THÈME 2
A retenir :
LES SERVITUDES
- Définition et Sources
Les servitudes sont des charges imposées sur un immeuble (fonds servant) pour l'usage d'un autre immeuble (fonds dominant). Elles trouvent leur source principalement dans le Code Civil, mais aussi dans des textes spéciaux comme le Code de l’Urbanisme, le Code Forestier, et le Code Rural. Des usages locaux peuvent également établir des servitudes, notamment concernant les distances de plantations (art. 671 du Code Civil).
- Caractéristiques
- Droit Réel : Les servitudes constituent un droit réel, immobilier, qui grève un immeuble sans se confondre avec des droits personnels (usufruit, droit d’usage).
- Actes Authentiques : Leur création ou modification nécessite un acte authentique (notarié).
- Transmissibilité : Les servitudes suivent les immeubles, indépendamment des propriétaires.
- Types de Servitudes
- Servitudes Continues : Utilisation régulière sans intervention humaine (ex. conduites d'eau).
- Servitudes Discontinues : Dépendent d'une action humaine (ex. droit de passage).
- Classification selon le Code Civil (art. 639)
- Servitudes naturelles : Découlent de la situation des lieux (ex. écoulement des eaux).
- Servitudes légales : Imposées par la loi pour utilité publique (ex. servitudes de mitoyenneté).
- Servitudes conventionnelles : Établies par des conventions entre propriétaires.
- Création et Exercice
Conditions
- Imposées à un immeuble, non à une personne.
- Ne doivent pas être contraires à l'ordre public.
- Obligations en cas de vente
L’article 1638 du Code Civil impose au vendeur de déclarer les servitudes non apparentes. En cas de non-respect, l’acquéreur peut demander la résiliation du contrat ou des dommages-intérêts.
- Disparition des Servitudes
Les servitudes peuvent être éteintes par :
- Non-usage prolongé (prescription).
- Accord entre parties.
- Destruction du fonds servant.
- Jurisprudence
La jurisprudence interprète les conventions pour déterminer si elles constituent des servitudes. Les conventions doivent se rapporter directement à l'usage du fonds dominant et ne pas nécessiter l'intervention du propriétaire.
- Conclusion
Les servitudes jouent un rôle essentiel dans l’organisation de la propriété immobilière. Elles assurent un équilibre entre les droits des différents propriétaires, facilitant ainsi l’usage des biens.
LE TOUR D’ÉCHELLE
- Le Tour d'Échelle
Le tour d'échelle est le droit d'installer des échelles ou des échafaudages sur le terrain voisin pour effectuer des travaux nécessaires. En cas de refus injustifié du voisin, le maître d'ouvrage peut demander une autorisation temporaire en justice.
1. Définition de la Servitude de Tour d'Échelle
La servitude de tour d'échelle permet au propriétaire d'un mur ou d'un bâtiment adjacent de poser des échelles le long de son ouvrage pour effectuer des réparations. Cela inclut également l'accès au terrain voisin pour les ouvriers, outils et échafaudages nécessaires.
2. Échafaudages Suspendus
La question du tour d'échelle s'applique également aux échafaudages suspendus qui surplombent le terrain du voisin, car le propriétaire du sol détient des droits sur l'espace aérien au-dessus de sa propriété.
3. Fondement Juridique
La servitude de tour d'échelle n'a pas de fondement légal formel dans le Code civil, mais elle peut exister par contrat entre les parties, créant ainsi un véritable droit attaché à l'immeuble.
4. Conséquences de l'Existence d'une Servitude
Le titulaire de la servitude a le droit d'installer des échelles et échafaudages sur le terrain voisin pour ses réparations. Il peut également demander la démolition de constructions qui entravent l'exercice de ce droit.
