Dès la IIIe République, l'école est devenue un pilier fondamental pour l'enracinement des valeurs républicaines en France. Les lois de Jules Ferry (1881-1882) ont instauré l'école gratuite, obligatoire et laïque. L'objectif était clair : former des citoyens éclairés, attachés à la République, et favoriser l'unité nationale au-delà des particularismes régionaux ou religieux. L'école républicaine transmettait le savoir mais aussi une morale civique, les symboles de la République (drapeau, hymne), et l'histoire nationale, contribuant ainsi à forger un sentiment d'appartenance commun.
Le rôle des instituteurs, surnommés les « hussards noirs de la République », était central. Ils étaient les vecteurs de ces valeurs dans les villages les plus reculés, contribuant à réduire les inégalités sociales et culturelles. L'école enseignait la langue française unique, unifiant le pays et permettant à chacun de participer pleinement à la vie publique. La laïcité, en particulier, a permis d'éloigner l'influence de l'Église de l'enseignement public, garantissant une instruction neutre et objective.
Parallèlement à l'école, l'armée a également joué un rôle crucial dans la consolidation de la République. Le service militaire obligatoire, institué par la loi Freycinet en 1889, a eu une portée sociale et politique majeure. Il visait à défendre la nation, notamment après la défaite de 1870 face à la Prusse, mais aussi à achever l'œuvre d'unification et d'intégration des citoyens.
Pendant plusieurs années, des jeunes hommes de toutes origines sociales et géographiques, parlant parfois des patois différents, étaient regroupés, soumis aux mêmes règles et disciplines. Ils apprenaient à vivre ensemble, à respecter l'autorité de l'État et à servir la patrie. L'armée a contribué à gommer les différences régionales, à développer un sentiment d'appartenance nationale fort et à promouvoir l'égalité entre les citoyens sous l'uniforme. Le service militaire était perçu comme une école de la citoyenneté, où l'on apprenait le dévouement, le courage et le sens du devoir envers la République.
L'école et l'armée, bien que distinctes dans leurs fonctions, partageaient un objectif commun : former des citoyens loyaux et dévoués à la République. L'école préparait intellectuellement et moralement les futurs citoyens, tandis que l'armée achevait cette formation par la discipline, le brassage social et l'inculcation des valeurs de sacrifice pour la nation. Cette complémentarité a été essentielle pour ancrer la République dans les esprits et les cœurs des Français, en particulier après les crises et les menaces auxquelles elle a fait face au XIXe siècle et au début du XXe siècle.
Aujourd'hui, si le service militaire obligatoire a été suspendu en 1997, l'école demeure un pilier central de la transmission des valeurs républicaines. Des dispositifs comme le Service National Universel (SNU) tentent de recréer un lien avec les objectifs d'unité et de cohésion civique autrefois portés par l'armée.