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SCIENCE POLITIQUE
3ème année

Effet des médias - à l'aune du vote

Théorie de la communication

Definition

Siegfried
Vote qui s'appuie sur une dépendance sociale (habitat, religion, relations). Effet limité des médias.

Comment les modèles d’analyse de la communication et des effets des médias en particulier peuvent éclairer et contribuer aux modèles d’analyse du vote ?


A) Le modèle écologique et la communication interpersonnelle André Siegfried


Siegfried - Tableau politique de la France de l’Ouest sous la IIIème République en 1913. Première analyse scientifique du vote. Premier à étudier le vote en amont. Cartographie électorale de 1871 sous 3 facteurs :

  • Taille de la propriété : petites propriétés = indépendance politique. Grandes propriétés = relations plus hiérarchisées.
  • Type d’habitat : zones calcaires = agglomération d’habitats (+ républicain) ? zones granitiques = habitat dispersé.
  • Rôle du curé : Catholicisme ? Cléricalisme (dans lequel le curé est considéré comme directeur politique et peut donc avoir de l’influence).

Ainsi le vote s’explique essentiellement par une dépendance sociale. Dans cette théorie il n’y a pas de médias mais on peut l’envisager sous l’aune des communications interpersonnelles car c’est une théorie qui s’appuie sur le degré de dépendance, et la communication interpersonnelle permet d’être moins influencé grâce à l’échange.


B) L’Ecole de Columbia (Lazarsfeld)


Lazarsfeld prend aussi en compte l’habitat, les conditions socio-économiques. Selon lui, le vote est avant tout social ce qui fait du vote un indice des prédispositions politiques (statut économique + habitat). Les médias ont un effet limité ou seulement de renforcement.

Seule école à penser sociologie du vote et les théories de la communication ensemble.


C) Le paradigme de Michigan


Michigan s’oppose au postulat de départ de Colombia = Michigan conteste le vote social en disant qu’il est d’abord politique.

Campbell et Converse - Questionnaires à grande échelle à l’occasion de plusieurs élections.

  • L’électeur américain manifeste un très faible intérêt pour la politique
  • L’électeur américain a des vues peu sophistiquées sur la politique
  • Ses opinions sont contradictoires et peu conséquentes

L’électeur américain manifeste un attachement très fort et stable dans le temps à l’un des deux grands partis qui servent en fait de guide au comportement politique des américains.

-> Identification partisane = attachement affectif, durable à un parti avec lequel l’électeur s’identifie. Ecran depuis l’enfance qui filtre la vision du monde -> l’exposition sélective de Lazarsfeld : forme d’exposition sélective spécifique puisqu’elle est partisane. Les medias ont donc peu d’influence.


Pour expliquer l’alternance politique : prendre en compte le contexte électoral. 3 types d’élection :

  • Les élections dites de maintien : il n’y a pas de candidat marquant ni d’enjeu saillant. Identification partisane initiale (1948)
  • Les élections déviantes où on peut parfois constater une contradiction temporaire entre les identifications partisanes et le vote. Ex : 1952Eisenhower est élu (personnalité et évènements ponctuels qui modifient -guerre-).
  • Les élections de réalignement : Elles voient un changement durable de tendance et donc d’affiliation partisane dans une partie de la population du fait d’évènements particulièrement importants. (1932 après la crise de 1929 ou 1980 après la crise pétrolière).


Avec ces changements qui sont définit par les types d‘élection = ouvre une brèche pour une nouvelle théorie (1970s) = Idée du vote sur enjeu. The Changing American Voter en développement avec les théories sur l’agenda.

Ils attaquent Michigan en disant que les identifications partisanes ne sont pas si solides et en plus, les électeurs mobiles ont les mêmes caractéristiques que ceux qui ne bougent pas.

=> Idée de la crise de la représentation = déclin du vote partisan. Les exceptions électorales ont montré par Michigan montre un électeur plus indépendant et politisé.

Dans cette théorie l’électeur s’informe par les médias.

Limites de cette théorie : La méthode n’est pas vraiment parfaite.

