L'Antiquité est une période fondatrice pour l'art et l'architecture, notamment par l'établissement de systèmes de proportions et d'ornementation appelés "ordres". Ces ordres ne sont pas de simples styles décoratifs, mais des systèmes codifiés qui régissent l'ensemble de la conception et de la construction d'un édifice, assurant harmonie et stabilité.
1. Introduction à l'Antiquité et aux Ordres Architecturaux
1.1. Définition et Composants des Ordres Architecturaux
A retenir :
- Les ordres architecturaux organisent les proportions, les formes et l'ornementation de toute partie construite.
- Les ordres sont déterminés par la forme, les proportions et la disposition des parties du bâtiment : colonnes, pilastres, chapiteau et frontons.
- L'ordre est un système de proportions standards et de décoration des colonnes.
- Les composants de chaque commande, dont les proportions sont déterminées très précisément, ne peuvent être convenablement assemblés que d'une seule manière.
1.2. Les Ordres Égyptiens : Une Diversité Fonctionnelle
A retenir :
Les Égyptiens ont développé une grande variété d'ordres, souvent inspirés de la nature et de la flore nilotique, chacun ayant ses propres caractéristiques esthétiques et symboliques.
On dénombre généralement 7 ordres principaux :
• Palmiforme : inspiré des feuilles de palmier.
• Lotiforme : basé sur la fleur de lotus, souvent fermée ou en bouton.
• Papyriforme (ou papyriforme ouvert ou fermé) : inspiré du papyrus, soit en bouquet fermé, soit en fleur épanouie.
• Protodorique (ou prismatique) : précurseur de l'ordre dorique grec, caractérisé par des colonnes à section carrée ou polygonale et un chapiteau simple.
• Hathorique : associé à la déesse Hathor, avec un chapiteau sculpté en forme de tête de la déesse.
• Composite : mélange d'éléments de différents ordres.
• Campaniforme : en forme de cloche inversée.
• En piquet de tente : colonnes légères, souvent associées à des constructions temporaires ou des portiques.
1.3. Les Ordres Grecs : L'Établissement du Canon Classique
Les Grecs ont formalisé trois ordres majeurs, qui sont devenus les piliers de l'architecture classique occidentale. Ces ordres se distinguent par leurs chapiteaux, leurs fûts et leurs bases.
A. L'Ordre Dorique
A retenir :
Apparition : Le premier des trois ordres grecs à apparaître, il est réputé pour sa simplicité et son dépouillement.
Caractéristiques :
- Chapiteau : À échine plate, sans décors, nu. C'est l'élément le plus distinctif.
- Fût : Orné de 20 cannelures peu profondes, se rejoignant à arête vive.
- Base : Absence de base pour le dorique grec, la colonne repose directement sur le stylobate (plateforme supérieure du temple).
- Proportions : Massif et robuste, il évoque la force et la stabilité.
Exemple : Le Parthénon (pour sa structure extérieure principale).
B. L'Ordre Ionique
A retenir :
Apparition : Développé après le dorique, il est plus élancé et orné.
Caractéristiques :
- Hauteur : Les colonnes ioniques peuvent atteindre jusqu'à neuf mètres.
- Chapiteau : Caractérisé par deux volutes latérales (spirales) qui en sont l'élément le plus reconnaissable.
- Base : Présence d'une base composée de moulures.
- Fût : Cannelé avec des rainures plus étroites et plus nombreuses (généralement 24) que dans l'ordre dorique, séparées par des listels plats.
- Proportions : Plus élancé et élégant que le dorique, il est souvent associé à la grâce.
Exemple : Le temple d'Athéna Nikè sur l'Acropole.
C. L'Ordre Corinthien
A retenir :
Apparition : Le plus tardif des ordres grecs, il est aussi le plus orné.
Caractéristiques :
- Hauteur : Peut atteindre jusqu'à 10 mètres de haut.
- Richesse : Exprime une grande richesse d'éléments décoratifs.
- Chapiteau : Son élément le plus distinctif est son chapiteau décoré de rangées de feuilles d'acanthe stylisées, souvent accompagnées de petites volutes.
- Proportions : Le plus élancé et le plus luxueux, il est souvent utilisé pour des édifices importants ou intérieurs.
Exemple : Le temple de Zeus Olympien à Athènes.
