Définition
A retenir :
- 1919 : Loi sur la journée de huit heures et création des conventions collectives.
- 25 juin 1920 : Loi créant l'impôt sur le revenu par tranches progressives
- 1924 : Manifeste du Surréalisme d'André Breton et alignement des programmes scolaires féminins sur ceux des garçons
- 1925 : Accords de Locarno censés stabiliser la paix en Europe
- 1928 : Stabilisation du Franc Poincaré après une perte de 80 % de sa valeur
- Octobre 1929 : Krach de Wall Street (début de la crise mondiale).
- 1930 : Loi instaurant les assurances sociales obligatoires
- 1931 : La crise économique mondiale atteint la France ; création de Monoprix.
- 6 février 1934 : Manifestation sanglante des ligues à Paris (15 morts) provoquant la chute du gouvernement Daladier et le choc nécessaire à l'unité des gauches.
- Juin 1936 : Victoire du Front Populaire ; grèves de joie et signature des Accords de Matignon (congés payés, 40h)
- 4 juin 1937 : Sortie du film La Grande Illusion de Jean Renoir
- 30 septembre 1938 : Accords de Munich
- 1er septembre 1939 : Entrée de la France en guerre
- 22 juin 1940 : Signature de l'armistice après l'effondrement militaire français
- 10 juillet 1940 : Vote des pleins pouvoirs au Maréchal Pétain à Vichy
- 3 octobre 1940 : Premier Statut des Juifs excluant ces derniers de la fonction publique et des professions libérales
- 16 février 1943 : Loi créant le Service du Travail Obligatoire (STO)
Figures importantes
A retenir :
- Jean Renoir (1894-1979) : Cinéaste majeur et ancien aviateur de la Grande Guerre. Engagé auprès du PCF et du Front Populaire, il réalise des œuvres miroirs de la société comme La Grande Illusion et La Règle du Jeu
- Marc Bloch : Historien médiéviste et cofondateur des Annales. Engagé volontaire en 1939 malgré son âge, il analyse la faillite des élites dans L'étrange défaite avant d'être fusillé comme résistant en 1944
- Léon Blum : Leader de la SFIO et chef du gouvernement du Front Populaire. Victime de haine antisémite virulente, il mène de grandes réformes sociales avant d'être jugé par Vichy au procès de Riom.
- Julien Benda : Écrivain auteur de La Trahison des Clercs (1927), où il reproche aux intellectuels d'abandonner les valeurs universelles (vérité, justice) au profit des passions nationalistes.
- Maréchal Pétain : "Héros de Verdun" qui, à 84 ans, prend la tête de l'État Français. Il instaure la "Révolution Nationale", un régime autoritaire et collaborateur.
- Léo Lagrange : Sous-secrétaire d'État aux sports et loisirs sous le Front Populaire. Il démocratise les loisirs ouvriers avant de mourir au front en 1940
- Stavisky : Escroc dont le scandale financier et le suicide suspect ont déclenché la crise politique de 1934.
Le Mythe et les Réalités des "Années Folles"
Cette période est marquée par une tension entre une aspiration profonde à la libération et une angoisse persistante liée au deuil de guerre
- Une culture en mutation : Les années 1920 voient l'essor du jazz, de la radio et de nouvelles danses comme le Charleston, favorisant une mixité sociale et raciale inédite dans les bals parisiens. La mode se transforme : refus de la cravate chez les hommes, confort et érotisation nouvelle chez les femmes (maquillage, bronzage).
- La figure de la "Garçonne" : Symbolisée par les cheveux courts et la robe de Coco Chanel, elle incarne l'émancipation féminine. Elle suscite toutefois l'inquiétude des milieux conservateurs qui l'associent à la dénatalité et à un désordre moral, comme l'illustre le scandale du roman de Victor Margueritte.