Cette théorie demande 3 conditions :

  • Il faut que les électeurs connaissent les enjeux de l’élection ? il faut que l’agenda fonctionne et que tous les enjeux soient médiatisés. Mais on a vu que cette théorie n’impacté qu’une certaine strate de la pop.
  • Il faut qu’ils perçoivent les différences entre les positions des candidats sur chacun de ces enjeux
  • Il faut qu’ils votent pour le candidat qui exprime la même position qu’eux.

L’exposition sélective vient contredire l’influence des médias.

-> Cette théorie du vote sur enjeu n’est heuristique que sur une faible portion d’électeurs qui ont des caractéristiques très spécifiques en termes de pratiques politiques, de politisation.


D) L’électeur-consommateur et l’électeur consumériste


Derrière cette question d’enjeu on présuppose un citoyen rationnel, éclairé, informé, qui identifie les enjeux et se situe en fonction d’eux.

-> modèle de l’électeur consommateur (proche du vote sur enjeu).

A.Downs An Economic Theory of Democracy - caractère rationnel du vote.

Idée du modèle précédent sur la capacité d’évaluation de l’offre politique dans un monde où les médias les informent de manière rationnelle. On a ici trop basculé dans le pôle optimiste (monde trop optimiste).


Variante : modèle de l’électeur consumériste : 1981 Himmelweit How Voters Decide.

Cette variante réintroduit les apports des modèles précédents mais laissent en suspens la question de l’accès à la connaissance des biens politiques.

Question de l’imprévisibilité = réduite en question de volatilité politique (« faute » de l’électeur).

On peut rapprocher nos deux derniers modèles (avec la variance en plus) de tous les travaux de la mise à l’agenda et le cadrage. Ça indique aussi qu’ils ont les mêmes limites. On voit que certains ont plus intérêt à voir se développer tel ou tel modèle et donc à les financer.


Exemple concret : Les sens du vote : Une enquête sociologique (France 2011 – 2015)

D. Gaxie, C. Berjaud - série d’entretiens durant les élections de 2012, sur principe de diversification.

1er résultat : Le nombre, la fréquence et le contenu des supports médiatiques consultés sont largement corrélés au niveau de politisation et à la position sociale de chacun.

Cette enquête montre que les attitudes à l’égard de la campagne se révèlent bcp plus complexes et dispersées que ce l’on suppose initialement. On peut trouver des cas d’opposition polaire entre indifférence et et mobilisation active. Les entretiens révèlent des échelons intermédiaires qui mêlent suivi intermittent, suivi sélectif (filtré ou prescrit par les proches), et une forme de distance un peu méfiante, fondée sur une forme de regard oblique.

Quand bien, même ils s’informent, les électeurs ne mobilisent pas les infirmation fragmentées et partielles, pour faire leur choix au moment du vote. En ce sens, le temps de la décision électorale n’est pas celui de la campagne.

3 modalités de la décision électorale :

  • Une modalité de grande stabilité. On confirme ici Lazarsfeld (pas d’effet de la campagne) mais aussi Michigan et son indentification partisane.
  • Une modalité qui reflète des processus de renforcement - se cristallisant du fait de l’exposition sélective.
  • La volatilité suscite habituellement deux types d’explications : Souvent il s’agit d’électeurs flottants et instables (ignorants et irrationnels) + La volatilité est aussi parfois la marque d’un électeur affranchi de la camisole de force des déterminants sociaux, et qui exprimerait de cette façon, un véritable Choix politique


A retenir :

Les instabilités sont donc articulées aux contextes à la fois de sociabilité et des contextes électoraux. On voit aussi que le poids des dispositions sociales, des appartenances, dès lors qu’on ne les réduit pas à quelques indicateurs bruts, est loin de s’étioler aujourd’hui, même au niveau des réceptions. A travers ces exemples, on voit bien qu’il faut suivre la piste des réceptions et des récepteurs pour suivre la logique des théories. Il y a un courant particulier qui s’est saisi de ces réceptions.