1.4. Le Mélange des Genres chez les Grecs
A partir du IVe siècle av. J.-C., les architectes grecs ont commencé à associer les ordres dorique et ionique (et plus tard corinthien) dans leurs monuments, notamment dans l'architecture civile et funéraire.
- Rapprochement, non mélange : Il est important de noter qu'il s'agit d'un rapprochement et non d'un mélange. Les caractéristiques distinctes de chaque ordre ne sont pas fusionnées, mais plutôt utilisées harmonieusement dans différentes parties du même édifice. Par exemple, le Parthénon utilise l'ordre dorique à l'extérieur et l'ordre ionique à l'intérieur.
Exemple : Le Parthénon est un exemple emblématique de cette association, utilisant le dorique pour son péristyle extérieur et l'ionique pour sa frise intérieure.
1.5. Les Ordres Romains : Innovation et Synthèse
Les Romains, héritiers de l'architecture grecque et étrusque, ont non seulement adopté les ordres grecs, mais en ont également créé de nouveaux, portant leur nombre à cinq.
A. Création de Nouveaux Ordres
B. Les Ordres Superposés
Les Romains ont développé la technique des ordres superposés, où des ordres ioniques, doriques, et corinthiens sont placés les uns sur les autres, chaque ordre étant particulier à un étage de la construction. Cette superposition créait une hiérarchie visuelle et structurelle.
Exemple : Le Colisée est un exemple parfait d'ordres superposés, avec le dorique au premier niveau, l'ionique au deuxième et le corinthien au troisième.
C.Atlantes et Cariatides : Des Supports Sculptés
En architecture, les figures humaines sculptées peuvent également servir de supports structurels ou décoratifs, et sont considérées comme un type d'ordre spécial.
Fonction : Ces figures ne sont pas que décoratives ; elles sont intégrées à la structure et sont comptées comme un ordre à part entière, apportant une dimension narrative et symbolique.
2. Les Principes Éternels de l'Architecture selon Vitruve
Les principes architecturaux, bien que développés par les Grecs, ont été théorisés et codifiés par l'architecte romain Vitruve dans son célèbre ouvrage "De Architectura". Ce traité a établi les fondements de l'architecture occidentale pour des siècles.
2.1. Vitruve : L'Architecte Théoricien
A retenir :
- Identité : Marcus Vitruvius Pollio, architecte romain du Ier siècle av. J.-C.
- Œuvre majeure : "De Architectura" ("Sur l'architecture"), un traité en dix volumes.
- Contenu : Cet ouvrage est une étude exhaustive de l'architecture, traitant de toutes ses facettes : types de bâtiments, matériaux, urbanisme, ingénierie, et conseils aux futurs architectes. Il représente l'héritage du savoir des bâtisseurs grecs et romains.
Selon Vitruve, toute architecture réussie doit reposer sur trois qualités essentielles :
2.2. Le Module et la Proportion : Clés de l'Harmonie
La beauté en architecture, selon Vitruve et les anciens, repose sur des principes mathématiques et géométriques précis, notamment le module et la proportion
A. Le Module
A retenir :
- Définition : Une unité de mesure conventionnelle adoptée pour régler les diverses parties d'un ensemble architectural. C'est la plus petite commune mesure que doivent posséder les dimensions des éléments d'un ensemble pour qu'ils puissent s'assembler sans retouches.
- Fonction : Sert d'étalon, de gabarit ou de calibre. Par extension, il désigne aussi un élément ou une unité constitutive d'un ensemble. C'est un rapport de proportion qui assure la cohérence dimensionnelle de l'édifice.
- Application : Le module permet de déduire toutes les dimensions d'un bâtiment à partir d'une seule mesure de base, garantissant ainsi l'harmonie des proportions.
B. La Proportion
A retenir :
- Définition : Se réfère à la relation mesurable (ou rapport) des parties (une colonne, une marche, une poutre) à l'ensemble d'un bâtiment donné. C'est une relation de correspondance entre deux grandeurs, se traduisant sous forme d'égalité entre des rapports.
- Le Nombre d'Or (Phi, Φ ou 1,618...) : Aussi appelé "divine proportion" ou "section d'or", c'est un concept géométrique central dans l'esthétique antique.