5. Absence de Servitude Conventionnelle
En l'absence de servitude, le maître d'ouvrage doit solliciter l'accord du voisin, idéalement par lettre recommandée, en précisant la durée des travaux, les horaires d'accès et les mesures de précaution. Un état des lieux avant et après les travaux peut être utile, et des constats d'huissier peuvent être réalisés si nécessaire. Si l'accord amiable échoue, le maître d'ouvrage peut demander l'autorisation au tribunal.
6. Conditions d'Obtention d'une Autorisation Judiciaire
Pour qu'une autorisation judiciaire soit accordée, plusieurs conditions doivent être respectées :
- Les travaux doivent porter sur un ouvrage existant.
- Les travaux doivent être indispensables.
- Il doit être impossible d'effectuer les travaux sans passer sur le terrain voisin.
- Le voisin ne doit pas subir de préjudice excessif.
- La durée d'occupation et l'espace concerné doivent être minimisés.
- Les préjudices causés au voisin doivent être indemnisés.
Remarque : La propriété permet de jouir de son terrain de manière absolue, mais des limites existent par le biais des théories de l'abus de droit et des troubles anormaux du voisinage. Un refus injustifié de laisser passer pour des travaux nécessaires peut constituer un abus de droit, entraînant des dommages et intérêts.
LE DROIT DE PROPRIÉTÉ
Définition et Principes
Le droit de propriété est un droit réel qui porte sur des biens corporels ou incorporels. Il est reconnu comme un droit inviolable et sacré, comme l'énonce l'Article 17 de la Déclaration des Droits de l'Homme, stipulant que nul ne peut en être privé sans juste et préalable indemnité, sauf nécessité publique.
1. Attributs et Caractères du Droit de Propriété
a) Attributs
Le droit de propriété comporte trois attributs :
- Usus : le droit d'utiliser le bien.
- Fructus : le droit de percevoir les fruits et produits du bien (revenus renouvelables vs. revenus qui amoindrissent la valeur).
- Abusus : le droit de disposer du bien (vente, donation, destruction).
b) Caractères
Trois caractères fondamentaux sont reconnus au droit de propriété :
- Exclusif : une chose appartient en principe à un seul propriétaire.
- Absolu : le propriétaire peut faire ce qu'il souhaite avec son bien.
- Perpétuel : le droit subsiste tant que le bien existe.
2. Acquisition du Droit de Propriété
Le droit de propriété peut être acquis par :
- Contrat : à titre onéreux (vente) ou gratuit (donation). Le transfert de propriété se fait généralement au moment du consentement, bien que des clauses de réserve de propriété puissent décaler ce transfert jusqu'à la livraison ou le paiement.
- Prescription Acquisitive : acquisition par possession prolongée, définie par deux éléments :
-Corpus : actes matériels sur le bien.
-Animus : intention de se comporter comme un propriétaire.
Pour qu'une possession soit "utile", elle doit être :
- Continue : usage régulier du bien.
- Publique : comportement visible en tant que propriétaire.
- Paisible : possession acquise sans violence.
- Non équivoque : absence d'ambiguïté sur la possession.
La prescription en matière d'immeuble est de 30 ans en mauvaise foi ou de 10 à 20 ans en bonne foi, selon les circonstances. Pour les biens meubles, la possession vaut titre en cas de bonne foi, avec des limitations en cas de perte ou vol.
3. Démembrements et Atteintes au Droit de Propriété
a) Démembrements
Le droit de propriété peut être divisé en usufruit et nue-propriété :
- Usufruit : droit d'utiliser et de percevoir les fruits d'un bien dont on n'est pas propriétaire, en assurant son entretien et en le restituant à la fin de la période d'usufruit.
- Nue-propriété : propriété sans usage, conservant le droit d'abusus et les responsabilités d'entretien.
b) Atteintes
Plusieurs types d'atteintes peuvent limiter le droit de propriété :
- Servitudes : charges imposées sur un bien au profit d'un autre (ex. : droit de passage).
- Indivision : propriété collective, généralement temporaire, souvent due à des héritages ou des divorces.
- Copropriété : mélange de propriété individuelle et collective, régie par un règlement de copropriété.
