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Lycée
Terminale

Chapitre 2 = Comment est structurée la société française actuelle

I. Stratification Sociale et Inégalités

  • Stratification sociale : Ensemble des systèmes de différenciation sociale fondés sur la distribution inégale des ressources et positions dans une société.
  • Inégalités : Accès différencié aux biens matériels ou symboliques valorisés (richesse, prestige, pouvoir), créant des avantages et désavantages parmi les individus.

La stratification définit la hiérarchisation sociale : elle repose sur des ressources valorisées comme le revenu, le prestige ou le pouvoir. L'espace social est l'environnement multidimensionnel des interactions sociales, structuré par des critères variés (revenu, diplôme, sexe, lieu de résidence, composition familiale). En France, l’échelle socioprofessionnelle classe les individus en six groupes principaux (agriculteurs, artisans, cadres, professions intermédiaires, employés, ouvriers) selon leur profession.




II. Principaux Facteurs de Structuration et Hiérarchisation

Position socio-économique

  • Revenu disponible : Somme des revenus d’activité et de transfert, après déduction des prélèvements obligatoires. À revenu disponible égal, un plus grand nombre d’unités de consommation réduit le niveau de vie.
  • Patrimoine : Corrélé positivement au revenu ; un patrimoine plus élevé génère des revenus du capital (intérêts, loyers), renforçant les inégalités économiques.

Niveau de diplôme

  • Plus le diplôme est élevé, plus les chances d’obtenir un emploi qualifié augmentent. La massification scolaire depuis les années 1960 a permis une élévation générale des qualifications, surtout parmi les jeunes générations.

Facteurs socio-démographiques

  • Genre : Les femmes, souvent moins bien rémunérées et occupant des emplois précaires, font face à des barrières comme le plafond de verre (limite à la progression de carrière) et le plancher collant (difficulté à sortir de fonctions peu valorisées).
  • Cycle de vie : Succession des étapes de la vie influençant les ressources et niveaux de vie ; la richesse patrimoniale croît généralement avec l'âge.
  • Composition du ménage : Influence directe sur le niveau de vie ; les ménages avec enfants et familles monoparentales ont souvent des revenus plus faibles.
  • Lieu de résidence : Lieu influant l’accès aux services et ressources ; les zones urbaines bénéficient souvent de meilleurs services, tandis que certaines zones souffrent de ségrégation urbaine.





III. Évolutions de la Structure Socioprofessionnelle depuis les Années 1950

Salarisation : Montée de l’emploi salarié, passé de 75 % à 90 % entre 1962 et 2019, accompagnée de la baisse de l’artisanat et de la concentration des grandes entreprises.

Tertiarisation : Progression des emplois dans le secteur tertiaire, passant de 40 % en 1962 à 76 % en 2019. Ce secteur, très hétérogène, présente une forte polarisation entre emplois très qualifiés (cadres) et emplois précaires (services peu qualifiés).

Élévation du niveau de qualification : Extension de la scolarité obligatoire et massification de l’éducation, doublant la part des diplômés du supérieur. L'école de masse a contribué à diversifier les qualifications professionnelles et à réduire les écarts générationnels.

Féminisation des emplois : La part des femmes dans la population active a atteint 48 % en 2019. Ce phénomène reflète une reconnaissance de l’activité féminine, bien que les femmes soient surreprésentées dans les emplois précaires et sous-valorisés.










IV. Théories de la Stratification Sociale

-Karl Marx

  • Mode de production capitaliste : Divise la société entre classes dominantes (bourgeoisie) et dominées (prolétariat). La classe en soi regroupe les individus aux mêmes conditions objectives, tandis que la classe pour soi représente ceux ayant une conscience collective de leurs intérêts communs.
  • Lutte des classes : Processus par lequel les classes dominées contestent la domination, dans une conception unidimensionnelle et conflictuelle de la société.

-Max Weber

  • La société est divisée en trois ordres : économique (richesse), social (prestige), et politique (pouvoir). La position d’un individu est pluridimensionnelle, influencée par la classe de possession (patrimoine) et la classe de production (contrôle des moyens de production).
  • Nominalisme : Les classes sociales sont des concepts analytiques créés par les sociologues, sans nécessairement correspondre à des groupes concrets.
  • Actions de classe : La stratification n’implique pas forcément un conflit ; les inégalités économiques et de prestige existent sans engendrer de lutte de classes.


V. L’évolution du débat autour de la pertinence de l’approche en termes de classes sociales

L'essor des Trente Glorieuses a permis une réduction des inégalités et une transformation de la structure sociale française. Avec la tertiarisation, la salarisation et la féminisation de l’emploi, certains sociologues ont remis en question l’existence des classes sociales. Cependant, dès les années 1980, les inégalités progressent à nouveau, réaffirmant la persistance de la société de classes.


A. Brouillage des frontières de classe

  • Réduction des distances inter-classes : La distance entre classes s’atténue sous l’effet de la salarisation et de la tertiarisation. La consommation de masse et l’accès accru à l'enseignement supérieur réduisent les écarts de style de vie entre classes.
  • Augmentation des distances intra-classes : Au sein d’une même classe, les inégalités se creusent selon les tâches (qualifiées ou non), la précarité, ou encore le degré de féminisation (ex. : employés très féminisés, ouvriers peu féminisés). Ce phénomène conduit à une pluralité des classes populaires et remet en question leur homogénéité.

Pour le sociologue Henri Mendras, la moyennisation désigne cette transformation sociale qui réduit les distances inter-classes, favorisant le développement des classes moyennes et l’uniformisation des modes de vie.


B. Individualisation et conscience de classe

  • Selon François Dubet, jusqu’aux années 1970, les inégalités étaient perçues comme des inégalités entre classes, avec un sentiment d’appartenance à un groupe social. L'individualisation croissante depuis les années 1980 rend ces inégalités plus personnelles et moins perçues comme des expériences de classe, attribuées à des facteurs individuels (genre, diplôme, origine, contrat de travail).
  • Les rapports sociaux de genre illustrent cette transformation : les inégalités ne peuvent plus se réduire aux seules classes sociales. Par exemple, le plafond de verre limite les carrières féminines dans les postes hiérarchiques, malgré une meilleure réussite scolaire.


En somme, si les classes sociales ne suffisent plus à expliquer la complexité des inégalités actuelles, elles restent pertinentes en lien avec d’autres clivages, comme le genre.

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