- Propriétés : Il est considéré comme le rapport le plus esthétique, souvent trouvé dans la nature et utilisé pour créer des compositions visuellement équilibrées et harmonieuses.
- Spirale de Fibonacci : Bien que mathématiquement distincte, la spirale de Fibonacci (suite de nombres où chaque terme est la somme des deux précédents : 0, 1, 1, 2, 3, 5, 8...) est souvent associée au nombre d'or car le rapport entre deux nombres consécutifs tend vers Phi. Cette spirale est un modèle de croissance naturelle et est utilisée en architecture pour des tracés harmonieux.
C. Application du Nombre d'Or en Art
A retenir :
- En architecture : De nombreux monuments antiques, notamment grecs, présentent des proportions basées sur le nombre d'or, contribuant à leur équilibre et à leur beauté perçue.
- En peinture : Pendant la Renaissance, le nombre d'or a été largement utilisé par les peintres pour la composition de leurs œuvres. Il était étudié par les mathématiciens et considéré comme ayant des propriétés esthétiques fondamentales.
Exemple : "La Naissance de Vénus" de Botticelli s'inscrit dans un rectangle dont les proportions sont celles du nombre d'or (environ 8x5).
2.3. Le Corbusier et le Modulor : L'Héritage Vitruvien au XXe Siècle
A retenir :
- Le Corbusier (1887-1965) : Architecte majeur du XXe siècle, il s'est inspiré de la théorie de l'homme de Vitruve (où l'homme est la mesure de toute chose) pour développer sa propre unité de mesure.
- Le Modulor : Breveté en 1945, le Modulor est un système de proportion basé sur les dimensions d'un homme de 1m83 (le bras levé atteignant 2m26).
Objectif : Créer une échelle de proportions harmonieuses entre l'homme et l'architecture, adaptable à tous les édifices.
Applications : Utilisation pour déterminer les volumes (hauteur des plafonds à 2,26m), les dimensions des éléments de cuisine (0,70m pour les plans de travail, éviers), favorisant l'ergonomie.
Symbole : Un homme stylisé, le bras levé, incarnant cette unité de mesure universelle.
- Héritage : Le Modulor illustre la persistance des principes de proportion et d'harmonie anthropocentriques, de l'Antiquité à l'architecture moderne, soulignant l'idée que l'homme est au centre de la conception architecturale.
3. La Grèce Antique : Berceau de la Civilisation Occidentale
La Grèce Antique, et en particulier sa période classique, est considérée comme le berceau de la civilisation occidentale, ayant développé des concepts fondamentaux en politique, philosophie, science et art.
3.1. Contexte Historique et Chronologie
La civilisation grecque a bénéficié des expériences des civilisations anciennes (Orient, Mésopotamie, Égypte) pour développer une culture innovante et aux multiples facettes.
A. Périodes Marquantes
A retenir :
- Les Siècles Obscurs (1200 à c. 800 av. J.-C.) : Période suivant l'effondrement de l'âge du bronze mycénien. Qualifiée d'"obscure" en raison de l'absence de récits écrits contemporains.
- La Période de Formation (Âge de Bronze, c. 1650 à 650 av. J.-C.) : Développement des civilisations minoenne (Crète) et mycénienne (Grèce continentale).
La Période Géométrique (Âge de Fer, c. 1100 à 700 av. J.-C.) : Caractérisée par des motifs géométriques en céramique.
La Période Orientalisante (c. 700 à 600 av. J.-C.) : Influence des motifs orientaux.
- La Grèce Archaïque (c. 650/600 à 490/480 av. J.-C.) : Dans le domaine de l’architecture et de l’art de bâtir, on assiste à un glissement de la construction en bois vers la construction en pierre.
- La Grèce Classique (vers 490/480-323 av JC) : Le siècle de Périclès. C’est la prospérité et l’apogée artistique, développement des sculptures en bronze. Les Acropoles les plus prestigieux ont été construite durant cette période.
- La Grèce hellénistique (vers 323-31 av JC) : La sculpture devient naturaliste
B. La période archaïque : la sculpture et céramique
Tous sont jeunes et souriants, ils ont les pommettes hautes, de grands yeux, et des cheveux longs et soigneusement frisés. Ils sont conçus pour une vision frontale.