- Abus de droit : utilisation abusive du droit de propriété causant un dommage à autrui (ex. : construction nuisant à l'ensoleillement du voisin).
L’USUCAPION
Définition : L'usucapion, ou prescription acquisitive, est un moyen légal qui permet à une personne de devenir propriétaire d'un bien immobilier après l'avoir possédé de manière prolongée.
Types de prescription
- Prescription trentenaire : Nécessite une possession continue pendant 30 ans.
- Prescription abrégée : Permet de devenir propriétaire après 10 à 20 ans de possession, selon la situation du propriétaire légitime.
Conditions requises pour l'usucapion
Pour qu'une usucapion soit reconnue, certaines conditions doivent être remplies. Ces conditions sont communes aux deux types de prescription, mais la prescription abrégée comporte des spécificités supplémentaires.
- Conditions communes :
- Immeubles dans le commerce : L'usucapion ne s'applique qu'aux biens qui peuvent être librement échangés. Les biens du domaine public, qui ne peuvent être possédés par des particuliers, sont exclus.
- Possession continue : La personne qui prétend à l'usucapion doit avoir possédé le bien sans interruption pendant toute la durée requise (30 ans pour la prescription trentenaire, 10 ou 20 ans pour l'abrégée). Si la possession est interrompue plus d'un an, la période recommence.
- Possession réelle : Le possesseur doit effectuer des actes matériels qui montrent sa possession, comme entretenir le bien ou y vivre.
- Possession paisible : Le bien ne doit pas avoir été pris par la force. Si la possession a été obtenue par la violence, elle ne peut être considérée comme paisible, sauf si cette violence a cessé.
- Possession publique : Les actes de possession doivent être visibles par tous. Le possesseur ne peut pas agir discrètement.
- Non-équivoque : La possession doit être claire ; les tiers doivent percevoir le possesseur comme le véritable propriétaire.
- Comportement de propriétaire : Le possesseur doit agir comme un propriétaire, en gérant le bien et en exerçant ses droits.
- Spécificités de la prescription trentenaire :
- Le possesseur doit avoir détenu le bien pendant 30 ans sans interruption. La mauvaise foi du possesseur n'affecte pas cette prescription, car la bonne foi est présumée.
- Spécificités de la prescription abrégée :
- La possession doit durer 10 ans si le vrai propriétaire habite dans le même ressort, et 20 ans si ce n’est pas le cas.
- Bonne foi : Le possesseur doit croire qu'il acquiert le bien d'un véritable propriétaire au moment de l'acquisition.
- Juste titre : Il doit y avoir un document légal (comme un contrat de vente ou un testament) qui aurait pu transférer la propriété, même s'il présente des vices.
Calcul des délais de prescription
- Les délais commencent à courir dès que toutes les conditions sont réunies.
- Suspension du délai : Le délai peut être suspendu en cas de force majeure (par exemple, incapacité à agir) ou pour certaines personnes protégées par la loi (mineurs, majeurs sous tutelle).
- Interruption du délai : Si la possession est perdue ou si le propriétaire légitime reconnaît le possesseur, le délai est interrompu. Dans ce cas, un nouveau délai recommence à courir.
Effets de l'usucapion : L'usucapion confère au possesseur la qualité de propriétaire, et cette reconnaissance prend effet rétroactivement à la date de l'entrée en possession. Toutefois, le possesseur doit en faire la demande devant un juge pour qu'elle soit reconnue.
LES DROITS RÉELS PRINCIPAUX
I. Accession Artificielle
Définition
L’accession artificielle est un principe juridique stipulé dans le Code civil (article 553), selon lequel toute construction ou plantation réalisée sur un terrain appartient à son propriétaire. Ce principe repose sur l’idée que le propriétaire d’un terrain est également le propriétaire des éléments qui y sont intégrés, que ce soit au-dessus ou en dessous du sol.
