Chapitre 2
La distribution des revenus : les mécanismes de répartition de la richesse nationale
Partie I – Les logiques de fonctionnement d’une économie nationale : Chapitre 2
Section 1 - La répartition primaire des revenus
La répartition primaire des revenus concerne le partage de la richesse créée par l’activité productrice, c’est à dire concerne le partage de la Valeur Ajoutée entre les acteurs de la production
1.1 Le partage de la valeur ajoutée dans une unité de production
PROFIT
SALAIRES
IMPOTS SUR LA PRODUCTION
1. Rémunération du facteur travail
- Elle se compose principalement du salaire perçus par les salariés (en contrepartie
de leur force de travail ) ou du revenu mixte (pour les entrepreneurs individuels)
- La rémunération du facteur travail est déterminée en fonction d’un certain nombre
de facteurs :
• Facteurs liés aux caractéristiques individuelles des salariés
- La qualification
- L’ancienneté
- Le genre (à travail égal, une femme gagne en moyenne moins qu’un homme)
• Facteurs liés à l’environnement dans lequel s’exerce l’activité salariée
- - La situation globale sur le marché du travail : un chômage fort exerce un effet négatif sur
- les salaires
- - L’influence des syndicats
- - La taille de l’entreprise : plus l’entreprise est grande, plus les salaires sont élevés
- - Le secteur d’activité de l’entreprise : plus une entreprise se situe dans une branche qui connaît de forts gains de productivité, plus les salaires seront élevés
- - La culture d’entreprise : certaines entreprises payent plus généreusement leurs salariés
- - La localisation géographique : les salaires sont plus faibles en province qu’à Paris ...
2. Rémunération du facteur capital
- Elle se compose principalement du profit (ou Excédent Brut d’Exploitation) - Ce profit peut-être lui-même :
• Conservé par l’entreprise( bénéfices non distribués)
• Reversé aux apporteurs internes de capitaux (les actionnaires) qui reçoivent des
dividendes en proportion du nombre d’actions qu’ils détiennent dans l’entreprise
• Reversé aux apporteurs externes de capitaux (organismes financiers ou particuliers ) qui
perçoivent des intérêts sur les prêts qu’ils ont accordés à l’entreprise
Partie I – Les logiques de fonctionnement d’une économie nationale : Chapitre 2
Introduction à l’économie
- La justification du profit ne fait pas consensus chez les économistes
• Pour les Libéraux, le profit rémunère le risque pris par l’entrepreneur lorsqu’il crée son entreprise et représente la juste rémunération du capital investi dans l’entreprise
• Pour Schumpeter, le profit résulte d’une innovation, qu’elle soit une innovation de produit, de procédé ou organisationnelle
• Pour les Marxistes, le profit provient de l’exploitation des travailleurs
3. Rémunération de l’Etat
- L’État capte une partie de la Valeur Ajoutée sous forme des impôts sur la production
Exemples :
Taxes sur les salaires
Taxes foncières
Contribution économique territoriale
- La justification des impôts sur la production est que l’Etat fournit les services publics indispensables à son bon fonctionnement des activités de production (financement des infrastructures, de la police, de la justice...)
- Attention! Il ne faut pas confondre les impôts sur la production avec les impôts sur les revenus qui ont une autre logique
1.2 Inégalités des revenus primaires et lutte pour le partage de la VA
• La rémunération des apporteurs externes de capitaux et les impôts sur la production sont prélevés selon d’un taux fixe
- Seules les parts des salaires et du profit sont donc variables dans le partage de la VA
- Si les salariés accaparent une part plus importante de la valeur ajoutée, cela se fera obligatoirement au détriment des actionnaires (et inversement)
- C’est la lutte pour le partage de la VA Partie I – Les logiques de fonctionnement d’une économie nationale : Chapitre 2
Introduction à l’économie
Partage de la Valeur Ajoutée en France à prix courants (en %)
Introduction à l’économie
- Dans les années 70 : Le principe de l’indexation des salaires à l’inflation, entraîne un accroissement de la rémunération du facteur travail. La part des salaires dans la valeur ajoutée passe à prés de 63 %. La part du profit passe dans le même temps à 23%
- Dans les années 80 : Les politiques de rigueur de lutte contre l’inflation (suppression de l’indexation des salaires sur le niveau des prix) se traduisent par une réallocation de la valeur ajoutée vers le profit. La part de l’EBE remonte progressivement à 30,2%
- A partir des années 90 : La répartition de la valeur ajoutée reste relativement stable. La persistance du chômage de masse ne permet pas aux salariés de faire pression pour obtenir une hausse de leur rémunération. Dans le même temps, la faible croissance économique ne permet pas de dégager un supplément de richesse suffisant pour accroître les profits même si la : la montée en puissance des marchés financiers favorise la rémunération du capital
Section 2 - La répartition secondaire des revenus
• La répartition secondaire des revenus concerne la redistribution entre les agents des revenus issus de la répartition primaire.
• L’Etat joue ici un rôle déterminant dans cette nouvelle distribution en prélevant des ressources sur certains agents économiques pour les réaffecter à d’autres.