- Les fragilités démographiques : La France a perdu 1,4 million d'hommes (10 % de sa population active masculine), créant un déséquilibre où les femmes sont nettement majoritaires en 1921. Cette crise favorise une xénophobie latente face à l'immigration nécessaire à la reconstruction (2,7 millions d'étrangers en 1931)
La Mutation des Classes et l'Affirmation de l'État Social
L'entre-deux-guerres redessine la structure sociale française sur fond d'instabilité monétaire
- Le naufrage des rentiers : La bourgeoisie traditionnelle, vivant de rentes fixes, est frappée par l'inflation et la dévaluation du franc. Elle est contrainte de se mettre au travail et investit massivement dans les études supérieures pour ses enfants, élevant le titre scolaire au rang d'instrument de distinction sociale
- L'essor des classes moyennes : Passant de 5 à 12 millions d'individus entre 1906 et 1931, elles deviennent le socle du régime républicain. Ce groupe hétérogène (fonctionnaires, employés, commerçants) est uni par l'imaginaire de la méritocratie et de l'ascension sociale par l'école
- Le monde ouvrier et paysan : La paysannerie reste majoritaire mais entame un lent exode rural tout en se mécanisant. Dans les usines, le "métallo" subit l'OST mais voit ses droits progresser avec la loi sur les 8 heures et l'instauration des assurances sociales en 1930
La Bourgeoisie et les Classes Moyennes
Les sources détaillent des mécanismes sociaux précis qui n'ont été qu'effleurés :
- Le "naufrage des rentiers" : L'inflation des années 1920 a provoqué un transfert de richesse de la rente vers la production. Les loyers ont été multipliés par 4,3 tandis que les prix augmentaient de 7,6%, érodant le capital patrimonial
- Stratégies de distinction : Face à la crise, la bourgeoisie a investi massivement dans les études supérieures (HEC, grandes écoles d'ingénieurs) pour transformer le titre scolaire en instrument de distinction sociale
- Condition féminine bourgeoise : La dévalorisation des dots a forcé les femmes de la bourgeoisie à envisager le travail. En 1924, l'alignement des programmes scolaires féminins sur ceux des garçons a ouvert l'accès au professorat et aux professions libérales
- Le malaise des fonctionnaires : Au sein des classes moyennes, les fonctionnaires ont été durement frappés en 1935 par le décret-loi Laval, imposant une baisse de 13 à 15 % de leurs traitements, provoquant une amertume durable envers la République.
La Crise des Années 1930 : Fractures et Complotisme
Plus tardive mais plus longue qu'ailleurs, la crise économique déstabilise l'équilibre républicain.
- Un climat de peur et de suspicion : Face à l'impuissance des gouvernements, l'opinion cherche des boucs émissaires. Les théories du complot se multiplient (mythe de la "synarchie", antisémitisme du Protocole des sages de Sion, haine des "200 familles").
- La xénophobie d'État : En 1932, une loi instaure la préférence nationale pour l'emploi63
- . À la fin de la décennie, le climat se durcit avec l'arrivée massive de réfugiés de la guerre d'Espagne (450 000 en 1939), perçus comme une "cinquième colonne" communiste et souvent internés dans des camps.
- L'antiparlementarisme : L'instabilité ministérielle et les scandales financiers (Affaire Stavisky) décrédibilisent les élites politiques et favorisent la montée des ligues paramilitaires
L'Expérience du Front Populaire (1936-1938)
Le Front Populaire naît d'un pacte d'unité entre socialistes et communistes après le choc du 6 février 1934
- Une embellie sociale : L'arrivée au pouvoir s'accompagne de grèves spontanées avec occupations d'usines dans une ambiance de fête. Les Accords de Matignon reconnaissent la dignité ouvrière par les contrats collectifs et les délégués syndicaux
- Modernisation et loisirs : Le gouvernement crée les premiers congés payés (deux semaines) et démocratise la culture et le sport. L'éducation est réformée par Jean Zay qui porte l'obligation scolaire à 14 ans et favorise les pédagogies d'éveil
- Échec et divisions : L'opposition virulente du patronat, la fuite des capitaux et les divisions internes sur la guerre d'Espagne (non-intervention officielle) mènent à la chute du gouvernement Blum en 1937. Fin 1936, 40 % du stock d'or français a fondu à cause de la fuite des capitaux.