Hypothèses (article 555)
L’article 555 précise les conséquences juridiques en fonction de la bonne ou de la mauvaise foi du constructeur :
1. Tiers de mauvaise foi :
- Si une personne construit ou plante sur le terrain d’autrui sans autorisation, le propriétaire du terrain a plusieurs options :
- Conserver les constructions : Il peut décider de garder la construction tout en indemnisant le constructeur pour ses frais engagés.
- Ne pas conserver : Il a également la possibilité d’exiger la démolition de la construction, même si cela pourrait causer des désagréments au constructeur.
2. Tiers de bonne foi :
- Lorsque le constructeur agit de bonne foi, c’est-à-dire sans savoir qu'il empiète sur un terrain d'autrui :
- L’accession s’impose : Le propriétaire du terrain doit accepter l’accession de la construction et doit également indemniser le constructeur, en tenant compte de la plus-value apportée à son bien.
Distinction avec l'Empiètement
L’empiètement, qui se produit lorsque les constructions débordent sur le terrain d’un voisin, est traité différemment. Le tiers doit toujours retirer l’empiètement, que ce soit en étant de bonne ou de mauvaise foi. Cela souligne la nécessité de respecter les limites de propriété et de faire preuve de diligence dans les projets de construction.
II. L'Exercice Collectif du Droit de Propriété
1. Exercice Direct de la Propriété Collective
A. Mitoyenneté
La mitoyenneté concerne la propriété collective d’une clôture ou d’un mur séparant deux terrains contigus. Elle peut être établie de deux manières :
- Convention : Les propriétaires peuvent convenir ensemble de la construction d’une clôture commune ou céder des droits de mitoyenneté.
- Prescription : Si un propriétaire utilise un mur ou une clôture pendant 30 ans sans contestation, il acquiert des droits sur celui-ci.
Le droit d’utilisation de la clôture est partagé, et chaque propriétaire peut en faire usage, mais il doit veiller à ne pas nuire à l’autre.
B. Indivision
L’indivision est un régime de propriété collective qui peut survenir :
- Légalement : Cela se produit notamment lors de la succession, où les héritiers deviennent indivisaires jusqu’à ce qu’un partage soit réalisé.
- Volontairement : Des personnes peuvent décider d’acheter ensemble un bien et de le détenir en indivision.
Chaque indivisaire a le droit de demander le partage de l’indivision (article 815), ce qui implique que l’indivision n’est pas un état permanent.
C. Communauté des Biens entre Époux
Dans le cadre du mariage, les biens peuvent être soumis à un régime de communauté, où les biens acquis durant le mariage sont détenus en indivision. Le droit au partage n'est exercé qu'à la dissolution de la communauté, souvent lors d'un divorce ou d'un décès.
D. Copropriété des Dépendances Communes
Cette forme de propriété collective concerne les biens qui dépendent de plusieurs immeubles, comme les jardins, cours ou allées. Les copropriétaires ne peuvent pas demander le partage de ces biens tant qu'ils sont utilisés en commun.
2. Exercice Indirect par une Personne Morale
A. Copropriété des Immeubles Bâtis
La copropriété est régie par la loi du 10 juillet 1965, qui encadre les droits des copropriétaires. Chaque propriétaire détient des parties privatives (son appartement, par exemple) et des parties communes (escaliers, jardins, etc.) en indivision. La gestion des parties communes est assurée par un syndicat de copropriété, une personne morale qui administre ces espaces et prend des décisions collectives au nom des copropriétaires.
Les documents fondamentaux pour la gestion de la copropriété incluent le règlement de copropriété, qui fixe les règles de vie commune, et l'état descriptif de division, qui précise la répartition des parties privatives et communes.
B. Associations Syndicales de Propriétaires
Ces associations sont créées pour permettre la réalisation de travaux d’intérêt commun entre plusieurs propriétaires. Elles peuvent être :
- Libres : Formées par un consentement unanime des membres.
- Autorisées : Constituées avec l’aval du préfet, si une majorité se manifeste en faveur de leur création.
