La déviance est un concept central en sociologie qui désigne tout comportement ou attitude qui ne respecte pas les règles (normes) d'une société ou d'un groupe social. Il est essentiel de comprendre que la déviance n'est pas une caractéristique intrinsèque d'un acte, mais une construction sociale. Cela signifie que c'est la société qui définit ce qui est normal et ce qui ne l'est pas.
Par exemple, fumer dans un lieu public est devenu déviant en France avec l'évolution des normes sanitaires, alors que cela était toléré auparavant. De même, la polygamie est déviante en France mais acceptée dans d'autres cultures. Cela montre que la déviance est relative au temps, au lieu et à la culture.
On distingue souvent deux types de déviance : la délinquance, qui est une déviance sanctionnée par la loi pénale (vols, agressions, etc.), et la déviance non délictuelle, qui ne relève pas du droit pénal mais peut entraîner une réprobation sociale (ex: non-respect des codes vestimentaires, certains comportements marginaux).
Pour qu'une société puisse fonctionner et maintenir une certaine cohésion, elle met en place des mécanismes de contrôle social. Ce contrôle vise à assurer la conformité des individus aux normes et valeurs dominantes. Il existe deux formes principales de contrôle social :
- Le contrôle social informel : Il est exercé de manière diffuse par l'entourage (famille, amis, voisins, collègues) et les institutions de socialisation (école, médias). Il passe par la pression du groupe, la moquerie, la mise à l'écart, les compliments, etc. C'est souvent par l'éducation et l'apprentissage des règles de vie en commun que nous internalisons les normes, c'est-à-dire que nous les faisons nôtres et les respectons sans même y penser.
- Le contrôle social formel : Il est exercé par des institutions spécifiques et spécialisées dans le maintien de l'ordre, l'application des lois et la sanction des déviances. On pense notamment à la police, la justice, la prison, mais aussi l'administration fiscale, l'hôpital, l'école (à travers son règlement). Il s'appuie sur des règles écrites (lois, règlements) et des sanctions claires et institutionnalisées.
Le contrôle social n'est pas uniquement répressif. Il est aussi préventif, visant à éviter que la déviance ne se produise, et incitatif, encourageant les comportements conformes par des récompenses ou la reconnaissance sociale.
Plusieurs théories sociologiques tentent d'expliquer pourquoi des individus adoptent des comportements déviants :
- La théorie de l'anomie (Émile Durkheim, Robert K. Merton) : L'anomie survient lorsque les normes sociales sont affaiblies ou contradictoires. Selon Merton, la déviance apparaît lorsque les individus n'ont pas les moyens légitimes (travail, études) d'atteindre les objectifs valorisés par la société (richesse, succès). Ils peuvent alors adopter des moyens illégitimes pour y parvenir.
- La théorie de l'étiquetage (Howard S. Becker) : Cette approche postule que ce n'est pas l'acte en lui-même qui fait la déviance, mais la réaction de la société à cet acte. C'est l'«étiquetage» d'un individu comme déviant par les institutions (justice, police) ou le groupe social qui peut entraîner une spirale : l'individu, une fois étiqueté, intériorise cette identité déviante et peut finir par adopter d'autres comportements déviants. C'est la carrière déviante.
- La théorie de l'association différentielle (Edwin Sutherland) : Selon Sutherland, les comportements déviants sont appris au contact d'autres individus déviants, par un processus de socialisation, comme n'importe quel autre comportement. Si un individu est plus exposé à des groupes qui valorisent la transgression des normes, il aura plus de chances d'adopter ces comportements.
Contrairement à une idée reçue, la déviance n'est pas toujours uniquement négative. Émile Durkheim a même montré qu'elle pouvait avoir des fonctions positives pour la société :
- Renforcement des normes : En sanctionnant la déviance, la société réaffirme la validité de ses normes et renforce la cohésion des individus qui les respectent. Le procès d'un criminel, par exemple, rappelle publiquement ce qui est acceptable et ce qui ne l'est pas.
- Agent de changement social : Certains comportements déviants peuvent, à terme, remettre en question les normes existantes et conduire à leur évolution. Les mouvements pour les droits civiques ou l'émancipation des femmes, initialement perçus comme déviants, ont finalement conduit à des changements sociaux et législatifs majeurs. La déviance peut ainsi être un moteur d'innovation sociale.
- Réaffirmation de l'identité collective : Face à la déviance, la majorité conforme se soude et se sent unie autour de valeurs communes, ce qui contribue à forger son identité collective.