Le contrôle de conventionalité, c'est quand un juge vérifie si une loi française respecte les accords signés par la France avec d'autres pays (les traités) ou les règles de l'Union européenne. Cette fiche explique comment ce contrôle est né et pourquoi il est important.
Traité international
Un accord écrit entre plusieurs pays ou organisations. Il crée des règles que ces pays s'engagent à respecter.
Article 55 de la Constitution
C'est un article de la Constitution française qui dit que les traités internationaux sont plus importants que les lois françaises, à condition qu'ils soient bien signés, approuvés et publiés.
Légicentrisme
C'est l'idée que la loi, votée par le Parlement, est la règle la plus importante et qu'elle doit être respectée avant tout.
Contrôle de conventionalité
C'est l'action d'un juge qui compare une loi française avec un traité international ou une règle de l'Union européenne pour voir si la loi est conforme.
Invokabilité des traités
C'est la possibilité pour une personne (un citoyen) de demander à un juge d'appliquer directement un traité pour défendre ses droits.
L'Article 55 de la Constitution française dit clairement que les traités internationaux sont supérieurs aux lois. Cela veut dire qu'en cas de conflit, le traité doit normalement s'appliquer. Pendant longtemps, cette règle n'était pas toujours respectée par les juges français. Ils étaient très attachés au « légicentrisme », c'est-à-dire qu'ils considéraient la loi nationale comme la règle la plus importante.
C'est la « Doctrine Matter » : les juges estimaient qu'ils devaient surtout respecter la loi votée par le Parlement, même si elle contredisait un traité. Après la Seconde Guerre Mondiale, de plus en plus de traités ont été signés, notamment pour protéger les droits des personnes. La question de leur application est devenue plus urgente. Un problème se posait : si une nouvelle loi était votée après un traité et qu'elle était contraire à ce traité, quelle règle fallait-il appliquer ? Avant, on appliquait souvent la loi la plus récente.
En 1975, le Conseil constitutionnel a rendu une décision importante sur la loi relative à l'interruption volontaire de grossesse (IVG). Il a refusé de vérifier si cette loi était conforme aux traités internationaux. Le Conseil constitutionnel a expliqué que son rôle est de vérifier si les lois respectent la Constitution, et non les traités. Il ne voulait pas faire le travail des autres juges.
Mais la même année, la Cour de cassation (le plus haut tribunal pour les affaires civiles et pénales) a accepté de faire ce contrôle. C'était dans l'arrêt « Société des cafés Jacques Vabre ». Plus tard, en 1989, le Conseil d'État (le plus haut tribunal pour les affaires administratives) a aussi accepté ce contrôle dans l'arrêt « Nicolo ». Il avait résisté plus longtemps.
Ces décisions ont marqué la naissance du « contrôle de conventionalité ». Grâce à lui, les juges peuvent mieux protéger les droits et libertés des citoyens en s'assurant que les lois respectent les traités.
Tous les traités ne peuvent pas être utilisés directement par les citoyens devant un juge. Pour qu'un traité soit « invocable », il faut que ses règles soient claires et précises. La Convention européenne des droits de l'homme (CEDH) est un exemple très important. Ses règles peuvent être directement utilisées par les citoyens pour défendre leurs droits devant les juges français.
La Cour de cassation a même changé d'avis (« revirement de jurisprudence ») sur certains traités, comme la Convention de New York sur les droits de l'enfant. Elle permet maintenant aux citoyens de l'invoquer plus facilement. Les juges français doivent aussi tenir compte des décisions de la Cour européenne des droits de l'homme, qui interprète la CEDH.
La Constitution française est la loi suprême du pays. La question est de savoir comment elle s'articule avec les traités internationaux et le droit de l'Union européenne. Deux idées s'opposent : certains pensent que la Constitution doit toujours être supérieure, d'autres que les règles internationales et européennes doivent être respectées par les États.
Articulation des ordres juridiques
Pour éviter les conflits, l'Article 54 de la Constitution permet de vérifier avant qu'un traité soit signé s'il est compatible avec la Constitution. Si ce n'est pas le cas, il faut modifier la Constitution. Pour les directives européennes (des règles que la France doit transformer en lois), le Conseil constitutionnel ne contrôle pas leur conformité à la Constitution, sauf si elles touchent à des principes fondamentaux de la France.
Même si les traités sont supérieurs aux lois, les plus hautes juridictions françaises (Conseil d'État et Cour de cassation) ont rappelé que la Constitution reste supérieure aux traités dans l'ordre juridique interne. Dans l'arrêt « Arcelor » (2007), le Conseil d'État a précisé sa méthode : si un principe de la Constitution a un équivalent dans le droit européen, il renvoie la question à la Cour de justice de l'Union européenne. Sinon, il vérifie lui-même la conformité à la Constitution.
A retenir :
- L'Article 55 de la Constitution française affirme la supériorité des traités internationaux sur les lois nationales.
- Historiquement, les juges français, influencés par le légicentrisme, refusaient d'appliquer cette supériorité (Doctrine Matter).
- Le Conseil constitutionnel a refusé ce contrôle (décision IVG, 1975), mais la Cour de cassation (Société des cafés Jacques Vabre, 1975) et le Conseil d'État (Nicolo, 1989) l'ont finalement accepté.
- Le contrôle de conventionalité permet aux juges de vérifier la conformité des lois aux traités et au droit de l'UE, protégeant ainsi mieux les droits des citoyens.
- Certains traités, comme la CEDH, sont directement invocables par les citoyens devant les juges nationaux.
- L'articulation entre les traités et la Constitution est complexe, la Constitution restant la norme suprême dans l'ordre juridique interne français.