Les Grecs ont considérés très tôt que la représentation du corps humain était le sujet le plus important du travail artistique. Puisque les dieux avaient une apparence humaine, il n’y avait pas de distinction entre le sacré et le profane. Les statues sont en métal fondu ou en pierre taillée. Ils sont de dimensions naturelles.
- figure noire sur fond d’argile
- usage d’incises
C. La période classique : la sculpture et céramique
- des figures idéalisées
- en mouvement
- des nouveaux motifs: représentent des scènes mythologique et la vie quotidienne
- figures rouges sur fond noir
D. La période héllénistique : la sculpture et céramique
- naturaliste
- des attitudes, des expressions
- les potiers s'intéressaient d'avantage à la fonctionnalité, et donc à la forme des vases, qu’à la décoration elle-même
3.2. L'Habitat Grec : Rural et Urbain
L'habitat se décline en deux formes distinctes selon l'environnement :
A retenir :
- L'habitat rural : Composé de fermes, de palais ou de maisons primitives isolées. Les plus pauvres vivent dans des structures en bois et torchis, sans fenêtres, sous un toit de chaume.
- L'habitat urbain (l'oïkos ou oïkia) : Caractérisé par des maisons adjacentes dans des quartiers planifiés.
Structure : Généralement monofamiliale, bien que des immeubles à appartements existent. La maison est le reflet de l'indépendance et du statut social du citoyen.
Intérieur : Très simple avec des murs blanchis à la chaux. La peinture murale est un luxe rare. Le toit, initialement en chaume, évolue vers la tuile d'argile.
Vie familiale : La famille, incluant parents proches, esclaves et domestiques, est dirigée par le père, seul détenteur des droits civils et politiques. La maison sert aussi de lieu de travail et de commerce pour ses produits.
4. La Rome Antique : Urbanisme et Génie Civil
Le génie romain s'exprime par des innovations techniques majeures (béton, chauffage au sol, égouts, aqueducs) et une organisation urbaine rigoureuse
4.1. L'Organisation de la Ville Romaine
A retenir :
Les villes romaines suivent un plan quadrillé structuré autour de deux axes perpendiculaires :
- Le Cardo (axe nord-sud) et le Decumanus (axe est-ouest).
- Le Forum : Situé au croisement de ces axes, c'est le cœur de la cité. Cette place publique sert aux échanges commerciaux, aux affaires politiques, judiciaires et aux célébrations religieuses.
4.2. L'Habitat Romain (selon les revenus)
A retenir :
- L'Insulae : Immeuble de rapport pouvant atteindre 6 étages.
Les plus pauvres s'entassent dans des pièces exiguës sans confort.
Le rez-de-chaussée peut accueillir des tabernae (boutiques/tavernes) louées par les propriétaires. Le locataire de la boutique y vit souvent avec toute sa famille dans une pièce unique.
- La Domus : Maison urbaine unifamiliale luxueuse pour les classes aisées.
C'est un rectangle fermé sur la rue, organisé autour d'espaces centraux comme l'atrium et le péristyle.
4.3. Matériaux et Techniques de Construction
A retenir :
- Le Béton Romain : Mélange d'un liant (pouzzolane, chaux) et d'un agrégat (gravier, débris de pierre/brique). Ses propriétés sont exceptionnelles : durabilité extrême, résistance à la corrosion, flexibilité et capacité à "s'autoréparer" avec le temps.
- Autres matériaux : Utilisation de blocs de pierre pour la durabilité, de briques d'argile et de sable, et de marbres prestigieux (comme le marbre de Carrare) pour les décors.
- L'Arc en plein cintre : Technique fondamentale permettant de créer des courbes pour soutenir des charges lourdes et construire des voûtes ou des dômes.
4.4. Infrastructures et Santé Publique
A retenir :
- Les Routes : Un réseau de 300 000 km de routes pavées, construites avec des couches de sable, gravier et mortier, reliant tout l'Empire.
- Les Aqueducs : Structures à arcades transportant l'eau douce sur de longues distances vers les villes. Le plus ancien est l'Aqua Appia (-312).
- Les Thermes : Établissements de bains publics essentiels à l'hygiène. Ils comprennent des bassins (chauds, tièdes, froids), des bibliothèques et des gymnases, utilisant des systèmes de chauffage perfectionnés par le sol ou les murs.
