L'œuvre d'Alfred de Musset, qu'il s'agisse de ses pièces de théâtre (comme Lorenzaccio, On ne badine pas avec l'amour) ou de sa poésie et de ses romans (La Confession d'un enfant du siècle), est caractérisée par une grande richesse de registres. Cette polyphonie témoigne de la complexité des sentiments humains et de la vision romantique du monde de l'auteur. Le registre lyrique est omniprésent : il exprime les sentiments personnels intenses (amour, douleur, mélancolie, joie), souvent à travers des exclamations, des métaphores, des comparaisons et un vocabulaire affectif. Musset excelle à peindre les tourments du cœur et les passions.
Le registre pathétique est également très présent, notamment dans les scènes où les personnages souffrent, sont confrontés à l'injustice ou au désespoir. Il vise à susciter la pitié du lecteur ou du spectateur. Les figures de style comme l'hyperbole ou l'interrogation rhétorique renforcent cet effet. À l'inverse, le registre comique apporte une respiration et une dimension satirique à ses œuvres. Musset utilise l'ironie, le quiproquo, la parodie et des dialogues vifs pour dénoncer les mœurs de son temps ou pour alléger la tension dramatique. Ce mélange des genres est typique du drame romantique qu'il a contribué à définir.
Enfin, le registre tragique est manifeste dans les œuvres où les personnages sont aux prises avec une fatalité, des dilemmes moraux insurmontables, ou quand ils sont destinés à une fin malheureuse. La grandeur et la chute des héros, la mise en scène de la mort ou de la désillusion renforcent ce registre, souvent teinté d'une amertume existentielle.
La structure des œuvres de Musset est souvent aussi innovante que ses registres. Pour ses pièces de théâtre, il rompt délibérément avec les conventions classiques. Il privilégie des pièces en plusieurs actes, parfois très nombreux (comme les cinq actes de Lorenzaccio), permettant une grande complexité de l'intrigue et le développement psychologique approfondi des personnages. Musset utilise fréquemment des scènes courtes et rapides, qui s'enchaînent pour donner un rythme dynamique à l'action et éviter toute lourdeur. Cette fragmentation structurelle est une marque de fabrique.
Ses pièces sont aussi caractérisées par une pluralité de lieux et une grande liberté temporelle, là encore en rupture avec les unités classiques. Cette liberté permet de varier les ambiances, d'introduire de nombreux personnages secondaires et de donner une dimension épique à certaines œuvres. L'alternance entre des scènes intimes et des scènes de foule, entre le drame et la légèreté, est également un élément structurel important. Dans On ne badine pas avec l'amour, par exemple, le contraste entre les jeux amoureux légers et la tragédie finale est accentué par cette structure en alternance.
Dans ses textes narratifs, comme La Confession d'un enfant du siècle, la structure est plus proche du roman autobiographique, avec une progression chronologique des événements, mais entrecoupée de réflexions, de digressions et de chapitres parfois dédiés à l'analyse psychologique. Le roman est divisé en plusieurs livres, chacun explorant une étape de la vie du héros et de ses désillusions. Cette structure permet à Musset d'entremêler le récit de vie avec une analyse plus large de la société et des maux de son époque, faisant de l'œuvre une fresque tant personnelle que sociale.