défense des prostituées...
Ses ambitions politiques embrassent ainsi un vaste programme de réformes sociales, qu'elle développe dès 1788, en particulier dans ses Remarques patriotiques. Et parmi ses premiers combats figure en tête la défense de l'égalité des droits entre les hommes et les femmes, dont la DDFC marque l'apogée. Cet engagement rn faveurs des droits des femmes s'explique sans doute à la fois par le caractère indépendant et ambitieux de la jeune Olympe, mais aussi par le vie qu'elle mena.
La DDFC, rédigée au début de la RF, signe la fin de l'Ancien Régime et pose les fondements d'un nouvel ordre juridique, politique et social. Elle est l'oeuvre de l'Assemblée constituante, créée lors la réunion des Etats généraux de 1789, qui rassemble les députés du clergé, de la noblesse et du tiers état. Ensemble, ils bravent les ordres du roi et jurent de ne pas se séparer "jusqu'à ce que la Constitution du royaume soit établie et affermie sur des fondements solides " ; c'est le célèbre serment du Jeu de paume.
Malheureusement, ce texte essentiel "oublie" d'inclure dans sa définition du citoyen...les citoyennes ! Les femmes en effet ne disposent pas du tout des mêmes droits que les hommes, en particulier en matière de vote, donc de participation à la vie politique de leur nation.
Déçue par el manque d'avantages obtenus par les femmes après la RF, Olympe de Gouges décide de parodier la récente DDHC, pour faire entendre les injustices criantes à l'égard des femmes dans la société. Elle reprend donc les dix-sept articles et les récrit en mettant en valeur des droits et devoirs auxquels les femmes peuvent prétendre dans la société civile. Elle reformule également le préambule, ajoute un postambule et un "contrat social". Elle dédicace enfin l'ensemble de ces textes à Marie-Antoinette.
Olympe de Gouges appartient pleinement à ce siècle des Lumières, dont les figures de proue tels que Montesquieu, Voltaire ou Beaumarchais s'engagent dans tous les combats en faveur de l'égalité. De la reconnaissance des droits des Noirs à celle des valets, de la condamnation de l'esclavage à la défense de l'instruction pour tous, les philosophes mènent tous les combats de front.
Cet engagement conduit la France à abolir une première fois l'esclavage en 1794. Il mène surtout à la Révolution et à la rédaction de la DDHC, adoptée en 1789.
Au tournant révolutionnaire, les femmes connaissent une situation toujours peu enviable : ne quittant l'autorité de leur père que pour se trouver sous celle de leur mari, celles qui ne trouvent pas d'époux entre au couvent ou deviennent courtisanes. Elles n'ont aucun droit politique, aucun droit de propriété, pas le droit de divorcer. On ne leur accorde enfin qu'une éducation très sommaire, les formants surtout à devenir de bonnes mères et épouses.
Les lois sont pourtant progressivement modifiées entre 1789 et 1792, les femmes gagnant le statut de "citoyennes" ; mais elles sont considérées comme des "citoyens passifs", sans droit de vote, au même titre que les mendiants, les fous et les enfants.
Certaines femmes s'engagent alors dans la Révolution et font entendre leurs voix, non pas dans les urnes qui leur demeurent inaccessibles, mais dans les cercles et les assemblées politiques. Spectatrices actives, formant la "sans-culotterie féminine", on les surnomme à partir de 1795 "les tricoteuses" en référence à leur rôle actif-et parfois bruyant-dans ces tribunes d'où elles interviennent tout en tricotant.
Olympe de Gouges, qui s'engage en faveur de l'égalité des droits entre les hommes et les femmes, est considérée, grâce en particulier à sa DDFC, comme l'une des premières féministes de l'histoire. Ce terme pourtant n'apparaît dans son sens actuel, bien que de manière péjorative, qu'en 1872 dans l'Homme-Femme d'Alexandre Dumas "Les féministes, passez-moi ce néologisme, disent : Tout le mal vient de ce qu'on ne veut pas reconnaître que la femme est l'égale de l'homme, qu'il faut lui donner la même éducation et les mêmes droits". Il faudra attendre la plume d'Hubertine Auclert en 1882, pour que le féminisme soit défini dans un sens positif comme la lutte pour améliorer la condition de la femme.
Depuis ses origines et aujourd'hui encore, le terme "féministe qui englobe plusieurs visions d'un même combat en faveur des droits des femmes, est mal compris, peu assumé, souvent critiqué. Sans entrer dans les polémiques, il nous paraît nécessaire de redéfinir le terme dans son acception la plus évidente : le féminisme est un "mouvement social qui a pour objet l'émancipation de la femme, l'extension de ses droits en vue d'égaliser son statut avec celui de l'homme, en particulier dans le domaine juridique, politique, économique".
Il est commun aujourd'hui de se moquer du mouvement féministe et de ses membres, mais c'est oublier que l'engagement de ces femmes a pourtant donnée accès à certains des droits considérés de nos jours comme les plus fondamentaux : droit de travailler sans l'autorisation de son mari, droit à l'éducation et à l'enseignement secondaire, droit de vote, droit à la contraception, droit au divorce par consentement mutuel, reconnaissance de l'autorité parentale conjointe.
De nos jours, les combats féministes en France portent principalement sur la protection des femmes par rapports aux violences physiques et sexuelles qu'elles continuent de subir, ainsi qu'en faveur d'une véritable égalité salariale et d'une égale représentation dans tous les milieux professionnels. Certaines féministes se battent également, et ce depuis le XIXe siècle, pour la féminisation de la langue, combattant les règles instaurées au XVIIe siècle par les membres de l'Académie française qui supprimèrent de nombreux noms de métiers féminins et promulguèrent la fameuse loi selon laquelle "le masculin l'emporte sur le féminin".