A. Les compagnies à charte
Les pionniers : les Hollandais
- Création de la Compagnie hollandaise des Indes occidentales en 1621.
- Monopole sur l'achat d'esclaves sur les côtes africaines.
- Modèle repris par les Anglais et les Français.
Rôle des compagnies à charte :
- Enrichissement de l’État par les taxes prélevées sur le commerce des esclaves.
- Centralisation des opérations :
- Facilitation des négociations avec les autorités africaines et coloniales.
- Encouragement de la concurrence entre les différents acteurs économiques.
Acteurs-clés du commerce négrier :
- Capitaines de navires :
- Gestion de l'équipage, des captifs et de la sécurité à bord.
- Prime d'intéressement basée sur la réussite des ventes.
- Salaire fixe, mais profits limités comparés aux armateurs.
- Armateurs :
- Propriétaires des navires, financent les expéditions.
- Retirent les plus gros bénéfices, une fois la cargaison d’esclaves vendue.
B. La traite a-t-elle enrichi l’Europe ?
La critique d’Adam Smith :
- Dans La Richesse des Nations (1776), Smith avance que le travail des esclaves est moins productif que celui des travailleurs libres :
- Manque de motivation personnelle des esclaves.
- Inefficacité économique de l'esclavage selon un point de vue productiviste.
- Idée marginale à l’époque, face à un contexte encore dominé par des arguments moraux et religieux pour l’abolition.
Trois grandes questions économiques :
- Rentabilité de la traite des esclaves :
- Commerce lucratif pour les armateurs et les compagnies négrières.
- Profits dépendants des risques (révoltes, naufrages, pertes humaines).
- Rentabilité de l’économie de plantation :
- Exploitation d’esclaves dans les colonies pour produire des denrées lucratives (sucre, coton, café).
- Forts rendements dans des économies basées sur l'exportation.
- Conséquences économiques globales pour l’Europe :
- Enrichissement des grandes puissances coloniales à court terme.
- Développement des industries liées (textile, métallurgie, armement).
- Mais pas de lien direct avec la révolution industrielle.
Rentabilité de la traite et des plantations
Rentabilité de la traite :
- Taux de profit moyens :
- 10 % pour les Anglais et les Hollandais.
- 6 % pour les Français (traite nantaise).
- Comparable à d’autres formes de commerce.
- Variabilité des profits :
- Une expédition réussie pouvait générer des profits de 100-150 %.
- Expéditions ratées entraînant parfois des faillites.
- Exemples de familles :
- Montaudouin : enrichissement rapide grâce à la traite.
- Derbroëck : faillite à cause d’expéditions infructueuses.
Rentabilité des plantations :
- Plantations sucrières : très rentables, générant des profits élevés.
- Contrairement à la traite, perçues comme moins risquées :
- Production continue de denrées très demandées en Europe.
- Moins d’exposition aux dangers maritimes.
Rôle de la traite dans l'industrialisation européenne
Industries stimulées par la traite :
- Textiles : échangés contre des esclaves.
- Métallurgie et armement : production pour équiper les navires négriers.
Nuances historiques :
- Les grands centres industriels du XIXe siècle (ex. : nord de la France) n'étaient pas des ports négriers.
- Ports négriers comme Nantes ou Bordeaux ne sont pas devenus des pôles industriels majeurs après l'abolition.
Débats contemporains : réparations et indemnités
- Indemnités versées aux colons après l’abolition :
- 1848 : 126 millions de francs or aux anciens propriétaires d’esclaves des Antilles françaises.
- Aucune compensation pour les anciens esclaves.
- Le cas d’Haïti :
- Indépendance en 1804, mais contrainte de payer 205 millions de francs or à la France en 1825 pour la reconnaissance de son indépendance.
- Dette remboursée sur plus d’un siècle, freinant le développement économique.
Débats actuels :
- Réparations morales ou financières pour les descendants des esclaves.
- Héritage des inégalités économiques dans les anciennes colonies françaises, notamment aux Antilles.