Remarque : Ici, l’Etat est considéré au sens large, c’est-à-dire :
- Les Administrations Centrales (ministères)
- Les Collectivités Locales (Régions, Départements, Communes) - Les Organismes de Sécurité Sociale
2.1 Les fondements de la redistribution des revenus 1. Les logiques sociales de la redistribution
• La redistribution des revenus permet de lutter contre les inégalités issus de la répartition primaire (logique de solidarité par la redistribution verticale)
Effet de la redistribution sur les revenus mensuels pour les plus riches et les plus pauvres en 2018
• La redistribution des revenus permet de protéger les individus contre les « risques sociaux » (logique d’assurance par la redistribution horizontale)
- - Risque social : événement aléatoire qui affecte la vie économique des individus en suscitant une diminution de leurs revenus ou en accroissant leurs dépenses
- - Les principaux risques sociaux sont : la maladie, la maternité, l’invalidité, la vieillesse, les accident du travail et le chômage
- - Ces risques sont pris en charge collectivement, c’est le principe de la sécurité sociale (mise en place en France à partir de 1945)
Effets des mécanismes de redistribution sur les revenus mensuels pour les plus riches et les plus pauvres
2. Les logiques économiques de la redistribution
• La redistribution des revenus peut favoriser la croissance économique en permettant de soutenir la demande (logique de régulation)
- - Les ménages les moins aisés consomment une part plus importante de leur revenus que les ménages les plus aisés
- - Transférer du pouvoir d’achat des riches vers les pauvres augmente donc le niveau global de la consommation et par conséquent stimule la croissance économique
- Exemple : supposons une société où il n’y a que 2 groupes d’individus (les riches et les pauvres). Supposons que les pauvres consomment 90% de leurs revenus et que les riches n’en consomment seulement que 50%. Supposons enfin que la redistribution permet de transférer 20% du revenu des riches vers celui des pauvres
Introduction à l’économie
• La redistribution des revenus peut influencer l’activité économique de manière contra-cyclique (logique de stabilisation automatique)
- - En période de ralentissement de l’activité économique, on peut soutenir la croissance en baissant les prélèvements et en augmentant les subventions et prestations
- Exemple : C’est ce qu’il s’est passé pendant la crise du Covid 19
- - En période d’expansion de l’activité économique, la hausse des prélèvements et la baisse des subventions, peut venir freiner les tensions inflationnistes dues à une demande trop élevée
2.2 Les mécanismes de la redistribution des revenus
1. Les prélèvements obligatoires (Impôts + Cotisations Sociales) a. Les impôts
- Impôts indirects (TVA, taxe intérieure sur les produits pétroliers, etc.) :
- Ils sont peu redistributifs car leur taux reste constant, quel que soit le revenu.
- Ils apparaissent même comme injustes, car ils pénalisent davantage les ménages à bas revenus qui consacrent une part plus importante de leur revenu à la consommation
- Impôts directs (impôt sur le revenu, taxe d’habitation, etc.) :
- Ils ont un effet de correction des inégalités car ils sont progressifs (le taux de
prélèvement s’accroît avec l’augmentation du revenu)
b. Les cotisations sociales
- Les cotisations sociales sont des prélèvements effectués sur les salaires (cotisations payées par les salariés et par les employeurs) et dont le produit est affecté aux dépenses de Sécurité Sociale
- Ces cotisations ne font pas partie du budget de l’Etat au sens strict mais de celui des organismes de sécurité sociale gérés par les partenaires sociaux (Etat, patronat et syndicats de travailleurs)
2. Les transferts sociaux (subventions sociales et prestations sociales)
a. Les subventions sociales
• Elles sont versées dans une logique d’assistance (modèle social « Béveridgien »)
- - Elles visent essentiellement à lutter contre la pauvreté et l'exclusion
- - Elles peuvent être sous forme monétaire (ex : bourse d’études, Revenu de Solidarité Active, etc...) ou en nature (ex : Couverture Médicale Universelle) en référence à un besoin.
- - Aucune contrepartie n’est exigée du bénéficiaire (pas de cotisation préalable). Mais, elles sont soumises à des conditions de ressources et de besoins (examen au cas par cas)
- - C’est l’Etat qui se charge de leurs versements qui sont donc financés par l’impôt Partie I – Les logiques de fonctionnement d’une économie nationale : Chapitre 2
Introduction à l’économie
b. Les prestations sociales
• Elles sont versées dans une logique d’assurance (modèle social « Bismarckien »)
- - Elles sont versées si le risque se réalise
- - Elles peuvent être sous forme monétaire (ex : allocations familiales) ou en nature (ex : frais médicaux)
- - Elles sont financées par les cotisations sociales des assurés mais sans forcément de rapport direct avec le montant des cotisations versées
Montant des transferts sociaux perçus par les ménages en milliards d’Euros
3. La production de Services Publics Non-Marchands
• La production de services publics non marchands est une manière indirecte de redistribuer les revenus et de lutter contre les inégalités
• Ces services sont assurés par des Administrations Publiques
- ils sont gratuits (ou quasi-gratuits) et permettent donc au plus grand nombre d'accéder à des
services essentiels (santé, éducation, logement, justice, etc).
• Leur fonctionnement repose sur 3 principes :
- - Principe d’égalité : tous les citoyens bénéficient des mêmes services au même coût
- - Principe de continuité : les services publics fonctionnent sans interruption
- - Principe d'adaptabilité : les services publics doivent s'adapter aux besoins des usagers ainsi
- qu’aux évolutions techniques