- La chute politique : Le tournant vers la fin du Front Populaire est marqué par la fusillade de Clichy (mars 1937, 6 morts) et le passage au gouvernement de défense nationale de Daladier, qui gouverne par 182 décrets-lois pour remettre la France au travail (fin des 40h)
De l'Effondrement stratégique au Régime de Vichy
- La Défaite : En juin 1940, la France subit une défaite foudroyante qualifiée de "médicale et stratégique" par Marc Bloch. La démission des élites politiques mène à la signature de l'armistice le 22 juin.
- L'État Français : Pétain installe un régime autoritaire à Vichy, supprimant le pluralisme et la présidence de la République. La devise "Travail, Famille, Patrie" prône un retour à la terre et aux valeurs traditionnelles contre le prétendu "esprit de jouissance" du Front Populaire.
- Vie quotidienne et Collaboration : La France occupée subit des prélèvements massifs (400 millions de francs par jour). La population souffre de pénuries chroniques, de rationnement et d'une sous-alimentation sévère, favorisant le marché noir. Vichy s'engage dans la collaboration d'État (Entrevue de Montoire) et participe activement à la persécution des Juifs par sa propre police.
Relations Internationales : Impérialisme et Canonnière
Un aspect spécifique (traite de l'analogie entre le passé et le présent via le Venezuela :
- Politique de la canonnière : Terme né en 1902 après le bombardement de ports vénézuéliens par des flottes européennes pour non-paiement de dettes. Il désigne une violence guerrière jugée anachronique face au dialogue international.
- Impérialisme défensif : Pierre-André Taguieff souligne qu'aujourd'hui le nationalisme (ex: RN) est "protecteur" et non plus "conquérant" comme l'impérialisme des années 1930 qui visait à créer un "homme nouveau"
Focus : Le Cinéma comme miroir historique
- La Grande Illusion (1937) : Renoir y dépeint la fin de l'aristocratie européenne. Le film montre que les solidarités de classe (entre Boëldieu et von Rauffenstein) transcendent parfois les nations, tout en célébrant une nouvelle fraternité entre l'ouvrier Maréchal et le bourgeois Rosenthal. Il déconstruit les stéréotypes antisémites par l'humanisation du personnage juif
- La Règle du Jeu (1939) : Véritable tableau sombre d'une société française "dansant sur un volcan" à la veille de la guerre Le film fut initialement un échec cuisant et fut interdit car il montrait une image trop violente et hypocrite des conventions sociales (animaux tués réellement durant une scène de chasse)
Débat Historiographique : Sommes-nous dans les années 1930 ?
Les historiens débattent de la pertinence de l'analogie faite par Emmanuel Macron en 2018
- Serge Berstein : Juge le parallèle "insoutenable" car l'Europe actuelle est mondialisée, pacifiée par l'UE et ne sort pas d'un traumatisme guerrier comme celui de 14-18
- Pascal Ory : Voit des analogies structurelles dans le triangle "menace" (islamisme), "réaction" (populisme) et "crise" (cette fois écologique)
- Gérard Noiriel : Note que si la crise du capitalisme financier favorise l'extrême droite, notre monde est bien plus pacifique physiquement ; il s'inquiète toutefois d'une "violence douce" et de l'abstention massive des classes populaires.
- Johann Chapoutot : Préfère parler de "récidive" plutôt que de "retour", soulignant que rien n'est écrit d'avance et que l'arrivée des nazis au pouvoir en 1933 fut une contingence liée aux choix des élites plutôt qu'à une fatalité historique
- L'École Méthodique : C'est le cadre intellectuel de Julien Benda. Elle repose sur trois principes : l'indépendance vis-à-vis du politique/religieux, le refus de juger le passé (sympathie avec le passé) et la critique rigoureuse des sources
- La Trahison des Clercs (1927) : La thèse centrale de Benda est que les intellectuels ("clercs") ont abandonné les valeurs universelles (vérité, justice, raison) pour se mettre au service des passions nationalistes et partisanes
- Le paradoxe de Benda : Bien qu'il prône un clerc désintéressé, il fut lui-même très engagé (Légion d'honneur, CVIA, soutien au PCF), une contradiction soulignée par la presse de l'époque
