Le procès de Nuremberg est le premier tribunal militaire international de l'histoire. Mais la Shoah est peu évoquée. Il faut attendre le début des années 1960 et le procès du criminel nazi Eichmann pour que le génocide occupe enfin le cœur des débats juridiques. Par la suite, d'autres procès, de plus ou moins grande ampleur sont menés par les justices nationales, grâce à la persévérance des « chasseurs de nazis » qui ont traqué les criminels de la Seconde Guerre mondiale.
Quel rôle ont joué les procès des criminels nazis dans l’histoire et le mémoire du génocide des Juifs et des Tsiganes ?
Après le procès de Nuremberg, d'autres tribunaux militaires alliés menés séparément dans les zones occupations ont jugé près de 200 accusés. De même, les tribunaux militaires américains des camps de concentration ont mené des procès contre 1500 membres du personnel de ces camps. Enfin, la justice allemande a mené une épuration partielle. La dénazification a été mitigée car de nombreux criminels nazis n'ont pas été sanctionnés, et surtout les condamnés ont été réintégrés dans la fonction publique sans rétrogradation. Tous les criminels nazis n'ont pu être condamnés dans l'immédiat après-guerre. D'une part, les procès de dénazification sont vite oubliés face aux intérêts nationaux en période de guerre froide. D'autre part, la responsabilité de certains chefs nazis peine à être établie. Enfin, si certains criminels sont identifiés, ils se cachent en Allemagne ou à l'étranger, notamment en Amérique latine.
Le procès du nazi Heichmann constitue un réel tournant dans l'histoire et la mémoire du génocide des Juifs d'Europe. Haut fonctionnaire du régime nazi, il est chargé pendant la seconde guerre mondiale, de la logistique de la « solution finale », c'est-à-dire du génocide. Il est notamment responsable de l'identification et la déportation des juifs vers les camps de concentration et d'extermination. Il échappe à la justice à la fin de la guerre en fuyant et se cachant sous une fausse identité en Amérique latine. On peut dire que le procès Eichmann est un tournant dans l'histoire, car il porte sur le génocide et non sur les crimes nazi en général. D'autre part, les actes d'accusation sont basés sur les archives et sur les témoignages des rescapés. Le monde entier prend conscience brutalement de la réalité d'un génocide jusque-là passé sous silence.
Rescapé de l'enfer des camps, Simon Wiesenthal décide à la libération de traquer, les criminels nazis qui bénéficient d'une large impunité. Il a permis l'arrestation de plus d'un millier de nazis. Il a notamment contribué par ses renseignements à l'arrestation d'Eichmann. Son objectif était de traduire les criminels en justice et non de faire vengeance : c'était une manière de rendre justice aux morts.
Né en 1935, en Bulgarie et immigré en France, Serge Klarsfeld est une figure des actions menées pour la reconnaissance de la Shoah et la poursuite des criminels nazis. Avec sa femme, ils ont milité contre l'impunité des anciens nazis. Serge Klarsfeld a par ailleurs créé l'association des « Fils et filles des déportés juifs de France » en 1979. Enfin, il a œuvré à la reconnaissance de la responsabilité de l'État français dans le génocide.
Grâce a la mobilisation des époux Klarsfeld, Klaus Barbie est arrêté en Bolivie et jugé en France en 1987 pour crime contre l'humanité. Cette ancien chef de la Gestapo de Lyon, avait donné l'ordre d'arrêter et de torturer des résistants, d'exécuter de nombreux otages et de déporter des milliers de juifs à Drancy. Il est condamné à la prison à perpétuité, notamment pour avoir déportés les 44 enfants juifs de l'internat d'Izieu en avril 1994. Ce procès permet une réelle prise de conscience dans le public français.
Le premier français à être condamné pour crime contre l'humanité est Paul Touvier, chef de la milice lyonnaise durant l'occupation. Condamné à mort en 1948, il s'évade et ne revient en France qu'après une grâce obtenue en 1971. De nouvelles plaintes pour crime contre l'humanité sont déposées contre lui et il est finalement arrêté en 1989, jugé et condamné en 1994 à la réclusion criminelle à perpétuité.
En 1997, s'ouvre le procès de Maurice Papon, au fonctionnaire sous Vichy, à Bordeaux. Il est condamné en 1998 à 10 ans de réclusion criminelle pour complicité de crimes contre l'humanité et pour l'arrestation et la déportation des juifs de la région bordelais vers Drancy.
René Bousquet, haut fonctionnaire, secrétaire général de la police du régime de Vichy, et antisémite convaincu a organisé la déportation d'au moins 60 000 juifs de France. En 1989, l'association de Serge Klarsfeld, la Fédération nationale des déportés et internés résistants et patriotes et la ligue des droits de l'homme déposent plainte contre lui pour crimes contre l'humanité. Il est inculpé en 1991 et assassiné à son domicile avant la fin de l'instruction.